LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
M. François de Sarre,
par e-mail


 


 

« Où est donc passé le Moyen-Age ? »

L'invention de l'ère chrétienne

par  François de SARRE

 

 

TABLE DES MATIERES :

Introduction

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11

Les bizarreries du calendrier
Fomenko et les "récentistes"
Les cieux nous sont tombés sur la tête
Quelques problème de dates
Les "siècles fantômes" du Moyen-Age
Charlemagne : un héros de légende
Le Christianisme est-il né en Avignon ?
L'histoire des trois églises
Qui a bien pu avancer l'heure ?
En quel siècle sommes-nous donc ?
Essai de reconstruction historique

Epilogue

Littérature et notes
Glossaire

Bibliographie générale
Dates importantes en anno domini

 

 


 

Chapitre 4

Quelques problèmes de dates

 

  Remontons non pas au Déluge, mais au moins à la fondation de Rome…
  Tout le monde connaît la légende de Romulus et Remus, nés de l'union miraculeuse et fécondation de Rhéa Silvia, fille du non moins légendaire roi Numitor, et du dieu Mars. Tout petits, les deux frères sont élevés par une louve, puis devenus adolescents, ils décident de créer leur propre cité. Suite à un désaccord à propos de l'emplacement exact du site, Romulus tue Remus… le jour même de la fondation de Rome, le 21 avril 753 avant. Jésus-Christ.

  Toute cette histoire est bien jolie, mais elle est entièrement fausse ! On peut penser qu'il s'agit d'un récit créateur, nécessaire pour légitimer l'ancienneté de Rome - et par là même le pouvoir impérial romain ! Non seulement les faits ou les personnages ont été imaginés, mais également la date de fondation de la ville, celle qu'on appellera plus tard éternelle
  La seule chose de vraie dans tout cela, c'est que les Romains, ayant perdu tout souvenir de leurs origines… ont bien été obligés de s'inventer une Histoire !

  Et comme nous l'apprend Flavius Vopiscus, un auteur latin du 3ème siècle av. J.-C. : « Les pontifes avaient seuls autrefois le privilège d'écrire l'Histoire, lorsque l'empire de Rome commençait à peine… ».
  Cette habitude d'écrire l'Histoire a apparemment perduré, au moins jusqu'en 1582 et un certain Grégoire XIII !

  Dans le magazine « Sciences et Avenir » d'avril 2005, p. 19, on rapporte qu'une équipe d'archéologues italiens autour d'Andrea Carandini ( Université La Sapienza, Rome ), viennent de dégager les vestiges d'un grand palais datant du milieu du 8ème siècle avant J.-C., sur le mont Palatin. Il s'agirait ni plus ni moins du palais de Romulus et Remus, les mythiques fondateurs de Rome… Cette annonce laisse rêveur ! Pour Carandini : « Ces restes pourraient permettre de dater la fondation de Rome, et indiquer par là même que la légende selon laquelle la ville serait née en 753 av. J.-C., est véridique ». A mon avis, la seule chose vraie dans cette affaire, c'est que des vestiges antiques ont été dégagés sur le mont Palatin ! Tout le reste n'est qu'auto-suggestion.

  Traditionnellement, on pense qu'à partir de Tarquin l'Ancien, un roi étrusque, l'archéologie est en mesure de confirmer les premières chroniques latines.
  C'est aussi l'avis de l'auteur "récentiste" Uwe Topper, et cela le conforte dans son opinion que les ruines exhumées à Rome sont... étrusques.

  Tout le monde a entendu parler de la formule « ab Urbe condita » ( = depuis la fondation de la Ville, c'est-à-dire Rome ). Même si cette date est fausse - ou inventée - elle n'en a pas moins joué un rôle important dans la Chronologie, car beaucoup d'auteurs ( même tardifs ) s'en sont servis comme point de référence pour dater les événements historiques.
  Qui en fut l'instigateur ?
  C'est à un certain Varron que l'on doit cette date, qui fut créée pour servir de trame temporelle… à la fin de la République romaine, soit 7 siècles après les faits, serait-on tenté de dire !

  Varron ( Marcus Terrentius Varro ), écrivain romain ( 116 à 27, avant Jésus-Christ ), surnommé " le plus grand savant des Romains " par ses contemporains, fut tribun et exerça sous la direction de Pompée un commandement naval important… contre César. Ce dernier, pas du tout revendicatif, lui confia le soin d'organiser à Rome une bibliothèque publique. Varron continua d'ailleurs à écrire jusqu'à la fin de sa vie, traitant les sujets les plus variés. On connaît surtout de lui le " De re rustica " sur l'agriculture [ 3 volumes, dont l'un sur l'élevage des abeilles, la chasse et la pêche ].

  Quant au traité le plus important de l'œuvre de Varron, " Rerum humanorum et divinarum antiquitas ", il a très malencontreusement disparu… On pouvait y lire tout sur l'histoire de l'Italie, sur ses habitants, sur Rome, la religion italique et la religion romaine, sur les divers cultes pratiqués en Italie. Tout ce qu'on sait sur ce manuscrit, on le doit à des emprunts chez Ovide, et même plus tardivement chez Saint-Augustin, qui le cite dans sa " Cité de Dieu ". Ainsi Varron, contemporain de Jules-César, a-t-il servi de référence aux pères de l'Église catholique romaine… en matière de religion !

  Mais revenons quelques siècles en arrière, au flou historique des premiers temps de Rome. Si la date de fondation de cette ville - étrusque ou latine - était si incertaine, comment les gens de l'époque s'orientaient-ils dans un cadre chronologique ?
  Je parle bien sûr des classes dirigeantes, car le peuple n'avait guère de notion précise du temps qui passe… Sauf pour préciser les très importantes dates de fêtes, souvent en rapport avec les saisons et les manifestations cultuelles.
  Sans doute, chaque roi ou roitelet introduisait-il, au début de son règne, une chronologie du type : " En l'année 20 ou 40 du règne de Tullus… ", ce qui pour des événements locaux était largement suffisant.

  A notre époque, nous pourrions dire également : " En l'an 10 ou 11 de la présidence de Jacques Chirac ". Ce système permet aussi, le cas échéant, de se projeter dans l'avenir, en évoquant l'an 12 ou 13... S'il devait y avoir un changement à la tête de l'État, c'est à la discrétion du successeur de maintenir l'ère en cours… ou bien d'y substituer sa propre chronologie !

  Tout cela nous amène à considérer qu'il devait y avoir une multitude de " formules " en usage, pour une même tranche temporelle. Mais de cela nous nous doutions, bien sûr.

 

Les calendriers de l'Antiquité

 

  Qu'en était-il du système calendaire antique - et de la façon de décompter les jours et mois de l'année ?
  Le calendrier des Albains [ les habitants d'une cité voisine de Rome ] aurait comporté 10 mois. Les auteurs anciens parlent d'une alternance de mois de 30 et 31 jours, ce qui donne une année de 304 jours.
  C'est relativement bizarre, car il paraissait plus plausible qu'un tel calendrier " primitif " eût comporté des mois de 29 ou 30 jours, en accord avec les phases lunaires, comme c'est le cas du calendrier musulman actuel.
  Dans cet exemple, sur la base des 10 mois, on arrive à un total de 295 jours, ce qui fait bien peu pour une année solaire… Surtout dans le cadre d'une année légale qui doit tenir compte du retour calendaire des saisons, pour fixer la date des ( nombreuses ) fêtes religieuses !

  Comment étaient appelés les 10 mois originaux à Rome ? Dans un premier temps, ils ont été numérotés de 1 à 10, puis le premier d'entre eux est devenu… martius, en l'honneur de Mars, père divin 'putatif' de Romulus et Remus.
  Car le début du printemps était aussi le commencement de l'année.
  Puis le 2ème mois a été rebaptisé aprilis, sans doute en l'honneur d'Aphrodite ( Vénus ).
  Le mois suivant, maius, était dédié à Maia, déesse de la croissance des plantes et de la fertilité ; le quatrième devint junius, consacré à Junon, l'épouse de Jupiter ; suivaient alors : quintilis, sextilis, september, october, november et december.

  Dix mois, cela faisait toujours très court, et l'on peut se demander pourquoi il aura fallu attendre Numa Pompilus, le successeur de Romulus, pour instituer une année de 12 mois ? En tout cas, quand ce fut chose faite, on ajouta, à la suite de december, les nouveaux mois de januarius ( consacré à Janus, dieu de la paix ), et de februarius, dédié à Febro, dieu de la purification.

  L'année comportait enfin douze mois !

  Nous parlions plus haut des rois légendaires… En rapport avec le calendrier, beaucoup d'épisodes semblent bien avoir été inventés de toutes pièces !
  Ainsi, c'est à un certain Macrobe, obscur historien du 5ème siècle après J.-C., que reviendrait l'honneur d'avoir désigné le non moins obscur roi Numa Pompilus ( 7ème siècle avant J.-C. ) comme le premier réformateur du calendrier, puisqu'il avait rajouté deux mois ( 60 jours ) à l'année légale.
  Februarius s'est d'abord vu adjugé 29 jours, tandis que januarius en totalisait 31. En effet, deux mois de 30 jours auraient, paraît-il, eu le don d'offusquer les dieux ( les nombres pairs étant réputés néfastes ).
  Finalement, on se décida quand même pour un februarius de 28 jours, mais le décompte n'était toujours pas bon… car l'année comportait 355 jours ( avec des mois alternés de 31 et 29 jours, février excepté ).
  Si l'on en croit Macrobe, le roi Pompilus en profita aussi pour placer le début de l'année civile juste après le solstice d'hiver, janvier devenant ipso facto le premier mois !

  Comme 355 jours ne faisaient toujours pas une année solaire, les Latins eurent recours au classique mois intermédiaire, l'intercalaris [ ou mercedonius ], tous les deux ans…
  Mais sur 4 ans, le nombre de jours dans l'année devenait fatalement trop long. Il fut donc décidé de ne pas ajouter de mois intercalaire, certaines années.

  Qui prenait la décision ?
  Ce droit fut attribué aux prêtres pontifes. Bien sûr, ce surcroît de pouvoir intéressait à plus d'un titre ce collège religieux, érigé à la tête de la religion romaine. En effet, cela leur permettait de « régner en maître » sur la chronologie… et de prolonger ou raccourcir la durée des mandats de leurs amis ou ennemis !
  Les pontifes étaient les maîtres du temps.

  Quand César entra en scène, nous dit-on, le calendrier était en retard de 3 mois sur les saisons.
  Ceci pour l'historiette classique... On peut supposer que les faits historiques se sont à peu près déroulés de cette façon, à la condition expresse de préciser deux points :

  1. Les personnages relèvent, la plupart du temps, de la pure fiction
  2. La trame chronologique considérée est certainement beaucoup trop longue

  Sans aucun doute, des problèmes importants de calendrier existaient bien avant l'époque de Jules-César. Il y avait des luttes pour le pouvoir, nous le disions, car des litiges opposaient périodiquement les prêtres pontifes aux notables et aux militaires, mais était-ce l'unique raison ?

  Jules-César, rappelons-le, était né en 100 ou 101 avant notre ère ( il mourut en 44, assassiné en pleine séance du Sénat romain ). César était devenu Grand Pontife, ce qui le prédestinait à faire 'sa' réforme du calendrier… En qualité de dictateur, il put légiférer à sa guise ; il va d'ailleurs s'empresser de changer tout le système, sur les conseils d'un astronome d'Alexandrie, nommé Sosigène.

  Comme son prédécesseur Hipparque, ce Grec d'Égypte avait calculé et recalculé longuement la durée de l'année solaire. Cependant, si le premier l'avait estimée à 6 minutes près [ = 365 jours, cinq heures et cinquante-cinq minutes ], le second ne sut ( ou ne put ) proposer à César qu'un calendrier inexact
  C'était d'autant plus bizarre que Sosigène, s'il venait d'Alexandrie, avait eu connaissance des travaux des illustres Aristarque et Ératosthène qui, eux, avaient à peu près tout compris de l'Astronomie, même la position centrale du Soleil.

  César s'est donc fait avoir…

  Ou alors, la vérité historique est ailleurs !
  Considérons l'époque "autour" de César de manière critique. Tout ce qui est rapporté par Varron [ rappelons-nous, c'est lui qui avait qui prit en main la gestion des bibliothèques romaines ] est assez confus.
  Durant une période qui prétendument s'est étendue sur près de 7 siècles ( ! ), les Latins ont connu bien des déboires avec leur calendrier, passant d'un cycle annuel de 10 à 12 mois, puis à 13, avant de revenir à 12 mois… Quand César prit le pouvoir à Rome, les saisons avaient plusieurs mois de retard, officiellement à cause des " embrouilles " des pontifes. On raconte que 90 jours furent ajoutés à la même année 46 ( av. J.-C. ), qui en compta… 445 !

  D'ailleurs, même avec un nouveau calendrier calé sur l'année solaire, les pontifes refirent des erreurs en comptant une année bissextile tous les trois ans, au lieu de quatre.
  L'empereur Auguste profita alors de " sa " réforme [ il fit supprimer trois années bissextiles successives ] pour obtenir aussi "son" mois dans le calendrier : augustus ( août ), de 31 jours, après julius ( juillet ), le mois de Jules ( César ), institué par Antoine en 44.

  On s'étonnera d'ailleurs que, dans la foulée, les empereurs successifs, Néron, Calligula, Tibère et autres, n'aient pas réussi à " décrocher " leur mois. Il paraît que certains s'y essayèrent… En tout état de cause, nous en sommes, jusqu'à maintenant, restés aux bons " vieux " mois de septembre, octobre, novembre et décembre ( malgré leur numérotation erronée ).

  Juste pour en finir avec les empereurs romains : un certain Dioclétien, dont nous avons déjà fait la connaissance [ Palais de Split ] avait réussit à imposer une " ère " qui est, paraît-il, toujours en usage dans l'Église copte. Son début coïncide avec la date de fondation de cette Église, sous le règne de Dioclétien, justement, qui avait la sinistre réputation de persécuter les Coptes... Le point de départ de ce calendrier correspond au 29 août 284 julien. On parle aussi de l'ère des martyrs ( symbolisée par les lettres A.M. = Anno Martyrium ).

  Maintenant, pour mieux comprendre ce qui va suivre, prenons un peu de recul.
  Avant Rome et l'expansion du Latium, il y avait eu d'autres calendriers en usage dans la région méditerranéenne, et au-delà. C'était notamment le cas en Mésopotamie ( Assyrie, Chaldée, Sumer, Babylone ).
  Si nous revenons en l'an mille avant notre ère, nous découvrons une société dans laquelle Astronomie et Astrologie sont étroitement mêlées. En effet, les rois et devins consultaient régulièrement le ciel dans le but de prédire l'avenir des personnes, des dynasties, des royaumes, car tout était relié. Les Chaldéens étaient passés maîtres dans la prédiction des éclipses, mais aussi des famines, des calamités naturelles…

  Cela peut paraître bizarre, car aujourd'hui nous distinguons spontanément les prévisions rationnelles - ou considérées comme telles ( prosaïquement : la date des prochaines soldes de printemps, l'élection du futur président, ou le temps qu'il fera demain… ), des prévisions ressenties comme irrationnelles ( horoscopes et voyance, divination, mais aussi chute éventuelle d'astéroïdes ou de comètes… ) !

  Apparemment, le rôle des astrologues-astronomes de l'Antiquité était bien de tout prévoir, d'observer le ciel en permanence, et si possible d'annoncer au roi quand allait tomber le prochain gros caillou !
  Car de toute évidence, les civilisations mésopotamiennes ont vécu dans la crainte constante des dérèglements du Cosmos, avec des conséquences funestes - et immédiates - pour eux : la fin de leur civilisation ( et du Monde ).
  C'était sans doute le signe d'un traumatisme récent…

  On peut penser au "Déluge", consigné dans les tablettes sumériennes, puis retranscrit dans la Bible judéo-chrétienne. Quel que soit le nom que l'on donne au cataclysme, il semble avoir marqué les Anciens.

  Mais retournons pour l'instant à la mesure du temps, et au système calendaire des Sumériens ( 4ème Millénaire av. J.-C., dans la chronologie traditionnelle ).
  D'après Georges Ifrah ( Histoire Universelle des Chiffres ), les Sumériens avaient alors innové en optant pour la base 60, groupant ainsi les êtres et les choses par soixantaines, et par multiples de soixante.
  Cette base 60 ( système sexagésimal ) fut maintenue chez les Chaldéens et les Assyriens plus tardifs, avec cependant une numération décimale ( base 10 ) complémentaire, d'origine akkadienne.
  Les Chaldéens divisèrent l'heure en 60 minutes, et la minute en 60 secondes. Quant au jour, il fut également à l'origine divisé en soixante heures, avant d'arriver au système actuel des 12 heures "doubles" ( ou 24 heures ), d'un crépuscule à l'autre.

  Si l'on y réfléchit bien, ces bases en 60 et 12 sont encore très utilisées de nos jours ( division du cercle en 360 degrés, de l'heure en 60 unités, des cadrans d'horloge en 12 chiffres… sans oublier l'habitude d'acheter des oeufs à la douzaine, ou encore le Zodiaque et ses 12 constellations ).

  On pense aussi à l'année de 12 mois, mais n'est-ce pas là un cycle naturel, découlant de la durée habituelle des mois lunaires, par rapport à l'année solaire ?
  En tout cas, le calendrier assyrien a utilisé une année de 12 mois et de 30 jours, ce qui donnait un total de 360 jours. On retrouve le même nombre de degrés dans un cercle.
  L'Astronomie a-t-elle influencé l'Arithmétique, ou l'inverse ?

  En tout cas, les Sumériens ont longtemps pratiqué cette disposition calendaire des 360 jours sans que cela ne leur crée trop de problèmes… Les Babyloniens, plus tardifs, ont opté pour un calendrier luni-solaire, un peu comme celui des Hébreux - ou le calendrier juif actuel - avec ajout de mois intermédiaire.
  On doit également aux peuples mésopotamiens la semaine de 7 jours, reprise par les Hébreux [ le 7ème jour était celui où Dieu se reposa ], puis par les Romains, même si, dans l'usage courant, les jours de semaine ( lundi, mardi… ) mirent bien du temps à s'imposer, d'abord dans un système mixte avec les calendes, ides, nones… C'est seulement depuis quelques siècles que la semaine est utilisée seule !
  Rappelons-nous la bulle du pape Grégoire XIII, en 1582, qui ne 'connaît' pas encore notre façon moderne de nommer les jours !

  La question que l'on peut légitimement se poser, même si elle apparaît saugrenue, est : « Au début de l'histoire des peuples mésopotamiens, une année longue de 360 jours, répartis dans 12 mois de 30 jours, était-elle envisageable ? ». Nous savons que c'était l'hypothèse de Velikovsky, pour cette période d'avant les grandes perturbations cosmiques.
  Et l'on peut insidieusement se demander si les premiers calendriers n'étaient pas "calés" sur 360 jours, tout simplement… parce que c'était alors la durée "normale" de l'année !
  Une série de perturbations majeure aurait par la suite engendré un tel désordre dans le bon déroulement de l'année légale ( = prévision du retour des saisons et des fêtes religieuses ! ) que, pendant des siècles les " réajustements calendaires " auraient été rendus plus que nécessaires… C'est ce que nous avons vu dans l'exemple de la Rome antique.

  Il va falloir jeter un œil du côté de l'Astronomie.
  Nous nous souvenons des définitions de l'année [ rotation de la Terre autour du Soleil ] et du jour [ rotation de la Terre sur elle-même ]. Quant aux 4 saisons, elles sont dues à l'inclinaison de la Terre sur son orbite, dans sa course annuelle autour du Soleil.
  L'axe de rotation de la Terre n'est pas fixe, mais animé lui-même d'un mouvement de rotation. A cause de cela, la planète ne tourne pas droite dans l'espace, mais penchée… Nous savons tous que l'axe terrestre pointe, la nuit, en direction de l'étoile polaire Polaris. C'est elle qui nous indique le Nord géographique. Ce n'est pas le même que le Nord de l'écliptique [ = plan dans lequel les planètes autour du Soleil ], la différence d'angle est actuellement de 23°26'.
  Or l'étoile polaire est amenée à changer. Cela est dû au phénomène ( déjà repéré par Hipparque ) de la précession des équinoxes, qui occasionne un lent mouvement circulaire de l'axe terrestre dans le ciel nocturne. On parle habituellement d'un cycle de 25.700 ans. Si le paramètre ne change pas, ce sera Véga ( l'une des plus brillantes étoiles au firmament ) qui deviendra notre étoile polaire, dans environ 12.000 ans !

 

La précession des équinoxes

 

  Pour bien visualiser ce phénomène astronomique, reportons-nous au ciel diurne, puis nocturne.
  Lors de l'équinoxe de printemps, le 20 ou le 21 mars ( c'est la même chose pour l'équinoxe d'automne ), le soleil se lève exactement à l'est. Ce qui permet de déterminer l'ouest ( dans l'alignement ), puis le nord et le sud ( qui forment respectivement un angle de 90° ). Nous obtenons ainsi les quatre points cardinaux, pour un lieu donné.

  Cette méthode a pu servir pour la construction des premières églises, orientées à l'origine vers l'est, c'est à dire dans la direction du soleil levant.
  Quand celui-ci paraît dans la clarté du petit matin, il est actuellement entouré d'étoiles de la constellation des Poissons, mais année après année, il glisse insensiblement vers celles du Verseau. Tout le monde l'aura compris, c'est pour cette raison que l'on parle de l'ère des Poissons, et de la prochaine ère du Verseau

  Les constellations semblent glisser en arrière. Mesuré à l'échelle d'une vie humaine, le décalage est infime, mais augmente au fil des ans. La raison est que la Terre oscille sur son axe, en un lent mouvement rétrograde.

  En quoi cela peut-il servir dans notre démonstration ?
  La Terre, en rotation dans l'espace, se comporte comme une grosse toupie, plus précisément comme un gyrostat… C'est une masse lourde qui tourne autour d'un axe fixe ( même incliné ). Ce système est caractérisé par un moment cinétique élevé. En d'autres termes, même un choc puissant ne saurait faire dévier la Terre de sa route… La planète se comporte comme la toupie de notre jeunesse, sur laquelle on frappe ( mais pas trop fort quand même… ) : elle n'en continue pas moins à tourner docilement autour de son axe, en conservant la même inclinaison.
  L'angle que fait la Terre par rapport au plan ( écliptique ) du système solaire, nous le disions, est égal à 23°26'. C'est la cause du changement périodique des saisons, sous nos latitudes.
  Quant au mouvement de précession, il serait occasionné par l'attraction du Soleil sur la sphère imparfaite qu'est la Terre. C'est du moins ce que pensent les astronomes. Un autre mouvement, dit de nutation, qui fait osciller périodiquement l'axe du monde autour de sa position moyenne, serait le fait de l'attraction lunaire. La Terre est soumise aussi à une autre petite oscillation ( d'une période de 14 mois ) appelée " Chandler Wobble " ou " oscillation de Chandler ", du nom de l'astronome américain Seth Chandler qui la découvrit en 1891 ( 26 ).
  C'est l'explication "classique" des manuels.

  Elle ne satisfait pas tout le monde. Si le savant new-yorkais Velikovsky faisait intervenir de grands - et peu crédibles - chamboulements du Système Solaire [ Vénus y faisant irruption, ou Mars frôlant la Terre… ] au cours de ces derniers millénaires, les chercheurs contemporains, critiques de la Chronologie, recherchent des causes apparemment moins violentes - et pourtant réellement intégrables dans un scénario catastrophique.
  Ainsi le magazine allemand Efodon Synesis a-t-il publié une série d'articles sur le sujet. Armin Naudiet ( 27 ) remarquait que la force d'attraction exercée par le Soleil sur le gyrostat constitué par la Terre, devait à long terme provoquer son redressement, car notre planète n'est pas une sphère parfaite. Géométriquement parlant, c'est un ellipsoïde de révolution. Du fait de sa rotation propre et de l'existence d'une force centrifuge plus forte à l'équateur, la Terre se déforme : elle n'est pas sphérique, mais légèrement aplatie aux pôles.
  En d'autres termes, si, comme l'Astronomie l'admet, notre planète tourne « tranquillement » ( c'est-à-dire sans avoir été « bousculée » ) depuis des milliards d'années autour du Soleil, il ne devrait plus y avoir du tout d'inclinaison…
  Et pas de saisons, puisque celles-ci résultent de l'inclinaison ( 23°26' ) de l'axe de la Terre par rapport au plan du système solaire ( écliptique ).

  En tout cas, les découvertes récentes d'une faune fossile plutôt habituée à la chaleur ( dinosaures ! ) près des pôles, semblent accréditer la thèse d'une Terre sans saisons à l'ère Secondaire [ l'explication des paléontologues est que les dinosaures « migraient » en hiver vers des zones plus clémentes ]. Il faisait chaud partout sur le globe ! Et il n'y avait que peu de variations dans la durée du jour ou de la nuit, même au voisinage des pôles : c'était en quelque sorte l'équinoxe toute l'année !

  Comment expliquer qu'il y ait aujourd'hui des saisons ( sous nos latitudes )… et que la Terre "dodeline" du chef, en tournant autour de son axe incliné ?

  On peut penser qu'elle a reçu « de gros chocs »,… L'astéroïde qui mit fin à la saga des dinosaures est désormais largement accepté en science - pour ce qui est de l'impact et de ses conséquences immédiates. Mais on ne souffle mot sur les perturbations qui ont pu résulter sur la rotation terrestre. Tout dépend bien sûr, on en conviendra, de l'incidence ( angle ) de l'impact, ainsi que de la direction d'où venait le bolide : allait-il dans le même sens que la rotation terrestre, ou dans le sens opposé ?
  Ce n'est pas forcément la météorite des dinosaures qui a "créé" les saisons au début de l'ère Tertiaire… Nous savons que notre planète a été bombardée pas mal de fois depuis l'ère Primaire… Mais le responsable était-il vraiment une météorite ?

  Dans ses livres ( 28 ), l'ingénieur allemand Hans-Joachim Zillmer pense que l'inclinaison actuelle de la Terre est due à un astre à fort potentiel électrique ( une comète ? ) qui, passant près de la Terre, l'a faite basculer sur son axe… C'est une application à l'échelle cosmique du principe connu en physique sous le nom d'effet Biefeld-Brown. Un condensateur électrique, chargé et déchargé de façon alternative, a tendance à se soulever en direction de son pôle positif. L'énergie cinétique, ainsi dégagée dans le cadre d'une rencontre rapprochée entre notre planète et un astre interagissant par électrogravitation, pourrait expliquer le basculement de la Terre !

  En tout cas, le vieil " axiome de stabilité cosmique " qui réglait l'Astronomie depuis des lustres ne signifie plus grand chose. Tout bouge autour de nous. Certes, les planètes sont sur des trajectoires relativement stables ( quoique elliptiques, comme l'avait postulé Kepler ), mais les autres "acteurs" du système solaire : astéroïdes et comètes, sont beaucoup plus turbulents… C'est une évidence que l'on n'admettait pas encore, voici quelques dizaines d'années à peine !

  Que penser de tout cela dans la question des saisons et du calendrier ? L'idée qui vient spontanément à l'esprit, c'est que la Terre, en ce moment, est en train de se redresser
  Bien sûr, l'inclinaison en elle-même est ancienne, mais des perturbations cosmiques récentes sont venues perturber le jeu !

  Admettons qu'un passage rapproché de comète ait eu lieu, voici quelques milliers d'années.
  Sous l'impulsion des forces électrocinétiques soudainement en présence, l'inclinaison de l'axe de la Terre par rapport à l'écliptique a pu s'accroître brutalement, atteignant jusqu'à 30 ou 35 degrés… Non, pas de danger que la Terre se couche ou qu'elle ne bascule, rappelons-nous l'image de la toupie !
  En revanche, l'atmosphère a dû être durablement "agitée", même relativement loin de la zone concernée… Sur tout le pourtour du globe, les raz-de-marée et pluies ont dû être catastrophiques.
  Puis la Terre a commencé à se redresser lentement...

  C'est l'illustration même du phénomène de précession des équinoxes. Contrairement à ce que pensent habituellement les astronomes, il ne serait pas continu, mais en constante diminution, car la Terre revient vers sa position initiale, perpendiculaire au plan de l'écliptique solaire ( malgré l'inertie du système ).

  En conséquence, quand à l'équinoxe vernal Hipparque notait, d'une année sur l'autre, un décalage par rapport aux étoiles fixes, il devait être plus net qu'aujourd'hui. Dans son article du magazine Efodon Synesis, Armin Naudiet, émet d'ailleurs l'hypothèse qu'il se faisait dans l'autre sens, par rapport au sens actuel ( dextrogyre )…
  Exactement comme si la Terre, à l'époque d'Hipparque ( au 2ème siècle avant notre ère ), se trouvait dans une dynamique d'inclinaison, alors qu'actuellement, elle est en train de se redresser !

 

Une catastrophe à l'aube de l'Antiquité ?

 

  Hipparque vivait à l'âge d'or de l'Antiquité gréco-latine. On peut penser que quelques siècles auparavant, un événement céleste apparemment anodin ( parce que non observable directement ? ) avait frappé le globe.
  Ce pourrait être le passage rapproché d'une grosse comète ( la " Vénus " de Vélikovsky, visible dans le ciel après la rencontre ). Sous l'effet conjugué des forces en présence, la Terre chancela sur son axe, et les sursauts du redressement se poursuivent encore de nos jours !

  L'Astronomie moderne, depuis Halley, Herschel et Laplace, n'a pu que constater la précession actuelle ( en fait, le recul du phénomène ! ). D'où la déduction un peu hâtive qu'il en avait toujours été ainsi… C'est pourquoi on entend habituellement que Véga sera notre étoile polaire dans 12.000 ans…
  Mais c'est là pure extrapolation !
  En fait, l'amplitude de la précession devrait cesser. Et après avoir quitté la constellation de la Petite Ourse, l'axe du globe pointera vers celle du Dragon, pôle nord de l'écliptique solaire… Si un autre événement catastrophique imprévu n'intervient pas !

  Mais revenons maintenant à Jules-César, et à sa réforme du calendrier.
  César a vécu environ 100 ans après Hipparque, et il a donc dû ajouter près de 80 jours pour remettre les saisons « à niveau ».
  Alors qu'à l'époque de Grégoire XIII, on a procédé inversement : le calendrier a été amputé de 10 jours !

  Pour Armin Naudiet et Uwe Topper ( 29 ), ou encore Horst Friedrich, la dernière " grande " catastrophe, à l'échelle cosmoplanétaire, a eu lieu « entre 1650 et 1300 ans av. J.-C. ». Disons, vers 1500 BP dans notre perspective « récentiste ».

  Ce n'est pas encore l'épisode du Moyen-Âge ( grande peste, calamités sur l'Europe, fin de l'empire romain d'Occident ), sur lequel nous reviendrons [ cf. déjà le tableau résumé, un peu plus bas ].

  Voici 1500 ans, on peut penser qu'il s'agissait du passage " en rase-mottes " d'une comète, qui a véritablement « troué » l'atmosphère. Certains débris sont vraisemblablement parvenus jusqu'au sol, ou en mer, mais dans l'ensemble les perturbations affectèrent surtout l'axe de rotation : la Terre prit de la gîte pendant quelques siècles, provoquant le phénomène céleste observé par Hipparque.
  Bien sûr, le passage rapproché de la comète fut accompagné d'un refroidissement sensible du climat, de grandes inondations et de dégradations diverses. Il fut sans doute la cause du déclin précipité des civilisations mésopotamiennes et atlanto-méditerranéennes, qui ont précédé l'Antiquité gréco-romaine !

  D'après les documents anciens que nous possédons, il semblerait que juste avant cette grosse catastrophe cosmique, l'année légale eût comporté 360 jours. Chez les Babyloniens, notamment.
  Les premiers calendriers solaires égyptiens comportaient également 360 jours divisés en trois saisons de quatre mois, de 30 jours chacun…

  C'est ensuite que l'on commença à rajouter en moyenne 5 jours par an, appelés épagomènes ( " ceux qui sont au-dessus " ) par les Grecs. Ce fut la même chose en Égypte.
  On comprend les problèmes de calendrier auxquels furent successivement confrontées les civilisations antiques.

  Les Égyptiens avaient un bon moyen de mesurer la durée de l'année, c'était le lever héliaque de l'étoile Sothis ( pour nous, Sirius ), car celle-ci apparaissait sur l'horizon au mois de juillet, en même temps que revenait la crue du Nil, si importante pour le pays.
  Un texte de l'époque de Ramsès dit : " L'hiver arrive en été, les mois sont inversés et les heures en grande confusion ". Cette phrase est habituellement évoquée pour souligner la dérive du calendrier, mais sans doute indiquait-elle des bouleversements aux conséquences plus néfastes qu'un simple glissement des jours.
  Avec le système des 5 jours épagomènes, la durée de l'année solaire égyptienne avait été portée à 365 jours et un quart, ce qui était certes approximatif, mais ne faisait plus qu'un décalage d'un jour tous les 4 ans. Une telle dérive était facilement contrôlable dans un système de type " julien ", par exemple, en introduisant un jour " bissextile " tous les 4 ans…

  Les archéologues pensent que les Égyptiens laissaient dériver leur année calendaire au fil de l'année solaire, ce qui induisait un cycle sothiaque, long de 1461 ans… A un certain moment, les saisons se remettaient en place toutes seules, ce qui était considéré comme un excellent présage pour le règne à venir du pharaon ! On se demande cependant si des durées aussi longues "avaient un sens" pour un peuple comme les Égyptiens. Il est vrai que, d'un point de vue chronologique, c'est surtout très pratique pour les égyptologues, qui font remonter la 1ère période sothiaque… à l'an 4241 avant J.C., tandis que la 3ème ( et dernière période ) sothiaque se termine en 139 de notre ère !

  Qu'en est-il vraiment de cette année de 360 jours qui avait fait le bonheur des astronomes et mathématiciens sumériens [ car divisibles par 60 et 24 ] ?
  Le « passage rapproché » d'une comète a-t-il suffi pour changer toute la donne ?

  Immanuel Velikovsky s'était posé la question de cataclysmes majeurs en constatant que les fonds de légendes antiques indiquaient qu'à une certaine époque ( correspondant au 7ème ou 8ème siècle avant Jésus-Christ ) l'année solaire avait été rallongée de 5 jours.
  Cela pourrait correspondre aux dates « conventionnelles » de 1350/1500 av. J.-C., autrement dit… à l'époque de Moïse et Ramsès II.
  Finalement, tous ces événements remonteraient à 1500 ans dans notre passé ( 1500 BP ). Je dis bien qu'il s'agit de « 1500 années réelles », ou quinze siècles !
  Un rapide calcul montre qu'il y aurait ainsi près de 2000 ans d'écart à ce moment de l'Histoire ( Ramsès ) entre la chronologie conventionnelle, et celle qui sert de trame à ce livre…

  Juste un dernier mot sur l'année sumérienne de 360 jours. Bien entendu, la vitesse de rotation du globe terrestre n'a pas pu être « ralentie » : c'est physiquement et mathématiquement inconcevable !
  En revanche, l'inclinaison de l'axe pouvait avoir été beaucoup plus droite par rapport à l'écliptique, ce qui rendait possible une année « sans saisons », ou presque… Et des jours très égaux en durée, pendant toute l'année. Ce qui permettait d'utiliser commodément un calendrier de 360 jours.
  Au moins, le temps de l'apogée des civilisations mésopotamiennes…

  Mais la catastrophe cosmique de 1500 BP allait bientôt tout précipiter. L'apparition de saisons marquées allait provoquer une spectaculaire dérive calendaire dans le cadre - devenu inapproprié - d'une année de 360 jours. Ainsi l'héritage sumérien n'était-il plus d'actualité. Les Égyptiens et les Grecs durent se résoudre à ajouter des jours supplémentaires.
  On comprend l'étendue des problèmes rencontrés, notamment par les Romains, avant et pendant l'époque de Jules-César, pour "ajuster" leur calendrier aux saisons.
  Les problèmes personnels des pontifes 'maîtres du temps' se surajoutant à ceux de la cosmographie !

  Voici maintenant pour le lecteur un tableau commode qui met en relation les trois derniers grands cataclysmes planétaires postulés dans ce livre. Les dates proposées sont en Before Present.
  Sur la droite, l'on peut lire le 'tableau' des destructions, et le repositionnement des événements dans la trame historique.

 

Tableau résumé des 3 dernières catastrophes cosmiques et planétaires

Grand cataclysme, « Déluge »
( causé par un impact de comète )
voici 3000 ans
Événements cataclysmiques dans l'hémisphère Nord ; raz-de-marée et inondations à travers l'Europe ; destruction complète des civilisations existantes.
Cataclysme
( passage rapproché de comète )
voici 1500 ans
Événements cataclysmiques sur le pourtour du bassin méditerranéen ; nombreuses inondations et transgressions marines ; destruction de la civilisation atlanto-méditerranéenne.
Cataclysme
( passage rapproché de comète )
voici 700 ans
Événements cataclysmiques sur l'Ouest de l'Europe ; graves inondations, puis grandes épidémies de peste ; anéantissement de la civilisation gréco-romaine.

 

  Après cette incursion calendaire dans l'Antiquité, retournons au Moyen-Âge, et à d'autres problèmes de dates.

 

Comment les années étaient-elles
décomptées au Moyen-Âge ?

 

  Cela peut paraître curieux, mais les dates d'adoption du calendrier chrétien ( " anno domini " ) au Moyen-Âge sont variables selon les pays, et plutôt tardives... Dans une approche conventionnelle de la Chronologie, on peut s'étonner qu'il fallût autant de temps pour que l'ère chrétienne devienne d'un usage courant dans la société… chrétienne !

  Cette ère « anno domini » est également appelée dionysienne, d'après le moine qui - selon l'historiette classique - calcula la date de naissance du Christ : Dionysius Exiguus, Denys le Petit, ainsi nommé, non pas à cause de sa taille, mais parce qu'il était humble.
  Si humble d'ailleurs que son existence paraît assez incertaine…

  Né à la fin du 5ème Siècle et mort à Rome en 540, il était d'origine scythe ( la Scythie, au nord de la mer Noire entre les Carpates et le Don, pays aujourd'hui partagé entre la Moldavie, l'Ukraine et la Russie orientale ), mais il vécut à Rome où il était moine. Pratiquant le grec et le latin, il traduisit du grec en latin les canons des Conciles, dont celui de Nicée.
  C'est du moins ce que l'on rapporte…
  Denys devait être aussi un bon mathématicien. On dit qu'il calculait la date de Pâques d'une année sur l'autre.
  Mais son " invention " fut l'anno domini ( AD ). En effet, le calendrier en vigueur à Rome, à l'époque de Denys, avait comme point de départ l'accession au pouvoir de l'empereur Dioclétien. N'éprouvant guère de sympathie pour celui qui avait eu la réputation de pourfendre les chrétiens, ni pour son ère… Denys suggéra de compter dorénavant les années à partir de la réincarnation du Christ, désignée comme l'an 1 [ le zéro n'avait pas encore été " inventé " ].
  Mais on n'était, bien sûr, pas à une année près, et d'ailleurs Denys parle d'incarnation… alors naissance ou conception, cela faisait déjà 9 mois d'écart ! Denys le Petit affirmait par ailleurs que Jésus-Christ avait été conçu un 25 mars ( jour de l'Annonciation ), ce qui le faisait naître le 25 décembre ( Noël ).

  On ne sait pas comment Denys a procédé pour positionner « l'an 1 », sinon qu'il s'est servi de l'ère connue sous le nom d'ab urbe condita ( AUC ), qui partait de la date présumée de la fondation de Rome, calculée par l'historien Varron.
  L'an 1 AD correspondait à l'an 753 de l'AUC.
  Denys le Petit prit l'habitude d'écrire la nouvelle ère sur ses tables pascales, en précisant : " anno domini nostri Jesu Christi ".

  Bizarrement, cette innovation n'obtint pas tout de suite le succès escompté, et ne fut véritablement adoptée que bien des siècles plus tard. En Espagne, seulement au 14ème, et en Grèce au 15ème siècle !

  Sans trop savoir pourquoi, Denys le Petit avait néanmoins « créé » notre ère actuelle, qui passa dans la postérité sous le nom d'ère Chrétienne, ère dionysienne, ère de l'Incarnation ou anno domini.
  La chronologie historique allait y gagner en simplicité…
  Sauf que le début " de notre ère " ne correspondait strictement à rien, comme le début de toutes les ères, d'ailleurs !
  Même Denys le Petit fut un piètre défenseur de " son ère " puisque il datait généralement ses propres textes selon le vieux système des indictions ( nous reviendrons sur ce terme ). En fait, son système chronologique servait surtout aux utilisateurs de tables pascales qui, soit dit en passant, étaient aussi fausses que le " cycle de Méton " sur lequel elles étaient construites [ voir glossaire ].

  Mais tout cela n'a finalement pas beaucoup d'importance, car l'historicité du personnage de Dionysius Exiguus ou Denys le Petit reste discutable. Nous verrons plus loin, au chapitre 10, une comparaison de tous les Dionysius, Dionysos ou Denys, qui nous fournira divers indices sur les manipulations possibles de la Chronologie.

  En tout cas, c'est à une époque un peu plus tardive qu'un certain Bède, dit le Vénérable ( vers 673-735 ), a bâti toute son Historia ecclesiastica gentis AnglorumHistoire ecclésiastique de la nation anglaise ] en utilisant l'ère dionysienne.
  La renommée de Bède fut telle que l'ère Chrétienne s'imposa peu à peu.

  Si celle-ci ne tomba pas dans l'oubli ( ! ), ce fut donc en grande partie grâce à la réputation de Bède, un homme du 7ème et du 8ème siècle, que l'on considère comme le tout premier historien de l'Angleterre.
  Né vers 673 dans une famille de paysans du Royaume anglais de Northumbrie [ dans le nord-est de l'Angleterre, à la limite de l'Écosse ], il fut confié à l'âge de 7 ans au monastère de Wearmouth, fondé quelques années auparavant par Benedict Bishop, puis envoyé à l'abbaye jumelle de Jarrow, non loin de l'embouchure de la Tyde. Il y termina son éducation, et fut ordonné diacre, puis prêtre lorsqu'il eut trente ans.
  Il ne quittera pratiquement jamais Jarrow sauf pour de brefs voyages, qui ne le mèneront guère au-delà de York… Et bien qu'étant l'un des plus grands érudits de son époque, de son vivant, sa réputation ne dépassera pas les frontières de sa petite province du nord-est de l'Angleterre ( Northumbria ).
  Bède écrivit d'abord un abrégé scolaire, le De temporibus liber, à destination des jeunes moines, puis un traité plus gros, le De ratione temporum.
  Quelques années avant sa mort, en 735, il devint célèbre… Alcuin le proclame Beda Magister. On l'honora du titre de " Vénérable ". Pendant près de 400 ans, il restera l'un des maîtres de l'Occident médiéval.

  Grâce à Bède et au " De ratione temporum " nous connaissons au moins le calendrier pratiqué en Angleterre avant la conquête romaine. Il sera ensuite remplacé par le calendrier julien.
  Comme il fallait s'y attendre, il s'agissait d'un calendrier lunaire " à correction solaire ", bref, un calendrier luni-solaire. L'année était composée de 12 lunaisons, de la Nouvelle Lune à la Pleine Lune. De temps à autre, un treizième mois était ajouté pour rester en phase avec l'année tropique.

  Comment étaient comptabilisées les années dans l'Europe médiévale ?
  On peut effectivement se poser la question. En gros, c'était assez anarchique… Car les souverains et roitelets locaux voulaient laisser leur empreinte dans l'Histoire sous la forme d'une « ère ».
  Tout dépendait beaucoup du lieu et de l'époque où l'on se trouvait.
  Lors de l'accession au trône d'un roi ou empereur, on repartait généralement du nombre « un », d'où une fragmentation des dates. On pouvait aussi mentionner une grande « ère » : celle de Dioclétien ( ère des Martyrs ) était largement utilisé, mais d'autres systèmes de datations " à partir de la Création du Monde " avaient également cours.
  Et n'oublions pas l'ère Chrétienne " anno domini "…

  Au Moyen-Âge, un système de numérotation eut un succès constant : l'indiction. Utilisée seule ou en doublage d'un autre décompte ( le règne d'un roi, par exemple ), elle correspondait à une période de 15 ans ( au départ, pour lever les impôts ).
  C'était, semble-t-il, un système ancien, instauré par l'empereur romain Auguste.
  Constantin en avait fixé le début au 1er septembre 312, puis sa date d'origine fut ramenée au 1er janvier par le pape Grégoire VIII, en 313.
  On disait, par exemple, 4ème induction pour indiquer que l'année était la 4ème du cycle… de 15 ans. Bien sûr, les erreurs ne manquaient pas, notamment dans la concordance des dates, et beaucoup de documents étaient datés de plusieurs façons.
  Un peu comme si nous dations nos propres lettres de l'ère Chrétienne ( " anno domini " ou " annu( m ) ab incarnatione domini ", AD ), de la prise de la Bastille, et d'un événement local comme un plan de développement quinquennal.

  Voici d'abord un exemple de datation simple. Il s'agit d'un document de Childebert III ( v. 683-711 ), roi de Soissons ( Neustrie ), de Metz ( Austrasie ), de Paris, d'Orléans, de Bourgogne et de tout le Pays Franc ( 695-711 ). On peut lire :
     Dat(um) sub d(ies) X kal(endas) Ianuari(i), ann(o) primo regn(i) n(ostr)i.
  Ce qu'on traduira par : << 10 des calendes de janvier de la première année de notre règne >>, date qui correspond au 23 décembre 695.

  Un document de Charles " Le Grand ", dit " Charlemagne " ( 742-814 ), roi en 754, roi de Neustrie, d'Austrasie et d'Aquitaine occidentale ( 768-814 ), roi de Lombardie et patrice de Rome ( 774 ), empereur des Romains ( jour de Noël 800 ) est daté :
     Data in mens(e) Decem(ri) anno quartodecimo et octavo regni n(ost)ri.
  Ce qui veut dire : << Décembre des 14ème et 8ème années de notre règne >>, date qui correspond à décembre 781. On voit qu'ici il y a une double référence à des événements marquants de la vie de Charlemagne.

  Ou encore, un document concernant Louis III, roi de Germanie ( 822-882 ), daté de la façon qui suit :
     Data k(a)l(endas) Febr(uarii) anno dominicale incar(nationis) dccclxxxi, indict(ione) xi, anno vi to regni hludouuici serinissimi regis.
  On peut traduire par << 16 calendes de février de l'an 881 de l'incarnation, 11ème indiction, 6ème année du règne de Louis >>. Ici, il n'y a pas moins de trois systèmes de numérotation : l'ère Chrétienne, l'indiction et la référence au règne de Louis III…
  C'est tellement « précis » que l'on arrive même à une contradiction entre la 6ème année du règne ( 882 ) et la 11ème indiction ( 881 ), au choix : « 17 janvier 881 » ou « 17 janvier 882 ».

  En tout cas, à travers ces dates à rallonge, on voit la difficulté qu'il y a à se retrouver dans une chronologie… quand elle n'est pas parfaitement connue !

  Pour ne pas arranger les choses, différents "styles" étaient utilisés, selon les régions et les époques. Car la date du 1er jour de l'année n'était pas partout la même… Sans oublier le jour de Pâques… qui est la date flottante, par excellence, entre le 23 mars et le 24 avril !

  Le 1er janvier, comme premier jour « fixe » de l'année, ne fut institué en France que le 9 août 1564 par l'Édit de Roussillon de Charles IX, fils de Catherine de Médicis. L'article 39 stipulait que l'année légale devait débuter en janvier :

  Voulons et ordonnons qu'en tous actes, registres, instruments, contrats, édits, tant patentes que missives, et toute écriture privée, l'année commence dorénavant et soit comptée du premier jour de ce mois de janvier.
  Donné à Roussillon, le neuvième jour d'août, l'an de grâce mille cinq cent soixante-quatre. Et de notre règne de quatrième. Ainsi signé le Roy en son Conseil, Sébastien de l'Aubespine.
 "

  Effet retard aidant, il faudra attendre 1567 pour que l'Édit soit appliqué à Paris, et encore plus tard pour l'ensemble du royaume.
  Puis peu de temps après, en 1582, suivit la grande réforme grégorienne du calendrier.

  La Chronologie telle que nous la connaissons était ( enfin ) née…
  Manquait encore, en grande partie, la trame historique, telle qu'elle fut « créée » ou introduite par les historiens chroniqueurs, comme Joseph Scaliger ou Denys Pétau, dit Dionysius Petavius
  Ce dernier nom vous rappelle-t-il quelque chose ? En tout cas, des auteurs comme Eugen Gabowitsch et Uwe Topper ne sont pas loin de penser… qu'il s'agit en réalité du même Dionysius Exiguus, inventeur de l'anno domini, en français : Denys le Petit ou… Pétau ! ( 30 )

  Si l'on en revient à des considérations plus académiques [ en tout cas, rien n'empêchait d'utiliser l'anno domini, ou l'ère de l'incarnation, avant Denys Pétau ! ], dater un document à partir de l'incarnation, ou de la naissance, du Christ était devenu au Moyen-Âge une marque d'autorité. Le pouvoir local ( notables, seigneur ) ou central ( rois, empereurs ) pouvait affirmer publiquement " qu'il donnait ses ordres " par l'autorité du Christ.
  Dater du Christ devint vite une obligation et le signe extérieur le plus ostentatoire du pouvoir souverain.

  Même si longtemps les différents "modes" de dater coexistèrent…

  On le sait par l'épitaphe de Gui de Lons, évêque bâtisseur de la cathédrale de Lescar ( Béarn ), mort en 1141. Un mode hybride avait alors été utilisé ( 31 ).

     « era millesima: C:LXXX(IX) ab incarnatione: domini anno millesimo :quadragesimo :primo epacta XI »

  C'est-à-dire : en 1189 de l'Ère espagnoleera ), faisant cohabiter celle-ci et l'ère de l'incarnation du Seigneur. La péninsule ibérique a effectivement connu un mode de datation spécifique au Moyen-Âge - sur l'origine duquel aucune explication satisfaisante n'est donnée.
  L'era avait comme point de départ la 38ème année de l'ère chrétienne ( voir Topper 1999 ).

  Plus communément, beaucoup de correspondances et "cartulaires" du haut Moyen-Âge sont datés en anno domini ou en anno incarnatione. Quid ? dans tout cela de ce que nous écrivions plus haut sur Dionysius Petavius ( 17ème Siècle ), alias Dionysius Exiguus ( 6ème Siècle )… ?
  On peut se demander si cela ne va pas à l'encontre des thèses de ce livre : tous les actes notariés ne peuvent pas avoir été des faux !
  Les faussaires du 15ème et du 16ème Siècle, puis les chronologistes du 17ème Siècle ont certes bien œuvré, mais on peut difficilement leur accorder la paternité d'actes "banaux" du haut Moyen Age, datés à partir de l'Incarnation.

  Mon analyse personnelle propose la solution suivante :
  Dans la profusion des calendriers utilisés au Moyen-Âge, devait déjà se trouver une ère se référant à une incarnation, ou à un "dominus".
  Elle a été appelée plus tard " ère dionysienne ", mais ne se référait pas vraiment à Dionysius Exiguus, le moine scythe dont nous parlions plus haut… mais à un "autre" Dionysius ou Dionysos… peut-être le demi-dieu grec, né de Zeus et de Sémélé ?

  Voilà qui permet en tout cas de remettre de façon élégante les pendules à l'heure !

  Dans les dates, notamment au pied des statues, ou dans les épitaphes, les risques d'erreur ou de confusion pouvaient aussi avoir une autre origine.
  En effet, dans « Anno Domini », le domini, génitif de dominus ( seigneur ), plutôt qu'au Christ, pouvait aussi bien se rapporter à… un souverain ou suzerain de l'époque !

  D'autre part, ce même domini était souvent abrégé en un simple « D ». Pour l'auteur russe Anatoly Fomenko, ce « D » pouvait signifier aussi domus, génitif domi : « maison ou dynastie » !

  Quant au « M » de mille ( en chiffres romains ), qui débute une référence numérique au delà de 1000, on peut aussi y lire l'abréviation de « magnus », génitif « magni », qui s'accorderait avec le « D » pour signifier « grande maison » !

  Voici en tout cas un exemple intéressant, tiré du livre d'Anatoly Fomenko ( 2004 ), p. 353.

  Dans la cathédrale de Spire ( Allemagne ), on peut voir la plaque tombale du roi Rodolphe de Habsbourg, qui y fut enterré, suppose-t-on, en 1291.
  Qu'y a-t-il exactement sur la pierre tombale ?
  Une inscription latine : ANNO.D.N.I.MCC.X.C.I.
  On y lit d'habitude : anno domini 1291, car après « ANNO. » et « D.N.I. », il y a les chiffres romains : « M » pour mille, « CC. » pour deux cents, « X.C. » pour quatre-vingts dix, et « I. » un, qui ensemble font « 1291 ».
  On part en effet du principe que « D.N.I. » est l'abréviation de « Domini » ( = « du Seigneur » ), alors qu'on pourrait tout aussi bien lire :

  Année ( Anno ) de la Maison ( au sens de dynastie ) ( Domini ), M. pour Magni = Grand ; soit : « Grande Maison », et puis : CC.X.C.I., c'est à dire : 291 !
  Ce qui signifierait, selon Fomenko : « En l'année de la Grande Maison, 291 »…

  On s'interroge : quelle est donc cette Grande Maison ?
  S'il s'agit de la dynastie des Habsbourg, que l'on fait débuter à la fin du 13ème ou au commencement du 14ème Siècle, cela donnerait une date pour la mort de Rodolphe de Habsbourg qui correspond au 16ème, voire même au 17ème Siècle !
  Autrement dit, Rodolphe de Habsbourg, roi des Romains, serait mort voici 400 ans

  Bien des historiens vont crier au scandale, car le rajeunissement des dates remet en question toute la Chronologie établie, bref tout le « savoir encyclopédique ».
  Pour ceux d'entre nous qui étudient les sciences, l'habitude est déjà prise que les idées, théories et conclusions sont conditionnelles par nature…

  Ce sont les faits qui doivent primer, et non les convictions personnelles !

 


 

Suite...  Chapitre 5

 

Copyright François de SARRE © 2006 All Rights Reserved
Pour toute reproduction même partielle du texte, veuillez faire la demande auprès de M. François de SARRE

 


 

Retour au Sommaire


 

 

Retour à la page de BIPEDIA

 

Retour à la page du C.E.R.B.I.