LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALEEditée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :BIPEDIAA Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
« Où est donc passé le Moyen-Age ? »L'invention de l'ère chrétienne par François de SARRE
Chapitre 8L'histoire des « trois églises »ou Les grandes religions monothéistes
Il fut un temps où trois grandes religions cohabitaient en paix eu Europe occidentale, dans certaines régions d'Eurasie et sur le pourtour méditerranéen. Ce n'étaient pas encore les trois religions monothéistes actuelles, mais leurs « prémisses » pourrait-on dire. Un bon exemple qui nous a été retransmis est celui de l'Espagne,
ou encore celui de la Septimanie, région du Languedoc-Roussillon.
Quand il y eut les grands bouleversements que l'on sait, les épidémies et les inondations
consécutives au passage rapproché d'une comète, voici à peine 7 siècles, les rescapés, au bout
de quelques années de souffrance, avaient perdu tout souvenir - ou presque - des croyances religieuses
de leurs parents et grands-parents.
C'était un culte bon enfant, qui ne se privait pas de reproductions "paillardes"
sur les frontispices des temples et sur les colonnades. Nos églises romanes en ont conservé quelques-unes.
C'était avant, bien sûr, qu'on n'y redessine les scènes inspirées des Évangiles, ou de la Bible hébraïque.
Après l'établissement de la Papauté en Avignon - en plein chaos post-cataclysmique, et le début de l'extension du Christianisme originel à travers la vallée du Rhône, puis dans le restant de l'Europe, les grandes traditions religieuses locales d'antan se fondirent dans un culte mixte, où les saintes et les saints avaient pris le relais des déesses et des dieux campagnards. Mais alors que les liturgies « païennes », orales ou écrites,
ne sont pas parvenues jusqu'à nous - pour raison de cataclysme et ses suites - certains signes
de cette religion primaire ont néanmoins été conservés dans la pierre des monuments et édifices religieux,
car contrairement aux hommes, ceux-là avaient échappé quasi intégralement aux dégradations causées
par les intempéries, pluies diluviennes et marées de boue.
Bien sûr, si les gens d'alors ( nous sommes à l'époque gallo-romaine,
même si moins de sept siècles nous en séparent ) revenaient, ils ne reconnaîtraient
plus leurs cathédrales, leurs basiliques, leurs sanctuaires… !
Nous le disions au début du chapitre : trois grands courants mystiques cohabitaient, non seulement en Gaule, mais ailleurs aussi, et particulièrement en Espagne où l'on peut aisément remonter le cours de l'Histoire - et tenter d'esquisser un scénario historique qui cadre parfaitement avec les thèses professées dans ce livre. On peut même aller jusqu'à dire qu'il n'y a pas vraiment eu de reconquista catholique, pour la bonne raison qu'il n'y avait pas eu auparavant de " conquête " musulmane… ! Les trois grandes religions étaient toutes présentes sur la péninsule, issues respectivement de cultes pré-chrétiens, pré-judaïques et pré-islamisques ! Retrouvons donc ici Uwe Topper ( ZeitFälschungen, p. 65 ), chercheur de terrain infatigable, qui nous ouvre la route vers une vision nouvelle de l'Histoire, à travers ses nombreux voyages en Espagne, au Maroc et au Proche-Orient. Il y a un endroit près de Barcelone qui s'appelle Terrassa, non loin de la mer.
Il n'y aurait pas grand chose à dire sur ce village, sinon qu'on y trouve trois églises : San Pedro,
San Miguel et Santa Maria, à peu de distance l'une de l'autre, toutes orientées vers le nord-est.
C'est le signe qu'elles sont relativement anciennes, car plus tard on a privilégié l'est ( direction
du Soleil levant ).
Bien sûr, cette analyse demeure incomplète ( 41 ). On garde néanmoins
l'impression très nette qu'à une certaine époque les trois édifices cultuels ont servi
à trois cultes distincts…
A l'époque des Étrusques, puis des Romains, lors de l'édification d'une ville nouvelle, la loi précisait que trois temples devaient être bâtis, chacun étant dédié à une déesse différente. C'était l'usage. Un autre exemple de ce type se trouve à San Mateo, près de Morella, à un confluent
de rivières. On y découvre trois églises, ce qui assez inhabituel pour un village.
Peut-on penser qu'il y a eu la lente assimilation par le catholicisme romain, d'un culte autrefois distinct ? Cela paraît étonnant quand on connaît la férocité de l'Inquisition, et son zèle pour pourchasser - ou détruire - toute déviance… Mais c'était sans doute, localement, l'exception qui confirmait la règle ! En tout cas, on peut penser qu'en bien des régions de l'Europe occidentale
- mais également dans l'ensemble des Balkans et de l'Asie mineure - trois grandes communautés
religieuses omniprésentes se partageaient autrefois la faveur des fidèles.
On peut postuler la cohabitation ancienne des trois courants religieux, que nous appellerons, par simple convention :
Les « bases fondatrices » de ces trois courants étaient les mêmes, tout comme les traditions s'y rattachant. On parle d'ailleurs toujours des trois religions du « Livre ». Le système trinitaire, prônant l'incarnation du « Fils »,
était resté plus proche des traditions celto-germaniques.
Les deux autres systèmes religieux étaient plus strictement monothéistes. Ils étaient également plus axés sur des rituels, et sur l'obligation du respect des prières quotidiennes... Le courant davidien ou sémitique était sans conteste intrinsèquement lié à la notion de « peuple élu » [ les juifs à l'origine formaient-ils une corporation ? ] ou d'ethnie [ Juda ], d'expression araméenne ou hébraïque. Notamment dans le sud de la France, beaucoup de temples gallo-romains ont été transformés en synagogues, avant de devenir des églises… Comme à Narbonne ( chapelle des pénitents, ornée d'une étoile de David ), les synagogues construites après le grand cataclysme du 14ème siècle ont été tardivement récupérées par le catholicisme romain. Comme l'ont déjà proposé divers auteurs, les bogomiles venus de Bulgarie,
ou les arianistes venus du Moyen-Orient ont sans doute joué un rôle déterminant dans l'implantation
de l'Islam mahométan, tant dans les Balkans qu'en Espagne, ou dans le sud de la France.
Dans le contexte qui nous intéresse, l'arianisme importé par les Wisigoths
en Espagne, et dans le sud de la France actuelle, pourrait avoir été une religion de transition vers l'Islam,
avant que la « reconquista » catholique ne regagne des territoires qui n'avaient,
en fait, jamais été "perdus"…
Comme au lendemain des événements tragiques du 14ème siècle,
la religion chrétienne naissante n'avait pas encore adopté de credo définitif, la foi trinitaire,
inspirée des religions gnostiques celto-germaniques, n'était pas fixée.
Quelle religion en Europe
Nos ancêtres les Gaulois ou les Francs, puis les Gallo-Romains, ont pratiqué plusieurs types de religion ; nous mettrons bien sûr l'accent sur la religion susceptible d'avoir précédé directement le christianisme, voire de l'avoir pratiquement engendré, avant que des personnages inspirés en Avignon n'eussent la bonne idée d'y ajouter des éléments de contes provençaux, ainsi qu'un soupçon de légendes moyen-orientales. Pour faire connaissance avec cette religion ( ancienne, mais pas tant que cela : 7 siècles nous en séparent ! ), le mieux est encore d'en "lire" les images… telles qu'on les retrouvent sur les porches ou les chapiteaux d'églises romanes... tout comme nous "lisons" les scènes du Chemin de Croix, pour peu que nous ayons une connaissance de la Passion du Christ rapportée dans les Évangiles. Le pouvoir des images est fort. C'est bien pour cela que toutes les enseignes
commerciales ont désormais leur « logo ».
C'était la même chose dans la religion "pré-chrétienne" qui avait fait sculpter
de nombreuses scènes sur les murs des églises romanes.
Quelques siècles auparavant, les fresques romanes évoquaient les récits légendaires
des Celtes, ou représentaient des symboles courants de leur tradition religieuse, comme dans les monumentaux
temples égyptiens : Louxor, Karnak, Philae… Sur les murs, les motifs sculptés racontent
des histoires que tout le monde pouvait alors déchiffrer, avec ou sans l'aide des hiéroglyphes.
Dans son livre ZeitFälschungen, Uwe Topper décrit les statuettes du portail
sud de l'église d'Aulnay en Saintonge ( datée du 12ème siècle ).
En tout, il y aurait 35 de ces scènes sur le chapiteau, et d'autres sont à l'intérieur. De telles figurations sont communes, sur ou dans les églises romanes, de la Pologne au Portugal, et de l'Allemagne à la Toscane. Que représentent donc ces fresques ?
En tout cas, nous ne savons pas quel sens exact donner à ces figurations
dans un contexte chrétien. Ou alors, l'explication paraît spécieuse, voire très spéculative...
Cette interprétation est infiniment plus crédible que l'histoire rapportée d'Abel et de Caïn… Quant à la réaction du prêtre, elle est bien normale, car ce dernier essaye d'expliquer ce qu'il voit au moyen de ce qu'il connaît de l'Histoire Sainte. Sur une fresque voisine, trois personnages royaux sont représentés. Les Rois mages ? A un détail près, qui a toute son importance… l'un des trois est une femme ! Alors que penser ?
Toujours au dessus des porches d'églises, on découvre des figures qui correspondent au douze mois, comme sur la cathédrale de Strasbourg, où le mois de janvier est représenté par une divinité à deux têtes : on aura reconnu le janus des Romains. Quant au zodiaque, peuplé souvent de créatures équivoques, il semble devoir appartenir à une tradition plus nordique que méditerranéenne, surtout si l'on songe que les saisons étaient " plus contrastées " sous ces hautes latitudes. Le peuple entretenait avec les douze mois de l'année une relation plus physique que dans des contrées où le climat variait moins, d'un mois sur l'autre, ou d'une saison à l'autre. Dans la cathédrale d'Autun, en Bourgogne, les 12 signes du zodiaque sont représentés,
avec des particularités qui font penser à des formes plus anciennes que les symboles auxquels nous sommes habitués.
Dans les églises romanes, on voit souvent des griffons. Ils ont l'aspect de lions ailés, mais possèdent une tête d'aigle et des griffes. A Autun, on les voit, par paires, boire dans un calice ( le Graal ? ), tandis qu'un personnage chevauche un dauphin : il a été identifié à Jonas, qui ne se trouverait plus dans le ventre, mais "sur" l'animal marin ? Bizarre ! Tout comme l'agneau ou le poisson ont été christianisés, devenant les symboles du Christ… alors qu'à l'origine leur sens était sans doute bien différent. Il en va de même de la vigne, représentée dans les églises romanes, qui n'a reçu sa connotation chrétienne qu'a posteriori… L'allusion est pourtant claire, elle va aux dieux qui aiment le bon vin, Odin ou Dionysos ! Quant à l'homme qui vole, il serait sans doute vain d'aller le chercher dans l'Ancien ou le Nouveau Testament, en revanche tout le monde connaît… la légende d'Icare ! Quelque part sur un relief de la cathédrale d'Autun, on voit un homme nu que deux diables sont en train de pendre à un arbre. On peut penser que c'est l'illustration de Judas, après sa trahison… Explication par défaut ! Dans la cathédrale de Tréguier ( Bretagne ), on peut voir dans les stalles
du chœur un personnage assimilé au saint local Tugdual qui terrasse un dragon…
en lui passant une étole au cou ! Le dragon est en train d'avaler un homme.
Pour citer un autre exemple, à la cathédrale d'Autun, il y a une scène sur un chapiteau
où l'on distingue un homme au regard de supplicié : Jésus avant sa mise en croix ?
Le seul problème, c'est que ce même personnage est en train de jouer de la musique sur une sorte de carillon…
Et si l'on découvre une scène qui semble vraiment chrétienne, c'est soit
qu'elle a été rajoutée, comme les évocations du purgatoire, soit qu'elle a été intégrée
dans la conscience populaire chrétienne par le biais d'historiettes.
Mais qu'en est-il des âmes qu'un ange pèse sur une balance, afin de déterminer qui est juste et qui ne l'est pas ? En fait, même si la scène est représentée à Autun, le passage correspondant ne se trouve pas dans le Nouveau Testament. Dans le Coran, oui, l'épisode est décrit. Et l'on pense bien sûr à un apport oriental. Dans l'église romane de Mailhat, à 30 km au nord de Clermont-Ferrand,
il y a la représentation d'une déesse-mère qui allaite deux serpents. On peut voir le même motif
sur une colonnade du cloître de l'abbaye de Lavaudieu, dans la Haute-Loire à quelques kilomètres de Brioude,
sauf que la femme aux serpents allaite ici deux salamandres. A côté, on peut voir aussi
une sirène à deux queues. C'est une représentation assez courante, surtout en Bretagne.
Bien curieuse aussi, à Andlau ( Alsace ), une femme aux pattes
d'oie ( pédauque ) : nue, elle chevauche un dauphin dont elle tient en main la queue,
qui a la forme d'Irminsul, l'arbre sacré des peuples germaniques, ou Yggdrasil
de l'Edda scandinave.
L'image de l'arbre sacré est très fréquente dans l'art roman. On le retrouve
sur les chapiteaux de la Charité sur Loire, de Moissac, de Paray le Monial… Il y est décrit
comme l'arbre de Jessé du texte d'Isaïe ( XI, 1, 3 ) :
« un rameau sortira de la tige de Jessé, et de sa racine montera une fleur
et l'esprit du Seigneur se reposera sur lui ».
Le gnosticisme,
Mais quelle était donc cette religion gnostique qui fut récupérée
par le Christianisme, en même temps que ses temples ou églises ?
Ceux qui savaient - ou qui détenaient une partie du savoir - ont été poursuivis
par l'Inquisition ; on les a torturés, portés au bûcher, comme tant d'autres…
Autrefois régnait une religion de la lumière : Gnosis, la connaissance,
Sophia, la sagesse. Le grand temple de Constantinople était dédié à la Sagesse, Hagia Sophia,
et non pas à "Sainte-Sophie" comme on le traduit souvent - mal - en français !
Car si les papes en Avignon reprirent les fondements théologiques
du gnosticisme en y intégrant Jésus le Christ, incarnation divine venue nous libérer
du péché originel, leur pouvoir temporel - qui sous-entendait des rentrées régulières
d'argent - a nécessité la mise en œuvre de l'autre facette du catholicisme, à savoir
que « ce sont les actes ( sous-entendu, les dons des fidèles )
qui sauvent », d'où l'aspect mercantile qui a prévalu au temps des indulgences,
et qui perdure actuellement, car l'Église se considère toujours comme la seule dispensatrice du Salut.
Les papes, successeurs de Saint Pierre « portier du paradis »,
ont fait abusivement courir le bruit que c'était par eux seuls que passait l'ouverture
des portes du Salut ! Alors que les pontifes antiques ne détenaient que les clés d'un pont
permettant de se rendre de l'autre côté du Tibre, les nouveaux pontifes se sont adjugés celles du Paradis,
ouvrant de véritables 'stargates' à travers lesquelles les âmes quittaient la Terre.
Ainsi les papes pensaient-ils avoir le contrôle sur tout ce qui allait au Ciel !
Que de chemin parcouru depuis les cultes gallo-romains originels ! La religion première, celle que l'on célébrait, voici moins de sept siècles encore, dans nos églises romanes et gothiques, était une religion « à transformations », un culte plutôt bon enfant, resté proche du peuple et de ses préoccupations « magiques » immédiates. Au 14ème siècle, il allait par la force des choses céder la place au Christianisme, dont seul le Sauveur, émanation divine, était « à transformation »… alors qu'auparavant c'était encore le cas de l'ensemble des acteurs célestes ( 46 ). C'est pour cela que les mages et les sorciers, réputés « transformer » ou « se transformer », comme Merlin l'Enchanteur, ont longtemps été poursuivis et exterminés, tout comme les femmes accusées de « sorcellerie ». Dans l'Edda ( chant 22, Fafnismol ), on raconte comment
Sigurd/Siegfried se rendit à la Gnitaheide ( en Basse-Saxe ) pour attaquer Fafnir, le géant,
qui sous la forme d'un dragon, veillait sur de l'or. Le héros avait découvert l'endroit
grâce aux traces laissées par Fafnir revenant de se baigner.
Qui sait encore lire ces livres de pierre ? Sur les frontons de pierre de nos cathédrales: la plupart des symboles cachés nous échappent aujourd'hui… Cela montre l'importance des mythes anciens, la place de la nature et des monstres dans l'imaginaire occidental… Actuellement seul le cinéma ( surtout hollywoodien ) se fait le relais de ce fonds mystique qui perdura si longtemps en Occident. Les Gaulois ne figuraient pas leurs dieux, les Gallo-Romains les représentaient joliment
dans les cathédrales et cloîtres. C'était sans doute l'expression d'une « mode »
intellectuelle et religieuse.
Anciennes tours de guet, comme beaucoup d'églises et de cathédrales, les beffrois,
forment souvent un deuxième ( ou troisième ) clocher dans le paysage de ces régions,
avec les édifices du culte catholique et protestant.
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