LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
M. François de Sarre,
par e-mail


 


 

« Où est donc passé le Moyen-Age ? »

L'invention de l'ère chrétienne

par  François de SARRE

 

 

TABLE DES MATIERES :

Introduction

Chapitre 1
Chapitre 2
Chapitre 3
Chapitre 4
Chapitre 5
Chapitre 6
Chapitre 7
Chapitre 8
Chapitre 9
Chapitre 10
Chapitre 11

Les bizarreries du calendrier
Fomenko et les "récentistes"
Les cieux nous sont tombés sur la tête
Quelques problème de dates
Les "siècles fantômes" du Moyen-Age
Charlemagne : un héros de légende
Le Christianisme est-il né en Avignon ?
L'histoire des trois églises
Qui a bien pu avancer l'heure ?
En quel siècle sommes-nous donc ?
Essai de reconstruction historique

Epilogue

Littérature et notes
Glossaire

Bibliographie générale
Dates importantes en anno domini

 

 


 

Chapitre 9

Qui a bien pu avancer l'heure ?

 

  C'est en ces termes, effectivement, que l'on peut poser la question, car faire débuter une ère en la « vieillissant » ( de près de 1500 ans ! ), cela revient bien sûr à manipuler le temps.

  Ceux qui ont falsifié l'Histoire étaient des opportunistes.

  En fait, si l'on reprend le fil des événements, après le cataclysme dévastateur provoqué ( dans l'hypothèse de ce livre ) par le passage rapproché d'une comète - et l'éclatement de débris en altitude, voici un peu moins de 7 siècles, ce serait l'élite survivante dans la vallée du Rhône qui aurait imaginé le scénario historico-religieux qui « tient » toujours !

  Difficile de donner ici des noms, car ces illustres inconnus n'avaient d'autres prétentions, au début d'autres prétentions que de sauver leur propre peau, d'échapper à la peste, tout comme le petit peuple… Survivre était leur seule obsession !
  Bien sûr personne ne connaissait l'origine exacte - ni même approximative - du fléau qui venait de s'abattre sur l'humanité, le « Ciel » étant tout naturellement montré du doigt…

  Réfugiées dans leurs palais et châteaux, les élites pouvaient néanmoins se concerter et étudier ensemble les perspectives d'avenir. Sans doute la vallée du Rhône avait-elle été relativement épargnée par la grande catastrophe, et tout particulièrement Avignon, à la différence de grandes capitales voisines, Rome notamment, ensevelie sous plusieurs mètres de sédiments, et désertée par ses habitants.

  Survivre allait de soi, mais il fallait aussi préparer un futur, dans son intérêt et celui des familles. Il fallait aussi reconstruire, d'autant qu'on ne savait pas si le cataclysme n'allait pas se répéter.

  Dans cette stratégie, il était urgent pour l'élite de faire appliquer à la lettre les principes féodaux. En priorité, il fallait remettre le peuple au travail… et "remodeler" les consciences, en imposant un monothéisme rigoureux - sous le leadership d'un chef spirituel investi d'une mission divine !

  Dans un tel contexte messianique, caractérisé à la fois le désir d'un monde stable et par la croyance en un retour du Messie, les suites du grand cataclysme de 1347 ont favorisé la développement du Christianisme, instauré en Avignon par une élite dominante, autour d'un pape et des ordres pré-existants de moines-soldats ( Templiers ), de moines-ouvriers et de moines-copistes.

  Les lieux de culte disponibles restaient pour la plupart encore intacts. On comprendra qu'ils aient mieux résisté aux cataclysmes que les populations humaines !

  Dans les manuels d'Histoire, il ne nous étonne guère de lire que la grande mosquée de Damas fut tour à tour : temple romain, église byzantine, puis mosquée dédiée au culte musulman. Ainsi, il ne faut pas être trop surpris par la proposition que "nos" fières cathédrales ont jadis résonné de liturgies bien différentes ( 47 ). Une autre possibilité est qu'elles aient servi à des usages laïcs, avant d'être récupérées par le nouveau dogme.

  Vers le même moment, l'Inquisition se met en place. On brûle les livres "païens" sur la place publique, d'autres sont mis à l'index.
  Parallèlement les moines-copistes entreprennent de réécrire l'histoire, en supprimant, modifiant et arrangeant les textes, de leur propre chef ou en obéissant à des directives précises. Les originaux historiques sont soigneusement détruits, ou alors on laisse au temps le soin de faire son œuvre… La "chaîne de montage" des copistes fonctionnait de telle sorte que la nouvelle manière de lire l'histoire ne trouvait plus contradiction... Par manque d'éléments de comparaison, les chroniqueurs qui suivirent, même laïques ou protestants, n'eurent matière à contester. Ainsi Joseph Scaliger avait-il embrassé les idéaux de la Réforme, mais oeuvra dans le sens des papistes !

  Ajoutons à cela que beaucoup de chroniques 'historiques' étaient, par essence, les épopées de héros inventés… des personnages de pure fiction !
  De nos jours, on montre aux touristes la bakerstreet à Londres où est censé avoir habité Sherlock Holmes ; ou bien dans le château d'If, près de Marseille, on fait visiter la cellule d'Edmond Dantès, un personnage créé par Alexandre Dumas !

  Ainsi, le travail des falsificateurs en fut-il grandement facilité. C'était un rôle qui fut surtout dévolu aux chronologistes du 15ème siècle. Il leur était facile de puiser dans un important stock de légendes. En revanche, certaines histoires « vraies », celles-là, comme l'épopée du roi Arthur, ou l'épisode de Siegfried, le chef francique qui gardait les bords du Rhin, chanté dans le Nibelungenlied, « passèrent à la trappe », car leur souvenir était trop omniprésent - ou trop "païen" - dans les mémoires !

  S'il paraissait facile de détruire les documents compromettants, il était sans doute moins aisé de prendre pleinement possession des esprits, car la nouvelle religion « avignonnaise » se heurtait à la résistance des anciens cultes.
  Mais les survivants étaient à ce point traumatisés, harassés, déstabilisés, que la moindre idée d'un Sauveur, les promesses d'une vie meilleure dans l'au-delà, du rachat de toutes les fautes, les faisaient ardemment adhérer à la foi nouvelle.
  La structure sociale était disloquée, les familles décimées. Chacun était persuadé que la catastrophe allait bientôt se répéter - encore plus grave.
  Comme lors du tsunami du 26 décembre 2004 en Asie, les rescapés - qui préféraient camper à proximité de leurs habitations, plutôt que de les réintégrer, car ils craignaient le retour de la vague tueuse et des inondations.

  Quant à l'autorité temporelle et spirituelle qui allait devenir la papauté, elle sut s'appuyer sur un vaste système de hiérarchie pyramidale, tant dans le domaine spirituel que temporel.
  Sous la tutelle du papas ( terme grec, on ne parlait pas encore de pontife ) se tenaient les cardinaux et évêques qui reprirent en main les mêmes subdivisions territoriales ( « paroisses » ) que celles qui avaient été édictées par l'administration civile romaine. Pour éviter le morcellement des parcelles paroissiales, on imposa bien vite le célibat aux prêtres catholiques de rite latin. Cela eut pour effet annexe de sublimer le culte rendu à la Vierge Marie, chez un clergé obligé de rester chaste, alors que le peuple vivait, quant à lui, ce même culte dans la continuité de celui d'Isis ou de Bélisama.
  Les monastères, déjà constitués à l'époque historique précédente, devinrent les lieux d'une réelle vie culturelle, associée à la reconstruction des villages et au travail des champs.

  Somme toute, le passage vers le Christianisme ( et les autres religions monothéistes ) se fit plutôt en douceur. Mais, répétons-le, il n'a pu être initié que par un événement catastrophique… C'est le grand paradoxe d'une situation événementielle vraiment peu courante !

  En tout cas, le gnosticisme et les manichéens, introduisant dans la société gauloise une forme de monothéisme déjà professée par Zoroastre ( Zarathoustra ) en Perse, ou par Amenophis IV ( Akhenaton ) en Égypte, avaient préparé le terrain.
  Quant au substrat trinitaire celto-germanique, il fut repris tel quel par le christianisme.
  La religion zoroastrienne apporta l'élément de dogme selon lequel l'homme était responsable de ses choix. Ce point fut particulièrement développé par le réformateur Martin Luther.

  Luther pensait que l'homme avait le droit de défier la " vérité absolue ". En tant qu'êtres pensants - et responsables, nous sommes nous-mêmes capables de remplir le devoir du juge : « Je vous admets que cette conversation continue parce que vous êtes justement Jésus le "gnostique" ».
  Notons que cette formulation fait référence à Jésus le " gnostique ", pas seulement à Jésus dit " de Nazareth ".

  Mais dans l'immédiat, au 15ème siècle, la poigne ecclésiastique était forte, la réprimande sévère, et le moins de liberté possible était laissée à l'appréciation des « fidèles ».
  La conquête spirituelle - et territoriale - de l'Occident par le développement des ordres religieux, engagés aussi dans la lutte contre les noyaux de résistance « païens » ou « hérétiques », concrétisa la suprématie de la nouvelle religion.
  Ce fut acquis dans le courant du 16ème siècle.
  Bien entendu, parmi les élites, on chuchotait que certaines choses ne s'étaient pas vraiment passées comme on le rapportait…

  On connaît l'épisode rapporté à la Renaissance par Jean-François Pic de la Mirandole, neveu du grand érudit : le pape Léon X confiant à son secrétaire le cardinal Bembo " Depuis les temps les plus anciens, on sait combien cette fable du Christ nous a été utile ".
  Mais le pape se trompait au moins sur la question de l'ancienneté…

  D'un autre côté, il est écrit dans Matthieu 10, 26 : « Il n'y a rien de caché qui ne doive un jour être dévoilé ». Dont acte !

  Un peu plus tard, la consécration de l'autorité catholique romaine, en réponse aux dérives régionalistes, devait faire du système temporel ex-avignonnais une véritable théocratie impériale, dirigée depuis Rome, la ville rebaptisée « éternelle ».

 

Du religieusement
au « politiquement correct »

 

  On comprend que la puissance politico-religieuse « montante » du 14ème et du 15ème siècle ait eu tout intérêt à se fabriquer un faux passé historique… dans le but d'asseoir et de légitimer son pouvoir.
  Je me replace bien sûr dans un contexte de chronologie « courte » en évoquant l'émergence d'une puissance religieuse nouvelle - le Christianisme, voici à peine plus de six siècles !

  En ce temps-là, en raison du traumatisme post-cataclysmique et du délabrement général des sociétés occidentales, une multiplicité de mythes et de légendes coursaient à travers l'Europe. L'identité nationale était devenue floue et le brassages des langues, général. Les points de repère manquaient, et les quelques chroniqueurs - même s'ils faisaient correctement leur travail - s'exposaient à des télescopages chronologiques, à des erreurs géographiques, par approximation ou par insuffisance de la documentation écrite.
  Imaginons ce qui surviendrait à notre époque s'il n'y avait plus les journalistes de la presse nationale et mondiale, si les ressources documentaires venaient subitement à faire défaut, si l'Internet ne fonctionnait plus, et si la majorité des livres venaient à disparaître ! Ce n'est pas dans la pauvre mémoire humaine que l'on pourra utilement puiser… les souvenirs exacts des événements passés, même peu de temps après. Preuve s'il en faut, que les civilisations humaines sont périssables.
  Et qu'on peut vite effacer la mémoire d'un peuple des tablettes de l'Histoire !

  A notre époque du "tout-savoir", nous avons pris l'habitude d'interpréter le monde dans un cadre conforme à ce que nous avons appris à l'école, dans les cours d'Histoire - ou vu à la télévision. Et je ne parle même pas d'Hollywood, ou de Cinecitta et ses péplums…

  Ainsi, la basilique ou cathédrale du " 12ème siècle " nous semble bien évidemment avoir été consacrée - depuis la date même de sa construction - au culte chrétien. La seule pensée que les bâtisseurs n'aient pas été chrétiens nous paraît tout à fait saugrenue - voire totalement déplacée…
  Et pourtant !

  Tous les édifices cultuels, après le déferlement de la catastrophe, ont mieux résisté que " les hommes et leurs mémoires ".
  Car si l'Inquisition peut "effacer" les souvenirs - ou pratiquer un lavage de cerveau, si l'on peut massacrer ceux qui se révoltent, les bâtiments bien construits, eux, restent en place malgré les déchaînements de la Nature et des hommes.

  C'est très vraisemblablement en ces époques de grandes catastrophes, de disettes et de perte des consciences nationales préexistantes, que les langues européennes actuelles sont nées. Les langues « latines » proviendraient plutôt d'une forme ancienne de roumain ; les langues germaniques, celtes et slaves, quant à elles, tirent leurs origines de parlers régionaux. Le latin, avant de devenir la langue de l'Église, était celle de l'administration romaine, même si l'élite parlait plutôt grec.

  Il y a des indices pour évoquer, juste avant la catastrophe du 14ème siècle, une extension du judaïsme "pré-chrétien" en Europe ( 48 ). A côté du grec, et dans une moindre mesure, du latin, l'hébreu - issu du phénicien - était peut-être parmi les langues véhiculaires les plus employées en Europe occidentale !

  Dans le chapitre précédent, nous évoquions les pages du livre d'Uwe Topper, ZeitFälschungen, où l'auteur supposait l'existence de trois courants religieux distincts en Europe, lesquels ont pu se développer vers les trois grandes religions monothéistes actuelles.

  Les circonstances post-cataclysmiques désastreuses, au 14ème siècle, ont contribué à ce que nous n'ayons pratiquement plus aucun renseignement sur ces cultes - hormis les figurations restées en place dans les édifices religieux, et les lieux de culte eux-mêmes ( christianisés par la suite )…
  La puissance politico-religieuse « montante » du 14ème Siècle a bien sûr fait tout ce qui était en son pouvoir pour que nous n'ayons plus accès à ces connaissances !

  S'ajoutait à la confusion générale le problème récurrent de la multiplication des calendriers et des « ères ».

  En tout cas, et ce sont les historiens eux-mêmes qui l'affirment, les dates en anno domini ne sont devenues courantes - et officielles - qu'à partir de 1431.
  Ce qui fait que nous ne sommes même pas sûrs que l'époque, qui va de 1350 à la guerre de Trente ans, s'est vraiment déroulée de la façon que nous croyons, car c'est seulement entre le milieu et la fin du 15ème siècle que l'on a officiellement basculé des systèmes antérieurs de numérotation des années vers le système chrétien, anno domini.

  Et ce n'est qu'en 1582, après la réforme calendaire du pape Grégoire XIII, voici moins de 5 siècles, que la trame chronologique chrétienne a pris la forme que nous lui connaissons aujourd'hui.

  Apparemment, l'autorité religieuse « catholique romaine » avait récupéré l'une des « ères » préexistantes, celle de « Dionysos », avec les arrangements que l'on sait.

  Ce fut en tout cas bien pratique… car cela permettait de tabler sur près de 1500 ans d'histoire antérieure… Un moyen fort simple de donner une légitimation ancienne à une religion toute neuve !
  C'est une recette qui marche fort bien aussi avec l'eau minérale, comme la marque dont le slogan publicitaire commence ainsi : « Depuis des temps immémoriaux… ».

 

Religions et catastrophes cosmiques

 

  Nous développions un peu plus haut l'argument que sans une grande catastrophe d'envergure cosmique vers le milieu du 14ème siècle, il n'y aurait jamais eu d'Église chrétienne.
  Ce cataclysme dévastateur commence, étape par étape, à sortir de l'oubliette dans laquelle il avait été avait plongé. Les cratères d'impact de Bavière, retrouvés et identifiés comme tels en 2004, constituent un premier élément de preuve.

  Bien sûr, comme toutes les époques, celle qui correspond au Moyen-Âge des historiens a été sujette à des catastrophes naturelles diverses ( 49 ). L'Histoire a retenu surtout les « petits âges glaciaires ». On pense que le climat a été frais et humide, puis s'est lentement réchauffé à l'époque féodale ; ensuite il y a eu un nouveau refroidissement durant le 14ème siècle, suivi d'une nette amélioration pendant la seconde moitié du 15ème siècle. Le froid et l'humidité reviennent aux temps des rois Louis XIII et XIV. En tout cas, ce qui nous intéressera le plus ici, c'est l'évocation du « petit âge glaciaire » sous le règne de Philippe le Bel, sous celui de ses fils et des premiers Valois. Dans son livre cité plus haut, Jean-Pierre Leguay parle d'inondations dans la vallée du Rhône, d'irruptions de la mer… ces catastrophes viennent s'ajouter à la « trilogie funeste que connaissait la France » : famines, guerre et peste noire.

  Des comètes ou 'torches ardentes' ont été signalées. Celle de Halley, dont les passages ont lieu tous les 76 ans, a beaucoup intrigué, et il n'est pas étonnant que ces apparitions, pour beaucoup de gens, présageaient l'approche d'une calamité. On pense que la comète de Halley était visible au moment de la conquête de l'Angleterre par Guillaume le Conquérant, car l'année 1066 correspond à l'un de ses passages ; en tout cas, elle revint en 1147, 1225, 1301, 1378, 1456, …, 1910, 1986…

  Dans le livre de Jean-Pierre Leguay, on peut découvrir un texte écrit par Raoul Glaber, le chroniqueur de l'an Mil : « … [ en 1014 ] on vit dans le ciel, vers l'Occident, une étoile qu'on appelle comète. Elle apparut dans le mois de septembre, au commencement de la nuit, et resta visible près de trois mois. Elle brillait d'un tel éclat qu'elle semblait remplir de sa lumière la plus grande partie du ciel puis elle disparaissait au chant du coq. Mais décider si c'est là une étoile nouvelle que Dieu lance dans l'espace ou s'il augmente seulement l'éclat ordinaire d'un autre astre pour annoncer quelque présage à la Terre, c'est ce qui appartient à celui-là seul qui sait tout préparer dans les secrets mystères de la sagesse. Ce paraît le plus prouvé, que ce phénomène ne se manifeste jamais aux hommes, dans l'univers, sans annoncer sûrement quelque événement merveilleux et terrible » [ Raoul Glaber : Chroniques de l'an Mil, trad. De Fr. Guizot, éd. Paléo, Clermont-Ferrand 2002, p. 59 ].
  Un autre texte relate : « Vers la fin de janvier [ 1299 ] une comète apparut pendant plusieurs jours au crépuscule de la nuit… Une comète apparue dans le mois de septembre précédent ( 1301 ) et une éclipse de lune arrivée dans le mois de janvier [ 1302 ] présageaient avec véracité, selon l'opinion de quelques uns, l'approche de cette calamité ( = l'échec de l'armée royale en Flandre ) » [ Guillaume de Nangis : Chroniques Capétiennes, éd. Paléo, Clermont-Ferrand, 2002 ].

  Les passages de comètes dans le ciel nocturne au Moyen-Âge n'étaient certes pas plus nombreux qu'à notre époque. Ce qui est bien sûr intéressant dans notre perspective, c'est le caractère maléfique et destructeur qui leur était assigné. Beaucoup de gens - et non seulement les astronomes ou astrologues - les mettaient en relation avec les épisodes catastrophiques qui avaient dévasté l'Europe et le Monde antique.
  On pense également à la « lutte séculaire entre le feu et la glace », à la fameuse Glazialkosmogonie du savant autrichien Hanns Hörbiger, évoquée dans Le Matin des Magiciens de Bergier et Pauwels.

  Des auteurs plus récents, Christoph Marx et Gunnar Heinsohn, ainsi que Christian Blöss, se posent en continuateurs de la Glazialkomogonie des années 1913-1925, en ce sens qu'ils ont continué à travailler sur les thèses d'Immanuel Vélikovsky, pour en tirer diverses généralités. En particulier le professeur Heinsohn publia dès 1979 une étude dans laquelle il écrivait sa conviction que notre histoire récente n'était compréhensible que si l'on admettait un scénario de grande catastrophe, dont les conséquences sont toujours actuelles.

  On peut aller jusqu'à évoquer que les grandes catastrophes sont les véritables déclencheurs des religions des religions monothéistes. C'est la thèse formulée, notamment, par Uwe Topper, et je pense qu'il a parfaitement raison. On pourrait d'ailleurs résumer dans cette simple phrase tout ce qui a trait à la révision de la chronologie !

  La croyance en un seul Dieu - le monothéisme - résulterait directement de ces cataclysmes à dimension cosmique, car ce type d'événement brutal et imprévisible impose à l'Humanité - aux survivants - une stratégie de survie.
  Et cela a bien pu se répéter plusieurs fois dans le cours de l'Histoire…

  Choquée par le désastre qui vient de s'abattre sur elle, l'Humanité se console dans l'attente du Messie, à travers une quête spirituelle intense axée sur la croyance en un seul Dieu, à la fois vengeur et salvateur.

  Le monothéisme est une religion de survie !

  Ainsi, le christianisme ne pouvait-il émerger qu'à la suite d'un événement tragique, d'une catastrophe de dimension "apocalyptique".

  Comme tout le monde pensait, vers 1350, que les calamités allaient se reproduire, la seule façon d'éviter une nouvelle tragédie, était de sacrifier ce que l'on avait de plus cher afin de calmer la colère du Créateur, offensé par les hommes et leurs 'mauvaises actions'.

  Dans les religions dites "primaires", cela consistait à sacrifier des animaux ou des êtres humains. On pouvait aussi exhorter le ciel en emmurant son premier-né dans sa maison, comme le fit Abraham, ou en sacrifiant son fils, comme s'apprêtait à le faire Isaac. Ensuite la coutume voulut que l'on sacrifiât un mouton en substitution.
  Les sacrifices humains aux dieux étaient également pratiqués en Amérique Centrale et du Sud. Également dans le but d'apaiser le courroux divin en leur sacrifiant un être cher, ou une victime expiatoire.

  Dans les religions dites "évoluées", c'est soi-même que l'on offrait : en se remettant à Dieu, on lui faisait "intellectuellement" don de sa propre vie...

  Le résultat, apparemment, justifiait l'acte sacrificiel, même absurde… Mais on pouvait toujours espérer que la prochaine catastrophe fût moins destructrice !

  Dans la religion chrétienne, les péchés des hommes ont été rachetés par le sang du fils de Dieu.
  Déjà le dieu Odin ou Wotan, le " Soleil créateur de toutes choses ", s'était pendu à un arbre afin de solliciter le rachat des péchés des hommes. Il est étonnant ici de comparer le sacrifice du Christ Jésus pendu au bois de la croix, le flanc percé par la lance du centurion, avec le sacrifice du dieu scandinave Odin, suspendu dans l'arbre de la Connaissance. Dans la tradition scandinave, Odin se suspend dans l'arbre sacré, neuf jours et neuf nuits, le flanc percé par sa propre lance.

  Comme dans certains rites antiques, le caractère du sang et des sacrifices rituels acquiert un sens encore plus fort avec la participation du prêtre-sacrificateur à la prise de la nourriture magique, dans le Christianisme avec la dégustation en commun de la victime expiatoire, le repas de la Cène, l'Eucharistie.
  C'est un repas commémoratif pour les uns, du cannibalisme rituel pour les autres.

  Dans la religion post-cataclysmique qui prit corps au 14ème siècle dans la vallée du Rhône, l'accomplissement de la prophétie est garantie par Iésu ou Jésus, qui est le messie promis.
  Son retour inaugurera une ère de paix où l'ordre naturel ne sera plus troublé.

  Ce sera enfin la paix « cosmologique ».
  Car à cette époque, que nous situerons vers le milieu du 14ème siècle, l'attente d'une nouvelle et imminente catastrophe a dû être vive. Les premiers chrétiens vivaient dans cette peur constante : ils redoutaient le retour des cataclysmes au cours de leur propre existence !
  C'est exactement ce qui se passe aujourd'hui encore dans certaines communautés "millénaristes". Leur fond de commerce est finalement la peur irraisonnée des gens devant la "fin du monde", non seulement très proche, mais carrément " pour demain ". Le problème qui se pose aux prédicateurs n'est pas tellement de recruter des adeptes, comme c'est le cas des Témoins de Jéhovah, mais de les faire patienter d'une fin du monde annoncée à l'autre…

  Nous parlions de cette attente imminente " au jour le jour " des tout premiers chrétiens et de leurs chefs spirituels. En fait, c'est tout à fait typique du "traumatisme" des survivants d'une catastrophe naturelle d'envergure. Et cela a été confirmé au cours de la rédaction de ce livre, par divers reportages, consécutivement au violent tsunami qui a frappé l'Asie du Sud-Est en décembre 2004. Les survivants ont vécu pendant des mois dans l'angoisse du retour de la vague : le soir, ils ne dormaient pas, se regroupaient autour d'un feu, veillaient ensemble, leurs affaires prêtes pour partir, au cas où… la vague tueuse reviendrait.

  Dans l'Europe des années 1350, tout le monde avait peur d'une répétition du processus, en beaucoup plus fort.

  Peur - et aussi espoir pour certains - que cela se reproduise bientôt !
  Et comme - toutes proportions gardées - la catastrophe précédente avait été plutôt "faible" [ car on y avait survécu… ], la prochaine risquait fort d'être infiniment plus violente : ce sera la "vraie" catastrophe, la Fin des Temps annoncée !

  Si notre restitution de l'Histoire est bonne, et si les derniers cataclysmes majeurs en Europe remontent bien à moins de 700 ans, c'est-à-dire vers l'an 1350 en chronologie traditionnelle, on peut penser que les survivants et leurs enfants ont commencé, à partir de 1380 ( une génération, ou 30 ans après le drame ) à évoquer le retour imminent du désastre - et celui du Messie. Puis vers 1410, cinquante ans après, les souvenirs ont commencé à s'estomper.

  Uwe Topper pense que c'est de cette époque que date la structuration du Christianisme néotestamentaire. On peut supposer que la nouvelle religion fut codifiée au cours des deux conciles helvétiques : Constance ( 1414-1418 ) et Bâle ( à partir de 1431 ). Dans le même temps, la papauté s'installait définitivement à Rome, malgré quelques anti-papes à Pise et Avignon.

  En tout cas, l'arrivée prochaine du Messie, du Rédempteur, avait dû être ressentie par le peuple comme un événement intense, que l'on vivait au quotidien, car les gens étaient persuadés que cela pouvait survenir à chaque instant…

  C'était une foi intense qu'on a un peu de peine à se représenter aujourd'hui.
  Actuellement la foi des gens est plus mystique, plus personnalisée, alors qu'autrefois, elle était extériorisée, extravertie, ressentie physiquement par tous !
  D'où aussi les longs pèlerinages où l'on souffrait dans sa chair, ou encore, la recherche du martyr pendant les épisodes de croisades.

  En tout cas, cette " épidémie spirituelle ", comme l'appelle Topper, s'est répandue telle une traînée de poudre à travers l'Europe et l'Eurasie, et au-delà. On peut penser qu'elle « induisit » non seulement le Christianisme, mais aussi le Judaïsme de la Thora, et l'Islam mahométan. Ainsi les trois grandes religions monothéistes contemporaines seraient elles "nées" pratiquement en même temps, unies non seulement par le même Dieu, mais aussi par une même étiologie.
  Ainsi l'Islam prêchait-il au tout début une fin des temps proche et le retour du Mahdi, chez les Chiites. Le thème du Messiah est également présent chez les Israélites.
  Les religions du Livre partagent cette attente de la Fin des Temps, et le retour du Messie.

  Uwe Topper ( Die große Aktion ,1998 ) pense d'ailleurs que l'Apocalypse de Jean, qui conclut traditionnellement la Bible, loin d'être le dernier "chapitre", serait en fait le premier véritable livre du Nouveau Testament. C'est le message à l'Humanité de l'un des rescapés de la grande catastrophe, rédigé avant l'adjonction des autres récits sur la vie de Jésus et des apôtres.
  Dans une perspective « récentiste », sa rédaction peut être intervenue relativement tard… Fomenko parle de l'an 1486, eu égard aux descriptions des constellations… Topper pense qu'il a été rédigé dans le sud-ouest de la France, alors sous domination wisigothe.
  C'est là, en effet, que Juifs, Chrétiens et Musulmans ont longtemps vécu ensemble.
  En revanche, Byzance n'a jamais été très encline à admettre l'Apocalypse dans son corpus. Aujourd'hui encore, il n'appartient pas au canon liturgique de l'Église orthodoxe.

  Ce qui fait également très "goth" dans l'Apocalypse, c'est la description des chevaliers montés sur leurs destriers. On peut d'ailleurs penser que c'était tout à fait dans l'air des temps "médiévaux".
  Quant à la notion même d'apocalypse, ajoute Topper, il se pourrait même qu'elle vienne directement d'un emprunt "atlantidique" ( en référence à l'Atlantide, continent présumé englouti par les flots ).
  On situe aujourd'hui l'Atlantide sur la façade ouest « atlantique » de l'Europe, depuis l'Irlande au nord jusqu'au Maroc au sud. Si cet empire a existé, il a pu connaître diverses catastrophes venues du ciel, et c'est peut-être lors d'un méga-tsunami qu'a été engloutie la capitale Poséidon !

  A l'origine des églises telles que nous les connaissons, avec leur clocher ou leurs tours, il y avait sans doute eu dans le temps [ « gallo-romain » ] une station de signal, ce que l'on appelait une specula. Ces stations surélevées servaient à faire le guet, et à envoyer des messages de fumée, également par le moyen d'un jeu de miroirs.
  Un peu plus tard, on construisit la partie attenante, la « nef », pour accueillir les fidèles. L'église abbatiale de Murbach, près de Guebwiller en Alsace, se compose toujours, aujourd'hui, des deux clochers seuls et du chœur.

  Sur le parvis des églises, on pouvait aussi donner des représentations théâtrales. Ce qui bien sûr allait reprendre toute sa signification au début du Christianisme originel.
  A proximité du mont sacré de Ste Odile et de son " mur des païens ", on trouve des petites églises, à Rosheim et à Andlau, qui nous rappellent l'époque antérieure au christianisme : des griffons tiennent des hommes entre leurs serres, il y a aussi des figurations assez équivoques… Sur une corniche, l'on voit des femmes nues qui chevauchent des dauphins, ou bien qui attrapent des serpents par le cou…
  Si on cherche bien, on trouve des représentations assez "osées", dans les églises de style roman en Bretagne, par exemple, et des figurations d'hommes sauvages… peut-être l'expression d'une certaine lubricité ? Ou une simple mode ( 50 ).

  Comme ces figurations paillardes ont été apparemment gravées sur les édifices publics et religieux avant la grande catastrophe de 1348, il fut sans doute facile pour le clergé et le pouvoir en place, eux-mêmes traumatisés par les événements, de « mettre sur le dos » de cette religion "éhontée" les problèmes auxquels ils étaient confrontés…

  Cela expliquerait aussi la misogynie actuelle et passée des grandes religions monothéistes. En effet, sciemment ou non, la faute du cataclysme a sans doute été reportée, non seulement sur les « péchés » des hommes, mais aussi sur leur mode de vie réputé « déluré » [ Sodome et Gomorrhe ], alors que cela n'exprimait que leur joie de vivre… !

  Les sentiments qu'éprouvaient les hommes qui ont jadis bâti - ou contribué à l'édification de ces scènes "profanes" dans les églises, montrent de toute façon qu'ils étaient à des années-lumière des préoccupations dogmatiques de l'Église catholique romaine !

  Tout était fortement axé autour de la réincarnation, sur le cycle du destin " en circuit fermé ", qui caractérise la destinée de tous les vivants. Ces motifs signifient la communion des êtres, qui s'interpénètrent et forment une chaîne de destinée… Nous sommes loin des préceptes chrétiens.

  Comme nous le soulignions déjà, les églises romanes ( et gothiques, pour la plupart ) étaient, à l'origine, dédiées à un culte « païen ».
  Ce n'est que bien plus tard, au 15ème siècle, qu'elles ont été "christianisées". Les figures et fresques sont parfois restées en place, par oubli - ou peut-être par superstition, quand elles n'ont pas été déplacées ou détruites.

  Y a-t-il d'autres indices d'un comportement post-cataclysmique ?
  La croyance dans un au-delà meilleur, « paradisiaque », alors que les Antiques n'y voyaient que le lieu où l'âme allait se reposer après la mort.
  Le problème du paradis, c'est qu'il introduit aussi son contraire, l'enfer… ce qui permet aux chefs religieux de broder sur le sujet de la damnation des âmes. Dans l'Église catholique, on se souvient du lucratif « marché » des indulgences !
  D'autres indices d'un comportement post-cataclysmique se retrouvent aussi sans doute dans la pratique des ablutions et purifications du corps, dans les religions monothéistes, plus généralement dans l'Islam et le Judaïsme. Dans les églises catholiques, il reste le bénitier et le traditionnel signe de croix à l'entrée !

  Quand la Peste Noire avait sévi, et ravagé l'Europe et l'Eurasie ( rappelons qu'un tiers de la population succomba ), les religions naissantes eurent tôt fait d'édicter des consignes strictes afin d'éviter tout risque de contamination. Ces règles d'hygiènes, essentielles à l'époque, dont la fonction première a été oubliée, subsistent maintenant sous ces formes de purification rituelle.
  Dans le rite copte, on prie le Seigneur de bénir l'huile afin que tous ceux qui en seront oints puissent obtenir la santé de l'Esprit et du corps.
  Ce qu'on appelle maintenant le Saint-Viatique dans l'Église catholique, et qui consiste à oindre d'huile, consacrée au préalable, le corps du mourant, pourrait également refléter une règle d'hygiène, telle qu'elle fut jadis édictée - juste après la grande catastrophe.

  De même, comme le fait aussi remarquer le professeur Gunnar Heinsohn, les chasses aux sorcières des 15ème et 16ème siècles pourraient fort bien s'expliquer dans un contexte post-cataclysmique. Car si ces femmes ne désiraient finalement qu'aider leur prochain en pratiquant l'avortement, ou en préconisant des aides à la contraception, elles étaient très mal vues des autorités - et pas seulement religieuses - à un moment où il fallait repeupler l'Europe, car plusieurs générations avaient été décimées.

  On peut aussi y voir une sorte de résistance féminine à la nouvelle religion… Il y a pas si longtemps que cela, prévalait en terre allemande, la « règle des 3 K », Kirche, Küche, Kinderéglise, cuisine, enfants ] pour les femmes !
  Alors que le culte précédent préconisait peut-être une sorte de matriarcat… et conférait beaucoup d'avantages aux femmes… d'où la résistance farouche de ces dernières face à la puissance religieuse montante qui voulait les asservir.
  Tout cela peut expliquer la haine envers les femmes qui s'exprime toujours à travers l'Église romaine ! En tout cas, Benoît XVI s'est dépêché au lendemain de son élection de réitérer son opposition totale à l'ordination des femmes.

  En résumé, rien ne rappelait plus, malheureusement, le monde occidental d'avant 1347, quand la société était encore enjouée et sereine, ainsi que le témoignent les scènes présentes sur les façades des églises, conservées en l'état, comme elles étaient, avant la grande catastrophe planétaire qui ravagea toute l'Europe, et au-delà !

  Quand les Espagnols et les Portugais ( pensons à Christophe Colomb ) s'élancèrent sur les mers, juste après la catastrophe, ils partirent véritablement en découverte, ils étaient les nouveaux explorateurs ; car après les grands bouleversements, il fallut bien tout redécouvrir ! Sur les côtes, notamment bretonnes et britanniques, les îlots avaient changé de place, les estuaires n'étaient plus tout à fait aux mêmes endroits, même le contour des côtes était susceptible d'avoir changé…
  On connaît l'épisode des cartes de Piri Reis, cet amiral ottoman, qui a utilisé ou recopié une carte ancienne ( trouvée en 1929 à Istanbul et datant de 1513 ) qui reproduisait des parties de la planète encore inconnues, souvent mal "remontées", comme les contours de l'Amérique ou de l'Antarctique. On constate que certaines de ces régions, comme le Groenland, n'étaient pas entièrement recouvertes de glace. Peut-être était-ce le cas, avant la grande catastrophe ( ou avant un épisode cataclysmique antérieur ) ?

  En tout cas, la reprise des grands axes de navigation ne se fit que lentement. Cela permit également d'en faire profiter le commerce - et les missionnaires zélés.
  Mais il fallut pratiquement tout redécouvrir !
  Car la connaissance des autres continents ( Amérique ! ) s'était perdue… Et l'on ne savait plus au juste quelles routes maritimes les Antiques avaient empruntées pour naviguer tout autour du globe.

 


 

Suite...  Chapitre 10

 

Copyright François de SARRE © 2006 All Rights Reserved
Pour toute reproduction même partielle du texte, veuillez faire la demande auprès de M. François de SARRE

 


 

Retour au Sommaire


 

 

Retour à la page de BIPEDIA

 

Retour à la page du C.E.R.B.I.