LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


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M. François de Sarre,
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« Où est donc passé le Moyen-Age ? »

L'invention de l'ère chrétienne

par  François de SARRE

 

 

TABLE DES MATIERES :

Introduction

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11

Les bizarreries du calendrier
Fomenko et les "récentistes"
Les cieux nous sont tombés sur la tête
Quelques problème de dates
Les "siècles fantômes" du Moyen-Age
Charlemagne : un héros de légende
Le Christianisme est-il né en Avignon ?
L'histoire des trois églises
Qui a bien pu avancer l'heure ?
En quel siècle sommes-nous donc ?
Essai de reconstruction historique

Epilogue

Littérature et notes
Glossaire

Bibliographie générale
Dates importantes en anno domini

 

 


 

Chapitre 7

Le Christianisme est-il né en Avignon ?

 

  Les Provençaux fêtent Noël durant tout le mois de décembre en confectionnant de nombreuses crèches décorées de santons. Celles-ci représentent la vie d'un village en miniature avec l'enfant Jésus, qui serait né en Provence selon la tradition !
  Il existe même une chanson, interprétée par Robert Miras ( 1973 ) sur des paroles de Luc Dettome ( Label EMI/Pathé Marconi ). En voici le refrain :

Jésus est né en Provence
Entre Avignon et les Saintes-Maries
Jésus est né en Provence
C'est un berger qui me l'a dit
Dans le Midi de la France
Sous la dentelle des tamaris
Jésus est né en Provence
Jésus est né dans le Midi.

  Selon une légende persistante, le Christ serait un pur produit provençal, et la tradition de faire la crèche dans les maisons et dans les églises est d'ailleurs si vivace que l'on peut penser que cette habitude vient du fond des âges. En tout cas des représentations de la nativité figurent en Arles sur des couvercles de sarcophages paléochrétiens, datés du 3ème siècle de notre ère !

  Bien sûr, c'est généralement Saint François d'Assise que l'on cite pour avoir été à l'origine de la crèche. Les Provençaux acceptent d'autant mieux cette version que la mère de St François était originaire de Tarascon et qu'elle a pu influencer son fils en prenant exemple sur les "Pastrages", ces piécettes jouées par les bergers lors de la messe de minuit. Dès le 12ème siècle on trouve de nombreuses représentations sculptées de la nativité, mais aussi de l'âne, du bœuf, des rois mages… A cette époque, ce thème donnait également prétexte à des jeux théâtraux sur le parvis des églises, qui mettaient en scène les personnages de la crèche. De nos jours encore, de nombreuses "crèches pastorales" sont jouées en public, comme à Lucéram dans le haut-pays niçois.

  La crèche traditionnelle représente un village provençal avec ses personnages typiques. Beaucoup de Provençaux vous confirmeront que Jésus est né effectivement en Provence…
  Santon vient de "santoun" qui veut dire "petit saint". Ces personnages ont quelques centimètres de haut. Outre la Sainte Famille, Joseph, Marie et l'enfant Jésus, l'âne, le bœuf, l'ange, on y retrouve le petit peuple, les pastres ( bergers ) et les moutons, le "ravi" et le joueur de fifre. Les métiers anciens sont représentés : le rémouleur, le meunier, la poissonnière, la fileuse, la femme aux fagots, le pêcheur... sans oublier le vendangeur ( symbolisme de la vigne ! ). S'y ajoutent les rois Mages, venus d'Orient.

  Donc si l'on en croit certains conteurs, une bonne partie de la vie du Christ se serait passée dans la vallée du Rhône, autour du massif de la Sainte Barbe. C'est dans cette même Provence que d'autres récits font également intervenir l'épisode des Saintes Maries de la Mer, Marie-Jacobé et Marie-Salomé, leur servante Sarah, Lazare le ressuscité, Marthe son épouse, et parfois Marie-Madeleine.
  D'autres auteurs, plus modernes ceux-là, ont évoqué une liaison durable entre cette dernière et le Jésus des Évangiles…

  En tout cas, les trois Maries sont sorties de la mer comme les trois Nornes de la mythologie germanique. Appelées également Dises, celles-ci sont les maîtresses du destin des humains et des dieux, et excellent aussi en sorcellerie… Sous le nom de Valkyries, ce sont des guerrières : elles initient le héros guerrier majeur de ces mythes, Sigurd ou Siegfried, à la magie, mais elles n'en demeurent pas moins protectrices et enseignantes !

  En Provence, les trois Maries, filles d'Anne " grand-mère de Jésus " et de ses 3 maris successifs, formaient un culte très prisé au Moyen-Âge tardif, malgré les foudres de Rome ! Et la tradition perdure aujourd'hui, notamment chez les Gitans.
  Il s'agit sans doute des réminiscences d'un substrat 'païen' ancien. Comme le note Uwe Topper dans son livre ZeitFäschungen, on reconnaît ici une « trinité de déesses païennes », similaires aux trois Grâces grecques, aux trois Parques, ou bien encore aux trois Bethen alémaniques, Ambeth, Wilberth et Borbeth. C'est la triade Terre-Mère, Lune et Soleil. La triple déesse était également représentée par les différentes phases de la Lune.
  Chez les Suèves, ce même trio était composé de Nertha, Jordh et Gerdha. Les trois Nornes germaniques au pied de l'Arbre de Vie d'Irminsul sont Urd, Vervandi et Skuld. On trouve aussi les trois matronae celto-romaines, et puis les trois Maries chrétiennes…

  En d'autres lieux, ce culte de la « Triade des Déesses » a survécu dans la conscience populaire sous la forme des « trois saintes pucelles », nommées Marguerite, Barbara et Catherine.

  La triplicité est une sorte d'expression superlative de l'unité. On y exprime l'habitude d'une vision triphasée du monde, des êtres et des choses, qui existait bien avant la Trinité chrétienne : Dieu le Père, le Fils et le Saint-Esprit.
  D'origine très ancienne, cette notion trinitaire a été maintenue dans le panthéon occidental par l'importance de son culte, et par la foi qu'elle suscitait chez les populations européennes.

  C'est un second indice pour une origine circonstanciée du christianisme en Gaule, après les traditions qui y relatent la naissance de Jésus.
  Mais nous en découvrirons d'autres.

  Toujours est-il que selon la légende, les trois Maries arrivèrent en bateau, au lieu-dit actuellement Les Saintes Maries. On y trouve d'ailleurs une église avec un reliquaire.
  C'est ainsi que la France devint la " fille aînée de l'Église ". Mais également pour d'autres raisons…

  Marie-Madeleine serait originaire de Magdala, en Palestine. C'est elle qui avait embaumé les pieds du Christ. Au Moyen-Âge, c'était la 2ème Marie la plus importante, après Marie, la mère de Jésus. Son voyage en Gaule aurait été une mission d'évangélisation. Puis elle se retira dans le massif de la Sainte-Baume, près du St Pilon, où elle parlait quotidiennement avec l'ange.
  Même si l'Histoire Sainte la fait mourir en martyr à Éphèse ( Asie mineure ), son crâne se trouverait dans l'église gothique de St Maximin, entre Marseille et Toulon.
  En tout cas, ces croyances montrent bien l'importance de la Gaule méridionale dans l'élaboration du culte chrétien dès les origines

  La récupération chrétienne des lieux de culte et endroits sacrés antiques est une injustice d'autant plus douloureuse que beaucoup se croient bons chrétiens pour leur fréquentation assidue de ces sanctuaires immémoriaux… Or, bien des détails y rappellent les cultures grecques, celtiques ou nordiques, qui ont précédé les rituels chrétiens dans ces lieux consacrés.

  Une chose est certaine : le culte de la Déesse Mère, de Bélisama ( ou Barbelos ) chez les celtes, était centré sur les Mystères, sur ce cycle de la Vie/Mort/Renaissance qui est au cœur de toute interrogation métaphysique, depuis le commencement des temps !

  Classiquement, la naissance du futur sauveur et Messie ( pour respecter la prophétie ) a eu lieu à Bethléem de Judée. L'évangéliste Luc précise que, faute de place dans l'hôtellerie, Marie et Joseph qui venaient là pour un recensement, ont trouvé à se loger dans une bergerie, et que Jésus a été déposé dans une crèche ( une mangeoire d'animaux ). On imagine tout de suite l'enfant entre l'âne et le bœuf… Or bizarrement, cette scène est narrée seulement dans un évangile apocryphe, celui du " pseudo-Mathieu ".

  Ce texte avait été considéré comme authentique jusqu'au Concile de Trente ( 1553 ). Juste le temps suffisant pour faire naître la dévotion des "crèches de Noël" en Provence et en Italie, avec âne et bœuf.

  Mais ensuite cela devenait gênant, car âne et bœuf sont plutôt des symboles romains « païens » qui semblent sortir droit d'une fable de Phèdre ou d'Esope ! Dans l'inconscient collectif de l'époque, le bœuf devait représenter le bien, tandis que l'âne incorporait le mal. Ainsi, dans une vision toute manichéenne, le bien et le mal prenaient place aux deux côtés de l'enfant.

  Quant aux Mages, ces astrologues venus d'Orient, attirés par un phénomène astronomique non identifié, ils renforcent le symbole de la naissance d'un personnage illustre... Leur identification avec les différentes races : Melchior blanc, Gaspard jaune, Balthazar noir… n'a eu lieu qu'au 15ème siècle. Quant à leur culte et la tradition de la galette, ils remontent apparemment à une tradition pré-chrétienne plus ancienne.
  On sait que la fête de Noël ( du gaulois Novo, nouveau, et Hel, soleil ) correspondait au solstice d'hiver ( le nouveau soleil ) et plus précisément, dans l'histoire antique, aux Saturnales et au culte de Mithra, né le 25 décembre, ou plutôt incarné dans un corps humain, après avoir été porté dans le sein d'une vierge.

  La transposition de cet événement en Provence paraît facile. En tout cas, certains personnages de la crèche méridionale évoquent des personnalités 'païennes'. Les couleurs bleu pastel de la Vierge rappellent la reine des cieux, Ishtar ( Isis, ou Barbelos ), qui était également déesse de la fertilité. Le berger et ses moutons qui représentent le bon peuple sont avantageusement complétés par une pléthore de figures locales : le ravi, le joueur de fifre, la poissonnière, le vendangeur…

  Bref, le décor est planté. On a vraiment l'impression que l'épisode de la crèche provençale est récent. Et si celui-ci s'enracinait dans de vieilles traditions locales ?
  On croit bien à d'autres choses bizarres, comme au « débarquement » des Saintes Maries, venues de Judée-Galilée ! Même si, à l'époque, il était possible de faire de longs voyages en bateau à travers la Méditerranée, on explique tout cela beaucoup plus simplement en admettant que les événements autour de la naissance ( et la vie ) de Jésus se sont autrefois déroulés en Provence - ou du moins dans un contexte provençal.

  Je m'explique. Les récits des Évangiles peuvent être fictifs, ce sont des métaphores, des mises en scènes pour l'enseignement des foules, des représentations théâtres. En ce sens, ils ont été replacés tout naturellement dans un cadre historique connu des narrateurs. En l'occurrence, la Provincia romana.
  Mais justement, me direz-vous, l'action biblique se passe en Palestine, et non pas dans le sud de la Gaule !
  Oui, les textes transmis évoquent le Moyen-Orient, mais rien n'exclut qu'une tradition antérieure prenant sa source en Provence n'ait autrefois prévalu… Peut-être le 'proto'-évangile - en l'occurrence, un recueil de jeux scéniques - avait-il été écrit en latin pour des gens qui entendaient cette langue ?

  Si l'hypothèse préconisée par l'auteur de cet ouvrage est juste, l'origine du catholicisme romain remonte au 14ème siècle de notre ère, anno domini… et elle a beaucoup à voir avec la Provence !

  Dès lors, comment ne pas penser à Avignon et au Palais des Papes ?

  Selon l'historiographie traditionnelle, pas moins de 7 papes français se sont succédés dans ce qui était encore une petite ville, mais néanmoins déjà un endroit stratégique au bord du Rhône, à la croisée de plusieurs routes.
  Officiellement, c'est sous le prétexte que les papes étaient dérangés par l'agitation de Rome, qu'ils sont venus s'établir entre 1309 et 1376 dans la cité provençale.
  Cela paraît assez étrange, car le pape est également l'évêque de Rome, et à ce titre aucun motif ne semble devoir justifier un « exil voulu ». D'autant que les papes n'étaient pas venus pour « camper » en Avignon, car ils vont faire édifier au fur et à mesure un magnifique palais, et y asseoir leur pouvoir temporel.
  Le Comtat Venaissin ne fut d'ailleurs rattaché à la France qu'en 1791.

  Relatée de façon succincte ( 36 ), voici l'histoire officielle de la papauté avignonnaise.
  Des luttes d'influence avaient opposé le Pape à l'Empereur Romain Germanique. Chacun y jouait de sa légitimité, car le Pape était l'héritier de St Pierre, et par là-même le représentant de Dieu sur Terre ( 37 ), tandis que l'Empereur était le descendant de Charlemagne. La même histoire allait recommencer entre Philippe le Bel ( 1285-1314 ) et le pape Boniface VIII ( 1294-1303 ).
  Nous nous trouvons à la charnière entre le 13ème et le 14ème siècle.
  En 1303, Boniface réaffirme dans une bulle ( décret papal ) la supériorité du Pape sur tous les souverains de la Terre. Ce qui n'a pas plu à Philippe le Bel qui, rappelons-le, était aussi le petit-fils de Saint Louis.
  En plus, à cette époque, tout le monde avait besoin d'argent - donc de lever des impôts ou des dîmes, pour financer tel ou tel projet.

  Philippe IV, dit le Bel, n'hésita pas à faire séquestrer le pape… qui en mourut. Et un épisode assez fantastique allait s'ensuivre. En 1305, Clément V est élu pape, alors que sous le nom de Bertrand de Got, il était archevêque de Bordeaux, et pas même cardinal. On pense qu'il désire se rendre à Rome, mais sur le chemin de l'Italie… il passe d'abord par Poitiers où il négocie avec Philippe le Bel sur l'épineuse affaire des Templiers. Enfin, il arrive à Avignon… en 1309.
  Clément V s'installe alors dans les murs de la cité provençale, et son successeur Jean XXII va prendre la décision d'installer définitivement la papauté à Avignon. En 1348, la fameuse Reine Jeanne de Provence vendra d'ailleurs au pape Clément VI tout le Comté Venaissin pour 80.000 florins d'or.

  Benoît XII va faire édifier le Palais des Papes sur l'ancien palais épiscopal. A l'époque de Clément VI, Avignon comptera 45.000 habitants. En 1352, Innocent VI succède à Clément VI. Pendant son pontificat qui durera jusqu'en 1362, la Guerre de Cent ans fait rage, et des bandes de routiers menacent régulièrement la ville. Innocent VI fait construire de nouveaux remparts, englobant les quartiers neufs de la ville. Urbain V manque son "retour" à Rome, tandis que Grégoire XI ( 1362-1378 ) va réussir… en 1376. Mais il y meurt en 1378.
  Sous la pression de la foule romaine, on élit un pape italien, Urbain VI, le premier pape non-français depuis 1305. Mais un concurrent est vite élu : Clément VII, originaire de Genève, soutenu par la France, la Sicile et l'Écosse.
  Ce qui fait qu'en fin de compte, il y a 2 papes…

  Clément doit se résoudre à fuir l'Italie, et se rend en Avignon. A sa mort en 1394, les cardinaux présents dans la cité provençale vont lui élire un successeur : Benoît XIII.
  Mais celui-ci est déposé en 1409 par le Concile de Pise. Ce n'est finalement que par l'élection à l'unanimité du pape Martin V en 1417, que prendra véritablement fin le Grand Schisme d'Occident ( 1378-1409 ).

  Voilà donc pour l'histoire officielle.
  On retiendra un contexte géopolitique difficile, faisant suite à l'échec des Croisades et au schisme des Églises grecques orthodoxes.
  La personnalité de Philippe le Bel est également un événement-clé de cette époque. Ses intérêts ne sont pas ceux du pouvoir religieux. Sa politique se traduit par l'abaissement du pouvoir papal. Philippe le Bel a besoin d'argent, c'est pourquoi il dépouille les juifs, les banquiers lombards… il lève même un impôt sur le clergé ! Il s'attaque aux biens de l'Ordre du Temple. Que peut faire Philippe le Bel de tout cet argent, reconstruire… ?

  Si tel était le cas, que fallait-il rebâtir ?
  Tout un royaume… détruit par une grande catastrophe !

  Voici les indices qui vont nous mettre sur la voie :

  • Philippe le Bel est un monarque atypique pour son siècle. Il s'en prend ouvertement au pouvoir religieux, c'est lui qui va imposer Clément V comme pape. D'un autre côté, il se pose en précurseur de la laïcité, autrement dit de la séparation de l'Église et de l'État. Néanmoins, il appelle de ses vœux une nouvelle Croisade, après avoir dissous l'Ordre du Temple, et avoir voulu en faire un ordre unique avec les Hospitaliers.
  • Son grand-père, Saint-Louis, mort en héros devant Tunis en 1270, apparaît comme une figure de légende, un peu comme Charlemagne, inventé pour les besoins de légitimer a posteriori une lignée.
  • Le règne de Philippe IV le Bel semble légèrement « décalé » dans le temps, s'articulant plutôt autour de l'an 1348. Il serait ainsi le monarque contemporain de la Grande Catastrophe !

  La transposition de la scène papale vers Avignon fait de Bertrand de Got, alias Clément V, le premier pape « des temps modernes », traduisez : post-cataclysmiques !
  Qui furent « ceux d'avant » ?
  Des figures légendaires ( Pierre… ), d'authentiques pontifes romains ( du culte de Jupiter ), des personnages créés de toutes pièces pour combler les espaces temporels vides, que pouvons-nous dire de plus ?

  Pour ce qui est du décompte des papes, tel qu'on peut le consulter dans les encyclopédies, ou plus modestement dans le Quid, il existe une « liste des papes ». On la trouve dans le Livre des Papes, découvert fort à propos ( sic ) au… 16ème siècle. Un livre très utile, parce qu'il donnait tous les noms de papes jusqu'au 10ème siècle ( 38 ).
  Tout comme il existe la « Kaiserchronik » ou « Chronique Impériale », datée du milieu du 12ème siècle, dans laquelle on découvre fort judicieusement la chronologie des souverains de l'Empire romain, ainsi que leur continuation dans l'Empire Romain-Germanique…
  Tout comme il y a les listes de Manéthon très utiles pour resituer les pharaons d'Égypte. Elles servent encore de base à l'Égyptologie. Une remise en question de ces listes signifierait celle des successions, des durées de règne, bref de toute l'histoire des Dynasties pharaoniennes !

  Pour ce qui est des papes, on s'est aperçu lors de l'élection du dernier pontife, Benoît XVI, le nombre de fois où les journalistes et commentateurs ont martelé que le cardinal Josef Ratzinger était devenu le 265ème pape de l'Église catholique romaine…
  Néanmoins, on peut difficilement soupçonner une quelconque connivence entre les journalistes - à la recherche de mots-clés et de formules percutantes - et le Vatican !
  On retiendra quand même un véritable 'bourrage de crânes' médiatique, car les journalistes entérinent ou cautionnent de cette façon, plusieurs siècles après Avignon, la fable d'une succession de 265 papes dans l'histoire du christianisme occidental ! On constatera encore une fois que l'Église sait très bien profiter des médias

 

Il y a 700 ans, l'empire romain ?

 

  Si le Christianisme ne prend en réalité naissance que dans la deuxième moitié du 14ème siècle, voici moins de sept siècles à peine, qu'y avait-il donc eu « auparavant » ?

  La réponse est aisée, et se trouve dans tous les livres d'Histoire !
  Auparavant, c'était l'Empire romain.
  Mais la catastrophe planétaire qui a sévi voici 7 siècles a tout enseveli sous l'eau et la boue. Pensons aussi aux circonstances qui suivirent le cataclysme… Lorsque après quelques dizaines d'années, les survivants - et les enfants des survivants - ont commencé à déblayer des mètres et des mètres de sédiments, les vestiges de l'âge d'or des Antiques sont apparus à leurs yeux, mais ils ne savaient plus vraiment de quoi il s'agissait.

  Leur quête intellectuelle et mystique était profondément imprégnée par le retour probable du désastre qui venait de se produire, d'où l'attrait pour une religion monothéiste dont le Sauveur devait bientôt revenir.
  Ce que les classes dirigeantes ont tout de suite compris.
  Ainsi naquit le christianisme voici moins de sept siècles, dans la vallée du Rhône. En Avignon, et à Lyon ( ville du Primat des Gaules ).
  Issu d'un courant gnostique, le Christianisme fut conçu et modelé, dès la prise de pouvoir temporel et spirituel des Papes d'Avignon. A une époque qui correspond à la deuxième moitié du 14ème siècle.

  Notre passé de civilisation ouest-européenne a été revêtu de l'habit chrétien

  La propagande papale inventa vite la « décadence » romaine : luxure et amoralité, ce qui permit de vilipender aux yeux du peuple les ( prétendus ) persécuteurs des tout premiers coreligionnaires, et d'instaurer ainsi le culte des martyrs.
  En fait, Rome - et son Empire - avaient été détruits dans les grandes catastrophes naturelles de 1347-1349 !

  Même alors que le christianisme n'existait pas encore, les églises romanes ou gothiques, les lieux de culte et de pèlerinage, étaient en fonction. Ce sont les legs d'une religion antérieure.

  Mais si c'est vrai, comment expliquer certains faits d'armes historiques des chrétiens, comme les Croisades, que l'on date habituellement des 12ème et 13ème siècles ?
  Dans l'état actuel du débat, les explications sont multiples. Certaines croisades peuvent être purement imaginaires, d'autres ont pu avoir lieu plus récemment ( en tout cas, postérieurement au 15ème siècle ) dans le but de protéger les pèlerins se rendant en Terre Sainte. Mais certaines d'entre elles, comme la trop célèbre Croisade contre les Albigeois, étaient à « usage interne » du Catholicisme romain, car les papes étaient bien décidés à éradiquer toute velléité d'infidélité ( « hérésies » ) à l'encontre d'Avignon, puis de Rome. Des populations non-chrétiennes ( « païennes » ) ont sans doute subsisté un certain temps en Occident, dans les campagnes et les massifs montagneux, tandis qu'en Orient, des royaumes francs nouvellement christianisés ont pu se maintenir également. Certains épisodes des Croisades peuvent aussi avoir été confondus avec les actes guerriers menés par Grecs et Byzantins contre les Perses pré-islamiques, longtemps restés les maîtres de Jérusalem.

  En tout cas, la répression du clergé romain fut féroce. Ainsi, lors de la Croisade contre les Albigeois, quand les croisés pénètrent dans la ville de Béziers, se posa le dilemme : comment distinguer les catholiques des cathares ? Le mot d'ordre aurait alors été : " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ".
  Ces mots historiques, attribués au légat pontifical Arnaud Amaury, ont été rapportés par Césaire, un moine cistercien de l'abbaye de Heisterbach en Rhénanie, dans son " Dialogue des Miracles ", écrit entre 1219 et 1223, au milieu d'un long chapitre consacré tout entier à la répression du catharisme en Languedoc.
  C'est aussi le titre d'un livre écrit par Jacques Berlioz, en 1994 ( éd. Loubatières ) " Tuez-les tous, Dieu reconnaîtra les siens ".
  De son côté, Régine Pernoud dans " Pour en finir avec le Moyen Age " ( éd. du Seuil, 1977 ) pense que ces paroles ne sont pas véritablement authentiques : « En fait, on ne trouve cette phrase dans aucune des sources historiques de l'époque, mais seulement dans le Livre des Miracles, Dialogus Miraculorum, dont le titre dit suffisamment ce qu'il veut dire ».

  Ces auteurs médiévaux étaient pourvus d'une imagination ardente, et fort peu soucieux d'une quelconque authenticité historique.
  En revanche, les croisades et massacres contre les hérétiques ont bien eu lieu, tout comme les exactions de l'Inquisition, mise en place par l'autorité papale pour veiller à la bonne orthodoxie des fidèles, et le cas échéant, les condamner, comme Giordano Bruno, au bûcher…

  Nous ne terminerons pas ce sous-chapitre sans évoquer l'Ordre des Chevaliers du Temple de Jérusalem, indissociable dans nos esprits des Croisades et du contexte moyenâgeux : casques de fer, tuniques blanches et croix pattées rouges sur la poitrine…
  Selon la tradition rapportée, l'Ordre du Temple a été fondé en 1119 en Terre Sainte, à l'initiative du chevalier champenois Hugues de Payns, qui voulait protéger les pèlerins en route pour Jérusalem.

  L'Ordre tire son nom du Temple de Salomon. Au fil des ans, ses commanderies, destinées au recrutement des nouveaux chevaliers et à l'hébergement des invalides, vont peu à peu couvrir toute l'Europe. D'où un pouvoir temporel croissant de l'Ordre et de son grand maître. Au début du 13ème siècle, le Temple dispose d'une force militaire impressionnante de 15.000 hommes.
  Philippe le Bel était envieux de cette puissance et de cette richesse. Il fit arrêter tous les Templiers, puis les remit aux inquisiteurs dominicains, qui en condamnèrent une cinquantaine au bûcher, dont le grand maître Jacques de Molay. Les moines-soldats de l'ordre du Temple étaient accusés pêle-mêle d'impiété, de connivences avec les forces du Mal, de pratiquer la sodomie, d'user de 'baisers impudiques' et de cracher sur la croix du Christ. Mais ce faisant, peut-être pensaient-ils qu'il ne s'agissait pas de la « vraie » croix, celle au nom de laquelle ils avaient autrefois combattu… ?

  En effet, si la trame historique proposée par l'auteur de ce livre est bonne, il devient tout à fait plausible d'admettre que les Templiers étaient un ordre monastique ( et guerrier ) pré-chrétien… Et ce n'était pas pour la croix chrétienne qu'ils avaient combattu, mais pour un symbole plus ancien dont l'origine sacrée se perd dans la nuit des temps !

 

Quand l'archéologie se remet en question…

 

  Les exemples qui vont suivre montrent quelle circonspection devrait être d'usage quand on parle des résultats de campagnes de fouilles en Archéologie.
  Dans Le Figaro du 4 juin 2005, le professeur Israël Finkelstein, auteur avec Asher Silbermann de l'ouvrage La Bible dévoilée, s'en est vivement pris à l'archéologie récupérée dans un but idéologique ou politique. Dans cet interview, il déclare : « Cela n'a pas été toujours l'intention des archéologues, mais l'archéologie a toujours été manipulée par les nations et les hommes politiques, pour donner une légitimité à leurs projets et créer un passé, une identité. Dans les années 50, les archéologues participaient volontairement aux projets gouvernementaux en Israël. Aujourd'hui, ils se sont libérés de la tutelle des pouvoirs publics. Nous présentons les preuves et les gens les utilisent. Mais dire que les faits ont été manipulés ne signifie évidemment pas qu'il n'existe pas de passé juif en Israël. L'archéologie apporte des preuves en temps réel, ce qui n'est pas le cas pour la Bible, écrite plusieurs siècles après les événements. Par exemple la conquête de la terre de Canaan par Josué au XIIIe siècle av. J.-C. et le mythe des murailles de Jéricho s'effondrant au son des trompettes ne résistent pas à la preuve par l'archéologie. La description faite dans la Bible hébraïque sert le dessin politique du peuple de Judée au VIIe siècle, époque à laquelle elle a été écrite. Il est important de libérer l'archéologie d'une lecture simpliste des textes. »
  Dont acte. Ainsi, dans le numéro de janvier 2005 du magazine « Sciences et Avenir », les titres portent sur une révélation. L'archéologue israélien Yitzhak Magen y expose le résultat de dix ans de fouilles : Qumran n'aurait pas été le grand foyer religieux des esséniens. On n'y aurait pas rédigé les fameux " manuscrits de la mer Morte "… ( trouvés dans les grottes alentour ). En fait, Qumran aurait été un atelier de poteries !
  Jusqu'à présent, l'histoire conventionnelle retenait que la communauté des esséniens avait rédigé des milliers de textes sur cuir ou papyrus.
  Mais on n'avait plus redonné un seul coup de pelle ou de pioche depuis l'époque où fouillaient le père Roland de Vaux et Lancaster Harding, les inventeurs du site dans les années 1950.
  « Nous avons délibérément occulté ce pourquoi tout le monde connaît ce lieu », affirme Yitzhak Magen. Bonne technique qui devrait être utilisée plus souvent en archéologie : entreprendre une campagne de fouilles sans a priori, comme s'il s'agissait d'un site vierge venant juste d'être découvert !

  L'absence d'esséniens à Qumran aurait pour conséquence que les manuscrits ne sont pas l'œuvre de la secte. Les esséniens n'entrent pas plus en ligne de compte que les autres courants du Judaïsme de l'époque ( sadducéens, pharisiens ). Mais surtout : puisqu'ils n'ont pas été entreposés ou rédigés à Qumran, les manuscrits de la mer morte viennent forcément d'ailleurs !
  On peut imaginer que, dans la panique qui a suivi la destruction des villages de la région de Benjamin ( au nord de Jérusalem ) et de Judée, les parchemins ont été déposés à la hâte dans les grottes de Qumran.
  La question qui se pose est alors celle de l'identité des envahisseurs. Étaient-ce vraiment les Romains ? S'agit-il bien de l'épisode rétrodaté en 68 après Jésus-Christ, quand une armée dirigée par le général ( et futur empereur ) Vespasien passe pour avoir dévalisé la communauté ? Les documents furent-ils cachés dans les grottes avoisinantes ?

  Tout ce qu'on peut dire, c'est que les manuscrits de la mer Morte provenaient des synagogues de la région. C'est le seul fait certain !
  Leur présence à proximité de Qumran ( atelier de poteries ? ) serait tout à fait fortuite. Selon l'archéologue israélien Yitzhak Magen, rien n'indique qu'une communauté d'esséniens n'y ait jamais élu domicile.

  On le voit, il est toujours utile d'aborder un problème avec des yeux neufs - et cela vaut surtout pour un chantier de fouilles archéologiques.
  Cela ne remet pas globalement en cause l'existence des esséniens, décrits par Pline l'Ancien, qui les localise dans le désert d'Engaddi, près de la mer Morte.
  Mais les esséniens habitaient aussi les villages. En fait, ils évitaient les villes à cause de l'immoralité des citadins. Ils vivaient en communauté, comme des moines. Poussés par une sorte de caractère religieux sacrificiel, ils se purifiaient dans l'eau froide.
  L'historien juif Flavius Josèphe raconte qu'avant le lever du Soleil, ils ne se livraient à aucune conversation profane, mais qu'ils adressaient à l'astre du jour d'antiques prières pour qu'il se lève. Les esséniens avaient une confiance pleine et entière dans la Providence divine.
  Pureté extérieure ( ablutions rituelles ), communauté de biens, repas pris en commun par crainte de contracter une souillure, soumission à la Providence divine : ce sont les caractères d'une religion post-cataclysmique.
  Sans doute les esséniens sont-ils - dans la trame historique proposée ici - à replacer après la toute dernière catastrophe [ 1348 ], de la même manière d'ailleurs que les historiens qui parlent d'eux : Philon, Josèphe et Pline…
  Cela correspond au 15ème siècle, ce qui voudrait donc dire que ces événements remontent à moins de six siècles !

 

Les aléas d'une datation, ou l'énigme araméenne

 

  Qui a donc écrit l'inscription araméenne trouvée à Yanouh dans la montagne du Nahr Ibrahim, en amont de Byblos, au Liban, et quelle époque remonte-t-elle ?
  Gravée dans la pierre, on a retrouvé la dédicace d'un temple avec la date 203, mais l'ère n'est pas précisée…
  Les archéologues Françoise Briquel-Chatonnet et Pierre Bordreuil ( CNRS - Collège de France ) ont donc passé en revue les différents calendriers utilisés dans la région… De tous, ils privilégient celui des Séleucides, inauguré en 312 avant Jésus-Christ, ce qui donnerait une date pour l'inscription de 110-109 avant Jésus-Christ.
  En conséquence, l'inscription pose un nouveau jalon historique… pour la venue des Ituréens… dans la région [ ce sont des « brigands » arabes ]. Ils auraient été là dès le 1er siècle avant J.-C. [ Selon Le Monde de la Bible, 162, nov.-déc. 2004 ].

  Oui, mais que penser si cette date ne correspond pas au calendrier des Séleucides, mais à un autre système de référence ?
  Par cet exemple, on peut montrer que certaines grandes dates historiques ont été trouvées par des moyens plus qu'aléatoires, même si je ne mets pas en doute la compétence des archéologues du Collège de France.
  Nous avons déjà évoqué le problème des dates en Histoire, et nous aurons encore l'occasion d'en reparler !

  Pour revenir au Moyen-Âge, d'après Sciences & Avenir n° 692 du mois d'octobre 2004 et une étude menée par Richard Steckel, de l'Université de l'Ohio ( USA ), les hommes des 11ème et 12ème siècles n'étaient pas des brutes courtaudes, comme celles du film Les Visiteurs. Bien au contraire ! Selon l'universitaire qui a étudié des milliers de squelettes d'Europe du Nord, de toutes les époques, depuis le 9ème siècle jusqu'au 14ème siècle, la taille moyenne au Moyen Age, toutes classes sociales confondues, était à peu près la même qu'aujourd'hui, c'est-à-dire 173,4 cm pour les hommes !
  Le déclin semble avoir commencé plus tard, vers la fin du 12ème siècle, la taille moyenne diminuant régulièrement pour ne se stabiliser qu'à partir du 17ème siècle, à 6,5 cm de moins qu'aujourd'hui.
  D'après Richard Steckel, cette découverte s'explique par le climat, relativement clément de l'époque. " Entre 900 et 1300, la température moyenne était plus élevée de 2 à 3 degrés que durant les siècles suivants ", précise-t-il.
  Donc, des conditions avantageuses, de meilleurs rendements agricoles et une alimentation plus abondante.
  Lorsque le climat a changé, au 14ème siècle, on voit le début du " petit âge glaciaire ", une période d'hivers rigoureux et d'été pourris, s'étendant entre le 15ème et le 17ème siècle, les rendements ont baissé, et la malnutrition s'est généralisée. D'où une diminution constante de la taille moyenne, sans doute aggravée par l'exode rural, la surpopulation urbaine et surtout, les grandes pestes !

  Cela confirme tout à fait notre scénario « catastrophique ». Jusqu'au début du 14ème siècle ( dans la chronologie habituelle ), les populations étaient bien nourries. On était toujours à l'époque gallo-romaine. Après le cataclysme cosmique, les grandes inondations, les épidémies de peste, et la détérioration du climat, les hommes sont devenus plutôt petits, signe évident de malnutrition. Cet état de fait a perduré jusqu'au 19ème siècle.

  Il serait bien sûr intéressant de disposer du même type d'étude pour le quattrocento italien, les siècles qui l'on précédé, et ceux qui l'ont suivi.
  Retenons en tout cas que vers l'an 1100 et 1200, correspondant dans notre modèle aux années calendaires 300-450, juste avant la fin de l'Empire romain d'Occident, la taille moyenne des Européens du nord atteignait 173,4 cm.
  Autrement dit, en données corrigées, voici environ 7 siècles, les gens étaient aussi grands que nous ; puis leur taille a diminué drastiquement, suite à de mauvaises conditions d'existence, avant de remonter lentement. Actuellement, non seulement nous avons rattrapé le retard, mais en plus nous ne cessons de grandir !

  Voici donc que l'archéologie et l'anthropologie viennent confirmer une chronologie différente de celle habituellement admise.
  Encore un petit effort, et le Moyen-Âge nous apparaîtra singulièrement rétréci !

 

La cité gauloise perdue

 

  Un autre exemple vient de l'archéologie parallèle, ce vocable n'ayant bien sûr aucune connotation péjorative, mais signifiant simplement que la découverte s'est faite en dehors du chemin balisé de l'archéologie officielle. Car si c'était confirmé, il pourrait s'agir de la découverte majeure en Europe de ce siècle à peine commencé…
  Car il s'agirait ni plus ni moins de Gorgobina, une cité gauloise « perdue ». Les débris de poterie celte récupérés au fond d'un puits par Jean Vottero ( 39 ), sur la commune de Saint-Pierre-le-Moûtier ( Nièvre ), près de Magny-Cours, ont été datées par thermoluminescence de 1080 anno domini ( plus ou moins 120 ans ) !
  Cela voudrait dire que voici moins de dix siècles, un gros village d'irréductibles Gaulois résistait non pas à Jules-César… mais ( selon Jean Vottero ) aux chefs de guerre chrétiens !

  Dans la trame historique que je propose, je ne serais pas certain d'affirmer que la puissance armée était constituée de guerriers chrétiens ; en revanche la présence de Gaulois dans la Nièvre jusqu'à une période aussi proche de la nôtre a de quoi séduire…
  Il faut espérer qu'une fois l'émotion retombée, l'archéologie institutionnelle ( car depuis la loi Carcopino, promulguée en 1941, il est interdit de fouiller sans autorisation ) sera à même d'entreprendre l'étude de ce qui pourrait devenir un « Pompéi » français !

  En ce sens que, sous l'humus et les sédiments accumulés, les vestiges d'un authentique village gaulois se dissimulent.
  Au 12ème, voire au 13ème ou au 14ème siècle, des Gaulois auraient-il encore vécu au centre de la France ?
  Cela serait parfaitement normal… répondrais-je !
  Car voici 7 siècles, on était encore sous l'Empire Romain, la chrétienté n'existait pas sous sa forme actuelle, ni la France, ni tous nos points de repère habituels

  Quant au Moyen-Âge, il n'avait même pas encore commencé !

  C'est sans doute une thèse hardie, mais c'est bien celle que je défends depuis les premières lignes de cet ouvrage.
  Voyons un peu ce que donnerait la vision d'un Moyen-Âge raccourci.
  Au lieu des mille ans habituellement dévolus, en gros entre la fin du 5ème siècle et le milieu du 15ème, le Moyen-Âge est « rétréci » à sa portion congrue : un siècle, entre le milieu du 14ème et celui du 15ème !

  Autrement dit, cela correspond à la période entre la Peste Noire et ses cataclysmes connexes, d'un côté, et la (re)découverte de l'imprimerie par Gutenberg, de l'autre.
  Peut-on caser 10 siècles d'Histoire dans un seul ?
  La réponse est, bien évidemment, non !

  Même si nous « prélevons » les 3 siècles carolingiens, considérés comme non-advenus par Illig et Niemitz, il reste encore 6 siècles…
  Même si nous considérons que l'histoire de l'An Mil a été une farce montée par les deux compères Othon III et Sylvestre II.
  Même si les Croisades ont été anti- ou postdatées, même si beaucoup de rois de France en amont de Philippe IV le Bel appartiennent à la légende, et si ce dernier a bien vécu au grand tournant « cataclysmique » de l'Histoire
  Comment détailler les événements de cet « unique siècle » du Moyen-Âge ?

  Notons tout d'abord que le terme de « Moyen-Âge » reprend ici pleinement son sens, en tant que période transitoire ( et qui dit transitoire, dit… courte ) entre l'Antiquité gréco-romaine et la Renaissance.

  A l'époque médiévale, Dieu est partout. Il est le fondement de la société, de la politique et des idées : " S'il est une notion qui rassemble en elle toute la conception du monde des hommes au Moyen Age, c'est bien celle de Dieu ", écrit Jean-Claude Schmitt dans le " Dictionnaire raisonné de l'Occident médiéval ", qu'il a dirigé avec Jacques Le Goff.

  Cette omniprésence du divin revêt un caractère ambigu, comme issu d'un traumatisme récent. On peut effectivement penser à une catastrophe brutale, un fléau inattendu qui défit l'imagination, des calamités à n'en plus finir. Et surtout, l'effet de surprise fut total…C'est pourquoi ces faits tragiques ont été vite inscrits dans une perspective eschatologique : de tels signes et prémisses d'une "fin du Monde annoncée" ne pouvaient qu'avoir été envoyés par un Dieu courroucé !

  Des explications rationnelles en rapport avec de funestes et exceptionnelles conjonctures climatiques, suivies de famines et d'épidémies, auraient pu être évoquées par les intellectuels s'ils avaient su se démarquer de la religion, or cela n'a apparemment pas été le cas.
  Car selon le mot d'ordre donné par Thomas d'Aquin, l'activité scientifique devait se faire dans le respect de la religion, conciliant foi et raison. Par la force des choses, les "scientifiques" seront le plus souvent des hommes d'Église, qui accompagneront naturellement cette vague religieuse sans contredire les textes sacrés… qui étaient en pleine élaboration.

  Dans les décennies qui suivent la grande catastrophe de 1348, les survivants surveillent le ciel avec inquiétude. Ils sont en effet persuadés que la fin des temps est proche. Tout ce qui est inhabituel est noté. C'est dans cet état d'esprit qu'un certain Jean de Patmos rédigera l'Apocalypse - ou Révélation, en 1486, si l'on retient la date avancée par le chercheur russe Anatoly Fomenko ( cf. glossaire ).

  Un peu à l'écart du peuple meurtri dans sa chair, voué aux tâches de reconstruction, qui vit une foi intellectuelle intense, se développe une classe moyenne de gens plutôt aisés. Très vite on y rencontre un véritable engouement à l'égard du savoir païen des Grecs et des Latins, chose qui s'explique difficilement dans l'habituelle trame historique de 10 siècles, mais qui devient assez évidente si l'on considère que la Renaissance a quasiment fait suite à l'Antiquité !
  C'est le même goût très vif qui fait que beaucoup de Français s'intéressent beaucoup à l'épopée napoléonienne, qui allie à la fois une certaine proximité temporelle à un exotisme glorieux et vieillot. On s'intéresse aux faits d'armes, aux stratégies, à la géopolitique, aux mœurs et aux avancées sociales de cette époque dont nous sommes les héritiers directs ( code Napoléon, légion d'honneur, etc. ).

  A la fin du 14ème et au début du 15ème siècle, ceux qu'on peut appeler les 'intellectuels' avaient eu ce même type de réaction - et d'admiration envers les Anciens qu'ils savaient peu éloignés dans le temps !
  La toute-puissance de l'Église modérait, certes, certaines ardeurs. Mais il fallait bien « relancer » les sciences et techniques… Cela consistait, en fait, à « redécouvrir » le savoir des Antiques à travers les sources byzantines et arabes, par exemple, car l'Europe occidentale avait le plus souffert du désastre, et la plupart des archives locales avaient disparu.

 

Guerre(s) et religion(s)

 

  L'essor des arts et techniques au quattrocento est le signe d'un renouveau intellectuel en Occident, via les apports de la science arabe, héritière elle-même des Grecs, dont elle avait su garder et traduire les écrits. Alors que dans les terres situées plus à l'ouest, les archives antiques avaient été largement détruites par les inondations et les éléments déchaînés, rarement conservées en des sites relativement préservés, châteaux ou monastères.
  En Occident se produisit aux 14ème et 15ème siècles un grand développement économique et démographique, ce fut à proprement parler la « Renaissance ».
  Une partie du savoir perdu fut récupérée ou "puisée" chez les Antiques, via les Arabes ou les Espagnols, ou via les manuscrits byzantins.
  Mais une fois la prospérité à nouveau acquise, la création et l'innovation reprirent. C'est ce qu'on appelle la « marche naturelle du progrès ». Nous sommes toujours sur cette lancée

  Il fut relativement facile de faire rentrer l'Antiquité dans le moule du Christianisme, car les universités enseignaient Aristote, Ptolémée, Galien, et l'œuvre des savants arabes Avicenne et Averroès.
  En ce sens, la Renaissance était bien dans la continuité logique de l'Antiquité. Et tant que les théories scientifiques, contenues dans l'enseignement des grands maîtres et théologiens, Thomas d'Aquin, Albert le Grand et Roger Bacon, ne contredisaient pas les Écritures Saintes, le Christianisme ne faisait pas obstacle au développement de la science.

  Mais bien sûr les avancées scientifiques restaient encore liées à la foi. Parfois même, c'était la religion qui poussait les recherches, comme dans la détermination de la date de Pâques, ou encore dans l'organisation du temps religieux pour les prières des moines. C'est ainsi qu'apparurent les premières horloges mécaniques. Elles étaient également rendues nécessaires par la pratique religieuse en terre d'Islam, tout comme l'utilisation de boussoles, utilisées par les fidèles pour se tourner d'abord vers Jérusalem, puis vers la Mecque.

  En gros, les trois religions monothéistes tombaient d'accord avec les conceptions de Ptolémée, qui avait remis la Terre au centre de l'Univers ( à la différence d'Hipparque et d'Aristarque ), ou d'Aristote qui avait décrit la Nature de façon fixiste.
  Les tensions entre science et religion apparurent avec l'invention de la lunette, et les observations de Galilée sur les « autres mondes ». Bien évidemment, la position héliocentrique de Kepler et de Copernic paraissaient inconciliable avec le credo de la Bible, et le dogme de l'Homme au centre de la création.

  Le Christianisme entama ainsi un affrontement durable avec la science, qui se poursuit toujours. Le 19ème siècle, avec les lois de la thermodynamique ( 1847 ) et la théorie de l'évolution de Darwin ( 1859 ), permit d'envisager une explication purement matérialiste de l'Univers. Le zoologue allemand Ernst Haeckel, l'inventeur du mot " écologie ", créera ainsi une Religion de la Science, car dans la mesure où l'on avait résolu les mystères de l'univers, on devenait capable d'en déduire une morale de la Science, et de définir scientifiquement les règles de la conduite humaine à partir de l'organisation de l'univers. L'Église de la Science a fonctionné en Allemagne jusqu'au début du 20ème siècle. En France, Auguste Conte avait tenté de créer une Religion de l'Humanité. Actuellement, un philosophe comme Michel Onfray montre l'urgence de fédérer un athéisme pour s'opposer aux montées en puissance des trois monothéismes, unis et animés, dans leurs formes radicales, par la même haine de la raison et de l'intelligence ( 40 ). Car dans le contexte actuel de "méfiance" envers la science et le progrès, beaucoup de personnes sont tentées par une explication occulte, métaphysique, et éventuellement religieuse, des choses…

  Nous parlons des grandes religions. Le lecteur attentif n'aura sans doute pas manqué de remarquer que durant le Haut Moyen-Âge, aux 7ème et 8ème siècles ( dans la chronologie traditionnelle ), les armées musulmanes ont occupé de vastes territoires, de l'Espagne jusqu'à la Perse. Vers 1150, les textes antiques ( originellement grecs ) ont été traduits, à Tolède, de l'arabe vers le latin. Averroès, savant et philosophe andalou du 12ème siècle, disait " Toute personne qui étudie l'anatomie augmente sa foi dans l'omnipotence et l'unicité de Dieu tout-puissant ". Il est - avec Avicenne - l'auteur d'une philosophie du libre arbitre qui concilie la Révélation avec la pensée d'Aristote. Une sorte de "scolastique" en somme, mais contrairement à son pendant européen, une scolastique "éclairée" qui a certainement joué un rôle moteur dans l'essor et le développement scientifique des peuples médiévaux, tant en Occident qu'en Orient.

 

Jeanne d'Arc a-t-elle été celle qu'on croit ?

 

  Si nous continuons notre critique de l'historicité du Moyen-Âge, dans les limites temporelles qui lui sont traditionnellement attribuées, nous tombons inévitablement sur un épisode cher au cœur de tous les Français, par l'action et la personnalité de son héroïne. Je veux bien entendu parler de la Guerre de Cent Ans et de Jeanne d'Arc.

  Rappelons un peu les faits.
  Tout commence par une affaire de famille, le roi d'Angleterre Édouard III prétendant de ses droits à la couronne de France en tant que descendant direct de Philippe IV le Bel… Mais dans cette « guerre », tout était décidément affaire de famille.
  Donc, les hostilités furent engagées, puis entrecoupées d'intermèdes de paix entre la France et l'Angleterre, tout au long d'une période comprise entre 1337 et 1451, soit une bonne centaine d'années, ce dont on douterait bien volontiers, même en dehors du cadre d'une chronologie raccourcie !
  Pour l'historien et philosophe français Robert Caratini, tout s'est finalement résumé à de simples escarmouches et 'querelles familiales', puisque les souverains anglais et français étaient de proches parents !
  Robert Caratini, dont le nom est surtout attaché à la Bordas Encyclopédie publiée entre 1967 et 1975, se montre toujours soucieux de démasquer les impostures, quitte, bien sûr, à prendre à rebrousse-poil les lieux communs de la pensée unique. Il est aussi l'auteur d'une « Jeanne d'Arc » [ L'Archipel, 1999 ].
  Ainsi celle que l'on appellera « la Pucelle », sans doute la plus vénérée des héroïnes française, objet d'un véritable culte en Lorraine autour de Domrémy, n'a-t-elle jamais assiégé Orléans.
  Son rôle historique, si l'on se réfère aux seules sources scientifiquement fiables, se résument aux minutes latines du… procès en nullité de 1452-1456.
  L'examen de ces documents a permis à Roger Caratini de retracer la courte « existence historique » de Jeanne d'Arc, capturée devant Compiègne le 23 mai 1430, puis portée au bûcher à Rouen. Ce ne sont pas les Anglais qui ont voulu brûler Jeanne, mais l'Université de Paris et… l'Inquisition pour cause d'hérésie !
  Quant à la légende de l'héroïne, elle a été fabriquée de toutes pièces sous la Restauration et, paradoxalement, sous la 3ème République, pourtant réputée anticléricale… Mais sans doute la préparation du conflit mondial qui allait suivre, n'y était pas totalement étrangère.
  Jeanne occupe toujours une place prépondérante dans notre imaginaire « patriotique ».
  Elle serait plutôt l'illustration même de la barbarie religieuse - et des exactions en tous genres - de son siècle, à son corps défendant, faut-il préciser.

  Que s'est-il passé, au juste, durant ces périodes troublées des 14ème et 15ème siècles ?

  Comme souligné plus haut, l'Europe venait de connaître des calamités terrifiantes ( inondations, famines, épidémies de peste ) liées à un phénomène cataclysmique d'envergure ( passage rapproché de comète ), et se trouvait en pleine effervescence religieuse, du fait de la « montée en force » du Christianisme, malgré les îlots de résistance des 'gentils' ou païens, et des autres religions monothéistes concurrentes ( « gens du livre » ).

  En Avignon, notamment, les papes et autres roitelets locaux doivent faire face à un fléau sans foi ni loi qui frappe l'Occident, les routiers, autrement dit des bandes de soldats ( ex-romains ? ) qui errent à travers les campagnes, vivant de pillages et de rançons. Ou plus précisément de ce que nous appellerions à notre époque, le racket, c'est à dire qu'ils demandent de l'argent, en échange de leur « protection ».
  On sait que Clément V leur avait versé 40.000 écus, mais les prix montèrent et Urbain V dut payer 100.000 écus… Cela conduira les papes, de 1352 à 1370, à faire ériger des remparts pour protéger la ville.
  Malgré les malheurs de ce temps ( peste et routiers ), Avignon prospéra du fait des activités de la cour papale. Les princes temporels et spirituels de l'Église chrétienne naissante savaient recevoir… L'argent ne manquait pas, non plus. Le système féodal convenait parfaitement. Et la religion associée au pouvoir permettait d'exploiter durablement le peuple, sous couvert du message pacifique et égalitaire des Évangiles !

  Après les terribles tribulations qu'avait connues l'Europe, la « sainte » Inquisition allait écraser sous un gant de fer toute velléité de révolte, chasser les infidèles et hérétiques, jusqu'à ce que ces derniers trouvassent un appui politique, notamment auprès de princes allemands. Le grand mouvement de la réforme protestante était lancé. Ce qui équivalait à une refonte du christianisme occidental, un peu avant le siècle des Lumières, et inaugurait l'entrée en scène de la pensée moderne tolérante, républicaine et laïque.

  Nous reviendrons, dans le prochain chapitre, sur la naissance du christianisme. Nous allons voir qu'il s'intègre parfaitement dans cette « tranche » temporelle d'un siècle à peine qui constitue le Moyen-Âge dans son acception 'récentiste'. Bien sûr, la nouvelle foi n'était pas apparue ex nihilo

 


 

Suite...  Chapitre 8

 

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