LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


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« Où est donc passé le Moyen-Age ? »

L'invention de l'ère chrétienne

par  François de SARRE

 

 

TABLE DES MATIERES :

Introduction

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11

Les bizarreries du calendrier
Fomenko et les "récentistes"
Les cieux nous sont tombés sur la tête
Quelques problème de dates
Les "siècles fantômes" du Moyen-Age
Charlemagne : un héros de légende
Le Christianisme est-il né en Avignon ?
L'histoire des trois églises
Qui a bien pu avancer l'heure ?
En quel siècle sommes-nous donc ?
Essai de reconstruction historique

Epilogue

Littérature et notes
Glossaire

Bibliographie générale
Dates importantes en anno domini

 

 


 

Chapitre 8

L'histoire des « trois églises »

ou

Les grandes religions monothéistes
sont-elles apparues en même temps ?

 

  Il fut un temps où trois grandes religions cohabitaient en paix eu Europe occidentale, dans certaines régions d'Eurasie et sur le pourtour méditerranéen. Ce n'étaient pas encore les trois religions monothéistes actuelles, mais leurs « prémisses » pourrait-on dire.

  Un bon exemple qui nous a été retransmis est celui de l'Espagne, ou encore celui de la Septimanie, région du Languedoc-Roussillon.
  Un peu partout en Europe, trois grands cultes ( et d'autres plus minoritaires ), issus des courants religieux de l'Empire romain et du Moyen-Orient, se partageaient la faveur des fidèles.

  Quand il y eut les grands bouleversements que l'on sait, les épidémies et les inondations consécutives au passage rapproché d'une comète, voici à peine 7 siècles, les rescapés, au bout de quelques années de souffrance, avaient perdu tout souvenir - ou presque - des croyances religieuses de leurs parents et grands-parents.
  Quelle que fût leur obédience directe, tous ces gens avaient cependant connu un paganisme mystique, une religion à transformations.

  C'était un culte bon enfant, qui ne se privait pas de reproductions "paillardes" sur les frontispices des temples et sur les colonnades. Nos églises romanes en ont conservé quelques-unes. C'était avant, bien sûr, qu'on n'y redessine les scènes inspirées des Évangiles, ou de la Bible hébraïque.
  Car les temps n'étaient malheureusement plus aux réjouissances champêtres, mais plutôt aux stratégies de survie.

  Après l'établissement de la Papauté en Avignon - en plein chaos post-cataclysmique, et le début de l'extension du Christianisme originel à travers la vallée du Rhône, puis dans le restant de l'Europe, les grandes traditions religieuses locales d'antan se fondirent dans un culte mixte, où les saintes et les saints avaient pris le relais des déesses et des dieux campagnards.

  Mais alors que les liturgies « païennes », orales ou écrites, ne sont pas parvenues jusqu'à nous - pour raison de cataclysme et ses suites - certains signes de cette religion primaire ont néanmoins été conservés dans la pierre des monuments et édifices religieux, car contrairement aux hommes, ceux-là avaient échappé quasi intégralement aux dégradations causées par les intempéries, pluies diluviennes et marées de boue.
  Finalement, il n'y a guère que quelques siècles entre eux et nous…

  Bien sûr, si les gens d'alors ( nous sommes à l'époque gallo-romaine, même si moins de sept siècles nous en séparent ) revenaient, ils ne reconnaîtraient plus leurs cathédrales, leurs basiliques, leurs sanctuaires… !
  Tout avait été jadis si beau à l'intérieur : d'immenses draperies colorées et des tableaux étaient accrochés au mur, les figurations de pierre étaient peintes et paraissaient vivantes…
  Alors que maintenant, tout était devenu si morne : les statues sont d'une blancheur de craie, des chaises alignées permettent aux gens de s'asseoir, parfois de s'agenouiller, des grandes croix sont dressées un peu partout.
  Quelle est donc cette religion nouvelle ?

  Nous le disions au début du chapitre : trois grands courants mystiques cohabitaient, non seulement en Gaule, mais ailleurs aussi, et particulièrement en Espagne où l'on peut aisément remonter le cours de l'Histoire - et tenter d'esquisser un scénario historique qui cadre parfaitement avec les thèses professées dans ce livre.

  On peut même aller jusqu'à dire qu'il n'y a pas vraiment eu de reconquista catholique, pour la bonne raison qu'il n'y avait pas eu auparavant de " conquête " musulmane… ! Les trois grandes religions étaient toutes présentes sur la péninsule, issues respectivement de cultes pré-chrétiens, pré-judaïques et pré-islamisques !

  Retrouvons donc ici Uwe Topper ( ZeitFälschungen, p. 65 ), chercheur de terrain infatigable, qui nous ouvre la route vers une vision nouvelle de l'Histoire, à travers ses nombreux voyages en Espagne, au Maroc et au Proche-Orient.

  Il y a un endroit près de Barcelone qui s'appelle Terrassa, non loin de la mer. Il n'y aurait pas grand chose à dire sur ce village, sinon qu'on y trouve trois églises : San Pedro, San Miguel et Santa Maria, à peu de distance l'une de l'autre, toutes orientées vers le nord-est. C'est le signe qu'elles sont relativement anciennes, car plus tard on a privilégié l'est ( direction du Soleil levant ).
  Les trois églises sont de la même époque ( 10ème au 12ème siècle, selon les indications du guide ). Santa Maria a un carrelage qualifié de " romain tardif " ( 5ème siècle ). En fait, cette église donne une impression de basilique, voire de synagogue. A côté se dresse San Miguel, quadrangulaire, avec une crypte, typique d'un baptistère. Quant à la troisième, San Pedro, elle est constituée d'une longue halle avec abside. C'était peut-être une mosquée : l'entrée actuelle serait alors située où se trouvait le "mihrab", ou niche de prière.

  Bien sûr, cette analyse demeure incomplète ( 41 ). On garde néanmoins l'impression très nette qu'à une certaine époque les trois édifices cultuels ont servi à trois cultes distincts…
  Ce n'est qu'ensuite qu'ils ont été dédiés aux trois religions monothéistes que nous connaissons : Christianisme ( romain ), Judaïsme ( de la Thora ) et Islam ( mahométan ). Mais pour cela, il fallait encore que ces courants religieux « modernes » existassent… Ce ne fut guère le cas avant 6 siècles [ dans notre perspective 'récentiste' ].

  A l'époque des Étrusques, puis des Romains, lors de l'édification d'une ville nouvelle, la loi précisait que trois temples devaient être bâtis, chacun étant dédié à une déesse différente. C'était l'usage.

  Un autre exemple de ce type se trouve à San Mateo, près de Morella, à un confluent de rivières. On y découvre trois églises, ce qui assez inhabituel pour un village.
  Dans d'autres cas, plus fréquemment, deux églises se font face. En Espagne, on peut penser qu'il y a longtemps eu cohabitation avec un ancien culte "arianiste", ou mozarabe. Actuellement, ce dernier est assimilé au rite catholique latin, mais il s'en distinguait encore, voici quelques dizaines d'années, par certains détails de sa liturgie.

  Peut-on penser qu'il y a eu la lente assimilation par le catholicisme romain, d'un culte autrefois distinct ? Cela paraît étonnant quand on connaît la férocité de l'Inquisition, et son zèle pour pourchasser - ou détruire - toute déviance… Mais c'était sans doute, localement, l'exception qui confirmait la règle !

  En tout cas, on peut penser qu'en bien des régions de l'Europe occidentale - mais également dans l'ensemble des Balkans et de l'Asie mineure - trois grandes communautés religieuses omniprésentes se partageaient autrefois la faveur des fidèles.
  Tout cela, rappelons-le, se passait avant le grand cataclysme. Autrement dit, avant la naissance du Christianisme dans la vallée du Rhône, vers 1350.

  On peut postuler la cohabitation ancienne des trois courants religieux, que nous appellerons, par simple convention :

  • les trinitaires dont l'emblème était la croix celtique
  • les unitariens dont l'emblème était le croissant de lune
  • les unitariens davidiens dont l'emblème était l'étoile de David

  Les « bases fondatrices » de ces trois courants étaient les mêmes, tout comme les traditions s'y rattachant. On parle d'ailleurs toujours des trois religions du « Livre ».

  Le système trinitaire, prônant l'incarnation du « Fils », était resté plus proche des traditions celto-germaniques.
  Mais la grande innovation du « courant avignonnais » fut de promouvoir le péché originel en tant que dogme, et d'asseoir son pouvoir sur la notion de culpabilisation, et sur son antithèse, la rédemption.
  Sans oublier la promotion du paradis, et de son antithèse l'enfer éternel.

  Les deux autres systèmes religieux étaient plus strictement monothéistes. Ils étaient également plus axés sur des rituels, et sur l'obligation du respect des prières quotidiennes... Le courant davidien ou sémitique était sans conteste intrinsèquement lié à la notion de « peuple élu » [ les juifs à l'origine formaient-ils une corporation ? ] ou d'ethnie [ Juda ], d'expression araméenne ou hébraïque. Notamment dans le sud de la France, beaucoup de temples gallo-romains ont été transformés en synagogues, avant de devenir des églises… Comme à Narbonne ( chapelle des pénitents, ornée d'une étoile de David ), les synagogues construites après le grand cataclysme du 14ème siècle ont été tardivement récupérées par le catholicisme romain.

  Comme l'ont déjà proposé divers auteurs, les bogomiles venus de Bulgarie, ou les arianistes venus du Moyen-Orient ont sans doute joué un rôle déterminant dans l'implantation de l'Islam mahométan, tant dans les Balkans qu'en Espagne, ou dans le sud de la France.
  La pensée bogomile est fondée sur un système manichéen, qui oppose la lumière et les ténèbres ( le Bien et le Mal ). Les adeptes pratiquaient un ascétisme très strict, refusant les images et rejetant les sacrements. Le monde céleste et l'âme représentent le principe du bien, le monde extérieur et le corps humain, celui du mal : les corps physiques sont une prison pour l'âme divine, il est nécessaire de les faire périr par le travail et le jeûne, pour la délivrance de l'âme.
  Au 15ème siècle, les bogomiles basculèrent vers l'Islam, car leur religion avait en effet de nombreux points communs avec l'Islam : dualisme marqué ( bien-mal ), mépris des icônes, répudiation de la Trinité, refus d'une hiérarchie cultuelle organisée.
  On pense que les cathares, dans la France du sud et en Italie, s'inspiraient du même fonds commun que les bogomiles. Ils professaient une forme de gnosticisme manichéen. Ils furent exterminés par l'Inquisition et par une croisade lancée contre eux par le pape Innocent III, officiellement en 1209. Mais cet événement a dû être « antidaté ».

  Dans le contexte qui nous intéresse, l'arianisme importé par les Wisigoths en Espagne, et dans le sud de la France actuelle, pourrait avoir été une religion de transition vers l'Islam, avant que la « reconquista » catholique ne regagne des territoires qui n'avaient, en fait, jamais été "perdus"
  L'arianisme, tout comme les témoins de Jéhovah aujourd'hui, part de la constatation simple que « Dieu ne saurait être un et trois à la fois », d'où le rejet de la Trinité, et l'acceptation du Christ comme simple messager.

  Comme au lendemain des événements tragiques du 14ème siècle, la religion chrétienne naissante n'avait pas encore adopté de credo définitif, la foi trinitaire, inspirée des religions gnostiques celto-germaniques, n'était pas fixée.
  Jusqu'au concile de Nicée ( qu'il faut bien entendu re-dater en conséquence… ), où l'on déclara que « le Fils était de même nature que le Père », il régnait un certain flou dans les professions de foi. Or même si l'Égyptien Arius fut vite écarté et banni, l'Arianisme se répandit dans l'Orient byzantin, mais également en Occident grâce aux Goths, et précisément jusqu'en Espagne.
  Arius plaidait pour une religion rigoureusement monothéiste, ce qui lui apporta spontanément beaucoup d'adeptes, d'autant que le personnage lui-même était populaire, féru de lettres et d'art musical ( 42 ).
  On dit parfois que lors de la dissolution de l'empire romain, l'Arianisme manqua de peu de l'emporter sur le Christianisme, car ce dernier était « pris en tenailles », un peu comme cela fut le cas lors de l'extension maximale de l'Islam en Europe, au 15ème siècle. N'est-ce pas là une bizarre coïncidence, qui s'éclaire d'un jour nouveau si l'on prend en considération les thèses de ce livre ?

 

Quelle religion en Europe
avant le christianisme ?

 

  Nos ancêtres les Gaulois ou les Francs, puis les Gallo-Romains, ont pratiqué plusieurs types de religion ; nous mettrons bien sûr l'accent sur la religion susceptible d'avoir précédé directement le christianisme, voire de l'avoir pratiquement engendré, avant que des personnages inspirés en Avignon n'eussent la bonne idée d'y ajouter des éléments de contes provençaux, ainsi qu'un soupçon de légendes moyen-orientales.

  Pour faire connaissance avec cette religion ( ancienne, mais pas tant que cela : 7 siècles nous en séparent ! ), le mieux est encore d'en "lire" les images… telles qu'on les retrouvent sur les porches ou les chapiteaux d'églises romanes... tout comme nous "lisons" les scènes du Chemin de Croix, pour peu que nous ayons une connaissance de la Passion du Christ rapportée dans les Évangiles.

  Le pouvoir des images est fort. C'est bien pour cela que toutes les enseignes commerciales ont désormais leur « logo ».
  Prenons, par exemple, trois personnages couronnés qui s'approchent d'une mère et de son petit enfant ; ils tiennent des cadeaux dans leurs mains… Oui, vous l'avez deviné, ce sont les Rois mages. Et nous pensons tout de suite à l'Épiphanie et à la traditionnelle galette !
  Idem pour les représentations du chemin de croix que nous évoquions plus haut. Ou alors quand nous voyons la sculpture d'un homme barbu tenant une grande clé dans la main... nous le reconnaissons vite en tant que Pierre l'apôtre, "portier" du Paradis !

  C'était la même chose dans la religion "pré-chrétienne" qui avait fait sculpter de nombreuses scènes sur les murs des églises romanes.
  Ce « legs » était gênant au début du christianisme ( que nous resituerons au 14ème siècle ). Il fut à l'origine de nombreux débats, comme nous l'apprend Jean-Philippe Camus ( 43 ). On ne s'étonnera pas que l'esprit de pauvreté et de simplicité fût recommandé. Saint Bernard écrivait, quant à lui : « Que signifient dans nos cloîtres…ces monstres ridicules, ces horribles beautés et ces belles horreurs ? ». L'église n'a nullement besoin d'être ornée ! Disposition qui changea radicalement avec l'avènement du style baroque ou 'jésuite' rococo, au 18ème siècle, on comprend aisément pourquoi. Les statuettes dorées et les tableaux hauts en couleur, aux cadres richement ciselés, plaisent généralement beaucoup au peuple !

  Quelques siècles auparavant, les fresques romanes évoquaient les récits légendaires des Celtes, ou représentaient des symboles courants de leur tradition religieuse, comme dans les monumentaux temples égyptiens : Louxor, Karnak, Philae… Sur les murs, les motifs sculptés racontent des histoires que tout le monde pouvait alors déchiffrer, avec ou sans l'aide des hiéroglyphes.
  Dans les églises romanes, autour des motifs symboliques les plus importants, comme le soleil et l'arbre, on retrouve de nombreux symboles, répartis en divers thèmes : cosmique, moral, sacré, fabuleux, animal et végétal. On voit aussi le Zodiaque, la rosace, la roue, la croix… la colonnade pour l'arbre, et le glaive pour le soleil.

  Dans son livre ZeitFälschungen, Uwe Topper décrit les statuettes du portail sud de l'église d'Aulnay en Saintonge ( datée du 12ème siècle ).
  C'est un excellent exemple du symbolique roman.
  Disposés en demi-cercle, on a d'abord 31 rois, tous pareils, puis en dessous, 24 "Anciens", aux traits différents, et encore en dessous, toute une série d'êtres et de figurations bizarres :

  • un lion luttant avec un dragon ;
  • un loup assis, se caressant la queue avec ses pattes antérieures ;
  • une sirène, mi-poisson mi-femme, tenant un couteau dans la main ;
  • un animal bizarre à tête humaine, en état visible d'érection ;
  • une sorte d'oiseau à long cou et à tête d'homme barbu ;
  • un homme monté sur un lion et lui ouvrant la gueule ;
  • un gros animal qui engloutit un homme ;
  • un âne qui joue de la harpe ;
  • un bouquetin ;
  • un cerf ;
  • un centaure qui tire à l'arc sur le cerf ;
  • une petite chouette ;
  • une sorte de sphinx avec les lettres CHIM… ( pour chimère ? ) ;
  • un griffon ;
  • un cyclope avec un seul œil sur le front, couvert d'écailles, ailé, qui tient en sa main une pomme, et la tend vers le griffon qui le menace ;
  • quatre oiseaux par paires, chaque paire buvant dans un calice ;
  • des oiseaux sur des quadrupèdes, par paires ;
  • un bélier vêtu d'habits, lisant ou récitant dans un livre que lui tend un loup ;
  • à nouveau un animal mixte, à la fois oiseau et homme barbu ;
  • un homme sur une colonne, exhibant ses attributs sexuels énormes ;
  • une sirène-oiseau ;
  • à nouveau une sirène-oiseau, dans la bouche de laquelle une fleur pousse ;
  • la lutte entre un homme-grenouille écailleux et un lion qui a le dessous ;
  • une sirène-oiseau à tête de femme ( harpie ) ;
  • un monstre-poisson qui soulève la queue ;
  • un dragon à queue de serpent avec des flammes entre ses pattes antérieures ;
  • un sphinx féminin doté d'un membre viril ;
  • un nain à massue qui combat une bête dont la tête s'orne de trois touffes de cheveux ;
  • la lutte entre un homme et un monstre…

  En tout, il y aurait 35 de ces scènes sur le chapiteau, et d'autres sont à l'intérieur. De telles figurations sont communes, sur ou dans les églises romanes, de la Pologne au Portugal, et de l'Allemagne à la Toscane.

  Que représentent donc ces fresques ?
  Bien sûr, on a divers points de comparaison.
  Ainsi, l'âne qui joue de la harpe ( ! ) rappelle une fable de Phèdre ; le sphinx est connu de l'Égypte ancienne ; le cyclope appartient à Homère et à l'Odyssée ; le bélier fait partie des 12 signes du zodiaque.

  En tout cas, nous ne savons pas quel sens exact donner à ces figurations dans un contexte chrétien. Ou alors, l'explication paraît spécieuse, voire très spéculative...
  Ainsi, sur l'un des chapiteaux de l'église d'Autun, on voit un homme tirer sur un autre avec un arc… Le prêtre interrogé par Topper lui a répondu qu'il s'agissait de Caïn tuant son frère Abel… Ce n'est pas vraiment plausible, car Caïn était agriculteur, et il se serait plutôt servi d'une hache !
  Sur le même motif, on voit d'ailleurs un jeune garçon qui semble guider la main du tireur à l'arc… Ce dernier serait-il donc aveugle ?
  Quelle est la correspondance biblique ou néo-testamentaire ?
  Mais on peut penser à un épisode de l'épopée de l'Edda, ou au récit similaire de la mythologie germanique, quand Hödr tue son frère Baldr, aidé en cela par le perfide Loki.

  Cette interprétation est infiniment plus crédible que l'histoire rapportée d'Abel et de Caïn… Quant à la réaction du prêtre, elle est bien normale, car ce dernier essaye d'expliquer ce qu'il voit au moyen de ce qu'il connaît de l'Histoire Sainte.

  Sur une fresque voisine, trois personnages royaux sont représentés. Les Rois mages ? A un détail près, qui a toute son importance… l'un des trois est une femme !

  Alors que penser ?
  Simplement que l'église romane d'Aulnay a d'abord servi à célébrer un culte non-chrétien…
  Et ce n'est pas un cas isolé, loin de là !

  Toujours au dessus des porches d'églises, on découvre des figures qui correspondent au douze mois, comme sur la cathédrale de Strasbourg, où le mois de janvier est représenté par une divinité à deux têtes : on aura reconnu le janus des Romains. Quant au zodiaque, peuplé souvent de créatures équivoques, il semble devoir appartenir à une tradition plus nordique que méditerranéenne, surtout si l'on songe que les saisons étaient " plus contrastées " sous ces hautes latitudes. Le peuple entretenait avec les douze mois de l'année une relation plus physique que dans des contrées où le climat variait moins, d'un mois sur l'autre, ou d'une saison à l'autre.

  Dans la cathédrale d'Autun, en Bourgogne, les 12 signes du zodiaque sont représentés, avec des particularités qui font penser à des formes plus anciennes que les symboles auxquels nous sommes habitués.
  Le capricorne a non seulement une queue de poisson, mais il est aussi ailé ; le verseau est suivi non pas par les poissons mais par un homme qui taille un arbre ( ce qui est plus représentatif d'un mois de mars ), bélier et taureau sont comme actuellement, mais les "gémeaux" forment un couple : femme nue et homme habillé ; le lion rugissant a une queue en flèche ; puis il y a un ange ( à la place de la vierge ) ; la balance est portée par une femme, le scorpion est un monstre étrange, quant au sagittaire c'est un centaure scythe avec le soleil comme chevelure...
  On n'a pas l'impression qu'il s'agit là d'improvisations artistiques, mais que le tout forme un ensemble cohérent, en tout cas différent de celui de la Renaissance, ou de nos almanachs.

  Dans les églises romanes, on voit souvent des griffons. Ils ont l'aspect de lions ailés, mais possèdent une tête d'aigle et des griffes. A Autun, on les voit, par paires, boire dans un calice ( le Graal ? ), tandis qu'un personnage chevauche un dauphin : il a été identifié à Jonas, qui ne se trouverait plus dans le ventre, mais "sur" l'animal marin ? Bizarre !

  Tout comme l'agneau ou le poisson ont été christianisés, devenant les symboles du Christ… alors qu'à l'origine leur sens était sans doute bien différent. Il en va de même de la vigne, représentée dans les églises romanes, qui n'a reçu sa connotation chrétienne qu'a posteriori… L'allusion est pourtant claire, elle va aux dieux qui aiment le bon vin, Odin ou Dionysos !

  Quant à l'homme qui vole, il serait sans doute vain d'aller le chercher dans l'Ancien ou le Nouveau Testament, en revanche tout le monde connaît… la légende d'Icare !

  Quelque part sur un relief de la cathédrale d'Autun, on voit un homme nu que deux diables sont en train de pendre à un arbre. On peut penser que c'est l'illustration de Judas, après sa trahison… Explication par défaut !

  Dans la cathédrale de Tréguier ( Bretagne ), on peut voir dans les stalles du chœur un personnage assimilé au saint local Tugdual qui terrasse un dragon… en lui passant une étole au cou ! Le dragon est en train d'avaler un homme.
  Dans la même église, il y a un panneau sculpté qui est censé représenter l'apôtre Jean rédigeant l'apocalypse. On voit aussi une femme qu'enveloppe le soleil, avec la lune sous ses pieds, et 12 étoiles qui lui couronnent la tête. Vous pensez à la Sainte Vierge ? Seul problème, elle est représentée enceinte et sur le point d'enfanter. Un énorme dragon s'apprête d'ailleurs à dévorer son enfant sitôt né

  Pour citer un autre exemple, à la cathédrale d'Autun, il y a une scène sur un chapiteau où l'on distingue un homme au regard de supplicié : Jésus avant sa mise en croix ? Le seul problème, c'est que ce même personnage est en train de jouer de la musique sur une sorte de carillon…
  Nous avons l'image, mais pas le texte qui l'accompagne…

  Et si l'on découvre une scène qui semble vraiment chrétienne, c'est soit qu'elle a été rajoutée, comme les évocations du purgatoire, soit qu'elle a été intégrée dans la conscience populaire chrétienne par le biais d'historiettes.
  Ainsi, dans la cathédrale Saint Just et Saint Pasteur de Narbonne, un retable gothique sculpté et peint, datant de la fin du 14ème ou du début du 15ème siècle, représente le cheminement des mortels dans le purgatoire, comme sur une bande dessinée. Selon le magazine Science & Vie ( février 2005 ), il s'agit de l'une des premières représentations, sinon la toute première, du purgatoire, qui est une spécificité du catholicisme romain. Et comme on l'aura remarqué, l'œuvre est tardive ( 44 ).

  Mais qu'en est-il des âmes qu'un ange pèse sur une balance, afin de déterminer qui est juste et qui ne l'est pas ? En fait, même si la scène est représentée à Autun, le passage correspondant ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. Dans le Coran, oui, l'épisode est décrit. Et l'on pense bien sûr à un apport oriental.

  Dans l'église romane de Mailhat, à 30 km au nord de Clermont-Ferrand, il y a la représentation d'une déesse-mère qui allaite deux serpents. On peut voir le même motif sur une colonnade du cloître de l'abbaye de Lavaudieu, dans la Haute-Loire à quelques kilomètres de Brioude, sauf que la femme aux serpents allaite ici deux salamandres. A côté, on peut voir aussi une sirène à deux queues. C'est une représentation assez courante, surtout en Bretagne.
  Quant aux seins de la déesse-mère, ils étaient invoqués pour la fécondité ( et le lait des nourrices ). On connaît la mater lactans, donnant le sein à son enfant, qui rappelle les figurations de la déesse égyptienne Isis, allaitant Horus qu'elle a mis au monde, comme on peut le voir au temple de Philae, près d'Assouan.
  Ces images ont été reprises par les chrétiens coptes pour représenter la Vierge avec l'enfant Jésus. Et en Occident, les madones à enfant. Quant aux vierges noires, elles paraissent bien sûr être antérieures au christianisme. Nous en reparlerons un peu plus loin.

  Bien curieuse aussi, à Andlau ( Alsace ), une femme aux pattes d'oie ( pédauque ) : nue, elle chevauche un dauphin dont elle tient en main la queue, qui a la forme d'Irminsul, l'arbre sacré des peuples germaniques, ou Yggdrasil de l'Edda scandinave.
  Chez les Nordiques, l'oie est vouée à Berchta ( ou Frau Hole ), qui est figurée avec des pattes d'oie.
  Plus tard, l'Église aurait utilisé cette " patte d'oie " comme marque infamante : elle sera apposée au fer rouge sur les hérétiques !

  L'image de l'arbre sacré est très fréquente dans l'art roman. On le retrouve sur les chapiteaux de la Charité sur Loire, de Moissac, de Paray le Monial… Il y est décrit comme l'arbre de Jessé du texte d'Isaïe ( XI, 1, 3 ) : « un rameau sortira de la tige de Jessé, et de sa racine montera une fleur et l'esprit du Seigneur se reposera sur lui ».
  Récupération habile, comme celle du symbole solaire, organisateur de la lumière du jour et ordonnateur du cosmos. Jésus-Christ est comparé au Soleil, à la fois source de salut ( sol salutis ) et invaincu ( sol invictis ). On connaît le culte du dieu soleil à Rome. Certains animaux ou végétaux, d'essence solaire, deviennent l'emblème du Christ, tels l'aigle, le taureau, le cerf, le pélican, le bélier, l'agneau, le coq. Pour les plantes, c'est l'héliotrope. Le rapport entre le métal or et le soleil remonte, quant à lui, aux civilisations antiques, notamment égyptiennes. Dans la liturgie chrétienne, l'emploi de l'or concerne le Divin et désigne la perfection.
  Le Mont Saint-Michel, dans la Manche, est un îlot rocheux avec, accrochée à son fond nord, une abbaye bénédictine très ancienne, reconstruite au 13ème siècle, selon les chroniques. Au sud de la galerie, on reconnaît sur un panneau trois personnages, l'un assis sur un trône, entouré de deux autres… ils ont vite été assimilés aux déités de la Trinité, alors que sur le côté gauche, il y a un petit oiseau dans un cep arborescent qui symbolise, dans la tradition des moines chrétiens, le Saint-Esprit et la lignée royale de Jésus ( 45 ). Visiblement, on est assez loin du sens originel de ces représentations.

 

Le gnosticisme,
une pensée religieuse pré-chrétienne

 

  Mais quelle était donc cette religion gnostique qui fut récupérée par le Christianisme, en même temps que ses temples ou églises ?
  Pourquoi nous apparaît-elle aujourd'hui si étrangère, si inconnue ?

  Ceux qui savaient - ou qui détenaient une partie du savoir - ont été poursuivis par l'Inquisition ; on les a torturés, portés au bûcher, comme tant d'autres…
  Cela fait qu'au bout de quelques dizaines d'années seulement, plus personne ne pouvait témoigner d'une religion anté-chrétienne. Les seuls témoins restaient de pierre… Ce sont les fresques et les statuettes dans les églises romanes !

  Autrefois régnait une religion de la lumière : Gnosis, la connaissance, Sophia, la sagesse. Le grand temple de Constantinople était dédié à la Sagesse, Hagia Sophia, et non pas à "Sainte-Sophie" comme on le traduit souvent - mal - en français !
  Le gnostique considère qu'il est un être purement spirituel injustement précipité dans un monde matériel dominé par le mal ( dualisme ). Dieu lui-même n'aurait rien à voir avec cette création mauvaise : il aurait été lui-même affaibli en entrant en contact avec le monde mauvais. C'est la connaissance du Divin ( mystérieuse et accessible par initiations successives ) qui permet de se libérer de l'empire terrestre du Mal.
  Connaître, c'est être donc sauvé.
  La réforme protestante proposera plus tard la formule : « Seule la Foi sauve » !

  Car si les papes en Avignon reprirent les fondements théologiques du gnosticisme en y intégrant Jésus le Christ, incarnation divine venue nous libérer du péché originel, leur pouvoir temporel - qui sous-entendait des rentrées régulières d'argent - a nécessité la mise en œuvre de l'autre facette du catholicisme, à savoir que « ce sont les actes ( sous-entendu, les dons des fidèles ) qui sauvent », d'où l'aspect mercantile qui a prévalu au temps des indulgences, et qui perdure actuellement, car l'Église se considère toujours comme la seule dispensatrice du Salut. Les papes, successeurs de Saint Pierre « portier du paradis », ont fait abusivement courir le bruit que c'était par eux seuls que passait l'ouverture des portes du Salut ! Alors que les pontifes antiques ne détenaient que les clés d'un pont permettant de se rendre de l'autre côté du Tibre, les nouveaux pontifes se sont adjugés celles du Paradis, ouvrant de véritables 'stargates' à travers lesquelles les âmes quittaient la Terre. Ainsi les papes pensaient-ils avoir le contrôle sur tout ce qui allait au Ciel !
  Quant au trafic des indulgences, en échange de la rémission des péchés, c'était bien entendu le « jackpot » pour le Vatican, qui finançait ainsi allègrement la construction d'édifices religieux, comme la Basilique de Saint-Pierre, ou celle des palais papaux.

  Que de chemin parcouru depuis les cultes gallo-romains originels !

  La religion première, celle que l'on célébrait, voici moins de sept siècles encore, dans nos églises romanes et gothiques, était une religion « à transformations », un culte plutôt bon enfant, resté proche du peuple et de ses préoccupations « magiques » immédiates. Au 14ème siècle, il allait par la force des choses céder la place au Christianisme, dont seul le Sauveur, émanation divine, était « à transformation »… alors qu'auparavant c'était encore le cas de l'ensemble des acteurs célestes ( 46 ).

  C'est pour cela que les mages et les sorciers, réputés « transformer » ou « se transformer », comme Merlin l'Enchanteur, ont longtemps été poursuivis et exterminés, tout comme les femmes accusées de « sorcellerie ».

  Dans l'Edda ( chant 22, Fafnismol ), on raconte comment Sigurd/Siegfried se rendit à la Gnitaheide ( en Basse-Saxe ) pour attaquer Fafnir, le géant, qui sous la forme d'un dragon, veillait sur de l'or. Le héros avait découvert l'endroit grâce aux traces laissées par Fafnir revenant de se baigner.
  En effet, les dragons, tout comme les vouivres leurs parentes, n'étaient pas les êtres « à forme fixe » qu'adoptent nos esprits dégagés de la magie.
  Sous le christianisme, ils se sont figés… Le dragon est terrassé par Saint Georges, un rude agriculteur de Cappadoce - et soldat romain au temps de Dioclétien.
  Malgré tous les efforts du clergé pour l'anéantir, le « gargantua/gargouille » persistera cependant sous son double aspect humain et animal.
  Avant de devenir l'arbre de Jessé dans les figurations romanes, le frêne Yggdrasil/Irminsul, dont les trois racines plongeaient au plus profond de la Terre, avait eu son pied rongé par un dragon, ce qui provoqua le « crépuscule des dieux » et la fin du monde…
  En fait, ce qui survint fut la grande catastrophe céleste et climatique qui occasionna les changements de religion du 14ème siècle !

  Qui sait encore lire ces livres de pierre ? Sur les frontons de pierre de nos cathédrales: la plupart des symboles cachés nous échappent aujourd'hui… Cela montre l'importance des mythes anciens, la place de la nature et des monstres dans l'imaginaire occidental… Actuellement seul le cinéma ( surtout hollywoodien ) se fait le relais de ce fonds mystique qui perdura si longtemps en Occident.

  Les Gaulois ne figuraient pas leurs dieux, les Gallo-Romains les représentaient joliment dans les cathédrales et cloîtres. C'était sans doute l'expression d'une « mode » intellectuelle et religieuse.
  La civilisation gallo-romaine a mêlé de façon heureuse, le celte et le romain. Ce fut la période architecturale romane, puis gothique. Les concepts évoluaient avec l'audace des architectes. Tous les cultes étaient représentés, mais un édifice comme la cathédrale de Spire pouvait aussi remplir des fonctions civiles ou administratives, de la même façon que les beffrois actuels des villes du nord ou de l'est de la France, et en Belgique.

  Anciennes tours de guet, comme beaucoup d'églises et de cathédrales, les beffrois, forment souvent un deuxième ( ou troisième ) clocher dans le paysage de ces régions, avec les édifices du culte catholique et protestant.
  On en revient ainsi à l'évocation de l'en-tête de ce chapitre : « les trois églises » !

 


 

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