LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALEEditée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :BIPEDIAA Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
« Où est donc passé le Moyen-Age ? »L'invention de l'ère chrétienne par François de SARRE
Chapitre 5Les " siècles fantômes " du Moyen-Âge
Nous voici revenus au cœur du débat : la remise en cause de près de 1000 ans
d'Histoire occidentale !
Certes, on ne balaie pas le Moyen-Âge d'un revers de la main !
Pour les citoyens du 21ème siècle que nous sommes, le Moyen-Âge semble parfois se réduire au cinéma, au féodalisme, aux belles revues d'Histoire comme « Les Temps Médiévaux » ou « Temps et Conséquences », ou bien encore aux jeux vidéo à vocation ludique. Les somptueux habits, casques et rutilantes armures des chevaliers des tournois suscitent toujours notre émerveillement ! Non, ce que nous voulons supprimer, ce n'est pas le Moyen-Âge dans l'Histoire, mais bien plutôt
une histoire du Moyen-Âge…
Mais penchons-nous un instant sur ce qui a logiquement servi de vecteur dans la retransmission de nos connaissances sur l'Antiquité. Je veux parler de l'écriture. Tout le monde sait que l'époque médiévale a vu naître l'imprimerie
( Gutenberg, 1454 ), sur le tard donc, même s'il devrait s'agir plutôt d'une redécouverte.
D'habitude, on ne parle pas beaucoup de la diffusion des livres
ou des parchemins, au Moyen-Âge. Ce que tout le monde sait, c'est que les moines en recopiaient
de grandes quantités.
Durant l'Antiquité, quelques siècles auparavant, les supports de l'écriture avaient été aussi variés qu'ingénieux. Bien sûr, les archéologues ne peuvent nous montrer que ce qu'ils ont découvert sur les sites ou les lieux de fouilles. En l'occurrence : des planchettes enduites de cire, des tablettes de terre ou d'écorce, ou bien des rouleaux de papyrus, sans oublier les fameux ostraka, ces morceaux de poteries sur lesquels on écrivait, dans l'Athènes antique, les noms de ceux qu'on voulait bannir. Si des livres de type classique, reliés ou brochés, ont été produits dans l'Antiquité,
en tout cas, on ne les a pas retrouvés !
En tout cas, l'apparition officielle du codex a constitué une révolution
dans l'histoire de la culture occidentale. Plus pratique que le rouleau, le codex de forme parallélépipédique
doit apparemment son essor à la propagation du christianisme, car des bibles manuscrites sous forme
de codex sont mentionnées dès le 2ème siècle.
Inventé en Chine, le papier tel que nous le connaissons fera son apparition
au Moyen-Âge vers le 13ème siècle. Sa diffusion suivait la route de la soie.
Si le peuple lisait plutôt la Legenda Aurea, les vies de saints
et les chansons de geste, les notables et lettrés semblaient éprouver un réel attrait pour les livres grecs.
Était-ce dans l'air du temps ? Les premiers humanistes italiens et français
semblent avoir été de grands collectionneurs des manuscrits latins et grecs…
Le premier de ces grands collectionneurs [ sa bibliothèque dispersée après sa mort, fut en partie reconstituée ] a été sans nul doute le poète florentin Francesco Petracco, dit Pétrarque ( 1304-1374 ), et son contemporain Giovanni Boccaccio ou Boccace ( 1313-1375 ), auteur du « Décameron ». Avant la chute de Constantinople, alors assiégée par les Turcs, Coluccio Salutati
était même arrivé à dépêcher sur place des envoyés afin qu'on lui ramène des manuscrits grecs !
Au même moment les humanistes et universitaires, dans leur quête de l'Antiquité,
se mettent eux-mêmes à la recherche de manuscrits anciens, dormant au sein de vieilles bibliothèques monastiques.
On s'en rend compte, le lectorat de cette époque était habitué à manier les arts, philosophies et lettres classiques, à défaut de développer des connaissances typiquement médiévales ou « à faire preuve de plus d'originalité ». Mais ça, c'est sans doute notre vision tronquée depuis le 21ème siècle ! En tout cas, les chroniques du Moyen-Âge constituent une merveilleuse piste d'exploration, car on s'aperçoit de l'engouement « trop important pour être honnête » qu'ont eu notables et humanistes pour les manuscrits antiques ! Comme nous l'avons rapidement exposé dans un précédent chapitre, les historiens critiques Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz soutiennent la thèse des « trois siècles fantômes » du Moyen-Âge. En effet, notre chronologie de l'Histoire se base sur celle qui fut officialisée
par la réforme du calendrier du pape Grégoire XIII, après la suppression de 10 jours du calendrier, en 1582.
Comme l'écrit Illig dans ses diverses monographies, la dérive du calendrier a été corrigée,
puisque l'équinoxe vernal a été resitué au 21 mars.
Quoi qu'il en soit, la date « officielle » de ce « Nicaenis concilius » est 325 après Jésus-Christ.. Si l'on retranche ce nombre de 1582 ( année de la réforme calendaire ), on obtient 1257 années. A raison d'onze minutes par an et d'un jour entier en trop tous les 128 ans ( à cause du décalage entre l'année julienne et l'année solaire ), cela fait bien les 10 jours évoqués par Grégoire XIII. Pour Illig et Niemitz, il y pourtant un hic, car le calendrier Julien
« prend du retard » depuis l'époque de son fondateur, Jules-César !
Et qui était le mieux placé pour le savoir, sinon Grégoire XIII lui-même ?
Qui a manipulé le temps ?
Donc pour Illig et Niemitz, l'Histoire réelle serait plus courte
que l'Histoire rapportée. Il y aurait ( au bas mot ) 300 ans d'événements fictifs
qui parsèment le cours du haut Moyen-Âge…
Les temps « inventés et rajoutés » se situeraient en gros entre 614 et 911. On n'a que des témoignages écrits et archéologiques assez spéculatifs sur cette époque, nous renseignent Illig et Niemitz. C'est d'ailleurs pourquoi ces siècles sont qualifiés de « sombres », même par les historiens classiques. On ne trouverait nulle part, dans les couches superposées d'une ville déjà habitée à l'époque romaine, d'étage stratigraphique qui correspondît à un habitat du haut Moyen-Âge ancien ( autrement dit : l'époque concernée ). Cela se recoupait avec mes propres observations du Palais de Dioclétien, à Split. On peut même aller beaucoup plus loin, et avancer que presque tout le Moyen-Âge manque, comme le font Uwe Topper, Eugen Gabowitsch, Christoph Pfister, et quelques autres ! Mais pour en revenir aux thèses d'Illig et Niemitz, l'argumentation principale de
ces auteurs porte sur le fait qu'à leur avis les références archéologiques utilisées par les historiens
ne proviennent pas de la période concernée ( c'est-à-dire, 300 ans "autour" de Charlemagne ),
mais d'un peu plus tard, dans la trame historique.
Aux temps qui correspondent à la période sombre, des centaines de villes byzantines semblent avoir été… inhabitées. Quant aux découvertes archéologiques dans l'Espagne musulmane, elles ne commencent pas vers l'an 711, comme on pourrait s'y attendre, mais au début du 10ème siècle, et ainsi de suite… En tout cas, si l'idée d'Illig et Niemitz est juste, on ne devrait rien retrouver
de cette époque carolingienne - sur un plan archéologique - puisqu'elle n'a jamais existé…
C'est pourquoi il faudrait vérifier minutieusement tout ce qui a été, jusqu'à présent, consigné comme " provenant de cette période ", car il s'agirait, de toute évidence, de faux ou de pièces mal datées ! Dans ce but, Heribert Illig s'est mis à la recherche systématique des ensembles architecturaux
édifiés - selon les sources historiques - dans l'intervalle défini par les siècles fantômes…
Excellente méthode de travail !
Un autre ensemble architectural aux sculptures et peintures remarquablement bien préservées, la " Lorscher Torhalle ", construite en 790, semblait également appartenir plutôt au 12ème siècle, même si l'on dit toujours aux visiteurs de Lorsch, petite ville de Hesse, que la « Torhalle » est un témoin de l'époque carolingienne. Les autres églises et constructions de l'époque carolingienne peuvent facilement être rattachées à l'époque ottonienne, c'est-à-dire à celle des empereurs germaniques Otton ( il y en a eu plusieurs ). On connaît notamment Otton 1er du Saint-Empire, mort en 973. De même, selon Illig et Niemitz, les peintures et enluminures des livres " carolingiens " seraient en réalité ottoniennes. Toutes ces œuvres d'art pourraient ainsi être rattachées à l'époque plus tardive des Otton ! On connaît une foule de tombes et d'ensembles architecturaux dits " carolingiens "
en Europe occidentale médiévale, mais il est parfaitement impossible de les dater tous de façon "absolue".
Pour Illig et Niemitz, il n'y a pas de problème : partout en Europe, et jusque dans l'Extrême-Orient chinois, on peut rayer des tablettes de l'Histoire toute une tranche de 300 années… La question, que l'on est maintenant en droit de se poser, est celle-ci : « Qui a avancé l'heure ? ». Je reflète ici l'opinion des auteurs Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz, en complément de leur théorie des « siècles fantômes ». Nous verrons plus loin ce qu'en pensent Uwe Topper et d'autres récentistes. Les manipulateurs du temps seraient : Constantin VII, porphyrogénète ( autrement dit, « né dans la pourpre » ), empereur romain d'Orient de 913 à 959 ; mais surtout Otton III, roi des Francs, empereur auguste des Romains ; et Sylvestre II, pape de l'an Mil ! Pour Otton III, l'affaire est entendue : régnant de 996 à 1002, on peut songer qu'il y eut de sa part une volonté délibérée d'entrer dans l'Histoire comme « l'empereur qui aura inauguré le " Septième Jour mondial " de la chronologie chrétienne, 6000 ans après la création du Monde » ! C'est ce qu'on appelle un mobile… Quant à Gerbert d'Aurillac, devenu le pape Sylvestre II, régnant de 997 à 1003,
il a fort bien pu être de la partie, également pour des raisons personnelles, car il entrait ainsi de plein pied
dans la postérité comme « le pape de l'an Mil ».
Empereur et pape s'entendaient d'ailleurs comme larrons en foire,
ce qui était très exceptionnel au Moyen-Âge ; ils régnaient tous les deux, à Rome,
sur une Chrétienté prospère où tout se passait relativement bien.
Mais revenons un peu sur les modalités de la « tricherie »
temporelle, organisée par Otton III et Sylvestre II. En dehors des desiderata personnels des deux
dirigeants ( l'un régnant sur le temporel, l'autre sur le spirituel ), il fallait, si possible, trouver
encore d'autres motivations.
Dans ce scénario ( évoqué par Illig et Niemitz, rappelons-le ! ),
l'idée d'utiliser du « temps supplémentaire » serait donc venue de Constantinople.
Pour les « détectives » Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz, cela ne faisait maintenant plus l'ombre d'un doute… Le mobile historique était trouvé ! En évoquant un temps inventé, d'environ trois siècles, tout redevenait possible.
Restait maintenant à dissimuler ce qui avait été une manipulation éhontée de l'Histoire.
Pour cela, il fallait trouver un artifice. Ce fut fait, quelque temps plus tard, à l'occasion
d'un changement de calendrier, à l'initiative d'un concile ( celui de Trente ).
Les pontifes romains régnaient toujours en Maîtres du Temps.
A cette époque donc, que nous situerions maintenant au début
du 11ème siècle de la Chrétienté, les Byzantins passèrent sans coup férir de l'ère des Séleucides,
an 1014, à l'année 6508 de l'ère dite " d'après la Création ".
Autrement, on ne s'explique guère pourquoi les dirigeant de l'Europe médiévale avaient tant voulu introduire de nouvelles règles pour calculer les années… Leurs motivations sont désormais faciles à comprendre ! C'était, en quelque sorte, pour « noyer le poisson chrétien ». Mais le problème, dans un cadre chronologique, était que le temps inventé
devait être aussi rempli.
Otton III et son acolyte Sylvestre ont su trouver plein d'histoires pour boucher les trous…
Ce jour-là, Charles avait reçu un sacre « en or ». Avec en prime, une date symbolique, facile à mémoriser pour tous les petits écoliers de France et de Navarre… Otton III cherchait dans le personnage de Charlemagne une sorte de légitimation.
Mais il ne tenait pas du tout à ce que ce dernier « lui vole la vedette »,
car c'est lui, Otton, qui allait devenir l'Empereur du Millénaire, celui qui devait conduire l'Occident
chrétien dans le dernier et Septième jour du Monde.
On comprend maintenant pourquoi il n'y a pas eu vraiment
de « terreurs de l'an Mil ». Cela venait de ce que le peuple n'était pas vraiment au courant…
Le passage récent à l'an 2000 a certainement causé plus d'effroi, chez les adeptes
de sectes millénaristes, comme dans le reste de la population, à cause du fameux "bogue" informatique que…
les informaticiens nous avaient gentiment concocté !
Si les thèses d'Illig et Niemitz sont justes, Otton et Sylvestre appartenaient en fait… au 7ème siècle anno domini, et non pas au 10ème ( = 300 ans de décalage ! ) quand ils ont décidé d'avancer l'heure… Quant au personnage fictif de Charlemagne, il a ensuite été gratifié
- par les historiens et chroniqueurs - de tellement d'actions et d'épisodes « vécus »
qu'il en était devenu plus que réel…
L'histoire imaginée du Moyen-Âge
Globalement, il s'agit d'une thèse hardie :
Le Moyen-Âge s'est plus ou moins inventé lui-même…
Niemitz ( 34 ) écrivait dès 1991 que : « l'Église falsifie sans en avoir vraiment besoin », tandis que Horst Fuhrmann, président de la Monumenta Germaniae Historia, avait déjà remarqué en 1986, à l'occasion d'un Congrès sur le thème de la « Falsification au Moyen-Âge » que : « le pouvoir central de la Papauté en train de s'affirmer n'avait pas vraiment eu besoin des falsifications, mais les falsifications, elles, pour leur succès, avaient besoin du pouvoir central de la Papauté ». Avec le recul actuel de quelques siècles, on s'aperçoit bien de quelques procédés douteux… On sait très officiellement que de faux documents historiques ont été émis - ou déclarés comme « authentiques », alors qu'ils ne l'étaient pas. La « Donation de Constantin » fait partie de ces faux
historiques reconnus. On sait maintenant que les États Pontificaux, c'est-à-dire les états sous l'autorité
temporelle du pape ( on parle aussi du « patrimoine de saint Pierre » )
ont été constitués à partir d'un faux document, dans lequel l'empereur Constantin 1er
le Grand a cédé en 335, au pape Sylvestre 1er, toutes les provinces
de l'Occident [ ce faisant, il gardait pour lui celles de l'Orient ! ].
Mais alors, faux dans le faux, et si Charlemagne n'a jamais existé ?
Enfin, pour en terminer avec la « Donation de Constantin »,
on comprendra aussi que l'Église n'était plus tellement à un faux document près… avec la complicité des têtes
couronnées d'Europe !
Il est également intéressant de constater que l'environnement socio-culturel des époques s'empare spontanément des « falsifications » faites en haut-lieu, et les font « fructifier ». A cette étape-là, la falsification n'est plus « dirigée », mais elle s'auto-alimente, pourrait-on dire ! Certains historiens récentistes vont même jusqu'à penser que de faux documents,
créés par les moines copistes ou leurs supérieurs, ont tout bonnement été mis au fond des tiroirs
de bibliothèques… afin d'être découverts, et de "ressurgir" quelques siècles plus tard…
En tout cas, suite aux possibles manipulations de la Chronologie, les écarts de temps n'ont pu qu'être amplifiés… Or l'Église catholique romaine avait tout intérêt à recréer de longs intervalles temporels, il en allait de sa légitimité ! En 1582, le calendrier de l'Occident a été réformé par le pape Grégoire XIII,
officiellement pour mettre fin aux dérives du point vernal. En fait, cela permettait d'entériner
sans coup férir les décisions "collégiales" prises au concile de Trente.
Pourquoi, au juste, n'a-t-on pas découvert plus tôt cette
« mise en scène » ? Sans doute parce que tout paraissait si naturel…
Qui penserait à remettre en cause l'Histoire des manuels encyclopédiques, et celle des livres scolaires ?
Et pourtant, bien des récits historiques sont entachés d'erreurs - ou ont fait l'objet
de subtils réaménagements : le bon sens populaire sait bien qu'après chaque grande guerre,
ce sont les vainqueurs qui font l'Histoire…
Si l'on y réfléchit bien, côté officiel, on doit bien avoir quelques doutes sur l'Antiquité et le Moyen-Âge, mais les historiens de métier n'ont pas conscience de « gros problèmes »… Ceux qui lisent et étudient les chroniques rencontrent parfois des choses bizarres, en rapport avec les datations, mais ils continuent à travailler dans leur discipline ( parfois une seule tranche de quelques dizaines d'années d'Histoire ! ) comme si de rien n'était, et surtout, sans nécessairement se concerter avec leurs collègues et confrères, ceux qui étudient la « tranche du haut », ou celle « du bas ». Il faut voir aussi la multitude des gens qui travaillent sur l'Histoire : il y a bien sûr les historiens, mais également les bibliothécaires, les archéologues, les spécialistes des pièces de monnaie, les chercheurs qui datent et utilisent le radiocarbone, ou la dendrochronologie, sans oublier les spécialistes des céramiques, des vases et poteries, ou encore ceux de l'histoire des religions ( qui sont parfois plus religieux qu'historiens ). Chacun vit dans son petit monde clos, ou dans sa « tranche temporelle ». Pour savoir ce qui s'est passé avant ou après, on fait confiance aux autres historiens ; pour ce qui est de confirmer une date historique, on laisse ce soin aux techniciens des laboratoires isotopiques. Et si l'on dispose, en fin d'analyse, de plusieurs interprétations, on choisira celle qui paraîtra la plus plausible, autrement dit celle qui conviendra d'emblée à un maximum de personnes. L'histoire est constamment réinterprétée… Une découverte archéologique comme celle d'inscriptions araméennes au Sud-Liban, a été spontanément interprétée « en concordance avec les dates déjà établies », même si cela signifie plutôt « en accord avec des textes historiquement peu fiables », mais qui servent traditionnellement ici de références, comme l'Ancien ou le Nouveau Testament ! Il ne faut donc pas s'étonner si 1000 ans d'Histoire peuvent être tout bonnement incohérents. Même s'ils donnent l'impression d'être bien ordonnés, parce que répartis le long d'une trame historique qui nous apparaît exacte… car elle fait partie de nos souvenirs et traditions. C'est pourquoi des chercheurs comme Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz peuvent parfaitement avoir raison quand ils proclament haut et fort que trois siècles de notre Histoire sont nuls et non advenus ! Voici cinq exemples éloquents, tirés de leurs écrits, ou des livres d'Uwe Topper.
Dans un dernier exemple maintenant, Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz s'attaquent
au « gros morceau » qu'est la Pfalzkapelle ou Chapelle Palatine
d'Aix-la-Chapelle, la capitale de Charlemagne.
De quelle époque date vraiment la Pfalzkapelle ?
De même que Rome n'a pas été bâtie en un seul jour, l'art de monter un dôme
ne s'est pas développé en Europe du jour au lendemain…
En Catalogne, dans le sud de la France et en Bourgogne, on essaya d'édifier, à partir de 970, des dômes relativement menus. L'envergure était de 3,5 m à peine. Et seulement de petites églises, dans les Pyrénées, comme St Michel-de-Cuxa et St Martin-du-Canigou ont été entièrement coiffées d'une coupole. A St Philibert-de-Tournus ( église datée de 1015 environ ), c'est seulement la partie antérieure qui a été recouverte. Ce n'est qu'entre 1030 et 1060 que l'on a réussi à monter des dômes plus importants.
La cathédrale de Spire, la plus majestueuse des cathédrales romanes ( elle a été pendant près
de 300 ans le lieu de sépulture des empereurs allemands ) a encore été construite avec
des nefs latérales de 70 m de long et de 7,75 m de large, soutenues par des arcs en plein cintre.
C'est seulement entre 1082 et 1106 que l'on a réussi, toujours à Spire, à poser dans la partie centrale
deux dômes de 14 m, voire même de 15,50 m d'envergure, le tout à 33 m de hauteur !
De grandes poutres en bois relient les murs entre eux. Ces techniques d'ancrage servaient à sécuriser
les nefs latérales et les quatre tours. La cathédrale de Spire est l'un des monuments majeurs de l'art
du Saint Empire romain germanique.
A Cluny on avait juste construit en plus massif. L'église possédait des dimensions peu communes pour l'art roman : 68 m de long pour la nef et 37 m pour l'avant-nef. La nef comportait onze travées. La voûte était soutenue par des arcs doubleaux, et la coupole montait à 40 m. Malheureusement il ne subsiste plus que des ruines de cette abbaye. Ainsi, l'évolution architecturale des constructions d'églises montre clairement comment,
sur une période de 140 ans, depuis des débuts "craintifs" on en est arrivé à des dimensions spectaculaires,
comme à Spire ! La portée passe de 3 mètres au quintuple, tandis que la hauteur de voûte passe
de 4 mètres… à pratiquement 8 fois plus !
Plantons maintenant le décor : à 220 km au nord-ouest de la cathédrale de Spire
se trouve un monument qui contredit un peu tout ce que nous venons d'écrire. Il s'agit de la Pfalzkapelle
d'Aix-la-Chapelle.
La Pfalzkapelle a-t-elle été véritablement construite aux alentours de l'an 800 ?
En tout cas, les techniques employées sont plutôt celles qu'on utilisera plus tard,
dans la période historique comprise entre 970 et 1110.
Dans un concept d'évolution linéaire de l'art médiéval, c'est bien sûr très étrange.
Une explication serait que la Pfalzkapelle est une représentation tardive de l'art antique,
dans la lignée de l'Église de San Vitale, à Ravenne, ou de Hagia Sophia, à Constantinople,
toutes deux bâties sous le règne de l'empereur Justinien ( 527-565 ). Mais apparemment,
la Pfazkapelle a été construite sans que l'on puisse évoquer une influence directe des deux
édifices précédents, idem pour le Panthéon de Rome.
Il faut se rendre à l'évidence : la Pfalzkapelle n'a pas de précédent… et n'a pas été utilisée non plus comme modèle. Elle est hors contexte architectural : « c'est un "bloc erratique" dans l'histoire des réalisations architecturales en Occident », s'exclame Illig ! On peut néanmoins sortir de ce dilemme, en posant tout simplement la question
de la date réelle de la construction de la chapelle.
Mais si, en revanche, on admet que le personnage de Charlemagne n'est que pure fiction,
qu'il n'a jamais véritablement existé, tout s'éclaire ! Les anachronismes de la chapelle d'Aix-la-Chapelle
s'évanouissent, et l'on peut facilement resituer le monument au sein du grand mouvement de l'art Roman !
Hasard ou mal intention ?
Ces siècles fantômes sont-ils arrivés par hasard ou intentionnellement
dans notre Histoire ?
Nous l'évoquions déjà, quelques pages plus haut, Illig et Niemitz ont trouvé des motivations politico-religieuses pour expliquer une falsification de l'Histoire. Tout d'abord, il y a des choses curieuses dans l'art byzantin. A partir de 835,
tous les textes écrits en grec majuscule ont été réécrits avec de nouvelles minuscules…
Quant aux textes originaux, ils ont été systématiquement détruits !
On sait que l'empereur Constantin VII Porphyrogénète ( 911-959 ) avait décidé, pour des raisons pratiques, de recopier beaucoup de textes antiques en les regroupant… Ce sont ces documents qui constituent souvent notre seul accès à bien des oeuvres de l'Antiquité grecque. D'autre part comme, dans la logique d'Illig et Niemitz, il ne peut pas y avoir eu,
au 9ème siècle fantôme, de transcriptions de textes, ces auteurs mettent tout sur le compte
de Constantin VII…
En plus, cet empereur avait une légitimation « sacrée »
pour réaliser sans doute la plus grande action de falsification que l'Histoire ait connue.
Durant les années fictives, il était possible de récupérer virtuellement
la relique !
De cette façon, l'empereur Constantin aurait « post-daté »
l'ensemble du monde Occidental, et préparé tacitement l'avènement de l'empereur Otton III
"autour de l'an Mil", sous oublier le pape Sylvestre II.
On peut penser que les deux compères, Otton et Sylvestre, avaient décidé ensemble
d'avancer les pendules pour commémorer l'an Mil !
Cette manipulation chronologique, cette avance des pendules, décidée par Constantin et voulue par Otton, avait apparemment généré 300 années « vides »… des coquilles qu'il fallut ensuite remplir avec ce qui pouvait au mieux concilier les intérêts des régnants. Pour le pape, comme pour l'empereur romain germanique, il était avantageux de décider de l'avenir qu'ils voulaient avoir… comme s'il s'agissait déjà du passé… et de compenser ainsi l'autorité ou la légitimité qu'ils n'avaient pas… par la fabrication d'ancêtres ou de précurseurs prestigieux ! Ainsi fut créé Charlemagne, dont l'empire immense englobait tout ce que vers quoi Otton III tendait… Les premières esquisses de ce passé glorieux ont porté vers les nues les générations d'empereurs, de rois et de papes, qui suivirent… assistés par le zèle des moines-copieurs et des chronologistes ! Tout se déroulait à merveille, jusqu'au jour où il y eut des archéologues et historiens qui ont préféré aller fouiller la terre et les vieilles archives, plutôt que de se laisser impressionner par de belles histoires. Heribert Illig et Hans-Ulrich Niemitz invitent les chercheurs de toutes disciplines
à oser un changement de paradigme. Le but est de trouver des explications rationnelles
à notre passé historique.
Suite... Chapitre 6
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