LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALEEditée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :BIPEDIAA Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
« Où est donc passé le Moyen-Age ? »L'invention de l'ère chrétienne par François de SARRE
Chapitre 4Quelques problèmes de dates
Remontons non pas au Déluge, mais au moins à la fondation de Rome…
Toute cette histoire est bien jolie, mais elle est entièrement fausse !
On peut penser qu'il s'agit d'un récit créateur, nécessaire pour légitimer l'ancienneté de Rome
- et par là même le pouvoir impérial romain ! Non seulement les faits ou les personnages
ont été imaginés, mais également la date de fondation de la ville, celle qu'on appellera plus tard éternelle…
Et comme nous l'apprend Flavius Vopiscus, un auteur latin du 3ème siècle
av. J.-C. : « Les pontifes avaient seuls autrefois le privilège d'écrire l'Histoire,
lorsque l'empire de Rome commençait à peine… ».
Dans le magazine « Sciences et Avenir » d'avril 2005, p. 19, on rapporte qu'une équipe d'archéologues italiens autour d'Andrea Carandini ( Université La Sapienza, Rome ), viennent de dégager les vestiges d'un grand palais datant du milieu du 8ème siècle avant J.-C., sur le mont Palatin. Il s'agirait ni plus ni moins du palais de Romulus et Remus, les mythiques fondateurs de Rome… Cette annonce laisse rêveur ! Pour Carandini : « Ces restes pourraient permettre de dater la fondation de Rome, et indiquer par là même que la légende selon laquelle la ville serait née en 753 av. J.-C., est véridique ». A mon avis, la seule chose vraie dans cette affaire, c'est que des vestiges antiques ont été dégagés sur le mont Palatin ! Tout le reste n'est qu'auto-suggestion. Traditionnellement, on pense qu'à partir de Tarquin l'Ancien, un roi étrusque,
l'archéologie est en mesure de confirmer les premières chroniques latines.
Tout le monde a entendu parler de la formule « ab Urbe condita »
( = depuis la fondation de la Ville, c'est-à-dire Rome ). Même si cette date est fausse
- ou inventée - elle n'en a pas moins joué un rôle important dans la Chronologie,
car beaucoup d'auteurs ( même tardifs ) s'en sont servis comme point de référence
pour dater les événements historiques.
Varron ( Marcus Terrentius Varro ), écrivain romain ( 116 à 27, avant Jésus-Christ ), surnommé " le plus grand savant des Romains " par ses contemporains, fut tribun et exerça sous la direction de Pompée un commandement naval important… contre César. Ce dernier, pas du tout revendicatif, lui confia le soin d'organiser à Rome une bibliothèque publique. Varron continua d'ailleurs à écrire jusqu'à la fin de sa vie, traitant les sujets les plus variés. On connaît surtout de lui le " De re rustica " sur l'agriculture [ 3 volumes, dont l'un sur l'élevage des abeilles, la chasse et la pêche ]. Quant au traité le plus important de l'œuvre de Varron, " Rerum humanorum et divinarum antiquitas ", il a très malencontreusement disparu… On pouvait y lire tout sur l'histoire de l'Italie, sur ses habitants, sur Rome, la religion italique et la religion romaine, sur les divers cultes pratiqués en Italie. Tout ce qu'on sait sur ce manuscrit, on le doit à des emprunts chez Ovide, et même plus tardivement chez Saint-Augustin, qui le cite dans sa " Cité de Dieu ". Ainsi Varron, contemporain de Jules-César, a-t-il servi de référence aux pères de l'Église catholique romaine… en matière de religion ! Mais revenons quelques siècles en arrière, au flou historique des premiers temps
de Rome. Si la date de fondation de cette ville - étrusque ou latine - était si incertaine,
comment les gens de l'époque s'orientaient-ils dans un cadre chronologique ?
A notre époque, nous pourrions dire également : " En l'an 10 ou 11 de la présidence de Jacques Chirac ". Ce système permet aussi, le cas échéant, de se projeter dans l'avenir, en évoquant l'an 12 ou 13... S'il devait y avoir un changement à la tête de l'État, c'est à la discrétion du successeur de maintenir l'ère en cours… ou bien d'y substituer sa propre chronologie ! Tout cela nous amène à considérer qu'il devait y avoir une multitude de " formules " en usage, pour une même tranche temporelle. Mais de cela nous nous doutions, bien sûr.
Les calendriers de l'Antiquité
Qu'en était-il du système calendaire antique - et de la façon de décompter
les jours et mois de l'année ?
Comment étaient appelés les 10 mois originaux à Rome ? Dans un premier temps,
ils ont été numérotés de 1 à 10, puis le premier d'entre eux est devenu… martius, en l'honneur
de Mars, père divin 'putatif' de Romulus et Remus.
Dix mois, cela faisait toujours très court, et l'on peut se demander pourquoi il aura fallu attendre Numa Pompilus, le successeur de Romulus, pour instituer une année de 12 mois ? En tout cas, quand ce fut chose faite, on ajouta, à la suite de december, les nouveaux mois de januarius ( consacré à Janus, dieu de la paix ), et de februarius, dédié à Febro, dieu de la purification. L'année comportait enfin douze mois ! Nous parlions plus haut des rois légendaires… En rapport avec le calendrier,
beaucoup d'épisodes semblent bien avoir été inventés de toutes pièces !
Comme 355 jours ne faisaient toujours pas une année solaire, les Latins eurent recours
au classique mois intermédiaire, l'intercalaris [ ou mercedonius ], tous les deux ans…
Qui prenait la décision ?
Quand César entra en scène, nous dit-on, le calendrier était en retard de 3 mois
sur les saisons.
Sans aucun doute, des problèmes importants de calendrier existaient bien avant l'époque de Jules-César. Il y avait des luttes pour le pouvoir, nous le disions, car des litiges opposaient périodiquement les prêtres pontifes aux notables et aux militaires, mais était-ce l'unique raison ? Jules-César, rappelons-le, était né en 100 ou 101 avant notre ère ( il mourut en 44, assassiné en pleine séance du Sénat romain ). César était devenu Grand Pontife, ce qui le prédestinait à faire 'sa' réforme du calendrier… En qualité de dictateur, il put légiférer à sa guise ; il va d'ailleurs s'empresser de changer tout le système, sur les conseils d'un astronome d'Alexandrie, nommé Sosigène. Comme son prédécesseur Hipparque, ce Grec d'Égypte avait calculé et recalculé longuement la
durée de l'année solaire. Cependant, si le premier l'avait estimée à 6 minutes près [ = 365 jours,
cinq heures et cinquante-cinq minutes ], le second ne sut ( ou ne put ) proposer à César
qu'un calendrier inexact…
César s'est donc fait avoir… Ou alors, la vérité historique est ailleurs !
D'ailleurs, même avec un nouveau calendrier calé sur l'année solaire, les pontifes
refirent des erreurs en comptant une année bissextile tous les trois ans, au lieu de quatre.
On s'étonnera d'ailleurs que, dans la foulée, les empereurs successifs, Néron, Calligula, Tibère et autres, n'aient pas réussi à " décrocher " leur mois. Il paraît que certains s'y essayèrent… En tout état de cause, nous en sommes, jusqu'à maintenant, restés aux bons " vieux " mois de septembre, octobre, novembre et décembre ( malgré leur numérotation erronée ). Juste pour en finir avec les empereurs romains : un certain Dioclétien, dont nous avons déjà fait la connaissance [ Palais de Split ] avait réussit à imposer une " ère " qui est, paraît-il, toujours en usage dans l'Église copte. Son début coïncide avec la date de fondation de cette Église, sous le règne de Dioclétien, justement, qui avait la sinistre réputation de persécuter les Coptes... Le point de départ de ce calendrier correspond au 29 août 284 julien. On parle aussi de l'ère des martyrs ( symbolisée par les lettres A.M. = Anno Martyrium ). Maintenant, pour mieux comprendre ce qui va suivre, prenons un peu de recul.
Cela peut paraître bizarre, car aujourd'hui nous distinguons spontanément les prévisions rationnelles - ou considérées comme telles ( prosaïquement : la date des prochaines soldes de printemps, l'élection du futur président, ou le temps qu'il fera demain… ), des prévisions ressenties comme irrationnelles ( horoscopes et voyance, divination, mais aussi chute éventuelle d'astéroïdes ou de comètes… ) ! Apparemment, le rôle des astrologues-astronomes de l'Antiquité était bien
de tout prévoir, d'observer le ciel en permanence, et si possible d'annoncer au roi
quand allait tomber le prochain gros caillou !
On peut penser au "Déluge", consigné dans les tablettes sumériennes, puis retranscrit dans la Bible judéo-chrétienne. Quel que soit le nom que l'on donne au cataclysme, il semble avoir marqué les Anciens. Mais retournons pour l'instant à la mesure du temps, et au système calendaire
des Sumériens ( 4ème Millénaire av. J.-C., dans la chronologie traditionnelle ).
Si l'on y réfléchit bien, ces bases en 60 et 12 sont encore très utilisées de nos jours ( division du cercle en 360 degrés, de l'heure en 60 unités, des cadrans d'horloge en 12 chiffres… sans oublier l'habitude d'acheter des oeufs à la douzaine, ou encore le Zodiaque et ses 12 constellations ). On pense aussi à l'année de 12 mois, mais n'est-ce pas là un cycle naturel,
découlant de la durée habituelle des mois lunaires, par rapport à l'année solaire ?
En tout cas, les Sumériens ont longtemps pratiqué cette disposition calendaire
des 360 jours sans que cela ne leur crée trop de problèmes… Les Babyloniens, plus tardifs,
ont opté pour un calendrier luni-solaire, un peu comme celui des Hébreux - ou le calendrier juif actuel -
avec ajout de mois intermédiaire.
La question que l'on peut légitimement se poser, même si elle apparaît saugrenue,
est : « Au début de l'histoire des peuples mésopotamiens, une année longue de 360 jours,
répartis dans 12 mois de 30 jours, était-elle envisageable ? ». Nous savons
que c'était l'hypothèse de Velikovsky, pour cette période d'avant les grandes perturbations cosmiques.
Il va falloir jeter un œil du côté de l'Astronomie.
La précession des équinoxes
Pour bien visualiser ce phénomène astronomique, reportons-nous au ciel diurne, puis nocturne.
Cette méthode a pu servir pour la construction des premières églises,
orientées à l'origine vers l'est, c'est à dire dans la direction du soleil levant.
Les constellations semblent glisser en arrière. Mesuré à l'échelle d'une vie humaine, le décalage est infime, mais augmente au fil des ans. La raison est que la Terre oscille sur son axe, en un lent mouvement rétrograde. En quoi cela peut-il servir dans notre démonstration ?
Elle ne satisfait pas tout le monde. Si le savant new-yorkais Velikovsky faisait intervenir
de grands - et peu crédibles - chamboulements du Système Solaire [ Vénus y faisant irruption,
ou Mars frôlant la Terre… ] au cours de ces derniers millénaires, les chercheurs contemporains,
critiques de la Chronologie, recherchent des causes apparemment moins violentes - et pourtant
réellement intégrables dans un scénario catastrophique.
En tout cas, les découvertes récentes d'une faune fossile plutôt habituée à la chaleur ( dinosaures ! ) près des pôles, semblent accréditer la thèse d'une Terre sans saisons à l'ère Secondaire [ l'explication des paléontologues est que les dinosaures « migraient » en hiver vers des zones plus clémentes ]. Il faisait chaud partout sur le globe ! Et il n'y avait que peu de variations dans la durée du jour ou de la nuit, même au voisinage des pôles : c'était en quelque sorte l'équinoxe toute l'année ! Comment expliquer qu'il y ait aujourd'hui des saisons ( sous nos latitudes )… et que la Terre "dodeline" du chef, en tournant autour de son axe incliné ? On peut penser qu'elle a reçu « de gros chocs »,… L'astéroïde
qui mit fin à la saga des dinosaures est désormais largement accepté en science - pour ce qui est
de l'impact et de ses conséquences immédiates. Mais on ne souffle mot sur les perturbations qui ont
pu résulter sur la rotation terrestre. Tout dépend bien sûr, on en conviendra,
de l'incidence ( angle ) de l'impact, ainsi que de la direction d'où venait le bolide :
allait-il dans le même sens que la rotation terrestre, ou dans le sens opposé ?
Dans ses livres ( 28 ), l'ingénieur allemand Hans-Joachim Zillmer pense que l'inclinaison actuelle de la Terre est due à un astre à fort potentiel électrique ( une comète ? ) qui, passant près de la Terre, l'a faite basculer sur son axe… C'est une application à l'échelle cosmique du principe connu en physique sous le nom d'effet Biefeld-Brown. Un condensateur électrique, chargé et déchargé de façon alternative, a tendance à se soulever en direction de son pôle positif. L'énergie cinétique, ainsi dégagée dans le cadre d'une rencontre rapprochée entre notre planète et un astre interagissant par électrogravitation, pourrait expliquer le basculement de la Terre ! En tout cas, le vieil " axiome de stabilité cosmique " qui réglait l'Astronomie depuis des lustres ne signifie plus grand chose. Tout bouge autour de nous. Certes, les planètes sont sur des trajectoires relativement stables ( quoique elliptiques, comme l'avait postulé Kepler ), mais les autres "acteurs" du système solaire : astéroïdes et comètes, sont beaucoup plus turbulents… C'est une évidence que l'on n'admettait pas encore, voici quelques dizaines d'années à peine ! Que penser de tout cela dans la question des saisons et du calendrier ?
L'idée qui vient spontanément à l'esprit, c'est que la Terre, en ce moment, est en train de se redresser…
Admettons qu'un passage rapproché de comète ait eu lieu, voici quelques milliers d'années.
C'est l'illustration même du phénomène de précession des équinoxes. Contrairement à ce que pensent habituellement les astronomes, il ne serait pas continu, mais en constante diminution, car la Terre revient vers sa position initiale, perpendiculaire au plan de l'écliptique solaire ( malgré l'inertie du système ). En conséquence, quand à l'équinoxe vernal Hipparque notait, d'une année sur l'autre,
un décalage par rapport aux étoiles fixes, il devait être plus net qu'aujourd'hui.
Dans son article du magazine Efodon Synesis, Armin Naudiet, émet d'ailleurs l'hypothèse
qu'il se faisait dans l'autre sens, par rapport au sens actuel ( dextrogyre )…
Une catastrophe à l'aube de l'Antiquité ?
Hipparque vivait à l'âge d'or de l'Antiquité gréco-latine. On peut penser que
quelques siècles auparavant, un événement céleste apparemment anodin ( parce que
non observable directement ? ) avait frappé le globe.
L'Astronomie moderne, depuis Halley, Herschel et Laplace, n'a pu que constater
la précession actuelle ( en fait, le recul du phénomène ! ). D'où la déduction
un peu hâtive qu'il en avait toujours été ainsi… C'est pourquoi on entend habituellement
que Véga sera notre étoile polaire dans 12.000 ans…
Mais revenons maintenant à Jules-César, et à sa réforme du calendrier.
Pour Armin Naudiet et Uwe Topper ( 29 ), ou encore Horst Friedrich, la dernière " grande " catastrophe, à l'échelle cosmoplanétaire, a eu lieu « entre 1650 et 1300 ans av. J.-C. ». Disons, vers 1500 BP dans notre perspective « récentiste ». Ce n'est pas encore l'épisode du Moyen-Âge ( grande peste, calamités sur l'Europe, fin de l'empire romain d'Occident ), sur lequel nous reviendrons [ cf. déjà le tableau résumé, un peu plus bas ]. Voici 1500 ans, on peut penser qu'il s'agissait du passage " en rase-mottes "
d'une comète, qui a véritablement « troué » l'atmosphère. Certains débris sont
vraisemblablement parvenus jusqu'au sol, ou en mer, mais dans l'ensemble les perturbations affectèrent
surtout l'axe de rotation : la Terre prit de la gîte pendant quelques siècles, provoquant
le phénomène céleste observé par Hipparque.
D'après les documents anciens que nous possédons, il semblerait que juste avant
cette grosse catastrophe cosmique, l'année légale eût comporté 360 jours. Chez les Babyloniens, notamment.
C'est ensuite que l'on commença à rajouter en moyenne 5 jours par an,
appelés épagomènes ( " ceux qui sont au-dessus " ) par les Grecs. Ce fut la même
chose en Égypte.
Les Égyptiens avaient un bon moyen de mesurer la durée de l'année, c'était le lever
héliaque de l'étoile Sothis ( pour nous, Sirius ), car celle-ci apparaissait sur l'horizon
au mois de juillet, en même temps que revenait la crue du Nil, si importante pour le pays.
Les archéologues pensent que les Égyptiens laissaient dériver leur année calendaire au fil de l'année solaire, ce qui induisait un cycle sothiaque, long de 1461 ans… A un certain moment, les saisons se remettaient en place toutes seules, ce qui était considéré comme un excellent présage pour le règne à venir du pharaon ! On se demande cependant si des durées aussi longues "avaient un sens" pour un peuple comme les Égyptiens. Il est vrai que, d'un point de vue chronologique, c'est surtout très pratique pour les égyptologues, qui font remonter la 1ère période sothiaque… à l'an 4241 avant J.C., tandis que la 3ème ( et dernière période ) sothiaque se termine en 139 de notre ère ! Qu'en est-il vraiment de cette année de 360 jours qui avait fait le bonheur
des astronomes et mathématiciens sumériens [ car divisibles par 60 et 24 ] ?
Immanuel Velikovsky s'était posé la question de cataclysmes majeurs
en constatant que les fonds de légendes antiques indiquaient qu'à une certaine époque ( correspondant
au 7ème ou 8ème siècle avant Jésus-Christ ) l'année solaire avait été
rallongée de 5 jours.
Juste un dernier mot sur l'année sumérienne de 360 jours. Bien entendu,
la vitesse de rotation du globe terrestre n'a pas pu être « ralentie » :
c'est physiquement et mathématiquement inconcevable !
Mais la catastrophe cosmique de 1500 BP allait bientôt tout précipiter.
L'apparition de saisons marquées allait provoquer une spectaculaire dérive calendaire
dans le cadre - devenu inapproprié - d'une année de 360 jours. Ainsi l'héritage sumérien
n'était-il plus d'actualité. Les Égyptiens et les Grecs durent se résoudre à ajouter des jours supplémentaires.
Voici maintenant pour le lecteur un tableau commode qui met en relation les trois
derniers grands cataclysmes planétaires postulés dans ce livre. Les dates proposées sont en Before Present.
Après cette incursion calendaire dans l'Antiquité, retournons au Moyen-Âge, et à d'autres problèmes de dates.
Comment les années étaient-elles
Cela peut paraître curieux, mais les dates d'adoption du calendrier chrétien ( " anno domini " ) au Moyen-Âge sont variables selon les pays, et plutôt tardives... Dans une approche conventionnelle de la Chronologie, on peut s'étonner qu'il fallût autant de temps pour que l'ère chrétienne devienne d'un usage courant dans la société… chrétienne ! Cette ère « anno domini » est également appelée dionysienne,
d'après le moine qui - selon l'historiette classique - calcula la date de naissance du Christ :
Dionysius Exiguus, Denys le Petit, ainsi nommé, non pas à cause de sa taille, mais parce qu'il était humble.
Né à la fin du 5ème Siècle et mort à Rome en 540, il était
d'origine scythe ( la Scythie, au nord de la mer Noire entre les Carpates et le Don, pays aujourd'hui
partagé entre la Moldavie, l'Ukraine et la Russie orientale ), mais il vécut à Rome où il était moine.
Pratiquant le grec et le latin, il traduisit du grec en latin les canons des Conciles, dont celui de Nicée.
On ne sait pas comment Denys a procédé pour positionner « l'an 1 »,
sinon qu'il s'est servi de l'ère connue sous le nom d'ab urbe condita ( AUC ),
qui partait de la date présumée de la fondation de Rome, calculée par l'historien Varron.
Bizarrement, cette innovation n'obtint pas tout de suite le succès escompté, et ne fut véritablement adoptée que bien des siècles plus tard. En Espagne, seulement au 14ème, et en Grèce au 15ème siècle ! Sans trop savoir pourquoi, Denys le Petit avait néanmoins « créé »
notre ère actuelle, qui passa dans la postérité sous le nom d'ère Chrétienne, ère dionysienne,
ère de l'Incarnation ou anno domini.
Mais tout cela n'a finalement pas beaucoup d'importance, car l'historicité du personnage de Dionysius Exiguus ou Denys le Petit reste discutable. Nous verrons plus loin, au chapitre 10, une comparaison de tous les Dionysius, Dionysos ou Denys, qui nous fournira divers indices sur les manipulations possibles de la Chronologie. En tout cas, c'est à une époque un peu plus tardive qu'un certain Bède,
dit le Vénérable ( vers 673-735 ), a bâti toute son Historia ecclesiastica gentis Anglorum
[ Histoire ecclésiastique de la nation anglaise ] en utilisant l'ère dionysienne.
Si celle-ci ne tomba pas dans l'oubli ( ! ), ce fut donc en grande partie grâce
à la réputation de Bède, un homme du 7ème et du 8ème siècle, que l'on considère
comme le tout premier historien de l'Angleterre.
Grâce à Bède et au " De ratione temporum " nous connaissons au moins
le calendrier pratiqué en Angleterre avant la conquête romaine. Il sera ensuite remplacé par le calendrier julien.
Comment étaient comptabilisées les années dans l'Europe médiévale ?
Au Moyen-Âge, un système de numérotation eut un succès constant : l'indiction.
Utilisée seule ou en doublage d'un autre décompte ( le règne d'un roi, par exemple ),
elle correspondait à une période de 15 ans ( au départ, pour lever les impôts ).
Voici d'abord un exemple de datation simple. Il s'agit d'un document
de Childebert III ( v. 683-711 ), roi de Soissons ( Neustrie ),
de Metz ( Austrasie ), de Paris, d'Orléans, de Bourgogne et de tout le Pays Franc
( 695-711 ). On peut lire :
Un document de Charles " Le Grand ", dit " Charlemagne "
( 742-814 ), roi en 754, roi de Neustrie, d'Austrasie et d'Aquitaine occidentale ( 768-814 ),
roi de Lombardie et patrice de Rome ( 774 ), empereur des Romains ( jour de Noël 800 )
est daté :
Ou encore, un document concernant Louis III, roi de Germanie ( 822-882 ),
daté de la façon qui suit :
En tout cas, à travers ces dates à rallonge, on voit la difficulté qu'il y a à se retrouver dans une chronologie… quand elle n'est pas parfaitement connue ! Pour ne pas arranger les choses, différents "styles" étaient utilisés, selon les régions et les époques. Car la date du 1er jour de l'année n'était pas partout la même… Sans oublier le jour de Pâques… qui est la date flottante, par excellence, entre le 23 mars et le 24 avril ! Le 1er janvier, comme premier jour « fixe » de l'année, ne fut institué en France que le 9 août 1564 par l'Édit de Roussillon de Charles IX, fils de Catherine de Médicis. L'article 39 stipulait que l'année légale devait débuter en janvier : " Voulons et ordonnons qu'en tous actes, registres, instruments, contrats, édits,
tant patentes que missives, et toute écriture privée, l'année commence dorénavant et soit comptée
du premier jour de ce mois de janvier.
Effet retard aidant, il faudra attendre 1567 pour que l'Édit soit appliqué à Paris,
et encore plus tard pour l'ensemble du royaume.
La Chronologie telle que nous la connaissons était ( enfin ) née…
Si l'on en revient à des considérations plus académiques [ en tout cas,
rien n'empêchait d'utiliser l'anno domini, ou l'ère de l'incarnation, avant Denys Pétau ! ],
dater un document à partir de l'incarnation, ou de la naissance, du Christ était devenu au Moyen-Âge
une marque d'autorité. Le pouvoir local ( notables, seigneur )
ou central ( rois, empereurs ) pouvait affirmer publiquement " qu'il donnait ses ordres "
par l'autorité du Christ.
Même si longtemps les différents "modes" de dater coexistèrent… On le sait par l'épitaphe de Gui de Lons, évêque bâtisseur de la cathédrale de Lescar ( Béarn ), mort en 1141. Un mode hybride avait alors été utilisé ( 31 ). « era millesima: C:LXXX(IX) ab incarnatione: domini anno millesimo :quadragesimo :primo epacta XI » C'est-à-dire : en 1189 de l'Ère espagnole ( era ), faisant
cohabiter celle-ci et l'ère de l'incarnation du Seigneur. La péninsule ibérique a effectivement
connu un mode de datation spécifique au Moyen-Âge - sur l'origine duquel aucune explication
satisfaisante n'est donnée.
Plus communément, beaucoup de correspondances et "cartulaires" du haut Moyen-Âge
sont datés en anno domini ou en anno incarnatione. Quid ? dans tout cela de ce
que nous écrivions plus haut sur Dionysius Petavius ( 17ème Siècle ),
alias Dionysius Exiguus ( 6ème Siècle )… ?
Mon analyse personnelle propose la solution suivante :
Voilà qui permet en tout cas de remettre de façon élégante les pendules à l'heure ! Dans les dates, notamment au pied des statues, ou dans les épitaphes, les risques d'erreur
ou de confusion pouvaient aussi avoir une autre origine.
D'autre part, ce même domini était souvent abrégé en un simple « D ». Pour l'auteur russe Anatoly Fomenko, ce « D » pouvait signifier aussi domus, génitif domi : « maison ou dynastie » ! Quant au « M » de mille ( en chiffres romains ), qui débute une référence numérique au delà de 1000, on peut aussi y lire l'abréviation de « magnus », génitif « magni », qui s'accorderait avec le « D » pour signifier « grande maison » ! Voici en tout cas un exemple intéressant, tiré du livre d'Anatoly Fomenko ( 2004 ), p. 353. Dans la cathédrale de Spire ( Allemagne ), on peut voir la plaque tombale
du roi Rodolphe de Habsbourg, qui y fut enterré, suppose-t-on, en 1291.
Année ( Anno ) de la Maison ( au sens de dynastie )
( Domini ), M. pour Magni = Grand ;
soit : « Grande Maison », et puis : CC.X.C.I., c'est à dire : 291 !
On s'interroge : quelle est donc cette Grande Maison ?
Bien des historiens vont crier au scandale, car le rajeunissement des dates remet
en question toute la Chronologie établie, bref tout le « savoir encyclopédique ».
Ce sont les faits qui doivent primer, et non les convictions personnelles !
Suite... Chapitre 5
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