LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

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« Où est donc passé le Moyen-Age ? »

L'invention de l'ère chrétienne

par  François de SARRE

 

 

TABLE DES MATIERES :

Introduction

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11

Les bizarreries du calendrier
Fomenko et les "récentistes"
Les cieux nous sont tombés sur la tête
Quelques problème de dates
Les "siècles fantômes" du Moyen-Age
Charlemagne : un héros de légende
Le Christianisme est-il né en Avignon ?
L'histoire des trois églises
Qui a bien pu avancer l'heure ?
En quel siècle sommes-nous donc ?
Essai de reconstruction historique

Epilogue

Littérature et notes
Glossaire

Bibliographie générale
Dates importantes en anno domini

 

 


 

Chapitre 2

Fomenko et les "récentistes"

 

  La conception de notre historiographie traditionnelle - l'Histoire que nous apprenons à l'école - a été énoncée dans ses principes par Niccolo Machiavelli ( 1469-1527 ), développée dans les ouvrages de Scaliger, père et fils ( 16ème siècle ), puis chez Francis Bacon ( 1561-1626 ) et Denys Pétau ( 1583-1652 ). Cela dit, ces gens étaient vraisemblablement déjà des compilateurs, et non plus des conspirateurs.

  Basée sur une échelle chronologique totalement artificielle, cette historiographie a été vivement critiquée par les tenants de l'Histoire authentique. Initiée probablement dès le 16ème siècle par le professeur de Arcilla, de l'Université de Salamanque ( 5 ) qui déclarait que l'histoire ancienne avait été inventée au Moyen-Âge, la contestation se poursuivit avec Sir Isaac Newton, et l'abbé Jean Hardouin, au 17ème siècle. Elle se développa au début du 20ème siècle, notamment à travers les études du Suisse Robert Baldauf, du philologue anglais Edwin Johnson ( 6 ), puis de l'académicien russe Nicolaï Morozov.

  Nous le disions en entrée, le physicien Isaac Newton compte parmi les premières personnalités à avoir œuvré pour redresser la barre du Vaisseau de l'Histoire. En 1728, au lendemain de sa mort, paraissait une vaste monographie ayant pour titre : The Chronology of Ancient Kingdoms Amended, dans laquelle Newton resituait certains événements historiques, décalés selon lui de plusieurs siècles... En général, le monde lui semblait de trois cents à cinq cents ans plus jeune que ce que les chronologies affirmaient ; il fondait son idée sur le cours ordinaire de la nature, et sur ses observations astronomiques.

  Une sorte de connaissance empirique ! On le sait sans doute beaucoup moins, mais Newton, en plus d'être physicien, (al)chimiste et astrologue, était également un passionné d'Histoire ancienne ( 7 ). Il émettait déjà de sérieux doutes sur la grande antiquité de l'Égypte. N'oublions pas que c'est autour de 1800 ( et un certain Bonaparte y est pour beaucoup… ) que l'on a entériné les dates 'anciennes' des civilisations du pourtour méditerranéen !
  En tout cas, Isaac Newton étayait ses propos « récentistes » en rétro-calculant les événements astronomiques ( éclipses de soleil, par exemple ) faisant l'objet de chroniques, ainsi qu'en établissant une durée moyenne du règne des gouvernants de toutes époques, ce qui le conduisait à une estimation revue à la baisse des temps écoulés, car autrement la durée moyenne des règnes ( 33 ans en Égypte… ) s'avérait beaucoup trop longue. C'était une approche tout à fait empirique, que l'on retrouvera plus tard chez les Russes Nikolaï Morozov et Anatoly Fomenko.

  Dans un registre un peu différent, le réformateur Jean Calvin ( 1509-1564 ) avait déjà relevé les anachronismes, les impossibilités matérielles, bref, l'imposture de l'Église romaine. De son temps, on savait que des faux de circonstance avaient été émis, dont la fameuse Donation de Constantin, qui justifiait l'emprise de Rome sur des territoires entiers, et sur leurs populations.

  Avant Newton, un critique de l'Histoire établie avait été le jésuite Jean Hardouin, né à Quimper en 1646 et décédé à Paris en 1729, après avoir été bibliothécaire au collège Louis-le-Grand. On lui doit en 1685 une nouvelle édition de l'Histoire Naturelle de Pline l'Ancien, comprenant de nombreuses annotations.
  Rien d'extraordinaire jusque-là, sinon que Jean Hardouin déclarait à qui voulait l'entendre que la majorité des écrits prétendument transmis par les Grecs et Latins avaient été rédigés, en réalité, par un groupe de moines bénédictins ( 8 ) du 13ème siècle, sous la direction d'un certain Severus Archontius.

  C'est surtout dans son livre " Chronologia Veteris Testamenti " ( 1697 ) que Jean Hardouin remettait largement en question l'authenticité de la littérature classique, à l'exception des œuvres de Cicéron, de l'Histoire naturelle de Pline, des Géorgiques de Virgile, des satires d'Horace et de ses épîtres, ainsi que d'une partie de ce qui était attribué à Homère, Hérodote et Plaute. Pour Jean Hardouin, le Nouveau Testament avait été écrit originellement en latin - et non en grec ou en araméen ( 9 ).
  Ce qui, en quelque sorte, décalait tous les événements liés au Christianisme vers… l'Occident romain !
  On voit ainsi poindre à l'horizon l'éventualité d'une origine de la Chrétienté dans une région où la langue latine était couramment pratiquée.

  Le linguiste et philologue suisse Robert Baldauf ( 10 ), voici une centaine d'années, avait quant à lui plaidé pour que les écrits attribués à Jules César - pour des raisons de style - soient replacés dans l'époque de la Renaissance, ainsi que beaucoup d'autres produits littéraires de l'Antiquité - et la Bible !
  Ce qui voudrait dire que la production de ces œuvres en latin était récente.

  Wilhelm Kammeier ( 1889-1959 ) a débuté avec la critique de la Chronologie en 1926 en écrivant un livre « Die universale Geschichtsfälschung » [ = la falsification de l'histoire universelle ], qui ne trouva pas d'éditeur à l'époque, l'Académie Prussienne des Sciences ayant pris soin d'apposer son veto au préalable. Dans une période encore plus troublée, entre 1935 et 1939, il arriva cependant à publier ses écrits, malgré les circonstances peu propices ; puis après la guerre, en 1956, il écrivit une falsification de l'histoire de l'Église chrétienne primitive. Kammeier, alors instituteur, fut réprimandé par les autorités est-allemandes, avant de mourir dans la misère. Son œuvre, d'abord interdite, fut en fin de compte publiée après sa mort ( 11 ). Kammeier se posait la question de l'authenticité de l'Antiquité gréco-latine, à ses yeux trop « portée aux nues » par la Renaissance, tandis qu'on rabaissait l'histoire des Celtes et des Germains. Cela lui paraissait suspect…
  Kammeier citait aussi l'exemple des notables allemands à l'époque du Saint-Empire qui ne savaient pas en quelle année ils se trouvaient pour dater leurs documents, ni l'année du règne du monarque en titre, ni celle de l'induction ( à caractère fiscal )… Parfois ils improvisaient librement une date… Est-ce que nous donnerions aujourd'hui un quelconque crédit à ces documents ? Et pourtant, c'est ce que font les historiens.
  Les moines du Moyen-Âge reproduisaient assez souvent des documents comportant plusieurs dates, laissant ainsi au lecteur le libre choix de l'interprétation…

  Mais Wilhelm Kammeier évoquait également une volonté générale de falsification au 15ème siècle ( Renaissance ). Dans ce scénario de falsification universelle, tout semblait partir du Vatican, et du pape dans le rôle du chef d'orchestre.
  Car il ne suffit pas seulement de créer des faux, il faut aussi détruire les originaux
  Pour cela, il avait fallu monter une « grande action » [ große Aktion, c'est aussi le titre d'un livre d'Uwe Topper ], concertée et diligentée par une hiérarchie « supra-nationale » bien structurée, à travers l'Europe occidentale. Pour Kammeier et quelques autres, la seule puissance capable de réaliser pareil tour de force était… l'Église catholique romaine !

  Un autre grand précurseur des révisions chronologiques fut l'encyclopédiste russe Nicolaï Morozov ( 1854-1946 ). En 1914, dans un livre publié en russe, il déclarait avoir trouvé dans la Bible des allusions à des événements astronomique qui, par rapport à la chronologie traditionnelle, devaient être avancés de plusieurs siècles. Ainsi, si l'on tient compte du style employé ( qui rappelait celui des manuels astrologiques ) et des scènes décrites, l'Apocalypse de Jean paraissait avoir été rédigé relativement tard, à la fin du 3ème siècle. Certains auteurs comme Fomenko iront même jusqu'à le dater du Moyen-Âge.
  En tout cas, Morozov a initié la méthode statistique qu'allaient reprendre ses successeurs du groupe moscovite de la « Nouvelle Chronologie ».

  Le plus connu d'entre eux est Anatoly T. Fomenko, qui vient de publier son premier grand livre en anglais ( 12 ). Ce scientifique russe rejette la chronologie traditionnelle qu'il appelle "scaligérienne", par allusion à l'humaniste français Joseph Scaliger ( auteur du « De emendatione temporum », publiée à Paris en 1583 ). Fomenko le désigne comme l'un des grands responsables du système chronologique actuel qui sert de trame aux événements historiques, et aussi de référence temporelle aux trouvailles archéologiques.
  Ajoutons aussi le père, Julius Cesar Scaliger, de son vrai nom Giulio Bordone, né à Riva au bord du lac de garde en 1484, et mort à Agen en 1558. Il a ébauché dans une Poétique les principes du classicisme. Il se disait de la descendance des princes de la Scala ( Scaligeri ) de Vérone… ce qui lui permit de léguer ce patronyme à Joseph Justus Scaliger, né en 1540 à Agen et mort à Leyde ( Hollande ) en 1609.

  Fomenko, qui est professeur de mathématiques à l'Université de Moscou, propose depuis le début des années 1980 une révision radicale des dates de l'Histoire mondiale, considérées comme douteuses au moins jusqu'au 15ème siècle ( c'est-à-dire vers l'époque d'Henri IV ). Pour cela, il se sert des méthodes astronomiques ; il émet aussi des doutes sur la fiabilité de la méthode du C14 ( ou radiocarbone ) pour les datations.
  Fomenko et ses collaborateurs ( mathématiciens et physiciens moscovites ) proposent une reconstruction de la "carte chronologique globale", sur la base d'un traitement statistique des données historiques. Constatant la présence de "doublets" ou de répétitions en Histoire, Fomenko en vint à formuler que la chronologie habituellement employée était " quatre fois plus longue " qu'elle ne devrait l'être !

  En étudiant le traité de l' Almageste de Claudius Ptolémée, généralement perçu comme remontant au 2ème siècle de notre ère, Anatoly Fomenko avait constaté qu'un paramètre de l'accélération lunaire "ne collait pas" avec l'ancienneté du manuscrit. En revanche, tout s'expliquait si l'on partait du point de vue que l'Almageste avait été rédigé en réalité " dans l'intervalle entre l'an 600 et l'an 1300 ". Cela concernait également les éclipses de soleil, et la correspondance de certaines dates dans les chroniques antiques.
  En se penchant par la suite sur les méthodes employées par les historiens pour dater les textes, Fomenko découvrit que déjà il y avait eu toute une série d'auteurs critiques de la Chronologie établie, à commencer par Isaac Newton ( 1642-1727 ), et le chercheur russe pluridisciplinaire Nicolaï Morozov ( 1854-1946 ) qui avait tenté dans les années 1920 une lecture critique de la chronologie biblique, car à son avis les séries des mêmes événements avaient été "réutilisées" plusieurs fois.

  Selon Fomenko, mais plus encore selon les chercheurs allemands Chritian Blöss et Hans-Ulrich Niemitz qui écrirons tout un livre sur le sujet, les méthodes de datation employées en archéologie, principalement le radiocarbone et la dendrochronologie ( étude de la succession des anneaux dans un tronc d'arbre coupé ) sont « pré-calibrées » sur la Chronologie usuelle, et ne donnent pas d'indications fiables sur l'ensemble des époques étudiées !

  La contribution la plus importante d'Anatoly T. Fomenko réside dans la constitution d'une méthode pour vérifier l'emplacement chronologique de tel ou tel événement. Il s'agit d'une méthode statistique
  Voici un exemple ( 13 ) pour illustrer sa thèse. Le tableau ci-dessous regroupe deux époques, mises en parallèle : celle de la charnière Mérovingiens-Carolingiens aux 7ème et 8ème siècles, d'une part, et un fragment du 3ème Empire romain des 3ème et 4ème siècles, d'autre part.

 

Moyen Age Antiquité
Les Carolingiens, l'Empire de Charles le Grand au VII-VIII siècle. Décalage de 360 ans […] Un fragment du « 3e Empire Romain » du III-IV siècle ( principalement les empereurs orientaux ) […]
1. Pépin d'Héristal 681-714 (33) 1. Constance II 324-361 (37)
2. Charles Martel 721-741 (20) 2. Théodose Ier 379-395 (16)
3. Pépin le Bref 754-768 (14) 3. Arcadius 395-408 (13)
4. Charles le Grand 768-814 (46) 4. Théodose II 498-540 (42)
5. Charlemagne 768-771 ou 772 (3 ou 4) 5. Constantin III 407-411 (4)
Le fameux « Don de Charles le Grand » (774). Donne les terres d'Italie au Pape. La fameuse « Donation de Constantin Ier le Grand » ( au IV siècle ). Donne Rome au Pape.

 

  Le lecteur s'étonnera peut-être d'y voir figurer Charlemagne en compagnie d'un certain Charles le Grand... De fait, Fomenko considère que la première partie du règne de Charlemagne, de 768 à 771 ( ou 772 ), met en action le roi des Francs, Charlemagne, qui devint ensuite Karl der Große, ou Charles le Grand, à la mort de son frère Carloman, puis fut sacré, en décembre 800, empereur des Romains.
  L'une des règles de quantification utilisées par Fomenko est, en effet, de traiter séparément les mentions d'un même personnage lorsque celui-ci est affublé de noms différents.

  L'idée est donc que des « parallèles » dans les lignées dynastiques sont le signe d'une dépendance entre les périodes repérées, et que la ou les période(s) antérieure(s) sont des projections d'une même réalité, artificiellement dédoublée, triplée, voire quadruplée
  Fomenko essaie également de démontrer la validité de ses thèses par un certain nombre d'autres méthodes statistiques, notamment celle de la corrélation des maxima. Pour ce faire, il compare le nombre de pages consacrées à telle ou telle année dans une série d'événements historiques. Si des 'maxima locaux' [ ou pics de distribution ] se répètent en diverses phases de la chronologie, par exemple si le volume des pages évolue de la même manière pour les années entre "0 et 100", qu'entre "1053 et 1153", il y a fort à parier pour que les textes qui ont servi de base fussent interdépendants, et qu'un épisode créé reflète l'autre, comme une sorte d'écho temporel…

  Pour l'école russe autour d'Anatoly Fomenko, ces réajustements de l'Histoire par touches successives seraient l'œuvre, nous l'avions dit, de Joseph Scaliger et de la génération de "chronologistes" qui l'ont précédé.
  Comment ceux-ci ont-ils opéré ?
  Selon Fomenko, pas nécessairement de façon délibérée… En gros, les récits historiques étaient disponibles en plusieurs langues, et leurs auteurs usaient de calendriers différents… Lors de la compilation, certains écrits se rapportant aux mêmes événements ont pu être attribués à des périodes distinctes de l'Histoire !

  Certes, si la Renaissance, comme Fomenko le supposait, était non pas la période de redécouverte de la Culture Antique, mais en réalité l'époque de la production de la plupart de ces textes, classés plus tard comme antiques, une "volonté de falsifier" a bien pu diligenter l'ouvrage…

  Possible, mais pas obligé… Il est vrai que la mauvaise interprétation d'un texte, parfois mal vocalisé, à partir d'un original composé des seules consonnes [ comme en arabe ou en hébreu ]… ou une traduction trompeuse… ou la non-considération des variations rhétoriques ou religieuses dans la description d'une même épopée, d'un même héros… ont pu égarer les chroniqueurs !
  Donc pour l'académicien russe, il n'y a pas eu forcément « faute », ou fabrication délibérée de documents 'antiques' falsifiés par les chronologistes.
  Ce serait plutôt une affaire de laisser-aller, en somme du boulot mal fait !

  En tout cas, Fomenko en sa qualité d'universitaire formé par l'Académie des Sciences de Moscou, précise objectivement que ses reconstructions - ou chronologies alternatives - n'ont à ses yeux qu'un statut d'hypothèse. C'est aussi l'opinion de l'auteur du présent livre, en ce qui concerne ses propres reconstitutions de la scène historique que nous découvrirons un peu plus loin.

  Dans un tel contexte historico-critique, la chronologie 'revisitée' demande simplement à être traitée avec les mêmes égards et la même considération que la chronologie 'officielle' qui, dans l'affaire, perdrait simplement son statut de « vérité éternelle » !
  Tout comme la ville éternelle, Rome, dont un récentiste comme Uwe Topper doute de l'importance historique réelle, en tant que « capitale de la Chrétienté », avant le cinquecento italien…

  Fomenko, en bon Russe, s'intéresse bien sûr à l'histoire de son pays. Ainsi au 14ème siècle [ ou à l'époque qui correspond au 14ème siècle… ] il y aurait eu l'essor d'un immense Empire centré sur Moscou, regroupant plus ou moins les empires ottoman et mongol, et englobant une bonne partie de l'Europe. Ce n'est qu'après les scissions de cet Empire que les nouveaux dirigeants de la partie russe, les Romanov, auraient établi une version remaniée de l'Histoire… qui leur garantissait une légitimation dynastique ! Ce faisant, les Romanov avaient profondément modifié les récits authentiques, qui se seraient dispersés à travers l'Europe et le Proche Orient en une multitude de mythes et de légendes…
  Ce sont ces dernières chroniques qui ont servi à l'interprétation des historiens, au 15ème siècle.

  Quant à la chronologie chinoise, souvent évoquée dans les comparaisons de dates historiques, il ne s'agirait guère que d'un modèle tardif, recréé à partir de la chronologie "scaligérienne" importée d'Europe lors des premiers contacts avec les missionnaires jésuites… dans une Chine qui n'avait que des chronologies dynastiques non reliées entre elles. Comme en Europe, les lignées impériales se seraient "copiées" sur plusieurs couches chronologiques. [ comme le propose Uwe Topper dans « Grosse Aktion » ]
  A l'arrivée, cela signifie aussi que les époques historiques concernées ont été artificiellement gonflées par suite de cette duplication des dynasties.

  Dans ses considérations générales, Anatoly Fomenko expose comment l'Ancienne Rome, la Grèce antique et l'Égypte ont été 'conçues' durant la Renaissance. Quant à l'Apocalypse de Jean, il reflèterait les constellations du ciel nocturne, telles qu'elles étaient visibles... au 1er octobre 1486 ! Fomenko pose aussi la question de savoir si l'Ancien Testament n'était pas en réalité un compte-rendu d'événements qui se sont vraiment passés au Moyen-Âge ? Et de s'interroger finalement : « Est-ce que les Croisés auraient attendu 1000 ans avant d'aller châtier les tourmenteurs ( supposés ) du Christ ? » D'ailleurs, pour Fomenko, Jésus-Christ lui-même ne serait pas né en l'an 1, mais en 1053 anno domini, puis crucifié en l'an 1086... Voici moins de mille ans !
  Et les Croisades auraient eu lieu « dans la foulée »…
  Ce qui expliquerait la ferveur mystico-religieuse des Croisés, qui étonne encore de nos jours bon nombre d'historiens !

  Avant de quitter la Russie, il faut noter le "Livre de Civilisation" ( 14 ). En effet, l'école russe initiée par Anatoly Fomenko, Gleb Nossovsky et Nicolaï Morozov a inspiré d'autres auteurs au cours de la dernière décennie. On y retrouve notamment le champion d'échecs Garri Kasparov, qui signe la préface du "Livre de Civilisation" d'Igor Davidenko et Jaroslav Kesler, publié en plusieurs langues à Moscou, en 2001.
  Dans ce gros ouvrage, on découvre d'intéressantes considérations historiques sur les langues européennes, ainsi que dans les domaines les plus divers ( art, écriture, architecture, métallurgie ). Pour les auteurs précédemment cités, l'apparition des langues modernes serait très récente en Europe, et en tout cas, postérieure au dernier grand cataclysme mondial, daté d'environ 700 ans. Le latin aurait été une sorte de koïné, propre à l'Empire romain, et repris tel quel par l'Église… romaine, où il restera en usage jusque dans les années 1960 ( Concile Vatican II ). En fait, l'ancêtre des langues actuelles dites 'latines' aurait été plutôt une variété de roumain.

  Entre les partisans d'un raccourcissement des périodes historiques, les avis divergent sur certains points - et notamment sur les appréciations de l'historicité des personnages, bien évidemment. Nous en donnerons bientôt quelques exemples

  Dans les années 1980, la critique constructive de la Chronologie traditionnelle a été portée jusqu'en Allemagne où elle s'est plutôt bien développée. Il y a maintenant tout un groupe de chercheurs d'outre-rhin, composé de "fomenkistes", comme Eugen Gabowitsch, Alexander Beierbach, parfois critiques envers Fomenko, comme Uwe Topper ou le Bâlois Christoph Marx, ou bien de "vélikovskistes", comme Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz ( "théorie des siècles fantômes" ), Gunnar Heinsohn ou Horst Friedrich. On peut citer également le physicien Christian Blöss, le mathématicien italien Emilio Spedicato, ou encore l'ingénieur Hans-Joachim Zillmer, partisan d'un raccourcissement drastique des périodes géologiques.

  Le plus connu, à l'étranger, de ces chercheurs - venus d'horizons disciplinaires différents - est sans conteste Heribert Illig. Né en 1947, promu docteur après une thèse en Histoire des civilisations, analyste et éditeur de la revue Zeitensprünge, Illig est également l'auteur d'une demi-douzaine d'ouvrages sur l'Antiquité ou le Moyen-Âge ( 15 ). Le cheval de bataille d'Illig, nous l'évoquions déjà, c'est Charlemagne !
  En fait, toute l'épopée de Charlemagne serait à reléguer dans le domaine de l'affabulation et du mythe… tout comme la dynastie des Carolingiens.

  Heribert Illig est parvenu à cette constatation peu ordinaire en considérant qu'il y avait 3 "siècles fantômes" dans la durée du Moyen-Âge. Car si le pape Grégoire XIII avait bien supprimé 10 jours du calendrier en 1585, il avait oublié que le calendrier julien remontait… à Jules César !
  Le pontife romain de la Renaissance avait pris comme point de départ le concile de Nicée en 325. Dans cette perspective, Illig pense qu'il y a quelque part dans l'Histoire « trois siècles de trop ».

  Dans le même ordre d'idées, quand la Russie a adopté le calendrier grégorien en 1918, les soviétiques sont passés directement du mercredi 31 janvier au jeudi 14 février. C'est pourquoi la révolution d'octobre, qui a commencé le 24 octobre 1917 julien, est en retard de 13 jours sur le calendrier grégorien… Et l'actuelle commémoration a donc lieu en novembre !

  Dans sa traque des "siècles fantômes", le choix d'Illig se porta sur la période de 3 siècles autour de Charlemagne : plus précisément, entre l'an 614 et l'an 911. Pourquoi ces dates ? Parce qu'il y a comme un hiatus dans la continuité archéologique : les constructions de la lignée germanique des Othon semblent faire suite sans transition aux dernières réalisations architecturales romaines. Et puis, l'époque entre 614 [ le roi Dagobert 1er, en France, aurait vécu entre 600 et 639 ] et 911 [ Charles III, couronné à Reims en 893 ] s'avère historiquement assez pauvrement documentée.

  Celui qui fait 'physiquement' les frais de l'opération, c'est Charlemagne, car Heribert Illig supprime carrément 3 siècles d'Histoire avant, pendant et après son règne !

  Nous en reparlerons plus longuement dans un prochain chapitre. Notons aussi que le débat contradictoire se poursuit en Allemagne, et c'est plutôt bon signe ! Ainsi y a-t-il désormais un "anti-Illig" en la personne de Franz Krojer qui vient de publier un premier livre ( 16 ) sur le sujet.

  Avec le nom d'Heribert Illig se trouve fréquemment associé celui du prochain chronologiste, surtout dans la question des « siècles fantômes », et en rapport avec Charlemagne.

  Hans-Ulrich Niemitz enseigne à Leipzig l'Histoire de la Technologie. Il a également publié avec le Berlinois Christian Blöss une étude critique sur les techniques de datation, notamment le radiocarbone ( C14 ) et la dendrochronologie ( 17 ). Leurs conclusions vont dans le sens que beaucoup de dates sont erronées, car trop anciennes. Nous aurons l'occasion d'en reparler.

  Souvent associé à Illig on a également Gunnar Heinsohn, professeur et sociologue à l'Université de Brème, en Allemagne, qui a publié en 1988 un livre polémique « Die Sumerer gab es nicht » [ = Les Sumériens n'ont pas existé ]. Avec Illig, il a fait paraître une étude sur les Pharaons ( 1997 ), les rajeunissant beaucoup plus que ce qui est habituellement admis…

  Dès le début des années 1980, le Bâlois Christoph Marx avait, pour sa part, richement contribué à la recherche sur les chronologies, en développant des scénarios de type 'catastrophique'. Ses contributions à la reconstitution de l'histoire de l'Humanité ont grandement influencé un auteur comme Uwe Topper.

  Quant à Eugen Gabowitsch, né en 1938 à Tartu ( Estonie ), il est mathématicien à Dortmund. Passionné par la Chronologie, il s'est joint dans les années 1980 au « Berliner Geschichtssalon » [ Salon de l'Histoire Berlinois ] fondé par Uwe Topper, Hans-Ulrich Niemitz et Christian Blöss. Ses connaissances de la langue russe lui ont permis de devenir une charnière 'naturelle' entre les récentistes russes ( écoles de Morozov et de Fomenko ) et les chercheurs germanophones. Il a toujours œuvré pour renforcer la coopération entre les différents pays. Je lui suis reconnaissant de m'avoir fait parvenir, voici quelques années, un ( rare ) exemplaire du « Livre de Civilisation » de Davidenco et Kesler, préfacé par Garri Kasparov.

  En poursuivant notre tour d'horizon des « récentistes » nous faisons maintenant la connaissance de Horst Friedrich, né à Breslau en 1931. Cet auteur a étudié la philosophie des sciences, puis fut promu Docteur rerum naturarum en 1974, à Munich, pour un travail sur les sciences naturelles au 17ème siècle.
  Très prolixe sur l'Histoire ancienne, Friedrich a publié dès le début des années 1980 dans la revue de l'historien Jacques Touchet « Méditerranéa » ( Carcassonne ) une étude sur la « Préhistoire archétypique » ( n°9, 1982 ), puis en 1989 sur ces « Peuples de la Mer » qui ont cherché en vain à envahir l'Égypte, sous le règne du pharaon Ramsès III.
  Depuis une quarantaine d'années, Horst Friedrich, avec lequel j'entretiens un contact épistolaire constant, s'intéresse aux sujets controversés de la Science ou de l'Histoire, par le biais d'une approche critique et constructive. Lui-même, en tant que chercheur non-conformiste, s'émeut du pouvoir de la science, ou des institutions établies - lesquelles constituent à son avis un frein important au développement du Savoir. Mais bien entendu, à l'égard des sciences marginales ou spéculatives, Friedrich sait garder également un regard sceptique. Pour lui, la critique doit s'exercer de façon multilatérale !
  C'est une approche scientifique à laquelle je ne peux qu'adhérer avec enthousiasme.

  Le scénario historique proposé par Horst Friedrich est surtout de type « catastrophique ». Son livre le plus élaboré - et le plus controversé - est sans nul doute « Erdkatastrophen und Menschheitsentwicklung » [ = Catastrophes terrestres et développement de l'humanité ], paru en 1998 ( 18 ). Cet ouvrage bourré d'érudition aborde le sujet délicat des traumatismes subis par l'Humanité à la suite de grands désastres naturels, sujet sur lequel nous reviendrons, bien sûr, en parlant du grand précurseur que fut le psychiatre et 'visionnaire' new-yorkais, Immanuel Velikovsky.

  Citons encore Gernot Geise, rédacteur et éditeur de la revue allemande Efodon Synesis, auteur de nombreux articles et publications sur les disparités et autres étrangetés de l'Histoire.

  Last but not least, pour clore cette liste non-exhaustive des chercheurs 'récentistes' contemporains, voici l'écrivain-historien berlinois Uwe Topper, dont nous allons abondamment parler dans le suite de ce livre, en rapport avec ses publications, comme ZeitFälschungen [ = Falsifications du Temps, 2003 ]. Né en 1940 à Breslau, il a écrit depuis les années 1960 sur l'ethnographie et le catastrophisme, publiant en 1977 son œuvre, « Das Erbe der Giganten » [ = L'Héritage des Géants ], qui allait influencer de nombreux auteurs, dont Heribert Illig.

 


 

Suite...  Chapitre 3

 

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