LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


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M. François de Sarre,
par e–mail


BIPEDIA26

( 2008 )

 

Sommaire :

  • La théorie de la Bipédie Initiale : avancées récentes et perspectives  
    par  François de SARRE     
  • Das sogenannte Voynich-Manuskript
    von  Erhard LANDMANN       
    Révélations sur le manuscrit de Voynich
    Traduction française de François de SARRE       
  • Hybridation, spéciation, et évolution parallèle chez les carabes
    par   Olivier Décobert     
  • ALL'OMBRA DELLE SUGHERE
    di  Sandro D'ALESSANDRO     
  • Nain Homo alaouite
    par  Jean-Pierre OKPISZ   
    Avec la participation et selon les documents de Mr Mohammed ZAROUIT      
  • STRANI TAXA DI TERRA D’OTRANTO
    di  Sandro D'ALESSANDRO     
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    La théorie de la Bipédie Initiale : avancées récentes et perspectives.

    par  François de SARRE

     

    Summary :

      Evidence for Initial Bipedalism is drawn from the works of anatomists and zoologists of the early part of the 20th century, such as Max Westenhöfer, Serge Frechkop and Bernard Heuvelmans, from my own researches and from today advances in the fields of genetics and embryology.

      The Theory of Initial Bipedalism emphasizes that humans once developed from a peculiar stock, not from the apes. Furthermore, the theory suggests that the first vertebrates were already bipeds and that they issued from a former aquatic stagemarine homonculus ). As a matter of fact, man's globular brain only could have developed in water.
      In this opinion, Homo sapiens has changed little from an originally aquatic and big–headed creature, a common ancestor to all vertebrates.

      Subsequently fossil found Hominid "ancestors", such as Homo erectus or Australopithecus – as well as possibly today surviving forms, are specialized post–human forms, and not evolutive steps in our final stage directly.

      On the other part, embryology is a real aid in the study of evolutionary patterns.
      So the flexing of the chorda dorsalis in its anterior part – that induces a bipedal gait – is but the result of mechanic forces along the spinal chord. This embryonic mechanism conditions initial bipedalism in man.

      Contrary to current evolutionist ideas, the author emphasizes that Homo is the archetype of all vertebrates. New orientations occured in the animal lineages, as they developed from a common bipedal ancestry.
      We must, indeed, disregard from any idea of man's evolution from a former quadrupedal stage. The only reason for human specificity ( = bipedal gait, upright stature, big brain ) is to be found in the embryonic flexing of the anterior part of the spinal chord.

      So bipedalism preceded quadrupalism in the course of vertebrate evolution, leading to quadrupedal or swimming mammals, bipedal and flying birds, bipedal or quadrupedal or apodal reptiles, amphibians and the fish.

     

    Ceci est le texte d'une conférence donnée le 14 octobre 2006 à Paris par François de Sarre sous le titre de " La théorie de la Bipédie Initiale et ses liens avec les hominidés inconnus " à l'occasion du " 1er Congrès Fortéen " organisé à Paris par Jean–Luc Rivera et les éditions Œil du Sphinx.

     

    INTRODUCTION

      Chaque époque se fabrique mentalement son univers, et le 20ème siècle n'aura pas échappé à la règle.
      C'est valable dans le domaine scientifique. Malgré d'indéniables progrès technologiques, notre vision du monde est demeurée très conservatrice. Nous colportons ainsi maints mythes scientifiques, dont la descendance du Singe n'est pas l'un des moindres...
      Simple hypothèse de travail au départ, cette théorie darwinienne de la descendance avait fini par être érigée en dogme, même si de nombreux arguments mettaient en évidence les faiblesses du modèle. Ce n'en est pas moins le " paradigme fondateur " – un outil de travail pour les scientifiques – dans lequel s'inscrit l'essentiel des recherches menées pour comprendre l'histoire des êtres vivants. A ce titre, la théorie darwinienne est toujours d'actualité.

      Mais qui dit " paradigme dominant " ne dit pas forcément " vérité " ou " réalité intangible " !
      De fait, les avancées récentes de la biogénétique et de la paléontologie ne corroborent pas vraiment le vieux schéma darwinien : c'est même plutôt l'inverse.

      Pour que tout soit clair dans l'assistance [ conférence du 14 octobre 2006 ], voici ce que suggère la théorie de la " Bipédie Initiale ", et les points que nous allons aborder.

    1. L'homme ne descend pas du singe, mais d'une lignée évolutive qui lui est propre.
    2. Les singes et les hominoïdes non–arboricoles sont des formes post–humaines.
    3. La bipédie est initiale chez les vertébrés terrestres, elle était déjà développée chez les ancêtres des espèces actuelles.
    4. La bipédie est une disposition naturelle née de contraintes mécaniques lors du développement de la chorde dorsale – future colonne vertébrale – chez l'embryon.
    5. L'homme est resté le plus proche anatomiquement et morphologiquement du vertébré originel.
    6. A l'opposé des convictions actuelles, plusieurs civilisations à haut développement technologique se sont jadis succédées sur Terre ; elles ont été anéanties dans divers cataclysmes.
    7. La continuité biologique de l'espèce humaine a toujours été garantie par des " poches de survie " ou écosystèmes épargnés.
    8. Les hominidés fossiles du Paléolithique, comme le pithécanthrope, appelé aussi Homo erectus, étaient des hommes spécialisés, adaptés à des environnements particuliers, marins ou forestiers, et non pas " nos ancêtres ", ce qui rend plausible leur survivance sous la forme des Hominidés Inconnus étudiés par la Cryptozoologie.

      Mais pour l'instant, revenons à l'historique de nos connaissances en matière d'évolution.
      Et posons–nous la question : Comment les paléontologues et zoologues en sont arrivés à penser " que nous descendions du singe " ?

     

    Homoncule marin

    [ Représentation artistique de Robert Dumont ]

     

    BREF HISTORIQUE

      La Paléontologie est l'étude des êtres qui ont vécu à la surface du globe avant les temps présents. Ces animaux et plantes ont pu être semblables aux formes actuelles, ou ne pas leur avoir ressemblé.
      Cela paraît une évidence, mais l'idée de filiation – ou d'évolution – est venue justement de la constatation, faite par les paléontologues et zoologues, que beaucoup d'espèces fossiles différaient des formes actuelles. On en arrivait ainsi à concevoir une Histoire de la Vie, mettant en œuvre la transformation graduelle des êtres vivants.

      Buffon, le grand naturaliste français, évoque cette idée dans sa Théorie de la Terre publiée en 1749. Mais c'est avec Cuvier que la science des fossiles allait enfin prendre toute son importance. L'illustre savant était d'abord zoologue, et c'est en étudiant les mammifères fossiles du gypse de Montmartre qu'il vint à se demander si, à quelques exceptions près ( bovidés ou chevaux ), les formes trouvées dans la pierre n'étaient pas – en quelque sorte – des espèces perdues ?

      Par rapport à ce que l'on voit aujourd'hui à la surface du globe, les vertébrés de type reptilien ou amphibien présentaient jadis une plus grande variété de formes. C'était le cas dans les terrains très anciens. Quant aux vertébrés de type vivipares ( = les mammifères ), ils y étaient plus rares.
      Bien entendu, cela pouvait provenir des aléas de la fossilisation. Mais force était de constater que plusieurs faunes ont dû se succéder à la surface de la Terre, et dans les océans.

      Et Cuvier d'ajouter, concernant l'homme :
      " Tout porte à croire que l'espèce humaine n'existait pas dans les pays où se découvraient les os fossiles […] ; il pouvait habiter quelques contrées peu étendues, d'où il a repeuplé la Terre […] ; peut–être aussi les lieux où il se tenait ont–ils été entièrement abîmés et ses os ensevelis au fond des mers actuelles, à l'exception du petit nombre d'individus qui ont continué son espèce ". [ Recherche sur les Ossements Fossiles, 3ème édition, Paris, 1825 ]

      Ces propos de Cuvier sont d'une extrême clairvoyance !

      Par la suite, au cours du XIXème siècle, les explications sur la filiation des espèces, proposées par Lamarck et Darwin, firent admettre la présence de formes intermédiaires dans notre histoire.
      C'est pour vérifier cela qu'au début du 20ème siècle le médecin hollandais Eugène Dubois, sur la foi des déclarations d'Ernst Haeckel, professeur de zoologie à Jena, s'en alla rechercher des hommes–singes à Java. Ce qu'il découvrit dans la boue du fleuve Trinil fut le PithecanthropusHomo ) erectus. Mais à part les extrapolations des anthropologues darwiniens, rien n'indiquait que c'était réellement un " ancêtre " de l'Homo sapiens moderne !
      Dubois, sur la fin de sa vie, parlait d'ailleurs d'une sorte de " gibbon géant ". Mais la communauté scientifique avait déjà entériné le concept d'une forme intermédiaire fossile " entre le singe et l'homme "…

      Cela arrangeait tout le monde, car si les savants du 19ème et du 20ème siècle avaient fort justement entrevu la transformation des faunes au cours des périodes géologiques, ils n'ont pas manqué de replacer – comme le font les diverses religions – l'homme au sommet de la hiérarchie pré–établie.
      Sur les gradins de la pyramide des espèces, les niveaux inférieurs étaient occupés par les primates " moins évolués "… Anatomiquement très proches de nous, les grands singes actuels ( chimpanzés, bonobos, gorilles, orangs–outans ), se sont retrouvés sur la " seconde " marche du piédestal, les petits singes à queue sur la " troisième ", et ainsi de suite…

      C'est pourquoi les savants ont longtemps été enclins à croire qu'un fossile de primate, présentant à la fois des traits simiens et des caractères humains, devait forcément être notre ancêtre ! L'épisode de Lucy en 1974 est connu de tous…

     

    REMETTONS LES PENDULES A L'HEURE

      Dans le courant scientifique dominant, les caractères simiens liés à l'arboricolisme sont tenus pour " ancestraux " [ plésiomorphes ], tandis que ceux qui paraissent devoir annoncer l'homme sont considérés comme des traits " dérivés " ou " évolués " [ apomorphes ].

     

    Figuration d'homme sauvage
    déshominisation )

    Le penis rectus dessiné ici et le nez retroussé sont des caractères anatomiques décrits par les témoins lors de rencontres avec des " hommes sauvages ".

    [ Représentation artistique de Robert Dumont ]

     

      C'est pourquoi l'on entend encore dire que l'australopithèque était un bipède exclusif, qu'il arpentait la savane et qu'il façonnait des outils, ce qui " annonçait " l'homme.
      Chronologiquement, l'australopithèque est idéalement situé, juste après le DACdernier ancêtre commun ) de l'homme et du chimpanzé, vers 5–9 millions d'années.
      Le problème, c'est que Lucy & consorts étaient plutôt de mauvais bipèdes, qu'ils habitaient les forêts inondées et qu'ils n'avaient guère l'occasion de se servir d'outils !

      Et si, à l'inverse, les caractères arboricoles simiens étaient dérivés chez l'australopithèque, et non pas " ancestraux "… ? Et si la bipédie était originelle chez les grands singes ?
      Dans une telle perspective ' inversée ', le morphotype humain devient tout naturellement le plus ancien, et les formes intermédiaires simiesques " australopithécoïdes " ou " érectoïdes " que déterrent nos paléontologues deviennent des " néo–primates ", en quelque sorte, issus d'ancêtres bien meilleur bipède qu'eux.

      C'est là tout le propos de la théorie de la bipédie initiale – ou de la théorie de la bipédie originelle proposée par Yvette Deloison.

     

    LA THEORIE DE LA BIPEDIE INITIALE

      Ce courant d'idée remonte au premier quart du 20ème siècle ; il fut initié par des anatomistes et zoologues, comme Max Westenhöfer, Serge Frechkop et Bernard Heuvelmans. Les personnes intéressées peuvent se référer à mes écrits antérieurs où j'évoque longuement les recherches de ces savants, et quelques autres.
      Pour ma part, j'ai repris cette théorie dans les années 1980, dans la continuité de mes recherches sur les poissons et l'origine des tétrapodes ( vertébrés terrestres à quatre pattes ).

      Pour simplifier les choses, la théorie de la bipédie initiale énonce que " ce n'est pas l'homme qui descend du singe, mais qu'à l'inverse c'est le singe qui descend de l'homme ".

      Vous allez bien sûr croire que j'ai l'esprit marqué de contradiction ou que j'ai tendance à vouloir tout inverser…
      La pensée paradoxale est une pratique courante en science : elle consiste à prendre par hypothèse le contre–pied du modèle dominant. C'est une démarche qui permet de réelles avancées : je rappellerai ici le modèle héliocentrique de Copernic, Kepler et Galilée, et sa substitution au modèle géocentrique prôné par Aristote et Ptolémée.

     

    La sortie des eaux

    [ Figuration artistique de Robert Dumont ]

     

      Souvenons–nous que la science est un lieu de débat permanent. Par ailleurs, les découvertes sur le terrain sont une chose, leur interprétation et leur explication dans le cadre d'une théorie de la descendance, en sont une autre…

     

    LES DEFAUTS DANS LA CONCEPTION TRADITIONNELLE

      On s'est longtemps fait une idée linéaire de l'évolution, servant de cadre à une montée continue du " progrès " biologique. Cela revenait à dire que " ce qui était antérieur était "forcément" moins évolué… ".

      Dans un tel cadre théorique, les hommes de Cro–Magnon, connus du grand public par les dépliants touristiques et les documentaires de la télévision, sont dépeints systématiquement comme des êtres frustres à la limite entre singe et humain, ou venant tout juste d'accéder au statut d'homme [ hominisation ].
      Or il s'avère qu'ils étaient tout comme nous des représentants de l'espèce Homo sapiens.

      Par excès de zèle dans l'autre sens, les australopithèques ont été promus à la destinée glorieuse d'avoir engendré l'homme… alors que, de toute évidence, ils n'ont jamais été que de simples grands singes, voire possiblement les ancêtres des formes actuelles : chimpanzés communs, bonobos ( chimpanzés pygmées ) ou gorilles.
      Ainsi est né le mythe moderne du redressement des singes quadrupèdes " pour mieux voir par dessus les hautes herbes de la savane " ( hypothèse Lamarck ) ou pour marcher debout sur les grosses branches d'arbres ( hypothèse Pascal Picq ).

     

    Figuration de chimpanzé
    en quadrupède

    [ d'après Lecointre & Guyader, 2001 ]

     

      Car les grands singes sont bien évidemment quadrupèdes, on a trop tendance à l'oublier… A force de voir des numéros de cirque avec des chimpanzés dressés – aux deux sens du terme ! –, nous avons d'eux l'image d'animaux qui se plaisent à marcher debout, alors que cette position leur est très incommode ! Ils sont obligés de garder les jambes fléchies, et leurs pieds d'arboricoles avec un gros orteil opposable ne sont pas du tout adaptés [ cf. l'ouvrage d'Yvette Deloison, " Préhistoire du Piéton " ].

     

    Evolution linéaire à gauche [ schéma habituel des paléontologues ]
    et radiation évolutive déshominisante, à droite [ schéma de l'auteur ].

    [ Les flèches permettent de passer virtuellement d'un schéma à l'autre ]

    [ Sarre, 1994 ]

     

     

    Déshominisation au Pléistocène

    La lignée ancestrale Homo sapiens
    est représentée en jaune dans sa continuité.
    Les autres couleurs sont autant de nouveaux rameaux humains.

    [ Sarre, 2005 ]

     

      Une autre alternative consiste à admettre une grande ancienneté du genre Homo, en tout cas avant l'émergence des primates arboricoles. Cette remise en cause permet de jeter un autre regard sur les hommes fossiles [ cf. les 2 schémas ci–dessus ].

     

    LES JEUNES SINGES RESSEMBLENT AUX HOMMES

      Observons des profils de chimpanzés. On remarque que le singe nouveau–né a un profil très humain.

     

    A gauche, jeune, à droite, chimpanzé adulte

    La tête d'un jeune chimpanzé ressemble encore beaucoup à celle d'un homme.
    Plus le chimpanzé grandit, et plus son aspect s'éloigne de celui d'un homme, à cause notamment de la formation du museau.

    [ d'après Naef, 1926 ]

     

      Ce n'est qu'au cours du développement individuel ( ontogenèse ) que se précisent les modifications du profil, au plus tard après le changement de denture et la croissance des dents définitives. Celles–ci ne sont plus insérées verticalement ( comme chez l'homme ), mais obliquement. C'est à ce moment que se développe le museau, et que le trou occipital remonte à l'arrière du crâne. Dans le même temps, la quadrupédie habituelle du chimpanzé se met en place.

      Les fœtus d'un macaque et d'un homme montrent également de grandes ressemblances ( figure ci–dessous ). La grosse tête des deux primates apparaît comme la préservation d'un caractère ancien, présent dès l'origine du phylum. C'était déjà le cas du primate " primitif ", au point de départ des lignées actuelles.

     

    Foetus de Macacaà gauche ) après 44 jours de gestation,
    et d'homme ( à droite ) après 49 jours.

    [ d'après Schultz, 1969 ]

     

      Globalement au début de leur développement, les jeunes singes ressemblent à des hommes. Que se passe–t–il ensuite ?

      Vers la fin de la phase embryonnaire ( deuxième mois de gestation ) se produit chez le petit humain – et chez lui seul – quelque chose d'assez extraordinaire : une multiplication accélérée des neurones jusqu'à un nombre estimé à 100 milliards ! Puis les cellules nerveuses tissent leurs connexions dans l'espace imparti – c'est–à–dire à l'intérieur de la boîte crânienne – avant son ossification.

      Chez le Chimpanzé, qui dispose du même "potentiel" de place, la multiplication des neurones ne se fera que durant quelques jours. C'est là toute la différence ( énorme ! )…

      Ainsi, le bébé chimpanzé va naître avec le même type de crâne que l'homme adulte, ce qui n'est déjà pas si mal… Mais au lieu des 100 milliards de neurones ( et leurs connexions ), le chimpanzé n' aura que quelques milliards à sa disposition. Car au lieu des 8 semaines, sa phase embryonnaire complète ne dure que 2 semaines !

      La position du trou occipital sous le crâne fait qu'au début le petit singe est tout naturellement bipède. Puis au fil des mois [ jusqu'à l'âge de 2 ans ], cette bipédie ira en s'estompant, car le trou occipital ( où s'articule la colonne vertébrale et le crâne ) régresse vers l'arrière… Le développement des mâchoires et du crâne ( qui alourdit le corps vers l'avant ) incite le chimpanzé à prendre appui sur ses membres antérieurs. En outre, le développement en longueur des ailes iliaques rend la position bipède très incommode pour lui. Néanmoins, les bonobos adultes pourront encore passer 5 à 10 % de leur temps debout, surtout quand ils tiennent un objet ou un petit entre leurs mains.

      En résumé, la croissance du cerveau et du crâne des chimpanzés est accélérée par rapport à ce qui se passe chez l'homme. On peut donc penser que les singes ont évolué au–delà de l'Homo sapiens : ils lui sont phylogénétiquement postérieurs. Leur évolution a consisté en une spécialisation dans l'arboricolisme.

      Pourquoi les singe ne parlent–ils pas [ ou ne parlent–ils plus ] ? C'est d'abord parce que le larynx ( avec les cordes vocales ) est en position haute, ce qui réduit le volume pharyngal. La position haute du larynx empêche toute modulation des sons par le pharynx ! C'est en effet dans le pharynx ( dont le volume et les parois changent ) que les voyelles se modulent. De plus chez un chimpanzé, la langue occupe tout l'espace dans la bouche et ne peut plus remuer comme chez l'homme pour produire les consonnes… Last but not least, en position quadrupède avec le dos courbé et la tête dans le prolongement horizontal du corps, il devient très difficile de prononcer plusieurs sons ou mots à la suite !

      Au niveau moléculaire, il y aussi un gène, appelé FOXP2, dont le rôle dans l'acquisition et le maintien du langage s'affirme au fur et à mesure des découvertes. Sur les 715 " lettres " ou nucléotides qu'il comporte, trois seulement font la différence entre le singe et l'homme… Pourtant les répercussions anatomiques et sociales sont immenses !

      Ce gène FOXP2, mis en évidence en octobre 2001 par les généticiens du Max Planck Institut allemand, existe chez les mammifères autres que l'homme ; il étend en fait son action sur toute une myriade de gènes, au–delà du seul domaine du langage.

      D'autres gènes, comme HAR1F, nouvellement découvert par une équipe américano–franco–belge [ " Un gène hâte la formation du cerveau ", Science & Vie n° 1069, octobre 2006 ] expliquent les différences de développement entre le cerveau humain et celui des chimpanzés. En comparant les génomes de l'homme, du chimpanzé, de la souris et du rat, l'équipe de David Haussler ( Université de Californie ) a identifié 49 segments de chromosomes qui sont différents dans l'espèce humaine. Parmi eux, il y a le gène HAR1F qui induit la production d'une molécule ARN pendant la croissance du cerveau du fœtus. Ce gène s'exprime dans les neurones qui sont essentiels à la formation du cortex cérébral. Chez l'homme, une protéine est secrétée qui organise la mise en place des couches de neurones.

      Autrement dit, si la production de la molécule ARN, qui fait le lien entre le gène HAR1F et la protéine, est inhibée, la formation normale du cortex cérébral et de ses neurones est perturbée.

      On pourrait aussi parler de l'action de l'acide rétinoïque, en tant qu'activateur des gènes Hox. Ces derniers codent pour les protéines régulatrices d'autres gènes, et déclenchent une cascade d'activité des gènes : ainsi Hoxd9, d10, d11, d12 et d13, s'activent successivement dans les bourgeons des membres [ la zone où les 5 gènes sont activés correspond à une ZAP ( = zone d'activité polarisante ) ].

      On connaît également le rôle " négatif " que joue l'acide sialique dans l'encéphale. En fait, le NEU5Gc est inexistant chez l'homme… mais très présent à la surface des cellules des autres mammifères. Non seulement, les humains n'expriment pas le NEU5Gc à la surface de leurs cellules, mais ils produisent même des anticorps dirigés contre lui.
      Or, on pense que le rôle du NEU5Gc est d'inhiber la croissance des cellules nerveuses, qui autrement poursuivraient tranquillement leur développement…
      Pourquoi un tel mécanisme ? Pourquoi donc les mammifères, en dehors de l'homme, ont–ils besoin d'un inhibiteur de croissance de leurs cellules nerveuses ?
      A la limite, un tel dispositif serait bien plus justifié chez nous, pour des raisons d'ordre obstétrique ( à cause de la grosseur de la tête du nouveau–né ), et pourtant ce n'est pas le cas ! [ cf. les travaux de Maria J. Martin sur l'homme et le chimpanzé ].

      En fait, on s'aperçoit maintenant que beaucoup de facteurs chimiques ou génétiques sont susceptibles de modifier très rapidement l'apparence humaine : mutations, mais aussi facteurs épigénétiques, méthylation de l'ADN, inhibition de la production d'histones, etc.

      S'il peut y avoir modification, il peut y avoir aussi évolution après l'homme
      Et pas forcément vers l'être à l'encéphale surdimensionné que décrivent les utopistes et les auteurs de science–fiction !

     

    QU'ENTEND–ON PAR « DESHOMINISATION » ?
    ( ou : Comment passer de l'homme au singe ? )

      Dans le mémorable ouvrage de Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans " L'Homme de Néanderthal est toujours vivant ", la définition de la déshominisation proposée par le père de la Cryptozoologie se trouve à la page 450. Elle est décrite comme un éloignement progressif par rapport aux traits qui caractérisent l'Homo sapiens.
      On peut observer ce phénomène de déshominisation au sein de toutes les lignées hominoïdes. Pour Heuvelmans, c'est une tendance évolutive qui s'accompagne de transformations anatomiques majeures : « Le front devient plus fuyant, les mâchoires se développent, l'appareil masticatoire plus puissant entraîne une amplification des crêtes osseuses du crâne auxquelles s'accrochent les muscles intéressés. La silhouette toute entière peut même se modifier : la tête s'enfonce dans les épaules, l'attitude devient de plus en plus penchée en avant, elle tend vers l'horizontalité et la locomotion quadrupède. Tous les êtres atteints de déshominisation, non seulement cessent d'agir comme des Hommes, mais ils ressemblent de plus en plus à l'image qu'on se fait de la Bête ».

      Ces lignes sur la déshominisation ont été écrites en 1974. Ce qui interpelle, c'est qu'à travers les découvertes les plus récentes de la biologie, on voit à quel point d'importantes transformations anatomiques peuvent survenir dans le corps humain !

      Nous l'avons déjà évoqué. L'expression d'un gène peut être inhibée au niveau de la transmission de l'information génétique par l'ARN messager, ou bien par l'action de protéines comme l'interféron.

      Il suffit finalement d'un tout petit changement dans la durée d'expression d'un gène pour que la forme d'un organisme soit profondément modifiée !

    *
    * *

      On entend souvent dire que nous avons 99 % de gènes en commun avec le chimpanzé, mais cela ne veut pas dire que nous descendons d'êtres semblables au chimpanzé actuel !
      Hommes et chimpanzés ont tous deux évolué chacun de leur côté depuis l'époque du DAC ( dernier ancêtre commun ) bipède. C'est ce qu'affirme également un chercheur avisé comme Pascal Picq qui n'exclut pas une bipédie originelle des grands singes. Si ces arguments étaient mieux pris en compte, cela éviterait de prendre encore les australopithèques pour nos ancêtres…

      Une branche de la génétique, la paléogénomique, retrace les liens de parenté entre l'homme et les espèces voisines, à partir de l'exploration du génome des espèces actuelles. En fait, ce fameux " 1 % de différence " du patrimoine génétique entre homme et chimpanzé concerne divers gènes à transformation rapide, liés essentiellement à la parole, à la multiplication des neurones dans le cortex, au modelage du squelette et de la musculature.
      Une proximité générale des génomes [ globalement chez les mammifères ] n'implique pas automatiquement une similitude des formes, car l'identité animale réside dans la façon dont le bagage génétique s'exprime à travers tout l'organisme !

      Dans la conception classique, comment imaginer des mutations aléatoires produisant les dispositions caractéristiques de l'homme – et qui doivent passer par le crible de la sélection naturelle – en l'espace de quelques dizaines de générations seulement, comme le préconise le professeur Jean Chaline ? A contrario, dans le cadre d'une évolution menant au singe, les modifications inhérentes au fameux " 1 % " peuvent largement prendre leur temps… Pour Dame Nature, il est plus simple de " créer " un singe arboricole à partir d'un homme bipède, que l'inverse !

     

    LA BIPEDIE EST INITIALE

      Dans les années 1980, j'ai développé la théorie de la bipédie initiale, modèle évolutif selon lequel les premiers mammifères – voire même les tout premiers vertébrés – avaient été bipèdes, eux–mêmes issus de formes marines homonculiennes au corps positionné verticalement dans l'eau.

     

    Représentation hypothétique
    de l'homoncule marin
    Cette forme respire à la fois par des branchies externes
    et par des tubes érectiles situés à l'emplacement de nos oreilles actuelles.

    [ Illustration d'artiste : Robert Dumont ]

     

      En dehors du scénario dit de la " savane africaine ", au moins deux autres théories se partagent toujours la faveur des chercheurs : celle de la foetalisation qui insiste sur l'apparente néoténie ( persistance de caractères juvéniles ) chez l'homme adulte, et celle du " singe aquatique ", qui intercale un stade marin entre singe et homme.
      Toutes ces théories ont en commun de partir d'un postulat faux, celui d'une descendance de l'homme bipède à partir de formes mammaliennes quadrupèdes !

      Nous savons que notre main pentadactyle, à structure osseuse rayonnante, est primitive et qu'elle n'a jamais servi de support au corps pour une locomotion sur quatre pattes. Mais pour bien comprendre le caractère initial de la bipédie, il faut considérer les autres caractères anatomiques intrinsèquement liés à la posture bipède. Ce sont : le gros cerveau dans un crâne rond, la régulation de la température corporelle ( homéothermie ), et la viviparité placentaire.
      Ce n'est pas parce que nous marchons debout que nous avons un gros cerveau, mais c'est l'inverse : nous avons gardé un gros cerveau originel parce que nous marchons debout !

      Notre phylogenèse [ histoire évolutive ] peut se lire dans l'embryon. Si nous comparons entre eux des embryons de vertébrés, nous constatons que :

    • leur tête est ronde, volumineuse par rapport au reste du corps ;
    • la chorde dorsale, future colonne vertébrale, est coudée dans sa partie antérieure ; le tube neural ( système nerveux ) suit ce mouvement.

     

    Croissance de l'embryon humain
    au début de la 4ème semaine de gestation.
    On distingue à gauche le " coude " de la chorde dorsale sous l'encéphale :
    c'est la réponse mécanique à l'augmentation en longueur de la future colonne vertébrale.

    [ Larsen, 2003 ]

     

      L'angle droit formé par la base du crâne, que l'on peut voir chez tous les embryons à un stade précoce, persiste sous cette forme chez l'homme, alors que chez les quadrupèdes, il tend à l'horizontalité ( angle plat ) ce qui rend aussi possible l'orientation de leurs yeux vers l'avant, parallèlement au sol !
      Chez l'homme, la flexion originelle de la colonne vertébrale permet une marche bipède naturelle. En quelque sorte, le " poids " et le volume du gros cerveau verrouillent ce dispositif, au fur et à mesure que la base du crâne s'ossifie.

      Nous retiendrons ici que les embryons de quadrupèdes sont potentiellement bipèdes. La forme du crâne est ronde, le regard est dirigé vers l'avant. Comme Haeckel, nous les dessinons spontanément en position debout [ ci–dessous ].

     

    Développement embryonnaire de 4 Vertébrés
    de gauche à droite : embryon de tortue, 4 ( en haut ) et 6 semaines ( en bas )
    embryon de poulet, 4 et 8 jours
    embryon de chien, 4 et 6 semaines
    embryon humain, âgé de 4 et 8 semaines

    [ d'après Haeckel, 1868 ]

     

      Dans la suite du développement embryonnaire, l'angulation primitive de la base du crâne disparaît chez le quadrupède ( elle est encore de 140° chez les grands singes, de 160° chez les petits singes ). Ainsi la tête se retrouve–t–elle dans le prolongement horizontal du corps quand l'animal se met à 4 pattes et que son regard se porte vers l'avant.

      On peut en déduire que les quadrupèdes présentent une spécialisation anatomique dérivée, et en tout cas postérieure à la locomotion bipède de leurs ancêtres qui partageaient cette caractéristique avec ceux de l'homme.
      L'angulation de la base du crâne chez l'embryon, et l'enroulement du tube neural à l'avant de la tête, sont des faits objectifs que chacun peut observer et vérifier.

     

    L'UNITE DE PLAN DES VERTÉBRÉS

      La théorie de la bipédie initiale repose en premier lieu sur une constatation en embryologie : plus les stades de développement des embryons de vertébrés sont précoces, et plus ils se ressemblent.
      C'est ce qu'avait constaté Karl Ernst von Baer en 1828. Ces observations furent reprises en 1866 par Ernst Heinrich Haeckel dans sa " Loi biogénétique fondamentale ". Sa série d'embryons de vertébrés est très instructive, même si Haeckel semble avoir quelque peu forcé les ressemblances.

      Tous les vertébrés, malgré un aspect physique souvent très différent à l'âge adulte, présentent un PLAN de BASE ( " Bauplan " ) similaire, avec des structures caractéristiques communes :

    • une position dorsale du tube neural
    • une colonne vertébrale segmentée entourant la chorde embryonnaire
    • un encéphale enfermé dans un crâne osseux ou cartilagineux

      Ces structures bien visibles sur l'embryon déterminent un axe antéro–postérieur : l'axe principal du vertébré, avec la tête à l'avant de cet axe, suivie par le tronc et les appendices pairs ( membres pentadactyles pour les vertébrés terrestres, nageoires pour les poissons et autres vertébrés aquatiques… ), et enfin la queue post–anale. [ Il y a une autre polarité dorso–ventrale, la bouche déterminant la face ventrale ]

      Pour illustrer le rapport entre embryogenèse et déroulement évolutif, on peut montrer qu'il existe une colinéarité relative du temps biologique et du temps phylogénétique. Nous avons une cavité buccale avant d'avoir les ébauches du crâne, les ébauches du crâne avant d'avoir des doigts, et nous avons des doigts avant d'avoir le pouce opposable. Tout cela reflète l'histoire évolutive de notre ancêtre, l'homoncule marin.

     

    Illustration théorique de la phylogénie " homonculienne " des vertébrés.
    Les différents phénotypes ( apparences morphologiques ) des formes vertébrées actuelles
    tirent leurs origines du même prototype ancien.
    Comparer avec le tableau ci–dessous du développement ontogénique des crustacés.

    [Sarre, 2003]

     

    Comparaison avec l'histoire évolutive des crustacés
    La larve nauplius est commune à des formes adultes bien différentes.

    [Sarre, 2003]

     

      Cette constante du plan d'organisation d'un vertébré suggère des mécanismes de développement semblables. Tel est bien le cas : tous les embryons de vertébrés passent par un stade à peu près identique pour l'ensemble du phylum, le stade " phylotypique ". On peut le comparer avec le stade nauplius de la larve des crustacés, semblable chez les crabes, les balanes ou les anatifes, alors que l'aspect de l'adulte est très différent [ voir ci–dessus ].

      Ce stade phylotypique présente, entre autres caractéristiques :

    • une tête distincte
    • un tube neural dorsal dans un plan médian
    • et la chorde dorsale, en dessous.

      A ce stade, qui est un peu celui du têtard de grenouille avant le développement des pattes, tous les embryons de vertébrés se ressemblent, et les caractéristiques de chaque classe ou groupe, comme le bec, les ailes ou les nageoires, n'apparaissent que plus tard.

      Bien sûr, des différences entre les embryons ou les larves existent. Contrairement à ce que pensait Ernst Haeckel, un zoologiste de la fin du 19ème siècle, la sélection n'a pas seulement pour cible les animaux adultes, mais des mécanismes évolutifs agissent également sur les stades précoces. On a les exemples des épines de protection chez les larves de certains poissons du plancton, ou les larves ( têtards ) de grenouilles, qui présentent des glandes adhésives.

      D'autres différences constatées sur les embryons ou larves sont essentiellement liées aux modes de reproduction, très différents d'un vertébré à l'autre :

    • l'embryon tire ses nutriments du vitellus chez les formes ovipares
    • alors que chez les mammifères les œufs sont très petits, l'embryon se nourrit à partir des liquides de l'oviducte et de l'utérus, avant d'être alimenté par le placenta – Cela suppose le développement de structures extra–embryonnaires sophistiquées, à un stade ontogénétique très précoce.

     

    Illustration phylogénétique du développement du cerveau
    et du crâne chez les premiers vertébrés ( Hypothèse homonculienne )
    A l'origine, le cerveau est un organe de flottaison ou de sustentation qui se crée comme le remplissage d'une poche ectodermale remplie de gaz [ B, C ]. Après ossification de l'enveloppe externe [ E ], la tête du premier vertébré bipède est ronde.

    [Sarre, 1992]

     

    Premiers stades homonculiens aquatiques

    [Sarre, 1992]

     

      Dans le cadre théorique de la bipédie initiale, c'est l'embryon de mammifère – et son mode de développement ( viviparité placentaire ) – qui sont considérés comme les plus anciens ( primitifs ) dans le groupe des vertébrés. Cette hypothèse est validée par la présence de formes vivipares dans les autres classes : des poissons cartilagineux aux reptiles, en passant par les amphibiens, avec la seule exception notoire des oiseaux ( tous ovipares ).

      Si l'on fait abstraction des structures extra–embryonnaires qui se développent parallèlement à l'embryon stricto sensu, on peut constater que l'aspect " reconnaissable " de celui–ci n'intervient qu'assez tardivement, au début de la 4ème semaine de gestation chez l'homme.

      Après les stades de la blastula, puis de la gastrula et de la neurula, commence véritablement l'organogenèse ( = édification des organes ) à partir des trois feuillets embryonnaires. Cela va se faire sensiblement de la même façon chez tous les vertébrés.

      Au cours du développement précoce de l'embryon, la chorde va s'allonger considérablement et former une baguette rigide.
      Elle est alors constituée par un empilement de cellules minces et plates, en formes de part de pizza, avec des vacuoles susceptibles de turgescence ( cellules vacuolisées ).

     

    LA BIPÉDIE EST INSCRITE
    DANS LES PREMIERS STADES DU DÉVELOPPEMENT

      L'allongement du corps [ de l'embryon ] résulte ainsi de l'extension mécanique de la chorde et des organes axiaux ( tube digestif, neural ), dans leur ensemble.
      On constate un rétrécissement important dans le sens de la largeur, tandis que la longueur de la chorde augmente, le tout restant engoncé dans une sorte de " gaine " conjonctive et fibreuse.
      Aux deux extrémités de la chorde embryonnaire, on a donc simultanément un infléchissement de la structure.

      En effet, comme il y a une gaine autour de la chorde, et que la croissance se fait surtout dans la partie centrale, les extrémités antérieures et postérieures ne s'allongent pas, mais vont se plier, tout naturellement.

      Si au début de la 4ème semaine, l'embryon humain est encore un disque plat, ovoïde, il grandit maintenant en longueur, et subit le processus que nous venons de décrire.
      Ce sont ces flexions à l'avant et à l'arrière qui sont à l'origine de la forme reconnaissable du vertébré. C'est à ce moment que se forme le corps à 3 dimensions " en poisson " de l'embryon humain, ou de tout autre embryon de vertébré !

      Comme l'embryon grandit plus vite en longueur qu'en largeur, ces inflexions sont davantage marquées aux extrémités crâniale et caudale de l'embryon.
      La courbure céphalique se produit en réponse aux excès des croissances. Elle est accompagnée par l'inflexion du tube neural qui se calque sur elle.

     

    Développement et flexion de la chorde dorsale
    chez l'embryon humain, au cours de la 4ème semaine.

    I – Croissance et extension de la chorde à partir du segment médian. L'embryon humain ( non dessiné ) est encore un disque plat.
    II – La chorde dorsale s'incurve aux deux extrémités, du fait de la plus grande croissance de sa partie médiane.
    III – L'embryon prend une forme en 3D, il est maintenant reconnaissable comme embryon de vertébré.
    IV – Stade des 3 vésicules cérébrales. A l'avant du tube neural se forment le téléncéphale ( ou prosencéphale ), le mésencéphale et le rhombencéphale.

    Il va ensuite y avoir un retour vers l'arrière des vésicules cérébrales : mésencéphale et rhombencéphale se retrouvent au dessus de la chorde dorsale.
    Les pliures cervicale et céphalique vont commencer à s'ossifier pour former la base du crâne, fléchie à ce stade chez tous les embryons de vertébrés. Conjointement, des tissus cartilagineux se mettent en place autour de la partie antérieure de la chorde. Ils seront à l'origine des os du crâne autour du trou occipital ( foramen magnum ). Ce dispositif " verrouille " durablement chez l'homme l'angle sphénoïde en position fléchie, alors que le développement ontogénique des animaux va se poursuivre au–delà de ce stade, et tend vers l'horizontalité du plancher crânien.
    Les embryons ne sont pas dessinés à l'échelle.

    [Sarre, 2006]

     

    Coupe médiane montrant que la chorde dorsale pénètre dans la base du crâne.

    [ Illustration tirée du livre de Georges Olivier, " Homme ou Singe ", 1978 ]

     

    Flexion de la base du crâne

    en haut et à gauche : flexion de la base du crâne valable pour
      tous les embryons de mammifères ( état primitif )

    en haut et à droite : flexion de la base du crâne humain adulte

    en bas : horizontalité de la base du crâne chez le chien.

    [ d'après Bolk, 1926 ]

     

      Ainsi, la flexion de la base du crâne se met–elle en place à un stade précoce du développement des vertébrés. C'est un caractère qui se trouve le mieux préservé chez l'homme bipède ! [ cf. les schémas ci–dessus ]

      D'un point de vue évolutif, le caractère de la bipédie est ancien, on le trouve non seulement chez les mammifères, mais aussi chez les reptiles et les oiseaux. Comme le disait Bernard Heuvelmans, c'est près de la moitié des vertébrés terrestres, vivants ou ayant existé, qui sont – ou ont été – bipèdes…

      Pas besoin de faire intervenir le bon Dieu, ni les petits hommes verts, la bipédie originelle chez les vertébrés est la résultante des seules contraintes et actions mécaniques sur la chorde dorsale, au cours du développement de l'embryon !

      Cette flexion de la base du crâne ne se retrouve – à l'âge adulte – plus que chez l'Homo sapiens, mais elle a caractérisé les tout premiers vertébrés. C'est pourquoi la bipédie est initiale.

      Actuellement, l'homme est le seul à présenter cette station debout parfaite, liée à la bipédie et au gros cerveau, mais qu'on le veuille ou non, il s'agit bien là de la préservation d'un caractère ancien, l'homme est le " prototype du vertébré ".

      Tous les embryons de vertébrés présentent – à une étape souvent précoce de leur développement – cette flexion de la base du crâne, synonyme de bipédie. En fait, c'est la mécanique même du développement embryonnaire qui conditionne ce " passage obligé par la bipédie ". Zoologiquement parlant, le redressement de la flexion du crâne est donc une spécialisation évolutive. Ainsi la bipédie est–elle un caractère originel et ancien chez les vertébrés, tandis que la quadrupédie est, quant à elle, un caractère dérivé, " évolué ", tout comme la perte ultérieure des membres ( apodie ) ou leur transformation en nageoires !

      On dit souvent que " la face est une mâchoire portée, guidée par la vue et l'odorat ". C'est vrai dans tous les cas. Chez un animal quadrupède, le crâne se déforme : le trou occipital glisse vers l'arrière ; le corps se meut dans un plan horizontal, parallèlement au sol.

     

    LA COURBURE CEPHALIQUE DETERMINE
    LA DIFFERENCIATION DU CERVEAU

      Revenons juste quelques instants à la courbure céphalique chez l'embryon. Elle a des conséquences, non seulement pour le développement de la face et du cou, mais aussi dans la différenciation primitive du cerveau, car c'est entre rhombencéphale et moelle épinière que va se faire la " cassure ". Cette partie du tube neural a un aspect de " losange ", d'où le nom de rhombos : c'est un effet mécanique courant, que chacun peut obtenir en pliant un tube en plastique ou une paille !
      En avant du rhombencéphale, se trouvent le mésencéphale et le prosencéphale ( au stade des 3 vésicules ).

     

    Développement des vésicules cérébrales

    [Wolpert, 1999]

     

      Ce qui est intéressant de noter – dans le cadre de l'hypothèse de l'homoncule marin – c'est que l'induction [ action d'un tissu sur le développement d'un autre ] ne se fait pas de la même façon pour toutes les régions du cerveau.

    • Au niveau du mésencéphale et du rhombencéphale, c'est la chorde dorsale qui se charge de l'induction différentielle du système nerveux ( comme pour la moelle épinière ) ; ces 2 vésicules vont évoluer pour constituer le tronc cérébral qui garde, grosso modo, la forme d'un tube situé à la base du cerveau, et sur lequel les hémisphères cérébraux vont venir " se brancher " ; dans la région chordale, les gènes homéotiques ( qui jouent un rôle dans le développement ) sont des gènes Hox.
    • Au niveau du prosencéphale, il n'y a pas de chorde, c'est donc le mésenchyme préchordal, beaucoup plus diffus, qui joue le rôle d'inducteur ; il induit une symétrisation, mais par des mécanismes différents de ceux induits par la chorde, c'est pour cela qu'on ne retrouve plus les structures communes au reste du système nerveux ; au contact de l'inducteur, les 2 hémisphères cérébraux vont 'sortir' du tube neural et se développer ; c'est un phénomène très spécifique et bien différent de ce qui se passe partout ailleurs dans le tube neural ; dans la région préchordale, ce ne sont plus des gènes Hox, mais les gènes Emx 1 et 2, ainsi qu'Otx 1 et 2, qui s'expriment.

      Autour de la chorde, du tissu cartilagineux va se former, c'est l'origine des os de la base du crâne qui bordent le trou occipital ; en avant de la chorde, le cerveau embryonnaire s'allonge. Ainsi se développent, chez l'homme, les deux gros hémisphères cérébraux.

     

    Développement ontogénique
    ( de l'embryon au jeune adulte ) chez l'homme

    (d'après Heuvelmans, 1954)

    Cette série illustre le redressement de la tête et le développement de la face chez l'homme, après l'enroulement vers l'avant, puis vers l'arrière et le haut, des vésicules cérébrales antérieures [ stade 1 ].
    La réduction de la flexion originelle du tube neural ou basikyphose ( B.K. ) est liée à celle de l'angle formé par le plancher crânien et l'axe dorsal de la colonne vertébrale ou kyphose occipitale ( K.O. ).
    Il en résulte chez l'homme le développement de la partie faciale du crâne.
    Chez les quadrupèdes, cette tendance au redressement de la tête se poursuit jusqu'à l'annulation des deux angles B.K. et K.O. – Le regard est alors dirigé vers l'avant parallèlement au sol : la marche à quatre pattes s'impose !
    Pour rendre le processus encore plus frappant, les coupes de l'embryon [ 1 ], du fœtus [ II, III ], du nouveau–né [ IV ] et du jeune adulte [ V ] ont été réduites à une même taille.

     

      Chez l'embryon, le développement du cerveau se fait par un enroulement vers l'arrière des vésicules télencéphaliques, particulièrement développées chez l'homme. Au cours de l'ontogenèse, l'enroulement du cerveau l'amène à peser électivement sur la partie postérieure et inférieure du crâne, donc sur la branche postérieure de l'angle sphénoïdale : ce mécanisme fixe cette branche dans sa position embryonnaire, chez les espèces les plus céphalisées, comme l'homme bipède.
      Autrement dit, le mode de station et de locomotion s'expliquent de façon mécanique par le degré de céphalisation, car la position du crâne dans l'espace est conditionnée par l'équilibre de la tête sur la colonne vertébrale, et par la nécessité de l'orientation de la tête vers l'avant.

      Cela implique que la cérébralisation soit apparue avant la bipédie fonctionnelle, en même temps que la station droite permanente. On sait par ailleurs que d'un point de vue embryologique, le cerveau précède le crâne.
      Ce sont ces considérations qui m'ont conduit à développer la théorie de l'homoncule marin, dans les années 1980.

     

    Tableau schématisant l'évolution des chordés,
    vertébrés et des échinodermes.
    ( Hypothèse Gutmann–de Sarre )

    [Sarre, 2003]

     

    Petit crâne de Tafilalet
    découvert au Maroc par Mohammed Zaraouit
    Il pourrait s'agir d'un type d'hominoïde ancien bipède,
    à crâne rond et gros cerveau.

    http://cerbi.ldi5.com/article.php3?id_article=167

     

    Forme homonculienne nageuse

    [ Figuration artistique de Robert Dumont ]

     

    LIENS DE LA THEORIE DE LA BIPEDIE INITIALE
    AVEC LES HOMINIDES INCONNUS

      Les hominidés fossiles, tels Homo erectus ou Homo neanderthalensis, constituent des lignées distinctes !
      Pour parler savant, ce sont des ontogenèses différentes de l'homme. Nous ne sommes pas leurs " descendants " !

      Compte tenu de notre proche parenté génétique, si, comme l'écrit le paléoanthropologue Pascal Picq, l'homme et le chimpanzé sont frères, que dire des hominidés fossiles retrouvés en divers points du globe : australopithèques, pithécanthropes et néandertaliens ?

      A mon avis, les deux derniers sont des hommes spécialisés, adaptés à un habitat semi–aquatique : mangroves, forêts inondées, tout au moins à l'origine ( certains pithécanthropes ou néandertaliens tardifs ont pu développer des formes montagnardes ).
      Des études récentes ( Svante Pääbo en Allemagne et Edward Rubin aux USA ) montrent que l'Homo neanderthalensis était bien une "bonne" espèce distincte de l'Homo sapiens [ on peut tabler sur 0,5 % de différence génétique ; comparer avec le chimpanzé qui est à 1 % ]. Aucun indice n'a jamais été retrouvé sur les sites de fouilles qui pourrait accréditer la thèse d'échanges ou de métissages entre les deux groupes. Si l'homme de Néanderthal a survécu, il vivrait toujours à l'écart de l'Homo sapiens, comme cela se passait auparavant… On peut dire que le néandertalien a toujours été une sorte d'homme sauvage !

      Une grande majorité de scientifiques pense qu'il n'y a plus que l'Homo sapiens actuellement sur Terre.
      On comprend aisément pourquoi… La présence à notre époque d'autres hommes, plus simiesques d'aspect, voudrait dire que quelque chose " cloche " avec le schéma habituel de l'hominisation !
      Et pourtant, voici 35.000 ans, cohabitaient encore " officiellement " au moins 4 sortes d'hommes… Il y avait l'Homo erectus et l'Homo floresiensis en Asie du Sud–Est, l'Homo neanderthalensis en Europe, et l'Homo sapiens, un peu partout !

      On peut penser que plusieurs formes d'hommes survivent sur notre planète, malgré la prédominance actuelle de l'Homo sapiens, favorisée par de bonnes conditions climatiques. Cela n'a pas toujours été le cas, et la situation pourrait bien s'inverser un jour…
      En tout cas, les témoignages d'hommes sauvages et velusHSV ) ne manquent pas à travers le monde. Ils sont étudiés et répertoriés par les hominologistes. Le chercheur russe Dmitri Bayanov a créé ce mot, ainsi que celui d'homins pour désigner ces créatures, anatomiquement proches de l'homme, mais vivant à l'état sauvage.

      La plus connue d'entre elles, le yéti, devrait plutôt être un singe, proche de l'orang–outan. Mais peut–être y a–t–il encore quelques Homo erectus dans l'Himalaya ou le Caucase, voire des néandertaliens ( barmanu, au nord–est du Pakistan ) ?

      Au terme d'un voyage d'études dans l'Orégon en 2003, je suis personnellement arrivé à la conclusion que le " bigfoot " local pourrait être un Homo erectus géant, aux mœurs amphibies : il suivrait des voies migratoires qui le poussent à descendre à la nage les côtes Pacifiques du Canada et des Etats–Unis, et à venir se reproduire dans les denses forêts de ces régions, avant de remonter vers le nord. Intelligent, mais de caractère plutôt farouche, le bigfoot ou sasquatch évite l'homme ; il ne connaît ni le feu, ni les outils. L'équivalent fossile du sasquatch pourrait être le méganthrope, trouvé à Java : une sorte d'Homo erectus de grande taille qui vivait dans les lagunes et les forêts inondées.

     

    Crâne d'un Homo erectus de Java

     

      Les Homo erectus ou ergaster étaient vraisemblablement une forme robuste et amphibie de l'homme, ce qui explique l'ossature compacte du squelette, ou bien la forme hydrodynamique du crâne ( déprimé antéropostérieurement, et muni d'une large " casquette " au–dessus des yeux ).
      La robustesse de ces formes résultait peut–être tout simplement d'un dysfonctionnement des glandes parathyroïdes, secrétant la parathormone, laquelle joue un rôle essentiel dans le maintien de l'équilibre phosphocalcique de l'organisme.
      Quant à la taille, pouvant dépasser 2 mètres, chez les formes fossiles du Meganthropus, tout comme chez les " bigfoots " et autres homins, elle peut être liée à l'expression de quelques gènes. On sait que chez les chiens, du chihuahua au saint–bernard, un seul gène contrôle l'écart de taille. Il s'agit d'IGF–1, impliqué également dans le métabolisme de l'insuline.
      Le même parallèle peut être fait pour la pilosité. On a longtemps surestimé ce caractère, lui donnant même une connotation évolutive, alors qu'il ne dépend que du degré d'expression de quelques gènes que nous possédons tous en nous !

     

    Comparaison de 2 crânes,
    l'un gracile, à gauche
    et l'autre robuste, à droite.

    On peut passer d'un crâne à l'autre en postulant une densification du tissu osseux autour des cavités crâniennes :

    1. étirement dans le sens antéropostérieur, le crâne est moins haut, mais plus long
    2. bourrelet sus–orbitaires énormes, formant une véritable 'visière', front quasi inexistant
    3. comme l'os 'gonfle' autour des sinus frontaux, l'arête nasale a tendance à se dresser, ce qui change radicalement l'aspect du nez, lequel peut prendre l'apparence d'un groin
    4. le menton disparaît chez les formes robustes, dès lors qu'il n'est plus nécessaire pour fermer solidement la partie avant de la mandibule, pour éviter que les 2 branches ne s'écartent pendant la mastication
    5. la partie inférieure du crâne autour du trou occipital reste pratiquement inchangée par rapport à Homo sapiens, ce que la découverte récente d'un crâne d'Homo erectus à Java vient confirmer ; c'est pourquoi l'Homo erectus était resté un bipède 'obligé'.

    Les deux crânes représentés plus haut illustrent le passage d'une forme gracile 'primitive' vers un type d'homme robuste au front bas et aux arcades sourcilières proéminentes, comme Homo erectus ou Homo neanderthalensis.

    [ Sarre, 2004 ]

     

      Pour terminer avec le thème des hommes sauvages, et la possible survivance de néandertaliens, voici que ce m'a écrit récemment Robert Dumont, le talentueux dessinateur des illustrations hors–texte qui accompagnent cet article :

      " Les anciennes figures d'hommes à tête de chien représentent des personnages anthropomorphes, vêtus et chaussés à la manière des bourgeois du Moyen–Age : leurs vêtements ne laissent voir que leurs mains ( qui sont humaines ) et leur tête qui est celle d'un canidé […]
      Certains auteurs ont voulu voir dans ces évocations de peuples d'hommes à tête de chien, des rencontres avec des troupes de babouins. Cette interprétation m'a toujours laissé sceptique pour deux raisons : d'une part, parce que ces peuples d'hommes à tête de chien ont été signalés dans des régions où les Papions ne sont pas représentés ; d'autre part, parce que les Babouins et leurs alliés comptent parmi les plus quadrupèdes des Singes.

     

    Tête de néandertalien
    en profil

    [ Figuration artistique de Robert Dumont ]

     

      Or tout dernièrement, en préparant le dessin du stade déshominisation pour le Colloque du 14 octobre, j'ai dessiné deux néandertaliens de profil, en respectant les directives d'Heuvelmans : oncognathisme et nez retroussé.
      Et, lorsque les têtes sont sorties de mon crayon, j'ai été frappé, je ne dirais pas par une ressemblance, mais par quelque chose d'indéfinissable évoquant irrésistiblement un museau de chien – je précise de chien, et non d'un canidé en général.
      Et immédiatement m'est revenue en tête la formule d'Heuvelmans : " Le Néandertalien est à l'Homme ce que le Bouledogue est au Chien ". Et je me suis demandé si ces rencontres avec des Hommes à tête de chien, évoquées par les anciens voyageurs, n'étaient pas en fait des rencontres avec des Néandertaliens... ".

     

    RECONSTITUTION PHYLOGENETIQUE
    Histoire de l'humanité

      Dans mon hypothèse, je place au tout début de l'évolution des vertébrés un homoncule marin.
      Son gros cerveau originel, dans un crâne ossifié, s'est développé à l'origine à partir du flotteur sphérique d'une créature pélagique.
      Alors qu'il nageait dans les océans du Précambrien, l'homoncule présentait les caractères suivants :

    • gros cerveau, endothermie ( sang chaud ), respiration pulmonée, viviparité
    • pelage isolant, glandes sudoripares, sébacées et mammaires
    • position orthograde naturelle, dès la sortie de l'océan ( du fait des contraintes résultant des structures organiques et squelettiques en place )
    • bipédie obligée, plan des yeux perpendiculaire à l'axe du corps
    • main pentadactyle à gros pouce opposable, pied à cinq orteils
    • régime alimentaire omnivore

      Ces traits structuraux sont acquis dès la phase aquatique.
      Dans l'hypothèse homonculienne, la viviparité placentaire va devenir un atout majeur dans la colonisation du milieu terrestre. Ainsi, durant la gestation, l'enfant est transporté par son géniteur, comme dans une sorte d'aquarium portatif… Cette formule est très avantageuse, également, pour le développement du fragile cerveau, et permettait une excellente transition entre la vie aquatique et la vie terrestre.

      Le gros cerveau originel est important à bien des égards. Garant d'une bipédie ancienne, il " verrouille " l'angulation sphénoïde qui permet la position debout, sans oublier l'intelligence et les facultés cognitives.

      La forme humaine est ancienne, nos ancêtres ne sont pas issus de singes quadrupèdes. Ce ne sont pas les 'rustres' hominiens que dépeignent l'iconographie savante ou les films grand public du genre 'Odyssée de l'Espèce'.

    *
    * *

      Voici le scénario que je propose à la discussion.

    • La Vie s'est développée sur Terre, sans doute apportée par les comètes.
    • L'évolution du Vivant n'est qu'imparfaitement reproduite par les fossiles que nous possédons. Leur interprétation soulève également de nombreux points de discorde, on peut se demander si certaines reconstitutions de "faunes d'époques passées" ne sont pas plutôt celles de quelques biotopes anciens, géographiquement étroitement localisés.
    • L'homme est issu directement de formes marines anciennes qui se sont jadis développées, soit sur Terre, soit ( hypothèse alternative ) sur une autre planète tellurique. En tout cas, c'est le type ancestral du vertébré, à partir duquel les autres espèces ont pu se développer…
    • C'est probablement en expérimentant sur eux–mêmes que les premières formes humaines ont sensiblement amélioré leur aptitude physique à vivre sur la terre ferme.
    • Leur civilisation a été détruite, comme d'autres plus tard, par de grands cataclysmes cosmiques, mais des groupes d'humains ont, chaque fois, pu gagner des abris pour s'y réfugier, ou ont été épargnés ( poches de survie ).
    • Soumis à de difficiles conditions d'existence, certains groupes n'ont pu survivre qu'au prix de la perte de leur identité humaine : c'est le phénomène de déshominisation. Ainsi peuvent apparaître de nouvelles lignées évolutives post–humaines.
    • Les Homo sapiens rescapés ne mettent en règle générale que quelques milliers d'années pour regagner un haut niveau de civilisation : le dernier épisode de ce genre correspond à l'homme de Cro–magnon en Europe, et au Paléolithique supérieur des préhistoriens.
    • La théorie de la bipédie initiale admet l'intervention humaine dans la floraison des espèces au cours des époques géologiques. Ainsi, l'homme du Tertiaire aurait–il modelé l'essentiel des formes de vie actuelles, après le grand cataclysme de la fin de l'ère Secondaire qui mena à la disparition des grands sauriens.
    • Ce sont peut–être ces humains du Tertiaire qui ont préservé leur haute technologie et que l'on retrouve au long de notre histoire sous les traits de visiteurs célestes, ou encore sous ceux d'extraterrestres. En tout cas, l'Homo sapiens dit "moderne" est le descendant de peuples rescapés lors des derniers cataclysmes planétaires. Datés dans la chronologie traditionnelle de 35.000 ans, les hommes de Cro–Magnon, par exemple, étaient en Europe occidentale un peuple qui, non pas "évoluait" vers l'homme "sage" que nous sommes… mais ressortait tout juste des cavernes où la dégradation des conditions de vie extérieures l'avait poussé !

     

    CONCLUSION

      Paradeigma signifie en grec : " modèle ". Dans le sens moderne, le paradigme est un modèle théorique de pensée qui oriente la recherche et la réflexion scientifiques.
      Quand un paradigme arrive en fin de course – c'est actuellement le cas du modèle de l'évolution de l'homme à partir de formes simiennes – et s'il ne produit plus rien de valable sinon des incohérences –, il s'ensuit une situation de crise qui n'est susceptible de se dénouer que par l'émergence d'un nouveau paradigme.

      Un paradigme a une valeur explicative, il conditionne pour une branche donnée de la recherche scientifique, non seulement le vocabulaire, mais aussi les questions qu'il convient de poser, l'orientation qu'il faut prendre, ce que l'on doit rechercher, et la manière dont il faut procéder.

      Prenons un exemple simple qui m'a été suggéré par un correspondant, M. Roger Sansoucy : la pousse des cheveux chez l'homme. Si on ne les coupe pas, les cheveux peuvent atteindre, voire dépasser un mètre en longueur.
      D'où vient ce caractère typiquement humain de la " pousse des cheveux " ? Quelle réponse apporte l'hypothèse classique " de la savane " ?
      A cela s'ajoute l'observation que les bébés chimpanzés et gorilles présentent à la naissance une chevelure, qui disparaît vite.
      Un tel caractère a–t–il donc pu apparaître chez un primate de la savane, ou au cours d'un stade arboricole antérieur ? Mais c'est plutôt gênant… une telle chevelure dans les arbres !
      Alors que, dans le modèle d'une origine aquatique de l'homme, il n'y a pas contradiction flagrante ! Une chevelure bien fournie n'est pas très gênante dans l'eau…
      On peut penser que quand l'homme " est sorti de l'océan ", il s'est retrouvé avec une telle chevelure ancrée dans ses gènes. Il a fallu la couper, ce qui fait penser à des outils, ou la tresser, ce qui implique une société élaborée, où l'entraide était de mise.
      On peut déduire de cela que l'homme est " né debout " à sortie des eaux, et qu'il n'a finalement guère changé depuis cette époque.

    *
    * *

      Tout paradigme a une valeur explicative en fonction des connaissances du moment : la science progresse en passant d'un paradigme à l'autre ! Une telle démarche est dite heuristique, car elle permet d'établir des programmes de recherche qui vont, les uns, essayer de valider le modèle proposé, et les autres, l'invalider.
      Dans l'exemple cité plus haut, on pourrait s'intéresser de plus près au gène qui induit ou contrôle la pousse des cheveux, et chercher à déterminer s'il n'active pas d'autres gènes, impliqués par exemple dans les comportements sociaux…

      La poursuite des recherches dans des domaines aussi divers que la génétique, l'embryologie, la biologie du développement, l'anatomie comparée, la paléontologie et l'anthropologie, permettront dans l'avenir une approche plus réaliste des origines de l'homme, qui, je l'espère, sera en accord avec le modèle de la " BIPEDIE INITIALE " que nous venons de voir aujourd'hui.

     

    François de SARRE

    Paris, 14 octobre 2006

     

    BIBLIOGRAPHIE

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    WOLPERT Louis et al. : " Biologie du Développement " – Dunod ( 1999 ).

     


     

    Addendum : Au cours d'une émission radiophonique, le 30 novembre, sur Europe 1 ( Jacques Pradel ), j'ai entendu le biophysicien français Vincent Fleury discourir de thèses assez semblables aux miennes. Il évoque également la " bascule " de la tête chez l'embryon, et que " tout naturellement, l'homme est fixé génétiquement depuis qu'il y a des animaux vertébrés ! ". Pour Vincent Fleury, chercheur au CNRS à l'Université de Rennes–1, " Dieu se tourne les pouces depuis 1 milliard d'années ", c'est–à–dire depuis le moment où fut élaborée la structure du premier vertébré. Vincent Fleury est l'auteur du livre : " De l'œuf à l'éternité – Le sens de l'évolution ", publié en novembre 2006 chez Flammarion.

     

     

      Je dédie cette conférence à Bernard Heuvelmans qui m'a fait connaître dans les années 1980 cette merveilleuse théorie de la " Bipédie Initiale ", si riche en enseignements sur l'évolution de l'homme et sur le développement des formes vivantes.

    Remerciements : Je remercie Jean–Luc Rivera, organisateur du Colloque Fortéen, pour son invitation à venir parler de la " Bipédie Initiale et ses liens avec les Hominidés inconnus ". Je remercie également Robert Dumont pour ses magnifiques représentations d'homoncules et d'hommes sauvages, ainsi que Marco Angee pour son aide dans l'élaboration du diaporama présenté lors de la conférence.

    François de SARRE
    14 octobre 2006

     

     


     

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