A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM
Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
M. François de Sarre,
par e-mail
( Janvier 2005 )
Dédié au zoologue espagnol Carlos Bonet,
auteur de nombreux articles dans Bipedia,
décédé des suites d'une longue maladie.
Sommaire :
Colloque d'Hominologie en Belgique : L'Homme-marin dans la légende et la science
par François de SARRE
Actes du Colloque Marrakech - 2003
par Michèle Aquarin
Note sur la TARASQUE
par Robert DUMONT
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IL Y A 7 SIECLES… L'EMPIRE ROMAIN ?
par François de SARRE
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LES HOMMES SAUVAGES EXISTENT-ILS ?
par François de SARRE
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Commentaire du livre de Thom POWELL : << THE LOCALS >>
par François de SARRE
Commentaires sur le livre de François de SARRE : << Als das Mittelmeer trocken war >>
von Horst FRIEDRICH und Uwe TOPPER
Two books about the Sasquatch : ![]()
Meet the Sasquatch
The Best of Sasquatch/Bigfoot
<< Yéti, Bigfoot, Almasty and Cie : De la Légende à la Science >>
du samedi 29 mai au lundi 31 mai 2004
samedi 29 mai
François de SARRE
Fig. 1 - << Sjøtrollet >> |
Fig. 2 - |
Fig. 3 - Singe marin |
Fig. 4 - Homme-marin pris dans des filets |
Fig. 5 - Homme-marin plongeant |
Fig. 6 - Homme-marin dans lagune |
Fig. 7 - Femme marine avec bébé sur le dos |
Fig. 8 - Croquis d'un homme-marin dans le Pacifique |
Fig. 9 - Carte de répartition du bigfoot ou sasquatch, montrant les possibles voies migratoires par l'océan Pacifique vers l'Orégon et la Californie à l'ouest, et par l'océan Atlantique vers la Floride à l'est, puis la remontée vers le nord à travers les vastes forêts américaines. Dans cette hypothèse, les sasquatches viendraient depuis la mer pour se reproduire à terre, accomplissant ainsi une boucle, comme le font les ours polaires autour de la baie d'Hudson. |
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Pour tout renseignements complémentaires sur le colloque : |
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par Michèle Aquaron
Le XXVI° colloque du Groupement des Anthropologues de Langue Française ( G.A.L.F ) s'est tenu cette année à Marrakech du 22 au 25 septembre 2003.

Le but du GALF est de constituer un espace de réflexion, d'information et de rencontre. Les régions frontières ont toujours été un lieu d'échanges et le creuset d'influences multiples à l'origine d'une culture de frontière et un creuset d'identité. La Méditerranée peut être considérée comme une frontière particulièrement enrichissante.
Travailler dans le cadre de rapports entre culture et développement, intégrer des formes d'organisations spatiales, permet de mieux situer et
de percevoir les dynamiques culturelles.
Deux concepts sont à prendre en compte :
L'anthropologie biologique se positionne dans les débats concernant l'adaptabilité, le patrimoine génétique, les facteurs alimentaires, le vieillissement, les facteurs démographiques influençant le rythme des transformations des pools génétiques des populations. Les recherches interdisciplinaires permettent une approche multifactorielle de l'être humain, qui est un des éléments de l'écosystème général.
La bio-diversité des populations humaines méditerranéennes est tellement riche d'enseignements que les organisateurs du colloque ont convié les chercheurs, les doctorants, les invités autour de cinq axes thématiques.
Paléo-anthropologie
Environnement- Santé
Bio-Démographie
Génétique des populations
Les séquences de l'ADN mitochondrial ( diversité et polymorphisme ) révèlent un flux génétique multidirectionnel au sein de la population du pourtour méditerranéen.
Le colloque s'est terminé par une table ronde autour des thèmes "Santé de l'enfant maghrébin" et "Histoire du peuplement du pourtour méditerranéen". Auparavant, le projet ATLAS initié par l'International Intitute for the Study of Man, nous a été présenté : un groupe de recherche, chargé de travailler sur un projet de reforestation des montagnes de l'Atlas, est constitué pour le présenter à la CEE.
Le choix de cinq thèmes aussi spécifiques a posé un véritable dilemme aux étudiants ( et aux directeurs de recherches ). Nous avons été soumis à un chassé-croisé dans les étages, entre le choix du thème, d'un conférencier… lorsque les horaires prévus ne pouvaient pas être respectés ou quand deux scientifiques intervenaient, en même temps, dans deux lieux différents ! Heureusement, nous pouvions échanger nos impressions et nos réflexions le soir, autour de la piscine de la cité universitaire marocaine, qui nous hébergeait. Agréable travail dans ces conditions.
En conclusion, la comparaison entre différentes traditions s'organise autour des compétences interdisciplinaires, auxquelles participent les
anthropologues, interroge sur la place de l'anthropologie dans le paysage culturel, identifie comment les pratiques anthropologiques influencent les
décisions en "politiques de santé".
Travailler sur les rapports existant entre biologie, culture et développement, permet de relier les différentes connaissances pour mieux
appréhender le phénomène culturel. Identifier les dynamismes de "culture-action" agents de changements comportementaux en terme
de migrations, des rapports de sexe en fonction des classes d'âges et de générations, met en exergue l'impact des facteurs environnementaux
et de la mobilité des individus ( avec la diffusion des patronymes ) sur les modèles familiaux bio-démographiques
et l'étude comparative du vieillissement.
La structure génétique des différentes populations est démontrée par la diversité du système HLA dans le pourtour méditerranéen.
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par Robert DUMONT
La Tarasque provençale n'est pas unique en son genre. Tout au long du littoral méditerranéen à l'Ouest de l'embouchure du Rhône et jusqu'à l'Andalousie, les légendes font état de la Bête carnassière de mœurs amphibies, hantant les eaux douces, les zones palustres et même les eaux saumâtres, et qui selon les localités et selon les auteurs est appelée TARASCONUS, TIRASCONUS, TIRASCURUS, TIRASCUS… etc…
De retour d'Espagne, d'où il ramenait les bœufs de Géryon, Héraclès combattit un animal de cette sorte.
Et si, selon la tradition, la ville de Tarascon ( patrie de l'illustre Tartarin ) doit son nom au monstre qui répandait la terreur sur les rives rhodaniennes, ce n'est sûrement pas un hasard si l'on rencontre un autre Tarascon situé dans le département de l'Ariège, soit au cœur de la région où sévissait la Bête, en même temps que sur l'itinéraire emprunté par Héraclès lors de son retour d'Espagne.
A l'Est de l'embouchure du Rhône la tradition est plus pauvre ; cependant il est probable que le biotope de la Bête s'étendait très loin sur le littoral méditerranéen.
La Légende Grecque rapporte que lorsque Thésée, âgé de seize ans, entreprit son voyage de Trézène à Athènes pour rejoindre son père Egée, au lieu dit des Roches Scironiennes, il combattit et tua le géant Scyron.
Or ce dernier avait pour funeste passe-temps de précipiter les voyageurs qui traversaient son domaine du haut des falaises dans les eaux du golfe de Corinthe, où les malheureux étaient dévorés par un monstre écailleux et carapacé évoquant singulièrement une Tarasque.
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Dans la plupart des effigies de la Tarasque ( mais pas dans toutes ) ce qui déroute ( outre la sextupédie sur laquelle je reviendrai plus loin ) ce sont la tête et la queue.
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La Tarasque - Effigies traditionnelles |
Pourquoi cette tête grotesque, caricaturant une face humaine, presque truculente, fendue d'une oreille à l'autre par une bouche d'une largeur démesurée, bardée d'une interminable rangée de dents ?
Alors que l'on se serait attendu à des mâchoires crocodiliennes ou à un mufle de Tyrannosaure.
Et pourquoi cette queue se terminant par un aiguillon, simple, double ou triple, en fonction des diverses représentations ?
Très probablement dérivée de la Tarasque provençale, se trouve au musée de Nevers une sculpture médiévale représentant un Dragon doté de six pattes, d'une tête semi-humaine et d'un triple aiguillon caudal.
Le Dragon sextupède du musée de Nevers |
Pour qui connaît un peu l'histoire de la Zoologie, il saute aux yeux que cette tête et cette queue sont l'une et l'autre empruntées au portrait d'une variété de Dragon, appelée Manticore ( ou Mantichore ) et hantant l' Ethiopie, dont Pline dans son Histoire Naturelle ( III-XXX ) nous parle en ces termes : " Dans le même pays ( l'Ethiopie ) il naît, d'après Ctésias, un animal appelé Manticore, ayant une triple rangée de dents qui s'engrènent en forme de peigne, la face et les oreilles de l'homme, les yeux glauques, une couleur de sang, un corps de lion, une queue armée d'un dard comme celle d'un scorpion, une rapidité très grande et un goût prononcé pour la chair humaine ".
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Le portait de la Manticore, brossé par Pline l'Ancien et repris par maints auteurs ne pouvait manquer d'inspirer les illustrateurs de Bestiaires.
Certains d'entre eux, prenant au pied de la lettre la formule " ayant la face et les oreilles de l'homme " obtinrent un résultat des plus déconcertants.
C'est le cas de la Manticore qui figure dans la monumentale " Historia Animalium " du plus grand naturaliste du XVIème siècle, Conrad Gesner, surnommé le Pline Helvétique et le père de la Zoologie.
Représentation de la Manticore dans l'oeuvre de Conrad Gesner |
La Bête possède un corps de lion, dont la queue ne se termine pas par un aiguillon, simple, double ou triple, mais par un véritable cactus.
Quant à la face, portée à l'extrémité d'un cou de dromadaire, si l'on excepte la bouche fendue d'une oreille à l'autre, préfigurant " L'Homme qui rit " de Victor Hugo, elle est " totalement " humaine, dotée d'un regard langoureux que n'eut pas désavoué Rudolph Valentino, d'une moustache à crocs style dandy de la Belle Epoque et d'une chevelure artistement ondulée qui ne déparerait pas l'affiche publicitaire d'une marque de shampooing.
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Parmi les rares représentations de la Tarasque qui s'affranchissent du modèle caricatural traditionnel, il faut citer le haut-relief en bosse figurant dans les armoiries de Tarascon.
La Tarasque mammalienne |
La Bête, représentée de profil, présente son flanc gauche. La carapace ne recouvre que le dos et les flancs, laissant apparaître des pattes et un arrière-train couverts d'un pelage épais et broussailleux.
Bien que semi-humaine, la face arbore un caractère léonin qu'accentue la présence d'une abondante crinière.
La Bête est ici incontestablement mammalienne comme en témoignent les quatre paires de mamelles gonflées qui pendent sous son ventre.
Mais, sur le plan esthétique, ce qui frappe le plus dans cette représentation c'est l'élégance avec laquelle le sculpteur a résolu le problème de la sextupédie. Alors que dans la plupart des effigies, la troisième paire de pattes est implantée au petit bonheur à peu près à égale distance entre les membres antérieurs et postérieurs, ici ce sont les pattes antérieures qui se trouvent dédoublées ; et il en résulte une silhouette qui n'est peut-être pas plus crédible, mais qui est en tout cas infiniment plus harmonieuse.
On pourrait même ajouter qu'en faisant l'économie d'une ceinture, entre la scapulaire et la pelvienne, l'artiste a appliqué le principe de parcimonie du rasoir d'Ockam.
Toutefois cela ne nous apprend rien quant à l'origine de cette mystérieuse sextupédie. Car ne semble pas convaincante l'interprétation selon laquelle ce serait pour symboliser sa rapidité, que la Bête aurait été représentée dotée d'une paire de pattes supplémentaire ; interprétation que dans son " Bestiaire Fabuleux " ( Albin Michel - 1971 ), paraît accréditer Jean-Paul Clébert, d'ordinaire mieux inspiré.
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Le texte le plus ancien mentionnant la Tarasque qui nous soit parvenu, est " La vie de Sainte Marthe ", que la légende attribue à une certaine Martilla ( ou Marcelle ), qui aurait été la servante de la Sainte.
C'est évidemment trop beau pour être vrai ; le texte en question est un apocryphe datant du XIIème siècle, attribué à un certain Synthique et connu des exégètes sous le titre de " Pseudo-Marcelle ".
Parmi les nombreux textes qui suivirent il en est deux, datant tous deux du XIIIème siècle, qui demandent à être pris en considération : " Speculum Historiae " de Vincent de Beauvais et " La Légende Dorée " de Jacques de Voragine. " Pseudo-Marcelle ", " Speculum Historiae " et " La Légende Dorée " donnent tous trois une description minutieuse de la Tarasque ; avec une variante toutefois, seuls les deux premiers parlent de sextupédie.
Le passage " Senos pedes et ungens ursinas " ( six pattes et des griffes d'ours ), identique chez Synthique et Vincent de Beauvais, ne figure pas chez Jacques de Voragine.
En revanche les trois textes sont conformes quant à la généalogie de la Bête ; la Tarasque est née de l'accouplement d'un Léviathan et d'un ( d'une ) Bonachus, monstre propre à la Galatie, appelé également Bonachos et Onachum que, dans son " Bestiaire Fantastique du Sud " ( Privat - 1990 ), André Rimailho traduit naïvement par Onagre.
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Certes les trois textes indiqués ci-dessus rapportent des faits censés avoir eu lieu dans la première moitié du premier siècle, et qui jusque-là n'avaient été colportés que par tradition orale.
Et douze siècles de tradition orale sont largement suffisants pour enjoliver un événement ; voire même pour faire pousser une troisième paire de pattes à un Dragon par nature tétrapode.
C'est bien ce que je m'étais dit à l'époque où je travaillais sur les Dragons ; mais cette explication ne me satisfaisait pas.
Si la Tarasque avait été décrite pourvue de plusieurs têtes ou crachant du feu, je n'aurais pas sourcillé ; la polycéphalie et la pyrojaculation étant monnaie courante dans le monde des Dragons.
Mais la multiplication des membres chez les quadrupèdes demeure un fait rarissime en Mythologie Animale.
En exceptant le cas, par trop particulier et d'ailleurs purement transitoire, du passage du centaure archaïque au centaure classique, je ne voyais que deux exemples : Sleipnir, le destrier d'Odin, qui possédait huit pattes, et l'antilope sextupède de la Mythologie Sibérienne que le dieu chasseur Tunk-Poj traqua d'un bout à l'autre de la Voie Lactée.
Notons en outre que dans ces deux cas l'iconographie a résolu le problème différemment de l'imagerie traditionnelle de la Tarasque. Sleipnir est représenté avec quatre pattes antérieures et quatre pattes postérieures ; et l'antilope sibérienne avec trois pattes antérieures et trois pattes postérieures.
On ne saurait retenir dans l'optique du présent texte l'imposante figure des Lamassous, les taureaux ailés à face humaine, génies protecteurs d'Assur et sommet de la statuaire assyrienne du VIIIème siècle. La multiplication des membres ne vise pas ici à portraiturer des êtres dotés de six ou huit pattes ; le but recherché par le sculpteur, et d'ailleurs magistralement atteint, consistant, par le truchement d'une seule et même statue, à représenter le Lamassou à l'arrêt en vision faciale, et en mouvement en vision sagittale.
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La question que je me suis posée est : est-ce que la Tarasque provençale pourrait avoir hérité sa sextupédie de l'un de ses géniteurs ?
Certes que l'un soit Léviathan, monarque incontesté de tous les Dragons Marins, et l'autre le Bonachus, monstre de caractère tellurien ( voire igné ), pouvait simplement vouloir symboliser la nature amphibie de la Bête Rhodanienne.
Si en revanche la sextupédie revêtait un caractère héréditaire, celui-ci ne pouvait être attribué à Léviathan. Qu'aurait bien pu faire de six pattes ce Seigneur Océanique, dont Milton dans son " Paradis Perdu " nous dit que : " Dieu le créa le plus grand parmi toutes les créatures qui nagent dans les flots " ; et que Gustave Doré dans une composition magistrale représenta pourvu de nageoires en forme d'ailes de chauve-souris ?
Restait le Bonachus.
Mais, au fait, pourquoi le Bonachus ? Pourquoi être allé chercher en la lointaine Galatie l'un des géniteurs d'un Dragon provençal ? Alors que le substrat celtibère, sur lequel est venu s'enraciner en Gaule le légendaire du christianisme naissant, regorge de monstres dragonnesques ; sans compter l'apport toujours vivace dans le bassin méditerranéen du Bestiaire Fantastique de l'inépuisable Mythologie Grecque.
On pourrait évidemment se poser la même question à propos de Léviathan ; car donner pour géniteur à la Tarasque le plus illustre des monstres océaniques, équivaut à peu près à attribuer au calmar géant la paternité d'un tigre mangeur d'hommes.
Sur le plan purement animalier, sans doute ; mais il convient de ne pas perdre de vue que la Tarasque appartient au Bestiaire Fabuleux Chrétien, que c'est par une sainte qui avait côtoyé le Christ qu'elle fut domptée, et que, lorsque cet événement fut fixé par écrit, il le fut par des auteurs pétris de culture chrétienne.
On ne peut en douter en ce qui concerne celui de " Pseudo-Marcelle ", puisqu' il alla jusqu'à s'effacer derrière une hypothétique servante de Sainte Marthe.
Quant à Vincent de Beauvais et Jacques de Voragine, ils appartenaient tous deux à l'ordre des Dominicains ; le second fut d'ailleurs béatifié en 1816.
Ces auteurs avaient très certainement une solide connaissance des textes sacrés et avaient rencontré Léviathan dans l'Ancien Testament où " Le Livre de Job " ne lui consacre pas moins de 34 versets.
De plus donner à la Tarasque pour géniteur Léviathan, contribuait à souligner la malignité foncière de la Bête Rhodanienne, car dans la Bible le nom de Léviathan ne désigne pas uniquement le monstre marin.
Il désigne aussi une incarnation du Mal et, en tant que tel, est cité dans une autre partie du " Livre de Job " ( III-7-8 ), dans le " Livre d'Isaïe " ( XXVII-1 ) et dans les " Psaumes " ( LXXIV-4 ).
De sorte que l'on peut dire que dans la Bible il y a deux Léviathan.
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Revenons au Bonachus, et à sa patrie la Galatie.
" Galacia ", le nom latin de la Galatie, vient de la contraction de " Gallo-Graecia ", soit la " Grèce Gauloise ". Cette région, qui est aujourd'hui province turque, avait été donnée aux gaulois en 278 av. JC. par Nicomède 1er de Bithynie.
A l'époque de Sainte Marthe la Galatie n'appartenait plus à la Gaule ( entre-temps devenue romaine ), mais y vivait une importante population d'origine, de tradition et de langue gauloises.
Ces gaulois galates échangeaient-ils des relations avec les gallo-romains ? Et était-ce par ce canal que les riverains du Rhône avaient pris connaissance du Bonachus ?
Pourquoi pas, c'était en tout cas une filière à suivre, en quelque sorte " sur la piste des Bonachus ignorés ".
Je suivis la filière et, lorsque je rencontrai le monstre, je compris tout de suite que sa réputation ait pu largement déborder les frontières de son biotope.
Sans nul doute la Bête galate se révélait époustouflante ; détenant pour principale caractéristique la faculté d'expulser ( de catapulter devrais-je dire ) sur des distances considérables, ses excréments, que l'on ne saurait mieux comparer qu'à de la lave en fusion, et qui carbonisaient instantanément tout ce qu'ils atteignaient.
Et certes un animal, capable par ce mode de défécation inouï de déclencher un incendie de forêt, aurait fort bien pu par surcroît être doté d'une paire de pattes supplémentaire. Après tout, qui peut le plus peut le moins.
Force m'est cependant de reconnaître, qu'hormis cette scatologie dévastatrice, je ne rencontrai dans le portrait du Bonachus aucune autre particularité notable, non plus que la moindre allusion à la sextupédie.
Toutefois la distribution des faunes, qu'elles soient réelles ou fabuleuses, ne tient aucun compte des frontières politiques. Et je pouvais peut-être trouver trace de la Bête sextupède dans la riche draconologie d'Asie Mineure, en une autre région.
Je commençai par la Perse, et je n'eus pas à aller plus loin ; car c'est là que je la découvris.
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Le " Shah-Nameh ", ou " Livre des Rois " du poète Firdousi ( ou Ferdowsi, Xème et XIème siècles ) représente pour la Perse ce qu'est le " Kalévala " pour la Finlande.
Cet ouvrage, à forte dimension mythologique ( en particulier dans sa première partie ) raconte tout d'abord la création du monde, puis l'histoire des Perses depuis l'origine de leur peuple jusqu'à la conquête arabe ( VIIème siècle ).
Les chapitres les plus populaires traitent des hauts faits d'une pléiade de héros, grands pourfendeurs de géants, de monstres et de démons ; et dont le plus fameux est Roustam ( ou Rostem ), fils de Zal et petit-fils de Sham.
Cette dynastie est illustre entre autres raisons pour son alliance avec le Simorgh, oiseau fabuleux aussi célèbre que le gigantesque Rokh des " Mille et une nuits ", et qui est doté d'une telle longévité qu'il a assisté par trois fois à la destruction et à la recréation du monde.
Parmi une floraison de personnages héroïques et hauts en couleurs, se rencontre Gushtasp ( dit Gushtasp le Vaillant ), fils de Lohrasp, qui, entre autres exploits, combattit et tua un Dragon à six pattes.
Le Dragon sextupède figure donc bien dans les traditions du Moyen-Orient.
Ne fait-il qu'un avec le Bonachus ? Rien ne le précise mais tout porte à le croire.
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Considérons à nouveau le Bonachus, et débarrassons-nous tout d'abord de la part inévitable de l'exagération et du besoin de merveilleux ; ce merveilleux fut-il scatologique.
Ce n'étaient sûrement pas ses excréments que la Bête Galate propulsait avec un effet aussi dévastateur ; mais plus probablement le contenu de ses glandes anales.
Présentes dans plusieurs groupes de Mammifères, et en particulier chez la plupart des carnivores terrestres, les glandes anales sont généralement utilisées à des fins d'informations territoriales et sexuelles.
Elles atteignent leur plus grand développement chez les skunks, qui en usent également comme armes.
Un skunks se montre capable de projeter avec une étonnante précision le contenu de ses glandes anales jusqu'à une distance de quatre mètres.
Un homme, atteint par cette sécrétion, en dépit de bains répétés mettra plusieurs jours à se débarrasser de la puanteur dont il sera imprégné, et qui peut occasionner des céphalées très douloureuses et de violentes nausées.
La sécrétion, qui reste sans effet sur une peau saine, peut se révéler très nocive si elle atteint une blessure et, si elle touche les yeux, provoquer une douleur intense et une cécité temporaire.
Il n'est donc pas excessif de parler d'armes ; les effets de la sécrétion des glandes anales des skunks étant comparables à ceux du venin des serpents cracheurs.
Plusieurs herpétologues, manipulant des serpents cracheurs sans prendre suffisamment de précautions, ont été atteints aux yeux par un jet de venin. Certains ont été frappés de cécité temporaire, mais tous ont déclaré avoir ressenti une douleur intense comparable à une brûlure.
Or j'incline à penser que c'était du venin que secrétaient les glandes anales du Bonachus ; venin qui devait avoir des propriétés analogues à celles du venin des serpents cracheurs. Et la sensation de brûlure, décrite sans doute par des gens ayant eu la malchance d'être atteints aux yeux, est probablement à l'origine de la fable de la Bête Galate projetant des excréments qui enflammaient tout ce qu'ils touchaient.
En outre ne perdons pas de vue que la puissance et l'abondance du jet devaient être proportionnelles à la stature de l'animal.
Et, si un skunks, ayant à peu près la taille d'un chat, est doté de glandes anales du volume d'un œuf de pigeon, dont il peut projeter la sécrétion à une distance de quatre mètres, quelles performances devait réaliser une bête de la taille d'un grand rhinocéros, dont les glandes anales, desservies par de puissants muscles expulseurs, atteignaient sans doute les proportions d'un œuf d'autruche ?
Que des glandes anales soient spécialisées au point d'être inféodées à une fonction venimeuse, peut paraître au premier abord surprenant.
Lorsqu'on évoque les animaux venimeux on pense en premier lieu aux serpents, dont le siège de la fonction venimeuse est buccal ; que celle-ci s'exerce par projection ( serpents cracheurs ), par morsure ( cobra ) ou par " coup de dent " au sens propre du mot ( vipère, crotale ).
Sans posséder un appareil venimeux aussi perfectionné que celui des serpents, certains animaux peuvent néanmoins provoquer une envenimation par morsure ; pour nous en tenir aux seuls vertébrés, c'est le cas des murènes chez les poissons, des hélodermes chez les reptiles, des musaraignes et des solénodons chez les mammifères.
Mais le siège de la fonction venimeuse n'est pas nécessairement buccal ; il peut se situer sur n'importe quelle partie du corps. Et, en nous en tenant toujours aux seuls vertébrés, on peut citer chez les poissons : le dard des aiguillats, le stylet érectile des chimères, les épines et les rayons des nageoires des vives, des scorpénidés, des silures, l'aiguillon barbelé s'érigeant à la base de la queue des raies mourines et pastenagues.
Des glandes à venin muqueuses et granuleuses boursouflent l'épiderme lubrifié des amphibiens anoures et urodèles, saillant à l'arrière des orbites, s'amassant aux hanches et aux aisselles, développant des cordons verruqueux tout au long des flancs.
Et des éperons venimeux arment les membres postérieurs des mâles chez les mammifères monotrèmes ( ornithorynque et échidné ).
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Les skunks sont répartis en neuf espèces. Et chacune d'entre elles adopte des postures qui lui sont propres, lors de l'expulsion de ses sécrétions ; les skunks tachetés allant même jusqu'à se dresser à la verticale sur leurs membres antérieurs.
Bien qu'on ne puisse envisager pareille acrobatie chez un Bonachus dont le poids avoisinait probablement deux tonnes, il semble hors de doute qu'il devait lui aussi adopter une posture particulière lorsqu'il projetait son venin.
Dès lors peut-on concevoir un lien entre la sextupédie et la projection du venin des glandes anales ?
J'oserai avancer que oui.
Lorsque j'entrepris, pour le visualiser, de dessiner le Dragon sextupède, il m'apparut très vite que la solution à la fois la plus élégante ainsi que la seule ne sombrant pas dans le ridicule, était le dédoublement des membres antérieurs ; soit la formule retenue, comme nous l'avons vu, par le sculpteur des armoiries de Tarascon.
Et, lorsque je voulus le représenter en position d'expulsion de venin, j'oserai dire que les trois paires de pattes se mirent en place d'elles-mêmes : la première paire de pattes antérieures étendue au maximum en avant et la seconde repliée de part et d'autre du corps amenant la poitrine au ras du sol, cependant que les pattes postérieures, tendues presqu' à la verticale, maintenaient les glandes anales " en position de tir à longue distance ".
Dragon sextupède en position d'expulsion du venin |
Dans cette attitude la Bête pouvait certainement tourner la tête en arrière pour contrôler la trajectoire et " redresser le tir " si besoin était ; c'est du reste exactement ce que font les skunks.
Représentée dans cette posture, l'animal acquérait une silhouette d'obusier de siège, solidement ancré au sol par les griffes de ses quatre pattes antérieures et amortissant ainsi l'onde de choc infligée à l'organisme par la détente des grands muscles expulseurs.
En somme un canon qui n'aurait pas de recul ; comme celui des gascons dans le " Cyrano " d'Edmond Rostand.
Si le Bonachus ne fait qu'un avec le Dragon sextupède de Perse, il s'ensuit que ce dernier était également doté de glandes anales venimeuses.
Et le héros Gushtasp mérite bien son surnom de " vaillant ", car ce ne dut pas être une mince affaire de combattre un animal, du gabarit d'un rhinocéros, susceptible à chaque instant de pivoter sur lui-même et d'asperger son adversaire de venin.
Le guerrier, qui affrontait un tel monstre, devait non seulement être pourvu d'un courage à toute épreuve ainsi que d'une solide épée, mais aussi maîtriser à fond l'art de manier le bouclier, pour protéger ses yeux à tout moment sans cesser pour autant de frapper de taille et d'estoc.
Et, si la sextupédie était bien liée à la projection venimeuse, est-ce que le dédoublement des membres antérieurs ne représentait pas un atout propre à favoriser une volte-face, s'exécutant en un éclair, et opposant tour à tour à l'adversaire une gueule à la denture redoutable et un arrière-train dont les giclées ne l'étaient pas moins ?
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Au terme de ce périple qui nous a conduits de la ville natale de Tartarin aux forêts galates et du Légendaire Chrétien à la Mythologie de la Perse ancienne, revenons à notre point de départ : la Tarasque provençale.
Il semble ne faire aucun doute que l'effigie traditionnelle de la Bête Rhodanienne résulte d'un composite, ayant emprunté sa tête et sa queue à la Manticore éthiopienne, et ses membres surnuméraires au Dragon sextupède d'Asie Mineure.
Il ne s'agit pas d'un cas unique ; loin de là. L'iconographie des Bestiaires Fabuleux regorge de représentations obtenues en juxtaposant diverses parties du corps empruntées à des animaux différents.
Je ne citerai qu'un exemple, qui lui aussi relève de la draconologie et qui lui aussi, comme le portrait de la Manticore publié par Conrad Gesner, figure dans l' oeuvre de l'un des plus prestigieux naturalistes de la Renaissance.
En 1640 fut publié à Bologne un ouvrage intitulé : " Serpentum et Draconum Historia ".
Il s'agissait du volume X de la monumentale Histoire Naturelle d'Ulysse Aldrovandi ; ouvrage posthume puisqu' Aldrovandi était mort 35 ans plus tôt, en Septembre 1605.
Seuls les quatre premiers volumes de son œuvre avaient été publiés de son vivant. Le cinquième fut édité en 1606 par les soins de sa veuve, et les huit autres, dont la publication s'échelonna de 1613 à 1668, par les soins des divers successeurs à sa chaire de l'université de Bologne.
Dans l'abondante illustration de " Serpentum et Draconum Historia " se rencontre un portrait du Basilic pour le moins ahurissant.
La Bête est dotée de huit pattes, d'un bec crochu et d'un crâne en pain de sucre ( préfigurant celui du professeur Nimbus ) cerclé d'une couronne de galette des rois.
Représentation du Basilic dans l'oeuvre d'Ulysse Aldrovandi |
On éprouve évidemment quelque difficulté à retrouver dans " ce cadavre exquis " la représentation du formidable Dragon à trois yeux, appelé également Dragon couronné et Dragon roi, qui, selon certaines versions de " L'Alexandriade " bloqua durant plusieurs jours aux frontières de l'Inde l'armée du conquérant macédonien.
La Bête prodigieuse, inébranlablement campée sur ses quatre membres évoquant les colonnes d'un temple, tenait un défilé que l'infanterie grecque tentait d'emprunter, et, du rayon foudroyant jailli de son œil frontal, taillait des coupes sombres dans les rangs des légions.
Il fallut paraît-il pour en venir à bout, comme pour assiéger une forteresse, faire donner les balistes et les catapultes.
Donc rien à voir avec la dérisoire représentation, figurant dans l'ouvrage d'Aldrovandi, qui emprunte ses pattes surnuméraires au Dragon sextupède du Moyen Orient ( en y rajoutant une paire pour faire bonne mesure ) et son bec crochu à un autre Dragon, ailé celui-ci, le Cocatrix ou Coquadrille.
Seule l'excroissance crânienne est l'apanage du Basilic ; et il est manifeste que l'illustration a naïvement pris au pied de la lettre la formule " un crâne surélevé surmonté d'une couronne ".
En fait l'extraordinaire formation osseuse qui coiffait les Basilics évoquait ( chez les mâles en particulier ) une tour massive au faîte crénelé ( d'où le nom de couronne ) et à la base de laquelle s'ouvrait l'œil frontal, dont le regard foudroyant détenait la propriété de faire voler les roches en éclats.
Ajoutons que les plus imposants Basilics dépassaient largement la stature des plus puissants éléphants d'Afrique et que leur " couronne " atteignait une hauteur à laquelle seule peut prétendre, parmi les quadrupèdes contemporains, la tête des plus grandes girafes.
Basilic |
Alors que la représentation, qui figure dans le livre d'Aldrovandi, n'atteint, elle, que le comique involontaire ; domaine dans lequel elle est de taille à rendre des points à la Manticore du livre de Conrad Gesner.
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Sous quel aspect nous apparaîtrait la Tarasque provençale, une fois débarrassée du masque grotesque et de l'aiguillon caudal de la Manticore ainsi que de la sextupédie du Dragon d'Asie Mineure ? Et quelle description pourrait-on en donner ?
Un prédateur de grande taille, au corps couvert d'une cuirasse écailleuse, de mœurs semi-aquatiques, s'attaquent aux hommes et au bétail ; et dont le biotope s'étendait sur les zones littorales du nord de la Méditerranée ( avec une pénétration non négligeable à l'intérieur des terres ) depuis la côte orientale de l'Espagne jusqu'à la Grèce.
Une telle diagnose pourrait sans nul doute s'appliquer à un grand crocodile ; mais pourquoi pas à un mammifère ?
Tout chercheur qui s'attaque à l'énigme de la Bête Rhodanienne domptée par Sainte Marthe, rencontrera inévitablement la monographie de Louis Dumont ( aucun lien de parenté avec votre serviteur ).
" La Tarasque " de Louis Dumont fut publiée chez Gallimard en 1951, puis réédité en 1987. Malheureusement, comme c'est trop fréquemment le cas de ce type de réédition, la seconde publication se trouve dépourvue des nombreuses illustrations qui enrichissaient l'édition originale.
Quoiqu'il en soit cet ouvrage n'en constitue pas moins à ce jour le texte le plus complet sur le sujet.
Au chapitre 2 de la deuxième partie nous rencontrons le passage suivant : " Beaucoup plus que d'un dragon nous sommes en présence d'une sorte de carnassier géant, à tête de lion, au corps massif… "
Un carnassier géant à tête de lion et au corps massif, voilà qui nous ramène au haut-relief en bosse des armoiries de Tarascon.
Ici, comme indiqué précédemment, la tête de l'animal, bien qu'en partie humaine, n'en présente pas moins un caractère léonin, que souligne l'abondante crinière.
La Bête est en outre indiscutablement mammalienne, comme l'indiquent le pelage ainsi que la présence des mamelles.
Reste la cuirasse écailleuse, qui ne revêt que partiellement le corps, s'emboîtant sur le dos et recouvrant la partie supérieure des flancs.
Une cuirasse de ce type est-elle concevable chez un mammifère ?
Non seulement elle est concevable, mais elle existe bel et bien dans un petit groupe de mammifères contemporains : les Chlamydophores, ressortissants de l'étrange famille des dasypodidés, plus communément appelés tatous.
Chlamydophore - Tatou à cuirasse dorso-latérale |
Alors que chez la plupart des tatous le revêtement écailleux recouvre la quasi totalité du corps et des membres, chez certains Chlamydophores il se réduit à une sorte de cuirasse dorso-latérale, qui ne descend que jusqu'à mi-hauteur des flancs, laissant visible sur le reste du corps le pelage long et dense d'un gris blanchâtre.
Donc un lion, ou tout au moins un grand fauve, cuirassé ou partiellement cuirassé et de mœurs semi-aquatiques.
Tous les lecteurs de Bernard Heuvelmans connaissent ses écrits consacrés aux fauves à dents en sabre, au cours desquels il a brillamment démontré que ces animaux étaient très probablement de mœurs semi-aquatiques.
Certains d'entre eux survivent peut-être encore aujourd'hui sous forme de micropopulations au cœur des forêts marécageuses d'Afrique Centrale.
Plusieurs témoignages l'attestent, qui les décrivent comme des lions d'eau ou des panthères d'eau au corps couvert d'écailles.
Figurant dans l'oeuvre de Conrad Gesner et |
Heuvelmans, on le sait, a réfuté ce dernier point, arguant que l'apparence écailleuse résulterait de l'irisation du pelage mouillé réfractant la lumière solaire.
Et si Heuvelmans avait généralisé de façon trop hâtive…
Et si, parmi l'éventail des multiples espèces de fauves à dents en sabre que nous offre la paléontologie, s'en trouvaient certaines qui étaient, fut-ce partiellement, revêtues d'une cuirasse écailleuse…
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Envisagée sous l'aspect d'un fauve à dents en sabre et à cuirasse écailleuse, la Tarasque ne manque pas de rappeler un autre monstre sanguinaire ; le Lion de Némée.
Toutes les versions qui rapportent le combat d'Héraclès contre cet animal, précisent que sa peau était impénétrable aux flèches, et que le héros ne parvint à le vaincre qu'en ayant recours à la massue.
Et toutes les versions rapportent également qu'Héraclès, après avoir écorché la Bête, se constitua une armure dans sa dépouille ; certaines ajoutent même un bouclier.
Car le Lion de Némée n'était pas un simple lion, même d'une taille, d'une puissance et d'une férocité démesurées ; c'était un Dragon, comme l'atteste sa généalogie tout aussi prodigieuse que celle de la Tarasque.
Selon la tradition il aurait eu pour mère Echidna, l'ancestrale génitrice de toutes les dynasties dragonnesques de la Grèce Antique, et pour père ; soit Typhon, le monstre le plus époustouflant de la Mythologie Hellènique, dont Zeus lui-même faillit ne pas venir à bout ; soit Orthros, Dragon tricéphale, frère jumeau de Cerbère, affecté à la garde des troupeaux de Géryon, et qui fut tué par Héraclès.
Certes moins grandiose que la précédente, cette seconde paternité se pimente en revanche d'incestueuse fragrance, puisqu' Orthros, étant lui-même l'un des fils d'Echidna, se serait donc accouplé avec sa propre mère.
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Le val de Némée, habitat du formidable Lion, se situait en Argolide, région de la Grèce qui jouxte l'isthme de Corinthe.
Or c'est sur les rivages du golfe de Corinthe que vivait un autre monstre à cuirasse écailleuse, se repaissant des infortunés voyageurs que le géant Scyron lui jetait du haut des falaises.
On a vu que cet autre monstre pourrait fort bien appartenir à la même espèce que la Tarasque ; et, en poussant le raisonnement, la Tarasque pourrait fort bien appartenir à la même espèce que le Lion de Némée.
Ainsi se dessine dans la partie la plus orientale du Péloponnèse un biotope présentant les caractéristiques écologiques requises pour l'hébergement d'une micropopulation de grands fauves cuirassés de mœurs semi-aquatiques.
Héraclès aurait donc combattu en deux circonstances un animal de cette sorte ; une première fois pour accomplir le premier de ses douze travaux, en tuant le Lion de Némée ; une seconde fois lorsqu'à son retour d'Espagne il affronta le Tarasconus, probablement à l'origine du nom de l'autre ville de Tarascon, Tarascon-sur-Ariège.
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Il reste deux points à évoquer.
En premier lieu : la représentation de la Tarasque, constituée d'une carcasse en bois recouverte de toile peinte, simulant un revêtement écailleux, qui est véhiculée dans les rues de Tarascon lors des festivités de Pentecôte, quelquefois de l'Ascension et, bien entendu, le jour de la Sainte Marthe ( 29 Juillet ).
La Tarasque - La grande maquette |
Afin de ne pas créer de confusion, je désignerai sous le terme de " maquette " cette représentation de la Bête, par opposition à celles que j'ai mentionnées sous le nom d'effigies dans les pages qui précèdent ; et au cours desquelles j'ai distingué les effigies traditionnelles ( gravures et peintures anciennes ainsi que leurs reproductions ) de celles qui s'en écartent, comme le haut-relief des armoiries de Tarascon ou la sculpture du musée de Nevers.
La maquette, donc, mesure 6 mètres 40 de longueur totale et 1 mètre 80 dans sa plus grande hauteur ; et l'on peut se demander si la Bête a été représentée là, grandeur nature.
Elle diffère très sensiblement des diverses effigies traditionnelles, et plus encore de l'animal léonin des armoiries, et du Dragon Sextupède de Nevers, qui possède certes une tête semi-humaine, mais dont le corps à la fois massif et allongé et la queue interminable évoquent une silhouette de salamandre géante.
Chacun connaît la maquette, pour l'avoir vue tout au moins en photo.
Et chacun conserve le souvenir de sa tête grotesque, plus humaine qu'animale et portée au ras du sol ; de sa quasi absence de cou ; de son échine exagérément bombée et de sa posture accroupie ; les six pattes repliées sous la carapace étant à peine perceptibles.
Cette représentation de la Bête Rhodanienne a été comparée à un dinosaure ankylosaurien.
Je pense personnellement que sa silhouette compacte, à la ligne dorsale en forme de dôme, évoque davantage les Glyptodontes, ces colossaux Xénarthres cuirassés qui, durant une vingtaine de millions d'années ( du Miocène inférieur jusqu'au Pleistocène ) hantèrent les pampas.
Vouloir identifier la Bête Rhodanienne à partir de la seule maquette, comme cela a été tenté, relève du simplisme.
La maquette n'a pas été conçue selon un souci d'exactitude zoologique, mais pour répondre aux besoins d'un accessoire théâtral.
Aujourd'hui, depuis qu'elle est chargée sur un chariot et se déplace en roulant, elle pourrait revêtir n'importe quelle autre apparence ; et c'est par fidélité à la tradition que lui ont été conservées cette échine exagérément bombée et cette tête portée au ras du sol.
Le livre de Louis Dumont précise d'ailleurs qu'au cours des siècles la maquette a été plusieurs fois fortement endommagée, au point qu'il a fallu la reconstruire et que chaque fois elle a été reconstituée à l'identique.
Jusqu'à la première moitié du XXème siècle la maquette se déplaçait portée par des hommes, se tenant à l'intérieur de la carcasse et demeurant invisibles du public. Et, même si ces porteurs étaient choisis parmi les ressortissants les moins grands de la collectivité, le dos de la Bête ne pouvait guère s'élever à moins d'1 mètre 80 ; d'où la nécessité de l'échine bombée.
Les porteurs étaient au nombre de six et se tenaient en file indienne. Seul celui qui était en tête pouvait voir l'itinéraire à emprunter, grâce à une ouverture pratiquée à l'avant de la carapace. Les autres suivaient en aveugles. Et, si la tête de la Bête est placée en position si basse, c'était pour ne pas gêner la visibilité du premier porteur.
Des poignées étaient fixées tout au long de la partie interne des flancs de la maquette. Les porteurs étaient revêtus d'un harnachement relié à ces poignées par des sangles. Ils ne portaient donc pas la maquette à bout de bras ( ce que sa largeur aurait rendu impossible ), mais amarrée à leurs épaules.
Ils avaient en conséquence les mains libres, et le dernier de la file avait pour charge de manœuvrer la queue qui, cependant que la Bête se déplaçait, était censée menacer de flageller et de faucher les spectateurs.
Cette dernière particularité s'est aujourd'hui perdue ; et depuis que la Bête roule sur un chariot, sa queue est frappée de paralysie.
La maquette revêt donc une importance inverse en fonction de l'optique selon laquelle on aborde la Mythologie de la Tarasque ; vedette indispensable au déroulement des festivités traditionnelles et jouant un rôle prépondérant dans le folklore provençal, elle reste un élément mineur, voire négligeable, dans une tentative d'identification de la Bête Rhodanienne du point de vue de la Cryptozoologie.
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En second lieu : l'héroïne de l'événement, Sainte Marthe, dont Jacques de Voragine nous vante la douceur, le charme et la beauté.
Accompagnée de sa sœur, Marie de Béthanie, de son frère, Lazare, des gens de leur maison ( parmi lesquels peut-être une servante répondant au nom de Martilla ou de Marcelle ) et sans doute de quelques disciples du Christ, Sainte Marthe arriva en Provence probablement aux alentours de l'année 40 ; soit environ 25 ans avant que Joseph d'Arimathie, dépositaire du Saint-Graal, et ses compagnons débarquent en Grande-Bretagne.
Dès que se répandit la nouvelle de l'arrivée de la Sainte, les riverains du Rhône coururent à sa rencontre pour lui demander de les libérer de la Bête qui dévorait gens et bétail.
La Tarasque ayant été signalée dans un petit bois à proximité des berges du fleuve, Sainte Marthe s'y rendit.
Sereine et impavide, elle s'avança calmement vers la Bête que son approche paraissait avoir frappée de stupeur ; puis, déliant sa ceinture, elle la noua autour de l'encolure squameuse du monstre, que ce geste rendit instantanément aussi doux qu'un agneau et qui se laissa docilement conduire jusqu'à la ville où les habitants le massacrèrent.
Que peut bien signifier ce geste accompli à l'aide de la ceinture et que cache-t-il ?
La liste est longue des Saints et des Saintes qui subjuguèrent un Dragon en lui posant sur le front ou l'encolure une pièce de vêtement ; ceinture, écharpe ou étole, lorsqu'il s'agissait d'un membre du clergé.
Dans son livre " Le Mois des Dragons " ( Berger-Levrault, 1981 ), Marie-France Gueusquin en dénombre plus de trente pour la seule France ; et, ce qui est valable pour la France, l'est aussi pour les Iles Britanniques, l'Allemagne, la Suisse, la Belgique, l'Italie, l'Espagne, le Portugal… etc …
On a voulu voir en ces traditions l'allégorie du Christianisme triomphant du Paganisme, symbolisé par la terrifiante Bête écailleuse, dévoratrice, anthropophage et parfois cracheuse de feu.
Et, pour faire bonne mesure, nombre de versions ajoutent qu'avant d'être domptée par une pièce de vêtement nouée à son encolure, le Dragon avait été préalablement aspergé d'eau bénite.
Cette interprétation pourrait à la rigueur être acceptable, si tous ceux, qui accomplirent l'exploit de dompter un Dragon, avaient été chrétiens.
C'est loin d'être le cas.
Le mythe du Dragon subjugué est de tous les temps et de toutes les cultures.
Pour ne prendre qu'un seul exemple, quinze siècles avant notre ère la magicienne Médée contribua largement à la réussite de l'expédition des Argonautes, en charmant le Dragon de Colchide, gardien de la Toison d'Or.
Considérées dans leur ensemble, les relations entre les hommes et les Dragons revêtent une étonnante complexité, qui ne se résume pas aux combats, si valeureux soient-ils, livrés par les héros et les chevaliers.
La lecture des textes, leurs rapprochements et leurs comparaisons, ainsi que la réflexion suscitée par ce qu'il est convenu d'appeler les intertextes, tissent une tapisserie derrière laquelle, et en quelque sorte la sous-tendant, on subodore la présence d'une Guilde des Charmeurs de Dragons.
Guilde dont les ressortissants, quelles que soient l'époque à laquelle ils vécurent, leur nationalité, leur religion ou leur ethnie, détenaient en commun le pouvoir de subjuguer les Dragons par la douceur, la sagesse, voire la sainteté.
Et si, comme le rapporte la tradition, les riverains du Rhône coururent à la rencontre de Sainte Marthe pour lui demander de les délivrer de la Tarasque dès qu'ils apprirent son arrivée, n'était-ce pas parce que la sainte avait été précédée de sa réputation de membre de la Guilde ?
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En fonction des diverses écoles dont ils relevaient, de la forme d'initiation qu'ils avaient reçue ainsi que sans doute de leurs aptitudes personnelles, les membres de la Guilde n'adoptaient pas tous le même cérémonial.
L'enlacement d'une pièce de vêtement autour de l'encolure de la Bête, qui semble avoir prédominé chez les Chrétiens, n'est pas le fait d'hommes et de femmes ressortissant d'autres cultures, et qui pratiquaient d'autres rituels.
Certains Charmeurs de Dragons utilisaient le chant ou la musique. Ainsi, lors de son voyage dans l'Hadès à la recherche d'Eurydice, Orphée, dont la lyre avait rivalisé avec le Chant des Sirènes, dompta par la musique le gardien du seuil, le redoutable Cerbère, qui était un Dragon tricéphale.
Et peut-être faut-il voir dans le Kaleb des charmeurs de serpents contemporains un vestige appauvri et dénaturé de ces âges lointains ou certains hommes et certaines femmes pratiquaient l'art de dompter les Dragons aux accents du luth et de la lyre ; d'autant plus appauvri et dénaturé que les serpents sont sourds comme des pots.
Au Dragon subjugué par une pièce de vêtement nouée à son encolure, envoûté par la magie, dompté par la voix, soumis par la musique, il convient d'ajouter le Dragon ensorcelé par le baiser.
Les enchanteresses du monde celtique passaient pour détenir le pouvoir de rendre le monstre inoffensif, en effleurant de leurs lèvres son mufle rocailleux.
Ce geste, d'une bravoure insensée, dans le langage merveilleusement poétique des Légendes Médiévales porte un nom magnifique ; il s'appelait " Le Fier Baiser ".
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par François de SARRE
Si l'on en croit le calendrier, nous sommes en 2004. En gros, cela signifie qu'il y a 2 millénaires a eu lieu un événement historique ( ou considéré comme tel ) servant de repère temporel : la naissance de Jésus-Christ. A quelques années près, car pour beaucoup d'historiens, Jésus-Christ serait né quelques années avant lui-même… Mais ce n'est pas l'objet du présent débat, où il sera question de plusieurs siècles de décalage…
Cela dit, on a un peu tendance à l'oublier : d'autres calendriers sont en vigueur, à usage plutôt religieux, comme celui daté de l'hégire ( en 622 de l'ère chrétienne ) pour les musulmans, ou le calendrier juif ; ou bien encore l'ère bouddhiste, largement employée dans les documents d'état-civil en Thaïlande, comme j'ai pu le constater en y séjournant. Ces calendriers, et quelques autres, sont bien vivants. Quand nous avons fêté le passage à l'an 2000, toute l'humanité ne se sentait pas concernée, loin de là !
Pendant ces festivités, les média avaient d'ailleurs mis l'accent sur une bizarrerie de notre calendrier : c'est seulement un an plus tard
seulement que nous sommes effectivement entrés dans le 3ème Millénaire… En effet, le XXI° siècle a débuté
le 1er janvier 2001 [ et il se terminera le 31 décembre 2100 ].
Cette disposition trouve son origine dans la décision originale de faire commencer l'ère chrétienne en l'an 1 ( et
non en l'an 0, qui n'a pas existé ). Qui en a été l'instigateur ? L'histoire officielle des Eglises rapporte que ce fut le
moine Denys le Petit ( en latin, Dionysius Exiguus ), vers la fin du V° siècle.
Denys le Petit a numéroté les années d'après ce qu'il croyait être celle de la naissance du Christ, l'an 1. C'est ce qui
constitue l'ère chrétienne. Ainsi, les travaux de ce moine arménien pour fixer la date de naissance de Jésus-Christ sont-ils à la base de notre
chronologie actuelle, dite "anno domini" !
Nous le disions d'entrée, ce ne sont pas les mises en concordance ( ou synchronisations ) habituelles,
parfois discutées, qui causent problème : en liaison par exemple avec le règne d'Hérode, le recensement d'Auguste, ou un événement astronomique
remarquable ( étoile de Bethléem ), ce qui crée quelques années de décalage.
Comme nous allons le voir, il ne va pas être question d'années… mais bien de siècles entiers !
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Revenons un instant aux calendriers. Nous n'avons pas fait allusion au calendrier républicain qui fut institué en France par la Convention nationale le 24 octobre 1793, et demeura en usage jusqu'au 1er janvier 1806. L'année commençait à l'équinoxe d'automne au mois de vendemiaire. Un avantage indéniable de ce calendrier [ non seulement pour les paysans et les labours ] était de supprimer le problème lié à la date " flottante " de Pâques qui, de nos jours encore, perturbe les rythmes scolaires… Au début du XIX° siècle, l'influence de l'Eglise romaine était trop forte sur la société laïque pour espérer garder le calendrier républicain, et maintenant, à l'ère de la globalisation, il serait bien difficile de changer le calendrier international de toute une planète !
Parallèlement à l'ère chrétienne en cours, et sur la même base d'une année tropique de 365,2422 jours, il existe
une chronologie scientifique qui a pour année de référence 1950 : c'est la chronologie avant le présent, appelée en
anglais YBP [ Years Before Present ]. On parle ainsi de
datations BP ( Before Present ). C'est très utile pour dater les objets archéologiques, les événéments
protohistoriques, etc… A condition bien sûr de ne pas mélanger avec les dates de l'ère chrétienne [ avant Jésus-Christ ou BC,
Before Christ, en anglais ; après Jésus-Christ, AD ou Anno Domini ]…
C'est cette chronologie BP que nous allons essayer de privilégier dans la suite de cet exposé ( sauf indication contraire ).
Pour prendre un exemple : "700 ans BP" voudra dire 700 années avant 1950, c'est-à-dire 1250 après Jésus-Christ
en chronologie traditionnelle.
Ainsi l'accent sera mis sur les 700 ans qui nous séparent de cette époque !
En effet, dans cette chronologie absolue, on procède en reculant depuis l'année de référence 1950,
et non plus en avançant depuis un hypothétique an 1 instauré par le moine Denys le Petit…
Dans ce calendrier d'inspiration scientifique, je suis né en -3, et nous écrivons l'année 54 !
L'ère linéaire ( chrétienne, dans notre exemple ) comprend des années calendaires dont la durée
est fixée par des critères astronomiques. Nous savons qu'une année tropique dure 365 jours + un peu moins du quart d'un jour ( 0,2422 ).
Cela correspond à la période moyenne qui sépare deux équinoxes de printemps consécutifs.
L'année julienne des Romains comportait 365,25 jours. C'était déjà une bonne approximation.
Tous les 4 ans, il suffisait d'ajouter un jour, mais l'année astronomique demeurait plus courte que l'année légale, d'où une certaine dérive
dans le temps : l'écart entre l'équinoxe de printemps "calendaire" et "astronomique" atteignait 10 jours au XVI° siècle, ce qui se
ressentait sur la date de Pâques. Mais depuis 1582, le calendrier grégorien supprime 3 années bissextiles sur 4 en début de siècle,
ce qui ralentit cette fâcheuse dérive… A cette occasion, le pape Grégoire XIII avait rétabli la concordance des dates, en passant directement
du jeudi 4 octobre 1582 au vendredi 15 octobre 1582.
Certains historiens, partisans d'une révision de la Chronologie, pensent que Grégoire XIII en a aussi profité pour
réajuster des dates anciennes… voire pour intercaler des événements fictifs en dedans de la chronologie chrétienne !
C'est ce que nous découvrirons au fur et à mesure... Il va de soi que, même dans un cadre plus "conventionnel", on reconnaît que certains mythes ont jadis été imbriqués dans l'histoire des peuples, comme celui de Jeanne d'Arc au XV° siècle [ qui n'a jamais assiégé Orléans ], ou la Guerre de Cent Ans qui, pour l'historien français Robert Caratini, s'est résumée à de simples escarmouches et "querelles familiales", puisque les souverains anglais et français étaient de proches parents ! De même, on peut réfuter le personnage du comte Roland de Roncevaux ( 778 ) sans avoir à nier l'existence de Charlemagne ni ses exploits guerriers. Certains auteurs, comme l'historien allemand Heribert Illig, vont néanmoins beaucoup plus loin en estimant que toute l'épopée de Charlemagne doit être reléguée dans le domaine du mythe…
Personnellement, mon premier contact avec une "discordance" de l'Histoire eut lieu en 1966 à l'occasion d'un stage à l'Institut d'Océanographie de Split ( Croatie ). Au centre-ville, le Palais de l'empereur romain Dioclétien ( 284-305 après J.-C ) est resté pratiquement intact, et surtout les habitations de la Renaissance sont intégrées un peu partout dans l'ensemble architectural pré-existant, comme s'il n'y avait jamais eu 10 ou 12 siècles d'intervalle…Sachant que, partout dans le monde, les habitants d'une cité sont prompts à récupérer des pierres pour les utiliser dans les constructions nouvelles, cela me paraissait très étonnant ! Le Palais de Dioclétien a-t-il été longtemps préservé sous une épaisse coulée de boue [ un peu comme à Pompéi, mais sans le volcan… ], ou bien les maisons de la Renaissance ont-elles été édifiées juste après la fin du règne de Dioclétien, dans un style architectural résolument nouveau ( vénitien ) ?
Bien plus tard en 1994, dans un contexte différent, j'avais posé la question de l'âge réel du Suaire de Turin ( censé avoir été le linceul de Jésus-Christ ) dans le numéro 15 du magazine "Mystères". Des analyses par le carbone 14 avaient daté le suaire du XIV° siècle alors qu'on s'attendait à une datation du 1er siècle… J'avais formulé l'hypothèse en ces termes : " Et si les 1300 ans de décalage n'étaient dus qu'à une erreur de chronologie ? ". Autrement dit, ce n'est pas aux datations du C 14 qu'il fallait imputer "l'erreur", mais bien à notre calendrier ! Uwe Topper dans ses livres est aussi de cet avis, tandis que d'autres chercheurs [ Lynn Picknett & Clive Prince : Turin Shroud. In whose image ? ] évoquent une participation de Léonard de Vinci à la réalisation du linceul, selon une technique dite de la camera obscura.
Si nous voulions remonter le temps jusqu'aux premiers "sceptiques" de la chronologie anno domini, il faudrait citer le
savant anglais Isaac Newton ( fin du XVII° siècle ). Mais les données récentistes s'inscrivent surtout dans le cadre
des travaux d'Anatolij Fomenko, professeur de mathématiques à l'Université de Moscou, et de ses collaborateurs, qui, depuis le début des années 1980,
proposent une révision radicale des dates de l'Histoire mondiale, considérées comme douteuses au moins jusqu'au XV° siècle [ c'est-à-dire
jusqu'aux règnes de François 1er et d'Henri IV ].
Les critiques envers l'historiographie établie ont par la suite gagné l'Allemagne. Tout comme Fomenko, Heribert Illig dans
sa revue "Zeitensprünge" pensait que beaucoup de répétitions ( de dynasties, d'épopées guerrières ) étaient
venues "gonfler" l'Histoire ancienne.
Dès les années 1980, Illig avait établi toute une série de scénarios critiques ( "chronologiekritische Szene" ),
et, comme nous l'avons évoqué, il soutenait notamment que le personnage de Charlemagne était une pure fiction historique.
Pour en revenir à l'école russe, le point de départ des recherches de Fomenko fut la détermination d'un paramètre de l'accélération lunaire, dont le calcul s'appuie sur les renseignements fournis dans l'Almageste, traité d'astronomie rédigé par Claude Ptolémée, prétendument du II° siècle après J.-C. Le professeur Fomenko avait découvert qu'une anomalie astronomique pouvait être éliminée si l'on redatait ce catalogue astral de "600 à 1300 ans après J.-C.". Cela concernait également les éclipses de soleil, et la correspondance de certaines dates dans les chroniques anciennes.
Par la suite, Fomenko s'intéressa aux méthodes employées par les historiens pour dater les textes. Il remonta ainsi
à Joseph Scaliger [ Opus novum de emendatione temporum, 1583 ] et à Dionysios Petavius [ De doctrina temporum,
1627 ], qu'il désigna comme les fondateurs du système chronologique à partir duquel on date habituellement les trouvailles archéologiques
et les événements historiques.
En fait, Scaliger et Petavius avaient fondé leur démarche sur une lecture peu critique des textes ecclésiastiques traditionnels.
Et les historiens laïcs du XIX° siècle, comme Jules Michelet, leur ont tout naturellement emboîté le pas… D'où notre vision actuelle "tronquée"
de l'Histoire !
Un exposé sur la révision de la Chronologie ne serait pas complet si l'on ne n'y évoquait pas Immanuel Velikovsky, un psychiatre
new-yorkais qui trouva son inspiration première dans un livre de Sigmund Freud "Moïse et le monothéisme". Il s'agissait des liens possibles
entre Moïse et le pharaon Akhenaton. Velikovsky repensa toute l'histoire ancienne dans une vision catastrophique… Planètes et comètes auraient
été la cause de cataclysmes sur Terre, dont le souvenir s'était perpétué dans les écritures saintes et les légendes antiques.
Les astronomes ont, par la suite, établi que les mouvements des corps célestes du Système Solaire étaient loin d'être aussi
stables et réguliers qu'on ne le pensait naguère. Mais les travaux de Velikovsky ont surtout contribué à ouvrir les yeux sur une chronologie courte
des événements historiques, dans le cadre de l'Egypte ancienne, de la Palestine et du Proche-Orient. Car si l'on raccourcissait la chronologie égyptienne,
toute celle de la Méditerranée antique s'en trouvait changée… En effet, les faits historiques étaient datés en corrélation avec ceux de l'Egypte, en se basant
sur des indices matériels comme les fameux scarabées de Thoutmosis III, trouvés un peu partout en Syrie et Palestine. Velikovsky pensait
que le règne de ce pharaon du Nouvel Empire avait été antidaté de quelque 500 ans. Hatshepsout [ autour de 1500 av. J.-C. ]
aurait été la fameuse "Reine de Saba" dont la Bible mentionne la visite au roi Salomon.
Là aussi, il fallait "forcer" le cours de l'Histoire sur près de 500 ans… Mais plutôt que la lecture biblique littérale,
nous retiendrons ici les allusions de Velikovsky à des cataclysmes historiques, qu'il interprète comme des passages rapprochés de comètes.
Evidemment, il serait simple de nier tout en bloc, arguant que des comètes n'ont pas à venir s'égarer en banlieue terrestre… On peut penser également que, de toute façon, ce n'est pas cela qui changerait le cours de l'histoire… C'est oublier un peu vite l'épisode de la Tougounska, en 1908, quand une comète ( ou un autre corps non identifié ) a explosé au-dessus de la taïga sibérienne. A quelques minutes près, le bolide serait tombé sur St Petersbourg… Le cours de l'Histoire mondiale n'en aurait-il pas été changé ?
L'école russe initiée par Anatolij Fomenko, Gleb Nossovski et Nikolaï Morozov a inspiré d'autres auteurs dans les années 1990,
et notamment le champion d'échecs Garri Kasparov, qui signe la préface du "Book of Civilization" d'Igor Davidenco et Jaroslav Kesler,
ou "Livre de Civilisation", publié à Moscou en 2001.
La critique -constructive- de la chronologie traditionnelle s'enracine dans les domaines les plus divers ( art, histoire,
architecture, metallurgie ), et aussi dans la linguistique. L'apparition des langues européennes modernes paraît à Davidenco très récente, et en tout
cas postérieure au dernier cataclysme, voici 700 ans. Le latin a été une sorte de koïné, propre à l'Empire romain, puis à l'Eglise
catholique romaine… où il restera en usage jusqu'au Concile Vatican II ( années 1960 ).
La mère des langues romanes serait plutôt… le roumain, autrefois largement répandu en Europe !
L'école dite allemande est composée de "fomenkistes", comme Eugen Gabowitsch, Alexander Beiebach, parfois critiques
envers Fomenko, comme Uwe Topper ou le bâlois Christoph Marx, ou bien de "vélikoskistes", comme Heribert Illig ( théorie des 'siècles
fantômes' ), Gunnar Heinsohn ou Horst Friedrich. On peut également citer ici le physicien Christian Blöss, le mathématicien italien Emilio Spedicato,
ou encore l'ingénieur Hans-Joachim Zillmer, partisan d'un raccourcissement conséquent des périodes géologiques.
Tous ces chercheurs venus d'horizons très divers ont publié des études, des manuels, voire des livres à fort tirage
sur la nouvelle chronologie, en Allemagne notamment.
Dans un petit livret de 126 pages paru en 1999, "Als das Mittelmeer trocken war" [ = Quand la Méditerranée
était asséchée ], j'ai moi-même esquissé l'histoire des migrations d'animaux ( terrestres et dulçaquicoles ) entre le Maroc
et l'Espagne actuels, alors que le détroit de Gibraltar était à sec, puis quand il a été ouvert, rétablissant le passage océanique. Mais la Méditerranée fut
antérieurement reliée à l'Atlantique par d'autres passages, et le niveau des océans n'eut cesse de fluctuer au cours des derniers millénaires.
De cette étude zoogéographique des faunes passées et actuelles se dégageaient plusieurs éléments intéressants.
D'une part, les chaînes du Rif ( Maroc ) et de la Sierra Nevada ( Espagne ) formaient, il n'y a pas si longtemps, un ensemble
montagneux continu. L'ouverture du détroit de Gibraltar a été récente, et s'est probablement déroulée en deux temps. La Méditerranée a connu
une période d'assèchement, puis s'est remplie à l'occasion d'un événement brutal, cataclysmique, par le déferlement d'eau très froide en provenance
de l'Arctique, comme en témoignent les fossiles subrécents de poissons ( Capelan ) et de coquillages ( Cyprina islandica ).
Ce raz-de-marée géant, qui traversa la France du nord au sud, fut peut-être occasionné par l'impact en mer d'une comète [ ou d'un morceau
de comète ] à proximité de l'Islande.
En tout cas, l'impression majeure qui ressortait de cette étude plaidait en faveur d'un événement récent… Je situais
ces faits aux environs de 3.000 ans BP ( Before Present ). Cette date correspondait apparemment au "Déluge" dans la chronologie
officielle (géologique), que l'on estime avoir eu lieu autour de 12.000 ans, marquant la fin des glaciations.
En revanche vers 10.000 ans, dans "ma" chronologie, je resituais le début de l'ère Tertiaire et la formation des chaînes
de montagne de type "alpin" !
Voici une reproduction du tableau que je proposais dans mon livre dès 1999, mettant en relation les principaux événements et périodes de l'Histoire depuis le début du Tertiaire. La reconstruction de cette chronologie alternative n'a bien sûr qu'un statut d'hypothèse.
| Dates en années BP ( avant le présent ) : | Evénements : |
| Vers 10.000 | Début du Tertiaire, formation des chaînes de montagnes jeunes ; développement d'une grande civilisation technologique à la surface de la Terre. |
| Vers 5.000 | Impact d'astéroïde, début du Quaternaire et série de glaciations dans l'hémisphère Nord ; Paléolithique des préhistoriens : "Cro-Magnon" et cultures préhistoriques ( Solutréen, Magdalénien ) ; la Méditerranée est pratiquement asséchée ; navigation et commerce florissants de part et d'autre de l'Atlantique-nord, ainsi que dans les mers australes. |
| Vers 3.000 | Impact de comète dans l'Atlantique nord ; Déluge "de Noé" [ et autres inondations ] ; régression culturelle de l'homme sur le pourtour méditerranéen : Néolithique des préhistoriens ; développement de la civilisation atlanto- européenne des Mégalithes ; échanges commerciaux maritimes et terrestres à l'échelle planétaire, cartographie du globe [ carte de Piri Re'is ]. |
| Vers 2.000 | Passage rapproché de comète ; destruction de la civilisation atlanto-européenne ; ouverture définitive du détroit de Gibraltar ; nombreuses inondations et transgressions marines ; développement de la civilisation égyptienne ; migration des "peuples de la mer" ; puis mise en place progressive de l'Empire romain. |
| Vers 700 | Passage rapproché de comète ; grandes inondations qui mirent fin à l'Empire romain ; grande peste et épidémies consécutives ; instauration de la papauté en Avignon, puis à Rome ; les lieux de culte antiques sont récupérés par la religion chrétienne en expansion constante. |
En 1999, je connaissais les idées d'Heribert Illig et d'Uwe Topper, avec lesquels j'étais en contact. Topper avait élaboré une
chronologie relativement similaire, alors qu'Illig restait plus "classique" dans ses projections. De façon intéressante, des éléments nouveaux
sont venus par la suite renforcer mes réflexions personnelles.
Ainsi l'hypothèse de la "comète nordique" a-t-elle été évoquée en février 2004 par une équipe de chercheurs de l'université
de Cardiff ( Grande-Bretagne ), qui dataient cet événement de 1500 ans, ce qui [ dans le respect de la chronologie officielle ]
le situait au début du Moyen-Age. Les chercheurs Emma Rigby et Mel Symonds allèrent jusqu'à comparer cet événement avec ce qui s'était vu dans les
observatoires astromiques du monde entier en 1995, à l'occasion de l'impact de la comète Shoemaker-Levy sur Jupiter !
Quant à l'auteur allemand Peter Brüchmann, il pense que voici 12.000 ans environ, une catastrophe mondiale
s'est produite, qui a façonné l'actuel visage de la Terre. Ancien ingénieur de vol de la Lufthansa, Brüchmann a consigné, dans un livre paru en 2003,
" Warum die Dinosaurier starben " [ = Pourquoi les dinosaures sont morts ], ses impressions personnelles
que les chaînes de montagne étaient récentes… Elles paraissaient avoir subi l'action de formidables masses d'eau venues du ciel qui en avaient
sculpté les contours. D'après Brüchmann, une baisse brutale de la pression atmosphérique [ suite à une catastrophe planétaire ] provoqua l'absorption
de l'eau océanique par l'atmosphère. Le refroidissement qui s'ensuivit occasionna des pluies diluviennes… sur des montagnes à peine formées.
En tout cas, ce livre donne une explication élégante à la formation des grains de sable des déserts actuels : lors
d'explosions, des électrons libres projetés dans l'atmosphère ont été "capturés" par les atomes d'azote [ 78,09 % de l'air ], puis imbriqués
à ces atomes pour former du silicium ; et enfin l'oxygène [ 20,95 % ] interagissait à son tour pour former du dioxyde
de silicium, donc du sable…
Concernant une époque géologique plus récente, les chercheurs de l'équipe galloise du Dr. Ward-Thompson avait noté
une période perturbée sur les cernes ( anneaux de croissance ) d'arbres. L'étude des variations d'épaisseur des
anneaux ( dendochronologie ) permet des corrélations avec la méthode de datation au C 14, et ainsi, une estimation des cycles
climatiques. Il s'agit ici d'une période vers 1500 BP, que les chercheurs assimilent aux années 536-540 anno domini.
Mais peut-on en être certain ?
Ce qui est sûr, c'est que des années très froides [ comme dans le scénario catastrophique de l'hiver nucléaire ]
étaient la règle, vers 1500 ans avant le présent ! Mais cette datation nécessite sans doute un réajustement… La méthode des cernes
d'arbres a été pratiquée sur des troncs issus de tourbières qui, eux, ont été datés au… carbone 14, dont on connaît les insuffisances
[ et la dépendance vis-à-vis des variations de proportion des isotopes de carbone dans l'atmosphère ] !
A mon avis, l'événement décrit par les chercheurs gallois est plutôt corrélé avec une date que je situerai personnellement
aux alentours de 2000 ans BP [ cf. tableau ]. En fait, il y aurait eu 2 évènements catastrophiques, l'un voici 2000 ans,
et l'autre plus récent, voici 700 ans.
L'auteur irlandais Mike Baillie ( Queen's University, Belfast ) a suggéré une catastrophe cosmique
vers -1500 ans en chronologie traditionnelle [ soit 700 ans BP ? ]. Pour lui, cet événement coïncidait
avec les "Dark Ages", marquant la fin de l'Empire Romain, et aussi celle du règne du mythique roi Arthur ( ou Artus ).
Ce roi légendaire du pays de Galles anima la résistance des Celtes face à la conquête anglo-saxonne
( fin du V° siècle - début du VI° siècle ). Ses aventures ont donné naissance aux romans courtois du Cycle d'Arthur,
appelé aussi Cycle breton ou Cycle de la Table Ronde.
Personnage de fiction ?
En tout cas, le roi Arthur est représenté en habits du Moyen-Age dans la Hofkirche d'Innsbruck ( Autriche )
en compagnie de personnages réputés historiques comme Clovis, roi des Francs, ou Théodoric, roi des Ostrogoths ( 454-526 en chronologie
traditionnelle ), et aussi de personnages moins tardifs, ainsi que des contemporains de l'empereur germanique Maximilien 1er
( XVI° siècle ) auquel ce monument est dédié.
C'est un peu comme si l'on avait voulu "gommer" la période historique comprise entre le V° et le XIV° siècle…
Pour en revenir à Mike Baillie, celui-ci relève que le VI° siècle fut aussi celui de la Grande Peste, dite de Justinien.
Les effet de cette pandémie ont été désastreux sur une population apparemment très affaiblie déjà par les bouleversements climatiques et la famine
consécutive aux mauvaises récoltes.
Cet épisode n'est pas sans rappeler la Peste Noire, qui dans la chronologie traditionnelle n'a sévi que 7 siècles
plus tard, ravageant l'Europe, en provenance d'Asie mineure, et occasionnant des dizaines de millions de morts… Dans les deux cas, on pense que près
de la moitié de la population européenne a péri.
Les deux événements ont-ils pu être confondus ?
En tout cas, l'écrivain florentin du XIV° siècle, Giovanni Boccacio, auteur du "Décaméron", dépeint la fuite de jeunes
gens devant l'épidémie de peste qui s'abat sur l'Italie. A-t-il décrit des faits historiques dont il a été le témoin ?
Quant au chroniqueur Roger de Wendover ( Flores Historium - 1230 ), il fait allusion à l'apparition d'une comète
en Gaule, vers 540 ou 541 : "Tout le ciel était en flammes, du sang coulait des nuages… et beaucoup de gens périrent".
Après la Peste Noire ( 1347, en chronologie anno domini ) et les temps qui s'ensuivent, les populations
européennes et celles du pourtour méditerranéen luttent essentiellement pour leur survie. En l'espace de deux ou trois générations, chez les survivants
minés par les maladies et la malnutrition, les souvenirs du passé ( même récent ) s'altèrent, s'estompent, s'oblitèrent. Il n'y a pas que les
êtres humains qui soient frappés. Faute d'entretien, les grands édifices ( cathédrales, temples et beffrois ) se délabrent et menacent de tomber
en ruine ; leur fonction originelle est vite oubliée.
On peut supposer que les élites dirigeantes de l'époque surent tirer profit de la situation, en se trouvant une légitimation
politico-religieuse, puis en s'assurant que leur secret resterait caché des masses…
Certes, l'historiographe russe Fomenko pensait que Scaliger ( au XVI° siècle ) et la génération
de 'chronologues' qui l'avait précédé, s'étaient involontairement trompés en faisant la synthèses des divers calendriers, puis en déclassant
dans des périodes différentes des documents qui décrivaient en fait la même époque, parfois dans des langages variées ( grec, latin, hébreu ).
En revanche, si l'on se réfère à Uwe Topper ou à Christoph Marx, une puissance politico-religieuse du XIV° siècle aurait
eu tout intérêt à fabriquer une nouvelle version de l'histoire… afin d'asseoir et légitimiser leur pouvoir !
A cette époque, en raison du traumatisme post-cataclysmique et du délabrement général des sociétés, une multiplicité de
mythes et de légendes coursaient à travers l'Europe : l'identité nationale était devenue floue et le brassage des langues général. Les points
de repère manquaient, et les quelques chroniqueurs s'exposaient tout naturellement à des télescopages chronologiques et géographiques,
par approximation, ou par insuffisance de la documentation écrite.
Aujourd'hui, on a tendance à "couler" tout ce que l'on voit sur dans le moule de l'Histoire apprise. Ainsi, la basilique ou cathédrale "du XII° siècle", nous semble bien évidemment avoir été, depuis l'origine, dédiée au culte chrétien. La simple pensée que les bâtisseurs n'étaient pas Chrétiens apparaît pour le moins saugrenue… Et pourtant !
Un autre exemple de chronologie possiblement tronquée est celui d'un événement important dans le cours de l'Histoire : la bataille de Hastings ( 1066 ), et la victoire de Guillaume le Conquérant qui livra l'Angleterre aux Normands. Cette bataille est pour ainsi rétrodatée par le passage de la comète de Halley, visible sur la célèbre tapisserie de Bayeux. Ainsi, nous associons ensemble l'année 1066, la conquête de l'Angleterre et le passage de la comète. Ce faisant, nous oublions que la tapisserie dite "de la reine Mathilde" est forcément plus ancienne que l'événement, et que la comète a effectué plusieurs retours à l'époque médiévale [ tous les 72 ans ].
Ainsi, s'il faut amputer l'Histoire d'une dizaine de siècles, cela ne veut, bien sûr, pas dire que tout ce qui est compris,
en gros, entre la fin de l'Empire Romain d'Occident et le début de la Renaissance, doit être systématiquement rayé des tablettes… Loin s'en faut !
Certains événements ont pu être décalés ; certaines dynasties régnantes ont pu être gonflées.
Nous avons tous en mémoire l'épisode des rois de France inhumés à Saint-Denis [ du Mérovingien Dagobert 1er
au Bourbon Louis XVIII, à de rares exceptions près ]. On sait que les tombeaux royaux ont été profanés en 1790 ; la Basilique est
abandonnée aux pilleurs jusqu'en 1805 ; Napoléon fait procéder aux premières restaurations, puis en 1816, Louis XVIII ordonne la reconstitution
de la nécropole royale. Les ossements des Bourbons sont remis dans la crypte, et Louis XVIII lui-même y sera enterré en 1824.
D'un point de vue historique, on peut admettre que la Basilique de Saint-Denis a été, durant 12 siècles, le lieu d'inhumation
de plus de 70 rois et reines Mérovingiens, Carolingiens et Capétiens. Toute notre Histoire de France ! Sans les exactions de la Révolution,
nous serions encore en possession de toutes ces dépouilles. Oui, mais…
Revenons en arrière : l'abbaye de Saint-Denis fut fondée en 475 par Sainte-Geneviève, construite par des moines
bénédictins en souvenir de Saint-Denis, premier évêque de Paris au III° siècle. Selon la légende, c'est là qu'un cerf s'était réfugié dans une
chapelle bâtie par Sainte-Geneviève ( qui sauva Lutèce des Normands ). En 638, Dagobert y fut enseveli selon sa volonté, choisissant
ce lieu de sépulture, et créant ainsi un panthéon pour sa dynastie. Mais ce n'est qu'au XIII° siècle [ en chronologie traditionnelle ]
que le transept sera véritablement aménagé par Pierre de Montreuil pour y accueillir les dépouilles royales.
Avec le recul de temps, il paraît difficile d'affirmer que les rois de France se sont succédés durant 12 siècles dans la même crypte… C'est possible, mais non certain ! En tout cas, cela ne permet pas de trancher, ni pour, ni contre, la chronologie traditionnelle !
Pour avoir plus de certitudes, on cherchera sans doute à comparer "notre" Chronologie avec celle d'autres pays, plus lointains. Mais pour ne citer ici que cet exemple, l'ordre chronologique de la Chine semble être un modèle tardif, recréé en fait à partir de la chronologie importée d'Europe lors des premiers contacts avec les missionnaires jésuites, dans une Chine qui n'avait que des chroniques dynastiques non reliées entre elles, et possiblement recopiées en plusieurs "couches" chronologiques, selon le modèle déjà montré pour l'Europe.
Jules-César lui-même ne fut pas empereur. Mais après son assassinat par Brutus et l'accession d'Octave, le pouvoir personnel
allait s'imposer à Rome : titre d'auguste et caractère divin du monarque régnant... Puis sous Calligula et Claude, l'imperium
prit le pas sur l'auctoritas.
On pensait bien connaître la liste des empereurs romains, mais des archéologues romains viennent de découvrir près
d'Oxford 5000 pièces du III° siècle de notre ère, avec un portrait nouveau autour duquel était inscrit : " IMP C
DOMITIANUS P F AUG ", ce qu'on traduit par "Empereur Caesar Domitianus, obéissant et heureux auguste" [ à ne pas
confondre avec Domitien Flavien, qui régna de 81 à 96 ]. Voilà donc un nouvel empereur, non répertorié !
Soit dit en passant, les pièces romaines n'étaient pas datées [ pas même "ab urbe condita" ]…
Leur âge est laissé à l'appréciation des archéologues et historiens !
Dans la chronologie traditionnelle, la fin de l'Empire romain d'Occident est fixée à 476 ( chute du
dernier empereur, Romulus Augustule ) ; celle de l'Empire romain d'Orient ( byzantin ) à 1453, après la prise de Constantinople
par les Turcs.
La question que nous nous posons est de savoir si le dernier empereur ouest-romain a été occis il y a 1500 ans,
ou plutôt il y a 700 ans ?
C'est bien là toute la différence entre la chronologie traditionnelle [ anno domini ], et la chronologie courte. Voici un tableau résumant ces mille dernières années : nous partons de l'époque gréco-romaine "recadrée" à 1000 BP, puis remontons le cours du temps.
| Dates en années BP ( avant le présent ) : | Evénements : |
| Vers 1000 | Dynastie égyptienne des Ptolémées, grandes civilisations
du Proche-Orient ( Perse ) et d'Europe orientale ( Grèce ).
Royaume de Judée. L'Empire romain est en pleine expansion : c'est l'époque du "mare nostrum", la Méditerranée est sous le contrôle de Rome. |
| Vers 700 | Fin de l'Empire romain d'Occident ; événement cataclysmique sur l'ouest de l'Europe ; graves inondations, puis épidémie de peste ; la Renaissance se bâtit spontanément sur les restes de l'Empire, sans longue période de transition ( "Moyen-Age" ) ; les élites politico-religieuses, qui ont la connaissance des événements passés, modèlent progressivement une chronologique "longue" en intégrant dans l'Histoire des épisodes fictifs ou dupliqués. |
| Entre 500 et 400 | Fin de la Renaissance, quattrocento. Les dates BP [ à cause de "troncage" et de réajustements ] coïncident encore imparfaitement aux dates habituelles du calendrier occidental… Puis l'an 1582 après Jésus-Christ [ date de la réforme grégorienne ] sera l'année 368 en chronologie "Years Before Present"… |
La Renaissance aurait donc été, non pas une période de redécouverte de la culture antique, mais en fait l'époque de la production de la plupart des textes classés plus tard comme antiques. Bien sûr, des écrits anciens [ d'avant la grande catastrophe... ] ont vraisemblablement été découverts ; mais nous n'en connaissons que des copies, ou des textes incompréhensibles, comme le fameux manuscrit Voynich et autres grimoires.
On constate surtout que c'est à partir d'un événement climatique brutal - et après la destruction quasi totale des civilisations antiques - que l'essor de l'humanité a pu redémarrer, voici 700 ans, ce qui est finalement tout à fait conforme au type de progression exponentielle des sociétés humaines...
En d'autres termes : ce qui est historiquement normal, c'est de passer en 50 années de l'avion des frères Wright au
bombardier à réaction ; ce qui n'est pas normal, en revanche, c'est de rester pendant 1000 ans au même type de char à bœufs…
Si c'est vraiment le cas, c'est qu'il y a quelque part une anomalie… ! Il peut s'agir en l'occurrence d'une catastrophe climatique majeure
sur une bonne part de la planète, provoquant un retour forcé de l'humanité en arrière !
Au cours du temps et des périodes historiques, les sociétés humaines diffèrent peu par leurs productions,
mais beaucoup par leurs moyens de production… D'où l'illusion des grands "Ages" du cuivre, du bronze ou du fer…
Et si nous en sommes arrivés au stade de développement "high tech" qui est le nôtre aujourd'hui, c'est essentiellement
parce que, depuis 7 siècles, il n' y a plus eu de grand cataclysme planétaire !
Au début de notre exposé, nous disions qu'à notre époque même, beaucoup de calendriers coexistent…
C'était aussi le cas, il y a 7 siècles...!
L'un de ces calendriers a pu être détourné… La critique chronologique s'appuie en effet sur de probables
manipulations des calendiers, ou plus précisément des ères… [ à caractère dynastique ou religieux ].
Mais pourquoi donc vouloir " se vieillir " ?
Pour des raisons évidentes de prestige et de légitimité… Ce n'est pas très différent des slogans publicitaires actuels
qui vantent les qualités d'eaux minérales : " Depuis des temps immémoriaux… ".
C'est un excellent argument de vente, même si c'est archi-faux !
Et cela a toujours été un très bon argument de séduction auprès des foules.
Revenons aux chronologies. Dans les textes anciens, il était courant d'écrire : "Dans la 5ème année
du règne du pharaon Amenophis.." ou "Dans la 15ème année du règne de l'empereur Tibère" [ cf. l'évangile de Luc, 3, 1 ].
D'où la profusion des chronologies ou " ères "…
Dans l'Antiquité, on connaissait l'ère des Séleucides, nommés d'après une dynastie héllénistique. On date ( par comparaison )
le début de cette ère à 312 avant Jésus-Christ. Il y avait aussi, bien sûr, l'ère romaine " ab urbe condita ", c'est-à-dire depuis la fondation
mythique de la ville de Rome [ 753 avant Jésus-Christ ]. Citons aussi l'ère de Dioclétien à compter
de 284 après Jésus-Christ, toujours en usage dans l'Eglise copte.
Ainsi que des calendriers, comme celui d'Eusebius et Orosius, qui datait ( retrospectivement ) la
naissance du Christ à + 5199 ans après la Création du Monde. Vers l'époque de Jules-César, on connaissait aussi un
calendrier ars mundi, ainsi que des chronologies d'inspiration babylonienne ou celto-germanique…
Sur la façade d'une tour de la petite ville de Kürnbach [ pays de Bade ], une date inscrite dans la pierre
indique 3496 en chiffres arabo-indiens. Pour l'historien Walter Haug, on peut aussi lire 1496 si l'on considère que les 3 "barres" réunies constituent le chiffre "1".
Mais dans les deux cas de figure, serait-on tenté de dire, de quel calendrier s'agissait-il ?
Ce n'est que vers la fin du XVI° siècle que l'on a commencé à mettre des dates sur les pièces de monnaie… Comme l'écrit Garri Kasparov dans sa préface du "Livre de Civilisation", il faut noter aussi l'absence des datations anciennes dans les cathédrales, à part bien sûr les plaques aposées au XVIII° ou XIX° avec des dates qui correspondent au système chronologique anno domini en usage. Jusqu'à preuve du contraire, aucun édifice daté du XII° ou du XIII° siècle ne comporte d'inscription authentique contemporaine à la date prétendue de la fin des travaux, ce à quoi on serait pourtant en droit de s'attendre !
La critique chronologique s'intéresse ainsi aux possibles manipulations du calendrier. En tout état de cause, à la Renaissance, il y a pu avoir "récupération" d'un calendrier plus ancien par divers artifices.
Il semble assez évident que la dernière catastrophe planétaire, puis les grandes épidémies, ont favorisé la naissance
d'un pouvoir politico-religieux fort, dans une partie de ce qui avait été l'Empire romain.
Pour Uwe Topper, certains éléments indiquent le sud de la Gaule, et tout particulièrement la vallée du Rhône autour
d'Avignon. L'établissement de la Papauté à Rome ne se fit qu'au XV° siècle [ quattrocento ].
Dans ce contexte, l'essor même de la chrétienté paraît assez récent [ 7-6 siècles ]. En réalité, le récit des Evangiles
a pu être calqué directement sur des représentations du théâtre "païen". De nos jours encore, beaucoup d'éléments du culte chrétien présentent
des aspects scéniques [ pastorales et crèches en Provence, passions et processions en Bavière et en Espagne ].
Tout comme l'office religieux en Orient, où le prêtre semble se retirer derrière les décors [ l'iconostase, cloison couverte d'icônes ]
d'une scène théâtrale.
En tout cas c'est la très nette impression que j'ai eue, voici quelques années, en assistant au culte de Pentecôte
sur l'île grecque de Milos. Une partie de l'office se déroule en coulisses… Etait-ce [ à l'origine ] pour changer de costume, comme
dans le théâtre antique où plusieurs rôles étaient joués par le même acteur ? Au milieu de la scène, prône l'autel ; les échanges entre "acteur"
et "public" rappellent le théâtre antique, également les choeurs, la division en prologue, les épisodes séparés par des chants,
et l'acte final ( ite missa est ). Selon Uwe Topper, le sacrifice rituel et même le repas de la Cène pris en commun,
trouvent leur origine dans les fêtes des morts publiques de l'Antiquité, que l'on jouait dans les théâtres.
L'historien et théologien italien Francesco Carotta a, quant à lui, proposé une thèse selon laquelle Jésus-Christ aurait été Jules-César [ ou l'inverse ]. Sans aller aussi loin, on peut néanmoins postuler qu'un culte rendu à l'empereur romain fut effectivement à l'origine du catholicisme... romain.
En tout cas, le secret politico-religieux a longtemps été bien gardé. Ce sont les discordances temporelles qui nous
révèlent peu à peu la vérité cachée…
Foi contre Raison ? C'est un faux débat, car pour le peuple chrétien, seule la Foi compte,
et non la croyance en une succession d'événéments historiques référencés par l'Encyclopédie… Le médecin et théologien protestant
Albert Schweitzer ( 1875-1965 ) n'avait guère offusqué son entourage en exprimant que Jésus-Christ n'était pas un personnage
historique, mais une figure créée par la Foi [ Eine vom Glauben geschaffene Gestalt, 1906 ].
Notre conception globale de l'Histoire antique et médiévale est née à la Renaissance, la bien nommée, après que les
populations européennes [ et autour de la Méditerranée ] eurent subi un terrible cataclysme d'origine cosmique [ passage rapproché
de comète, inondations ], suivi d'épidémies dévastatrices [ Peste Noire ].
A la Renaissance, voici 7 à 6 siècles, le pouvoir politico-religieux en place a favorisé une relecture de l'Histoire,
en faisant produire par les moines-copistes une multitude de textes d'inspiration antique, car il fallait se forger une légitimité en s'appuyant
sur l'ancienneté des actes fondateurs ( Evangiles, récits autour des apôtres Pierre et Paul ).
Dans le cadre d'une critique de la chronologie anno domini, il faut réexaminer tous les témoignages historiques
d'un point de vue analytique, comme le font les savants Fomento et Davidenco en Russie, Illig et Topper en Allemagne.
C'est aussi une question de simple bon sens… Il faut cesser de vouloir "forcer" l'archéologie dans le moule préfabriqué
de l'Histoire conventionnelle, et commencer à se poser des questions rationnelles, dans le cadre d'une critique saine et sereine de la chronologie.
L'époque la plus concernée est, bien sûr, la période charnière entre l'Antiquité et la Renaissance, qui dans l'esprit des
historiens aurait duré plusieurs siècles... alors qu'il pourrait ne s'agir que d'une coupure brutale de quelques dizaines d'années seulement,
qui laissa les survivants quasiment amnésiques. Et l'on comprend que les élites dirigeantes eurent à cœur de bien gérer la situation,
car il y allait également de leur propre survie ! Et c'était vraiment l'occasion d'asseoir leur pouvoir pour le long terme…
Certes, beaucoup souriront de ces allégations. Une phrase de Louis Pauwels et Jacques Bergier
dans "Le matin des Magiciens" me paraît ici appropriée : " Nous vivons sous un régime d'inquisition où l'arme la plus fréquemment
employée contre la réalité non conforme est le mépris accompagné de rires ".
Il y a déjà eu pire en matière d'inquisition !
Bien sûr il est clair que la reconstruction des événements historiques réels, voici 5 à 10 siècles,
est très compliquée ; ce travail de longue haleine fera longtemps l'objet de controverses !
Mais il n'est désormais plus possible de passer sous silence les contradictions de l'histoire "traditionnelle", même si cela va à l'encontre de certaines convictions, ancrées par l'habitude.
FOMENKO, A.T. et al. (1994) : " Empirico-Statistical Analysis of Narrative Material and its Applications to Historal Dating ",
Kluwer Academic Publishers ( NL ).
ILLIG, H. (1996) : " Das erfundene Mittelalter " - Düsseldorf.
FRIEDRICH, H. (1998) : " Erdkatastrophen und Menschheitsentwicklung " - Efodon Meson, 17, Hohenspeissenberg (D).
SARRE, F. de (1999) : " Als das Mittelmeer trocken war " - Efodon Dokumentation, 40, 127 pages et 13 illustrations, Hohenspeissenberg (D).
CAROTTA, F. (1999) : " War Jesus Caesar ? " - Goldmann Verlag, Munich.
BAILLIE, M. (2000) : " Exodus to Arthur : Catastrophic Encounter with Comets " - B.T. Batsford.
DAVIDENKO, I. et al. (2001) : " Livre de Civilisation ", Ecopress, Moscou.
ZILLMER, H.-J. (2001) : " Irrtümer der Erdgeschichte " - Langen Müller, Munich
TOPPER, U. (2003) : " ZeitFälschungen " -Herbig, Munich.
Article déjà publié dans le magazine " Top Secret " en mai 2004.
par François de SARRE
Photo par R. Lyle Laverty |
Si l'on part du principe qu'une espèce naturelle ne peut vivre - et se reproduire - qu'à la condition expresse qu'il existe
au moins 1000 individus, que penser des insaisissables "hommes sauvages" ou "hommes des neiges" ? Bien souvent on
croit savoir qu'il s'agit d'un individu isolé… vivant en solitaire dans une zone montagneuse inaccessible… Ou qu'il n'en reste guère - tout au plus -
qu'une petite douzaine ça et là… C'est bien sûr pour satisfaire nos esprits rationnels qui n'arrivent pas à comprendre pourquoi on n'a pas
déjà attrapé le "yéti" ! Comment une aussi grosse bête arrive-t-elle à échapper si longtemps aux piégeurs et chasseurs professionnels ? En plus, nous vivons
à l'époque de la haute technologie, des caméras à infrarouge et des satellites d'observation… Ou bien, autre explication possible, Bigfoot & Cie ne sont-il
que pure invention journalistique… ?
Non, je peux rassurer le lecteur, les hommes sauvages existent bel et bien ! Il y a sans doute des populations de plusieurs
dizaines ou centaines d'individus, réparties en différents points du globe… Ils vivent discrètement, anonymement, ne se laissant approcher qu'à de rares
occasions, ils sont plutôt nocturnes et furtifs, mais en tout cas, ils sont bien là !
En effet, on oublie un peu vite que, vues du ciel, les grandes étendues arborées ne sont pas transparentes, et qu'elles
recouvrent justement ces vallées d'altitude - ou autres zones boisées, marécageuses ou montagneuses - susceptibles d'abriter
des hommes sauvages… De très gros animaux
peuvent facilement s'y cacher, et les éléphants de forêt en Malaisie ou en Afrique, sont souvent cités en exemple. On peut découvrir du crottin
au détour d'un sentier, mais ne jamais voir d'éléphants… Sinon par un fameux coup de chance ! Alors, si voir un animal connu et peu méfiant est
déjà si extraordinaire, que dire d'un animal rare et mystérieux !
Yéti "classique" |
- Bref historique - Les histoires d'hommes sauvages ne datent pas d'hier, loin s'en faut. C'est surtout la publicité faite autour du yéti de l'Himalaya qui l'a fait connaître en Occident : un être mi-homme mi-singe vivant depuis toujours sur les hauteurs himalayennes ! On se souvient de la fameuse empreinte de yéti photographiée par l'alpiniste Eric Shipton en 1951. Quant au bigfoot nord-américain ou sasquatch, il a pris peu à peu les devants de la scène, grâce notamment à la diffusion du film de Patterson ( 1967 ) qui montre une femelle de ce type d'hominidé. Mais même chez nous au cœur de l'Europe, de nombreuses traditions évoquent l'existence d'hommes sauvages et velus, semblables à nous ( pas forcément des géants ! ), mais recouverts de la tête aux pieds d'un abondant pelage… Ce sont les satyres ou faunes des Grecs et des Latins, les hommes-ours du folklore pyrénéen… Des observations récentes ont même été faites en Italie, en Écosse, sans oublier la grande Russie. Nos semblables, les velus, vivent toujours parmi nous ! |
Patty, |
La première question qui vient inévitablement à l'esprit est : qui sont-ils ? Si l'on se replace dans un contexte évolutif,
on pense inévitablement aux hominidés fossiles déjà répertoriés par la science : néanderthaliens, pithécanthropes, australopithèques,
voire gigantopithèques [ un grand singe, apparenté à l'orang-outan ].
Mais, au fait, s'agit-il d'une seule sorte d'hominidé, ou plutôt de diverses espèces ?
Il n'est pas aisé de répondre à cette question. Il n'est pas simple également d'assigner aux hommes sauvages
une " étiquette " préhistorique précise, même s'il est toujours très tentant de rechercher une concordance géographique entres les hominidés disparus
et leurs descendants actuels présumés ( comme au Caucase ). Nous ne possédons en effet que des ossements [ souvent incomplets ]
des formes fossiles, et les reconstitutions faites par les paléontologues sont loin de faire l'unanimité…
Mais avant de poser la question de leur identité, voyons d'abord ce que nous savons des créatures sauvages et velues
qui ressemblent à l'homme.
Sasquatch femelle |
Avec l'Asie, nous faisons la connaissance du yéti, bien connu de tous. Sans doute n'est-il d'ailleurs pas un homme
au sens propre du terme, malgré son surnom habituel d'homme-des-neiges. Il ne vit d'ailleurs pas dans la neige, mais plutôt dans les forêts d'altitude
du Népal et de l'Inde du nord. Sa taille indiquée par Bernard Heuvelmans est "celle d'un adolescent". Évidemment, Hergé a dessiné son yéti bien trop
grand pour les besoins de l'album Tintin au Tibet… Ce qui paraît typique de cette espèce ( plus népalaise que tibétaine )
est la forme en "pain de sucre" de sa tête.
Pour beaucoup, le yéti "classique" ou migö est un proche parent de l'orang-outan. Des fossiles ou sub-fossiles ont été trouvés en Chine et en Thaïlande.
Dans ce cas, il s'agirait d'un singe. Mais l'hypothèse d'un Homo erectus de petite taille, formulée par le chercheur russe Michael Trachtengerts,
a aussi de quoi séduire ! A moins que les 2 espèces ne co-habitent… ?
Une forme plus grande, géante [ 2 m 50 ], existerait également dans l'Himalaya, voire en Birmanie,
et jusqu'en Malaisie. On l'a souvent assimilée au gigantopithèque, grand singe du Tertiaire.
De l'autre côté de la chaîne himalayenne, au Pakistan, le barmanu a été étudié par le zoologue espagnol
Jordi Magraner avant sa tragique disparition en 2002. C'est dans cet hominidé que Bernard Heuvelmans pensait retrouver son Homo pongoides
[ voir encadré plus bas ] qu'il situait en Indochine, où on l'appelle nguoi-rung.
La Chine serait le terrain de prédilection du yeren. La littérature chinoise a souvent mentionné la présence
de grands singes ou d'hommes sauvages dans la région de la Shennongjia. Une expédition y fut d'ailleurs menée en 1989 sous l'égide
de l'International Society of Cryptozoology, avec Richard Greenwell et l'anthropologue Franck Poirier. A partir des indices recueillis, ils ont proposé l'hypothèse
d'un hominidé inconnu. Le professeur Zhou Guoxin, un spécialiste reconnu des hommes sauvages chinois, est enclin à y voir des orangs-outans continentaux.
Plus au nord et au Caucase, ce sont les almas, kaptars et almastys qui font parler d'eux.
Ces derniers furent étudiés par une chercheuse française, Marie-Jeanne Koffmann, qui rassembla plusieurs centaines de témoignages sur eux. L'almasty
est de belle stature ( 1,75 m, parfois beaucoup plus ), naturellement bipède, velu et chevelu ; les bras sont longs, la tête est aplatie
et de petite taille, certains témoins parlent de canines saillantes ; est-ce un singe ou un homme ? Il a en tout cas un air de famille
avec l'Homo georgicus, fossile connu depuis peu de la Géorgie… Apparemment l'almasty n'utilise pas d'outils, ni ne fait du feu, mais se pare parfois
des vêtements qu'il a trouvés.
En Afrique, de petites formes ( agogwe, kakundakari ) coexistent avec des spécimens plus grands,
hirsutes et massifs ( kikomba ). Bernard Heuvelmans pensait qu'à côté de 'proto'-pygmées ( Homo sapiens ),
des pithécanthropes ( Homo erectus ) avaient pu survivre au Kenya, Congo ou Cameroun, sans toutefois exclure la possibilité qu'il y eût
aussi de grands singes anthropomorphes inconnus, voisins des australopithèques ou des chimpanzés.
A Sumatra, il faut s'arrêter sur le cas de l'orang-pendek ou sedapa, car ce "cryptide" pourrait prochainement
être découvert, tant les expéditions scientifiques se multiplient dans le parc national de Kerinci Slebat ( sud de l'île de Sumatra ).
Le cryptozoologiste français bien connu Michel Raynal pense même que sa découverte est imminente ! Il semblerait s'agir d'un singe bipède,
peut-être d'un grand siamang ; personnellement j'avais émis en 1998 l'hypothèse de descendants asiatiques de l'Oréopithèque, singe bipède
connu du Miocène de l'Italie.
En octobre 2004, l'annonce d'une découverte stupéfiante, sur l'île voisine de Flores, celle d'un homme nain ( 1 m ) au cerveau pas plus gros qu'un pamplemousse, vint secouer le landerneau des paléoanthropologues. Homo floresensis aurait vécu en Indonésie jusqu'à un passé fort récent ( 12.000 ans ) et ne se serait éteint que suite à une catastrophe volcanique. La question que l'on pose tout naturellement est celle de sa survivance. Le folklore local évoque de petites créatures bipèdes, les ebu gogo... Quant à l'orang-pendek dont nous parlions plus haut, il pourrait être un proche parent, quoique l'empreinte moulée par Adam Davies à Sumatra fasse plutôt penser à un singe, avec un gros orteil long et écarté des autres orteils. Mais il est vrai que nous ne savons encore rien des pieds de l'Homo floresiensis, affaire à suivre donc !
En passant par l'Australie ( yowie ou yahoo, formes plutôt géantes ! ) et les îles du Pacifique [ des rapports troublants nous parviennent en ce moment des îles Salomon ], nous arrivons aux Amériques… La vedette incontestée est ici le sasquatch ou bigfoot, surtout au nord-ouest du continent [ mais il a été vu sur l'ensemble du territoire nord-américain ]. Ces hominidés velus, très costauds d'allure, mesurent entre 2 et 3 m, et sont bien connus pour leurs empreintes géantes [ 40 cm et plus ], d'où leur nom de bigfoot, ou sasquatch ( mot indien signifiant "géant velu" ), ainsi que par le film de Patterson ( 1967 ), souvent vu à la télévision. Bernard Heuvelmans, puis le professeur d'anthropologie Grover S. Krantz, ont rapproché ces formes des gigantopithèques fossiles d'Asie. Actuellement, la tendance des hominologistes est de voir dans le sasquatch plutôt une sorte d'Homo erectus géant. En ce qui me concerne, j'ai présenté en 2003 devant l'International Bigfoot Society, à la Convention d'Hillsboro, Orégon, une thèse sur les possibles habitudes migratrices du bigfoot dans les régions côtières du Pacific Northwest, en assimilant cet hominidé au Meganthropus, pithécanthrope géant exhumé à Java par l'anthropologue allemand Ralph von Koenigswald. Dans mon hypothèse, bigfoot n'a pas franchi à pied la Béringie [ province du détroit de Béring, actuellement sous les eaux ], mais est venu directement par la mer, en longeant les côtes ou les chapelets d'îles, puis en prolongeant vers le sud. Ce serait ainsi une sorte d'homme-marin !
Quel type d'investigation peut-on mener sur les hommes sauvages, à part bien sûr la recherche active ?
Que peut faire un hominologiste quand il n'est pas sur le terrain ? Tout simplement, prospecter les fonds de légendes, les récits de voyageurs,
les articles de presse…
Prenons comme exemple l'Europe occidentale. Ce n'est pas une contrée où l'on parle beaucoup d'hommes
sauvages [ quoiqu'il y ait des observations récentes… ], mais en levant les yeux vers les façades des cathédrales
ou des beffrois [ Grand-Place de Bruxelles… ], on peut trouver des représentations d'hommes sauvages et velus qui datent de l'époque
de construction de ces édifices. Bien sûr, on a sculpté ces hommes barbus et velus, armés de grosses massues… en tant que gardiens symboliques des lieux.
Mais là où cela devient franchement intéressant, c'est quand les artistes d'antan ont représenté certains de ces velus avec des caractéristiques physiques
qui sortent de l'ordinaire : front bas, nez retroussé aux narines béantes, importante pilosité du corps mais pas du visage, bras longs…
Car c'est justement ainsi que l'on imagine l'aspect des néanderthaliens de la Préhistoire !
Parallèlement, le portrait-robot d'hommes sauvages actuels, rapporté du Caucase ou du Pakistan,
coïncide assez bien avec les reconstitutions contemporaines que l'on a pu faire des néanderthaliens ou des pithécanthropes…
On se demande où les artistes du Moyen-Age sont allés chercher leurs modèles… sinon dans leur
environnement immédiat ! D'où la conclusion que ces êtres sauvages existaient encore communément en Europe, voici 5-6 siècles…
Rappelons que de vastes forêts recouvraient alors nos régions, et que la densité humaine était à cette époque relativement faible,
en dehors des villes et des grands axes de circulation !
L'inconnu était à nos portes !
Pour le cryptozoologue et naturaliste français Christian Le Noël, ces hommes sauvages et velus ont été des néanderthaliens…
lesquels furent persécutés, exploités ou domestiqués pour les travaux des champs, puis exterminés au XIX° siècle !
Quant aux hommes sauvages que l'on rencontre sporadiquement encore en Europe, notamment à proximité des côtes,
ils n'appartiennent, à mon avis, déjà plus à cette catégorie.
Femelle de "Barmanu". |
Ou plus précisément 3, si l'on inclut les groupements toujours possibles d'Homo sapiens 'féraux', ainsi que les individus isolés
appartenant à notre espèce, véritables hommes ensauvagés, tant dans les forêts reculées qu'en certaines zones montagneuses !
L'espèce "marine" que nous évoquions quelques lignes plus haut a, par définition, le don d'ubiquité…
car elle peut surgir des flots en n'importe quel endroit ! En Australie, comme en Europe occidentale ou sur une île du Pacifique…
L espèce "terrestre" qui vit aussi dans les marécages est logiquement plus sédentaire. L'un de ces êtres semble
être décrit dans l'épopée anglo-saxonne Beowulf ( rédigée entre le VIIIème et le Xème siècle ) en ces termes :
"…ruisselant de bave, puant et velu, d'une force prodigieuse, il hante les marais et les forêts où ni hommes, ni bêtes ne s'aventurent".
En France, Chrétien de Troyes relate vers 1170 l'aventure du chevalier Calogrenant qui rencontre dans la forêt de Brocéliande une créature assez semblable.
En 1551, l'encyclopédiste suisse Conrad Gesner dans le tome I de son Histoire des Animaux se fait l'écho de rapports
selon lesquels "…deux monstres sauvages et velus avaient été capturés qui avaient tout à fait figure humaine" dans les forêts de Saxonie.
L'anthropologue suédois Gunnar Olof Hylén-Cavallius a été le premier, en 1864, à suggérer que les trolls des légendes
scandinaves étaient les survivants d'une race préhistorique d'hommes velus et à peau sombre. L'érudit germanique Gottlob Schober avait déjà
signalé en 1712 en Estonie et sur l'île suédoise d'Öland l'existence de ce qu'il nommait des satyres.
A Barcelone, en 1760, on aurait exhibé l'un de ces sauvages velus. Dans les forêts de l'Ariège, on les appelle iretge,
et basa-jaun au Pays Basque.
Dans son Histoire primitive des Euskariens-Basques ( 1947 ), Augustin Chaho décrit le basa-jaun
comme une "sorte de monstre à face humaine que le Basque place au fond des noirs abîmes, ou dans la profondeur des forêts ; la taille du basa-jaun
est haute, sa force prodigieuse ; tout son corps est couvert d'un long poil lisse qui ressemble à une chevelure ; il marche debout comme l'homme,
un bâton à la main, et surpasse les cerfs en agilité".
On connaît un cas rapporté en 1776 d'un homme sauvage qui habitait les rochers de la forêt d'Iraty,
proche de Saint-Jean-Pied-de-Port. Vers la fin du XIX° siècle, si l'on en croit l'anthropologue espagnol José Manuel Gomez Tabanera,
une femme sauvage à chevelure rousse et aux membres couverts d'une toison semblable à celle d'une ourse, se serait illustrée dans les monts
de Cantabrie sous le nom de la Osa de Andara ( l'ourse d'Andara ). Le lecteur intéressé par le sujet peut consulter l'étude très
complète de Michel Raynal dans la revue Bipedia ( 3, 1989 ), ou sur l'Internet :
http://cerbi.ldi5.net/article.php3?id_article=35.
Globalement dans les cas énumérés, il s'agit d'hommes sauvages qui n'appartiennent pas à notre espèce Homo sapiens.
On peut penser à l'homme de Néanderthal ( Homo neanderthalensis ), ou à l'homme sauvage que Bernard Heuvelmans avait appelé
du nom d'Homo pongoïdes ( voir plus bas l'encadré ). Dans l'esprit du zoologue franco-belge, il s'agissait sans doute de la même
espèce biologique. L'Homme de Néanderthal serait ainsi toujours vivant ( même s'il a disparu d'Europe occidentale ), il survivrait notamment
en Asie du Sud-Est, sous les traits de l'homme pongoïde…
Nous allons maintenant voir le cas du bigfoot et des hommes-marins.
Comme en police criminelle, les cryptozoologues distinguent 3 sortes de preuves :
La cryptozoologie, selon la définition même de Bernard Heuvelmans, est l'étude scientifique des animaux dont l'existence n'est
connue que par des preuves testimoniales ou circonstancielles, voire par des preuves matérielles mais jugées insuffisantes, non convaincantes.
Un bon exemple de preuve circonstancielle est l'observation d'un sasquatch blanc aux yeux bleus et qui plus est,
boitait… Le zoologue de l'Orégon, Henner Fahrenbach, rapporte que ce spécimen remarquable a été décrit à 3 reprises en des lieux distants
et à plusieurs années d'intervalle. Donc, à moins de supposer une bien improbable connivence entre les témoins oculaires…
Si l'on excepte les films et photos, souvent sujets à caution ( surtout à notre époque "numérique" ), les indices matériels ou preuves autoscopiques sont constitués par :
Spécifiques du bigfoot sont des branchages 'twistés' ( tordus ) avec une force incroyable, peut-être des os de cervidés brisés, et aussi les dépouilles de cerfs éventrés du Middle West, dont on aurait extrait le foie. Pourquoi le foie ? Comme l'explique Jean Roche, en raison de son apport en vitamine D, glucides et lipides, particulièrement bénéfiques au début de la saison hivernale [ cf. Bipedia n°16, 1998, ou http://cerbi.ldi5.net/article.php3?id_article=76 ].
Homo pongoïde, ou "Ice Man" du Minnesota, |
- Petite histoire de l'Ice Man - En décembre 1968, dans la roulotte d'un forain du Minnesota, les 2 zoologues Bernard Heuvelmans et Ivan Sanderson se sont
retrouvés face au cadavre congelé d'un homme poilu de constitution robuste. Bernard Heuvelmans prit de nombreuses photos de la dépouille
dans son cercueil de verre et de glace, puis le décrivit sous le nom d'Homo pongoïdes à l'occasion d'une parution dans le Bulletin de l'Institut royal
des Sciences Naturelles de Belgique.
|
Homme congelé du Minnesota, |
Le professeur Jean Piveteau était déjà partisan de l'idée d'une spécialisation régressive dans le cas des néanderthaliens
classiques. On peut en dire autant des HSV ( Hommes Sauvages et Velus ) qui auraient progressé
anatomiquement au-delà d'un stade humain, proche ou déjà semblable à l'Homo sapiens.
L'homme sauvage serait une créature primate correspondant à l'Ours par son comportement, mais d'allure bipède
et plutôt nocturne; il n'utilise pas les outils, ni ne domestique le feu… Pour les variétés aquatiques, on peut faire un parallèle intéressant avec l'Ours blanc,
qui ne craint pas de s'immerger dans l'eau glacée, et nage avec aisance sur des dizaines de km en haute mer !
On irait même jusqu'à se demander si l'Homo erectus des paléontologues, notamment celui de Java,
n'était pas déjà un homme-marin…
Depuis le découvreur Eugène Dubois ( 1892 ), les savants qui ont étudié les calottes crâniennes du pithécanthrope
ont toujours été intrigués par l'aspect de celles-ci. Si on la tient de profil, une telle calotte ressemble étrangement au… casque d'un cycliste !
En outre, les yeux sont protégés par de fortes arcades et une robuste visière osseuse. Si Homo erectus ne faisait pas du vélo…
pourquoi alors cette configuration crânienne ? La réponse est simple : le crâne du pithécanthrope résulte d'une adaptation à la nage
et à la plongée !
Celui que beaucoup considèrent encore comme notre ancêtre était en réalité… un homme-marin ! Tout
dans la constitution robuste du pithécanthrope laisse deviner cette stratégie évolutive. Le squelette est hyperossifié et très massif, les parois latérales
du crâne convergent vers le haut pour former une carène, le front est très fuyant, le crâne est déprimé antéro-postérieurement, le corps est longiligne,
et pourtant très solide d'aspect, hydrodynamique...
En ce qui concerne le pied, même si Pascal Picq dans son dernier livre ( 2003 ) écrit que le pied d'Homo erectus
présentait une "double voûte plantaire", cela reste encore à démontrer… Une étude détaillée de la littérature spécialisée montre qu'on ne connaît
que très peu de métarsiens d'Homo erectus, tous qualifiés d'atypiques. Si l'hypothèse aquatique est juste, on doit d'ailleurs s'attendre
à une structure très souple du pied ( plat, avec une plante non voûtée ).
Or c'est justement l'état anatomique du pied de sasquatch, visible d'après les moulages et sur certains
clichés [ voir la photo en début d'article ] ! Les hominologistes pensent que ce pied, quand il quitte le sol, à partir de sa position initiale à plat,
ne se soulève pas d'un seul tenant comme chez Homo sapiens ( grâce à la fameuse voûte plantaire ).
Chez 'bigfoot', le talon se lève d'abord, puis peu à peu le reste du pied, comme s'il était caoutchouteux… C'est pourquoi de la terre
ou de petits cailloux peuvent être poussés vers le milieu de l'empreinte par la partie avant du pied ( phalanges et métarsiens )
en train de se soulever ! C'est là d'ailleurs une bonne preuve de l'authenticité des traces.
Comparaison d'un pied humain avec un moulage de pied de Bigfoot. |
Et dans l'hypothèse d'un sasquatch marin, le 'grand' pied serait vraiment à la (dé)mesure du personnage : à la fois long et souple pour être fonctionnel dans l'eau et sur la terre ( où il lui faut supporter le poids d'un bipède de 250 kg ou plus… ) ! La carte ci-contre montre les possibles voies migratrices de 'bigfoot' à travers le Pacifique ( et l'Atlantique où des individus isolés seraient possiblement à l'origine d'observations en Écosse et en Mer du Nord… ). On imagine volontiers ce pied avec une petite palmure entre les orteils… comme c'est le cas chez l'ours blanc, l'alter ego du sasquatch chez les Ursidés ! Certes, on ne remarque pas cette palmure sur les moulages, mais quand je l'ai recherchée sur les empreintes de pieds d'ours blanc au zoo de Portland, je ne l'ai pas trouvée non plus, dans des traces pourtant bien dessinées.
Carte de répartition du Bigfoot ou Sasquatch, |
- Parallèles avec le monde animal - Le sasquatch ou bigfoot constituerait une forme sauvage d'homme, différente de notre espèce Homo sapiens,
mais néanmoins biologiquement "plausible", surtout si nous présupposons un mode de vie marin, ou du moins amphibie, de ces créatures.
|
Un deuxième primate bipède partage la planète Terre avec nous… Une espèce distincte et assez largement distribuée :
nous le constatons à la multitude des rapports indépendants provenant de nombreux pays.
Si l'on excepte les Homo sapiens féraux, et peut-être quelques îlots de survivance des néanderthaliens, il s'agit
de l'Homo erectus ou pithécanthrope* ) présent en diverses variétés : depuis l'homme-marin du grand large
aux petits êtres velus des montagnes…
C'est en fait le même éventail de formes que révèle la Paléontologie depuis plus d'un siècle : du Méganthrope javanais
géant aux petits Homo erectus de Géorgie ainsi qu'aux nains de l'île de Flores…
Rien n'a changé depuis des millénaires, sinon la profusion actuelle des Homo sapiens…
Oui, l'homme sauvage existe, il est toujours parmi nous, et il survivra très probablement à notre propre civilisation !
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*) plutôt que pithécanthrope ( "homme-singe" ), on peut choisir la désignation de thérianthrope ( "homme-animal",
du grec
, animal sauvage,
et
homme ), car si les hommes sauvages sont simiesques,
ils n'en sont pas simiens pour autant !
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Heuvelmans et Porchnev (Plon, 1954), L'Homme de Néanderthal est toujours vivant ;
Dmitri Bayanov (Exergue, 2001), Sur les traces de l'homme des neiges russe ;
Jean Roche (Exergue, 2000), Sauvages et Velus ;
Christian Le Noël (Cheminements, 2002), La Race oubliée.
Ajoutons 2 livres américains parus récemment,
The Locals : A contemporary investigation of the Bigfoot phenomenon, par Thom Powell ( Hancock House Publishers, 2003 ),
Meet the Sasquatch, par Chris Murphy, John Green et Thomas Steenburg ( Hancock House Publishers, 2004 ).
Notons aussi les sites Internet de Michel Raynal, Eric Joye, Jean Roche et Olivier Décobert.
http://perso.wanadoo.fr/cryptozoo/
http://www.zigzag.be/cryptozoologia/
http://perso.wanadoo.fr/daruc/
http://perso.wanadoo.fr/vnh/
Consulter également le groupe de travail en Hominologie :
http://groupes.wanadoo.fr/groups/Hominologie .
Texte déjà publié dans le magazine "Top Secret" n° 12, mars 2004
Actualisé en décembre 2004 après la publication par Nature ( 431 )
de la découverte d'Homo floresiensis sur l'île indonésienne de Flores.
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François de SARRE
THE LOCALS
A Contemporary Investigation of the Bigfoot/Sasquatch Phenomenon
Un livre de Thom POWELL,
édité par Hancock House Publishers,
Blaine (Washington, USA)
ISBN 0-88839-552-3

Je connaissais déjà l'auteur Thom Powell pour l'avoir vu dans une séquence du film " Cryptopuzzle "
diffusé sur ARTE en 2002. Professeur de sciences naturelles, il donnait un cours de Bigfoot à ses élèves… Puis en mai 2003, j'eus l'occasion
de le rencontrer à l'occasion de la Convention annuelle de l'International Bigfoot Society, à Hillsboro ( Orégon, USA ).
Thom Powell y présentait un sujet sur l'habituation [ un terme que l'on traduira en français plutôt
par " accoutumance " ] du Bigfoot. Car si cet Hominidé existe bel et bien, la démarche scientifique qui s'impose
n'est pas d'aller le traquer dans les bois, mais plutôt de l'observer in situ afin de l'habituer à la présence du chercheur, comme l'ont fait Diana Fossey
pour les gorilles, ou bien Jane Goodall pour les chimpanzés, en Afrique.
Le titre du livre " The Locals " [ " Les locaux " ou familièrement : " Les
gens du coin " ] met tout simplement l'accent sur le fait que les Bigfoots sont dans le Pacific Northwest [ région bordant le Pacifique
aux USA et au Canada ] depuis des temps immémoriaux…
" The Locals " est un livre bien documenté, qui fourmille de témoignages et d'indications méthodologiques
précieuses [ Thom Powell est, rappelons-le, professeur de sciences ]. Ce n'est pas un ouvrage théorique sur le " phénomène " bigfoot,
mais un livre de réflexion sur les bigfoots, considérés comme formant une espèce autochtone, sans doute rare, mais physiquement bien présente
dans le Pacific Northwest.
Contrairement à ce que l'on peut penser en Europe, il n'a pas que des gens sans réelle expérience scientifique - ou ceux
qui recherchent ici le sensationnel à tout prix - pour s'intéresser au Bigfoot, mais aussi des savants de renom. Parmi eux, citons les anthropologues
Grover Krantz ( † ) et Jeff Meldrum, ainsi que le zoologue Henner Fahrenbach.
Ce dernier, que j'ai également rencontré à Hillsboro, a été à l'origine un spécialiste des crustacés. Actuellement, il travaille
au Primate Research Center de Beaverton ( Orégon ). De par ses fonctions, il dispose tout naturellement de nombreux éléments
de comparaison : poils de primates, d'ours et de divers autres mammifères du Pacific Northwest. Ainsi que la possibilité d'étendre un jour
ses investigations à l'ADN, si des séquences comprenant des marqueurs spécifiques sont quantifiables.
Les bigfoots présentent des particularismes, ou des particularités spécifiques, comme toute espèce biologique vivant sur le terrain.
Si l'on n'a a pas encore la " preuve " scientifique, comme la dépouille ou les os que réclament les zoologistes
pour cataloguer ou classifier la créature, en revanche on a un excellent faisceau de présomption. On peut parler d'évidence,
comme le font les Anglo-Saxons.
Au niveau des poils, analysés par le Dr Fahrenbach, on trouve des indications précieuses dans le
livre " The Locals " : au moins 15 poils [ de 4 localités différentes ] se distinguent remarquablement
des échantillons animaux de référence. Cela peut paraître peu… Mais cela provient des critères choisis par le zoologiste, très sévères.
Tout d'abord, pour éviter au maximum toute confusion avec des poils ou cheveux humains, ce sont des poils
qui n'ont jamais été coupés par des ciseaux ou par toute lame. Leur bout est soit obtus, soit fourchu.
Ces poils ont été collectés aux abords d'un endroit où il y a eu témoignage visuel… Et surtout, où il y a ces fameux
branchages twistés ou " tordus ", qui paraissent être une excellente indication du passage de Bigfoot. En tout cas, un être humain
ne serait pas à même de le faire avec ses mains nues, car il lui faudrait une force incroyable !
Ce ne sont pas de grosses touffes, qui seraient plus typiques d'ursidés ou d'ongulés, mais plutôt des poils isolés,
d'une longueur de 4 à 15 pouces [ 10 à 45 cm ].
Dans les poils trouvés, il n'y a pas de véritable " moelle ". Ils ressemblent en cela à des cheveux d'humains
blonds, qui souvent n'ont pas de medulla [ moëlle ]..
Quant aux ours, ils ont une medulla plutôt importante, avec des cellules incluses ; les ongulés ont en une qui
ressemble à du polystyrène, et les rongeurs ont en une à l'aspect de collier de perles…
Sous le microscope, et là que ça devient très intéressant, les poils imputés au Sasquatch ont une coloration rougeâtre,
quelque soit la couleur qu'ils présentent à l'œil nu ( noir, brun ou roux ).
Les recherches se poursuivent…
Voici donc un excellent livre didactique qui aura sa place dans toutes les bonnes bibliothèques et sur les étagères des passionnés d'anthropologie, d'hominologie, d'ethnologie, de zoologie et de cryptozoologie !

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von Horst FRIEDRICH und Uwe TOPPER
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EFODON-Dokumentation No. 40, |
von Horst FRIEDRICH [Pterodactylus, Berlin]
Ein außerordentlich beachtenswertes Buch ! Im Schwerpunkt beschäftigt es sich mit der tektonisch wechselvollen Geschichte der Region um die heutige Straße von Gibraltar, woraus sich sehr weitreichende und revolutionierende Schlußfolgerungen ziehen lassen. Offensichtlich bestand in einer bestimmten spät-prähistorischen Epoche, bis noch vor wenigen Jahrtausenden, an der Stelle der heutigen Meerenge eine breite Landbrücke. Als Zoologe leitet der Autor sehr überzeugend, anhand der geographischen Verbereitung von allerlei Arten beiderseits der heutigen Meerenge, die erstaunliche Tatsache ab, daß diese einstige Landverbindung bis in jüngste Zeit sogar so breit gewesen sein muß, daß die Süßwassersysteme Andalusiens und Marokkos ineinander übergingen. Er belegt, daß besonders der westliche Mittelmeerraum noch vor wenigen Jahrtausenden wiederholt schwere Kataklysmen, gewaltige Mega-Naturkatastrophen, erlebt haben muß. Nach ihm liegt die Annahme nahe, daß die Kultur des Magdalénien, bis auf die franko-kantabrischen Höhlen-Sanktuarien, vernichtet wurde, als ein Atlantik-Impakt nahe Westeuropa Mega-Tsunamis über Südfrankreich hinweg in das Mittelmeer jagte, wodurch auch atlantische Tiefseefauna ins Mittelmeer gelangte. Die gängige Eiszeit-Lehrvorstellung und die konventionelle Chronologie werden auch von diesem Autor ernstlich in Frage gestellt. Ein Buch mit durchaus auch kryptozoologischen Denkanregungen !
von Uwe TOPPER [Efodon-Synesis, Hohenpeißenberg]
Einer der wenigen französischen Katastrophisten, der zweisprachige Zoologe François de Sarre, Nizza, hatte mit dem Vordenker Jacques Touchet in Carcassonne Kontakt und in dessen Zeitschrift "Méditerranéa" 1995 einen ersten Artikel in Französisch über seine Mittelmeer-These veröffentlicht, der nun hier erweitert in deutscher Sprache vorliegt und bisher zu wenig Beachtung fand.
Die Landbrücke von Gibraltar ist als solche keine aufregende neue These - die meisten Geologen haben sich darauf geeinigt - nur die Zeiträume, die für das Zerbrechen der Landverbindung Afrika-Europa angesetzt werden, sind völlig kontrovers. In der Überschrift des 1. Kapitels nennt F. de Sarre diese Landbrücke "spät-prähistorisch", und hierin liegt der eigentlich neue Gedanke, den die Wissenschaftskollegen von de Sarre erst erwägen müssen. Der Sprung von den Jahrmillionen zu wenigen Jahrtausenden als Maßstab für erdgeschichtliche Ereignisse dieses Ausmaßes ist vollkommen ungewohnt. Der Zeitraffer läßt einen überraschenden Blick auf das Erdgeschehen zu: Statt allmählichen Hebungen und Senkungen ereigneten sich die großen Veränderungen in Blitzesschnelle und katastrophisch bedingt. Der Mensch könnte das alles miterlebt haben.
Meine Forschung auf Iberien und in Marokko vor dreißig Jahren haben ergeben, daß diese beiden westlichsten Gebiete Europas einst miteinander verbunden gewesen sein müssen : trockenen Fußes konnte man von der Sierra Morena zum Rifgebirge gehen, die Kultur beider Gebiete war einheitlich. Auch eine Landbrücke zu den Kanareninseln hatte ich als beweisbar angenommen. Außerdem hatte ich große Gebiete dieser beiden Festlandmassen als durch Meeresarme aufgerissen und vom Mer überflutet dargestellt ( siehe "Das Erbe der Giganten" 1977, Karte ). Die Zerstörung der Landbrücken und die Veränderung des Küstenverlaufs sah ich katastrophenartig in jeweils kürzesten Zeiträumen.
Unter Benützung zahlreicher neuer Gedanken und Hinweise gelingt es François de Sarre nun, diese Vorstellung als plausibel erscheinen zu lassen, vor allem durch Verwendung seiner biologischen Fachkenntnisse. Zoogeographische Untersuchungen, die er kritisch verwendet, ergeben, daß in verhältnismäßig junger Zeit der Maghreb mit Andalusien noch verbunden gewesen sein muß, und daß das Hereinbrechen des kälteren atlantischen Meeres in ein ursprünglich viel kleineres Mittelmeerbecken an Hand zoologischer Fakten nachweisbar ist.
Von allen von ihm angeführten Beispielen hat mich die Feststellung, daß gewisse Süßwasserfischarten nur in Südwesteuropa und in Nordafrika vorkommen, am meisten überzeugt. Und diese Fischarten ( Schmerlen und Barben ) sind noch dazu so wenig voneinander differenziert, daß ein sehr kurzer Zeitraum als Trennung angenommen werden muß.
Zur Erklärung für den katastrophischen Bruch des betischen Ringgebirges entwirft de Sarre ein beliebtes - aber leider noch immer nicht näher beweisbares - Modell, das schon vor Hörbigers Welteislehre angedacht wurde und seit der jahrzehntelangen Diskussion um die Glazialkosmogonie immer noch mehr eingesetzt wird : Ein riesiger Schneeball - ein Eiskomet - zerplatzte über der Nordhalbkugel der Erde, und die Bruchstücke stürzten in den nördlichen Atlantik. Die davon ausgelöste Flutwelle überströmte das westliche eurafrikanische Festland und brachte die Zerstörung hervor, die zur heutigen Verteilung von Land und Meer geführt hat ( Karte S. 58 ).
Die Karte S. 86 zeigt eine gewisse Ähnlichkeit mit meiner damaligen auf, die ja auf ganz anderen Beobachtungen beruhte. Meine Überlegungen waren aus der sichtbaren geologischen Situation, nämlich dem teilweise noch heute im Inland erkennbaren früheren Küstenverlauf, und den archäologischen Ergebnissen über die frühere Besiedlung, ergänzt durch ethnografische Beobachtungen, entwickelt.
De Sarre bringt zum Vergleich auch einen Ausschnitt aus der Piri-Reis-Karte ( S. 102 ), die erstaunlich ähnliche Küstenlinien ( wenn auch schematisch ) anzeigt. Die relative Übereinstimmung der Aussagen, die aus verschiedenen Bereichen gewonnen wurden - auch hinsichtlich des vorgeschlagenen Zeitraffers - bestärkt mich in der Überzeugung, daß diese Theorie wissenschaftlich vertretbar ist.
An einigen Stellen ist natürlich auch Kritik anzubringen. Wo sich de Sarre von seinem Wissensgebiet zu weit entfernt, etwa bei der Beurteilung der Mythen, sollten strenge Maßstäbe angelegt werden. Sein Modell des polaren Impakts ( S. 58 ) verbindet er mit der Katastrophe von Noahs Sintflut, wie es ja lange üblich war und auch heute noch einigen Geologen gefällt. Nun hat aber eine durch einen Kometen ausgelöste riesige ozeanische Flutwelle mit dem vierzigtägigen Regen der "Noahschen Sintflut" ( Legende zur Abbildung ) nichts gemein, hier liegen höchstens theoretische Zusammenhänge zwischen den Ereignissen. Es ist sowieso schwierig, geologisch erschlossene Ereignisse mit antiken Texten zu verbinden, noch fragwürdiger wird dies, wenn ein biblischer Text, also religiöse Literatur, herangezogen wird. Die erzieherische Aussage solcher Texte läßt selten noch irgendwelche naturwissenschaftlich erfaßbaren Momente herausfiltern. Wer da unvorbereitet Schlüsse zieht, versinkt im Sumpf der Religionshüter.
Um beim Beispiel zu bleiben : Noahs Sintflut wird bei den Imaziren ( Berbern ) in Nordafrika ganz anders geschildert : Das Wasser quoll unter den drei Herdsteinen hervor ! Offensichtlich sind hier die Wasser der Tiefe gemeint, die durch Aufbrechen der Erdkruste hervorgeschossen und das Land überfluteten. Von Regen ist nicht die Rede. Dennoch stammen beide Aussagen aus demselben monotheistischen Religionsfeld.
Auch das in den Mythen mehrfach erwähnte Zerschlagen der Landbrücke mit der Keule durch Herkules bedarf einiger Überlegung. So einfach hat der alte Grieche das nicht überliefert.
Zum Herkules-Mythos hatte ich in "Das Erbe der Giganten" ( 1977, S. 112 ) geschrieben, daß auch Herkules, wie Abram-Abraham oder Noah, der Sintflutüberleber und Noah, der Weinbauer, wie auch Dionysos-Bacchus jeweils zwei nach längerer Zeit wieder auftretende Gestalten sind, die zuweilen als ihre Wiedergeburt angesehen wurden. So setzt Herkules, als er die Stiere des Geryon rauben will, von Afrika nach Andalusien über die Meeresenge auf einem Sonnenboot über, das Festland ist also schon zerbrochen ( 10. Tat ). Ich bin der Meinung, daß sich hierin zwei Stufen der Landhebung erkennen lassen. Sicher ist, daß sich in der Herkulesgestalt - bildlich hervorgehoben durch die primitive Ausstattung wie Löwenfell als einzige Bekleidung und Keule als Waffe - eine ursprüngliche Mythe verbirgt, die von Ankömmlingen am äußersten Westrand des europäisch-afrikanischen Festlandsockels berichtet ( Non plus ultra - weiter geht's nicht ! ) und somit an Augenzeugen der geologischen Veränderungen anknüpft. Das alles stützt die These von de Sarre, daß dieser Bruch, der das westliche Mittelmeer entstehen ließ, in menschlicher Erinnerung erhalten blieb und demnach vor nicht allzulanger Zeit stattgefunden haben muß.
Völlig ungewohnt ist de Sarres Gedanke zu den bemalten Höhlenheiligtümern in Westeuropa : Vor den Höhleneingängen, so schlägt er vor, befanden sich einst architektonische Strukturen in Form von tempelartigen Portalen ( Zeichnung S. 78 ), die zu künstlerisch hochwertigen Malereien im Erdinneren passen. Durch die große Überflutung haben wir keine Zeugnisse mehr davon. Ob eine solche Konstruktion nötig ist, halte ich für fraglich. Grundlegend richtig ist die Erkenntnis, daß der Mensch, der derartig hochentwickelte Malereien schuf, wie wir sie aus den letzten Phasen der Altsteinzeit kennen, kein primitiver Jäger mit Zauberhandlungen war, sondern eher ein Eingeweihter, der die Zusammenhänge in der Natur durchschaute. Das muß er aber nicht unbedingt durch kubische Architektur unter Beweis gestellt haben.
Mehrfach beruft sich de Sarre bein seinen Folgerungen auf Heinsohn und Friedrich, deren Arbeiten zu diesem Thema ihm wichtige Anstöße gaben. Auch der Rückgriff auf ältere Arbeiten, etwa Muck und Spanuth, bereichern diese neue Arbeit, die als Pionierleistung in der geologischen Forschung betrachtet werden sollte.
Literatur :
Dacqué, Edgar (1924) : Urwelt, Sage und Menschheit ( 7. Aufl., München und Berlin 1931 ).
Hörbiger, Hanns & Fauth, Philipp (1913/1925) : Glazialkosmogonie ( Kaiserslautern ).
Muck, Otto H. (1956) : Atlantis, die Welt vor der Sintflut ( Olten ).
Muck, Otto H. (1978) : Geburt der Kontinente ( Econ; durch die Hrg. stark verändertes postumes Ms. ).
Topper, Uwe (1977) : Das Erbe der Giganten ( Olten/Freiburg ).
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Meet the Sasquatch By: Murphy, Chris, Green, John, Steenburg, Thomas ISBN: 0-88839-573-6 Binding: Trade Paper Size: 11" X 8.5" Pages: 256 Photos: 546 Illustrations: 58 Price: $29.95 |
Meet the Sasquatch is a milestone in the publication of sasquatch information. Never before have so many resources been researched and consulted on the phenomenon, nor have so many associated photographs been published under one cover - many, for the first time. The author and his associates, all active sasquatch researchers, produced the work to accompany an extraordinary exhibit at the Vancouver Museum, Vancouver, British Columbia in the summer of 2004. While the last chapter on sasquatch has yet to be written, here is the full story of what we know about the creature to date. The level and quality of research and photographic coverage will amaze both the believers and skeptics alike. Chris Murphy, John Green and Thomas Steenburg have published many papers and over a dozen books on this topic. The supplemental information contributed by other researchers, scientists, artists and technicians makes this a unique publication. As our title promises, the reader will truly MEET THE SASQUATCH !!
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The Best of Sasquatch/Bigfoot By: Green, John ISBN: 0-88839-546-9 Binding: Trade Paper Size: 11" X 8.5" Pages: 144 Photos: 120 Illustrations: 22 Price: $15.95 |
The Best of Sasquatch Bigfoot combines legendary Sasquatch Researcher John Green’s two best selling titles On the Track of the Sasquatch and Encounters with Bigfoot. This 144 page title includes all the original photos and information of his original titles, with an additonal 16 pages of new material surrounding the recent controversies of the claims of fraud by Ray Wallace and others. John Green is the pre-eminent authority on the fascinating question of whether mankind shares North America with another upright-walking primate, having researched the subject for more than 45 years and assembled a file of more than 4,000 reports. Having been a newspaperman of more than 45 years experience, he is uniquely qualified to be the chronicler of the investigation as well as one of the leading participants. His previous books have sold close to 200,000 copies.
FIN
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