LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALEEditée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :BIPEDIAA Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM Pour tout renseignement complémentaire, vous pouvez contacter :
BIPEDIA N° 26( 2008 )
Sommaire :
La théorie de la Bipédie Initiale : avancées récentes et perspectives.par François de SARRE
Summary : Evidence for Initial Bipedalism is drawn from the works of anatomists and zoologists of the early part of the 20th century, such as Max Westenhöfer, Serge Frechkop and Bernard Heuvelmans, from my own researches and from today advances in the fields of genetics and embryology. The Theory of Initial Bipedalism emphasizes that humans once developed from a peculiar stock,
not from the apes. Furthermore, the theory suggests that the first vertebrates were already bipeds
and that they issued from a former aquatic stage ( marine homonculus ). As a matter of fact,
man's globular brain only could have developed in water.
Subsequently fossil found Hominid "ancestors", such as Homo erectus or Australopithecus – as well as possibly today surviving forms, are specialized post–human forms, and not evolutive steps in our final stage directly. On the other part, embryology is a real aid in the study of evolutionary patterns.
Contrary to current evolutionist ideas, the author emphasizes that Homo is the archetype
of all vertebrates. New orientations occured in the animal lineages, as they developed from a common bipedal ancestry.
So bipedalism preceded quadrupalism in the course of vertebrate evolution, leading to quadrupedal or swimming mammals, bipedal and flying birds, bipedal or quadrupedal or apodal reptiles, amphibians and the fish.
INTRODUCTION Chaque époque se fabrique mentalement son univers, et le 20ème siècle n'aura pas échappé à la règle.
Mais qui dit " paradigme dominant " ne dit pas forcément " vérité "
ou " réalité intangible " !
Pour que tout soit clair dans l'assistance [ conférence du 14 octobre 2006 ], voici ce que suggère la théorie de la " Bipédie Initiale ", et les points que nous allons aborder. Mais pour l'instant, revenons à l'historique de nos connaissances en matière d'évolution.
BREF HISTORIQUE La Paléontologie est l'étude des êtres qui ont vécu à la surface du globe avant les temps présents.
Ces animaux et plantes ont pu être semblables aux formes actuelles, ou ne pas leur avoir ressemblé.
Buffon, le grand naturaliste français, évoque cette idée dans sa Théorie de la Terre publiée en 1749. Mais c'est avec Cuvier que la science des fossiles allait enfin prendre toute son importance. L'illustre savant était d'abord zoologue, et c'est en étudiant les mammifères fossiles du gypse de Montmartre qu'il vint à se demander si, à quelques exceptions près ( bovidés ou chevaux ), les formes trouvées dans la pierre n'étaient pas – en quelque sorte – des espèces perdues ? Par rapport à ce que l'on voit aujourd'hui à la surface du globe, les vertébrés de type reptilien
ou amphibien présentaient jadis une plus grande variété de formes. C'était le cas dans les terrains très anciens.
Quant aux vertébrés de type vivipares ( = les mammifères ), ils y étaient plus rares.
Et Cuvier d'ajouter, concernant l'homme :
Ces propos de Cuvier sont d'une extrême clairvoyance ! Par la suite, au cours du XIXème siècle, les explications sur la filiation des espèces,
proposées par Lamarck et Darwin, firent admettre la présence de formes intermédiaires dans notre histoire.
Cela arrangeait tout le monde, car si les savants du 19ème et du 20ème siècle
avaient fort justement entrevu la transformation des faunes au cours des périodes géologiques, ils n'ont pas manqué
de replacer – comme le font les diverses religions – l'homme au sommet de la hiérarchie pré–établie.
C'est pourquoi les savants ont longtemps été enclins à croire qu'un fossile de primate, présentant à la fois des traits simiens et des caractères humains, devait forcément être notre ancêtre ! L'épisode de Lucy en 1974 est connu de tous…
REMETTONS LES PENDULES A L'HEURE Dans le courant scientifique dominant, les caractères simiens liés à l'arboricolisme sont tenus pour " ancestraux " [ plésiomorphes ], tandis que ceux qui paraissent devoir annoncer l'homme sont considérés comme des traits " dérivés " ou " évolués " [ apomorphes ].
C'est pourquoi l'on entend encore dire que l'australopithèque était un bipède exclusif, qu'il arpentait la savane
et qu'il façonnait des outils, ce qui " annonçait " l'homme.
Et si, à l'inverse, les caractères arboricoles simiens étaient dérivés chez l'australopithèque,
et non pas " ancestraux "… ? Et si la bipédie était originelle chez les grands singes ?
C'est là tout le propos de la théorie de la bipédie initiale – ou de la théorie de la bipédie originelle proposée par Yvette Deloison.
LA THEORIE DE LA BIPEDIE INITIALE Ce courant d'idée remonte au premier quart du 20ème siècle ; il fut initié par
des anatomistes et zoologues, comme Max Westenhöfer, Serge Frechkop et Bernard Heuvelmans.
Les personnes intéressées peuvent se référer à mes écrits antérieurs où j'évoque longuement les recherches de ces savants,
et quelques autres.
Pour simplifier les choses, la théorie de la bipédie initiale énonce que " ce n'est pas l'homme qui descend du singe, mais qu'à l'inverse c'est le singe qui descend de l'homme ". Vous allez bien sûr croire que j'ai l'esprit marqué de contradiction ou que j'ai tendance à vouloir tout inverser…
Souvenons–nous que la science est un lieu de débat permanent. Par ailleurs, les découvertes sur le terrain sont une chose, leur interprétation et leur explication dans le cadre d'une théorie de la descendance, en sont une autre…
LES DEFAUTS DANS LA CONCEPTION TRADITIONNELLE On s'est longtemps fait une idée linéaire de l'évolution, servant de cadre à une montée continue du " progrès " biologique. Cela revenait à dire que " ce qui était antérieur était "forcément" moins évolué… ". Dans un tel cadre théorique, les hommes de Cro–Magnon, connus du grand public par les dépliants touristiques
et les documentaires de la télévision, sont dépeints systématiquement comme des êtres frustres à la limite entre singe et humain,
ou venant tout juste d'accéder au statut d'homme [ hominisation ].
Par excès de zèle dans l'autre sens, les australopithèques ont été promus à la destinée glorieuse
d'avoir engendré l'homme… alors que, de toute évidence, ils n'ont jamais été que de simples grands singes,
voire possiblement les ancêtres des formes actuelles : chimpanzés communs, bonobos ( chimpanzés pygmées ) ou gorilles.
Car les grands singes sont bien évidemment quadrupèdes, on a trop tendance à l'oublier… A force de voir des numéros de cirque avec des chimpanzés dressés – aux deux sens du terme ! –, nous avons d'eux l'image d'animaux qui se plaisent à marcher debout, alors que cette position leur est très incommode ! Ils sont obligés de garder les jambes fléchies, et leurs pieds d'arboricoles avec un gros orteil opposable ne sont pas du tout adaptés [ cf. l'ouvrage d'Yvette Deloison, " Préhistoire du Piéton " ].
Une autre alternative consiste à admettre une grande ancienneté du genre Homo, en tout cas avant l'émergence des primates arboricoles. Cette remise en cause permet de jeter un autre regard sur les hommes fossiles [ cf. les 2 schémas ci–dessus ].
LES JEUNES SINGES RESSEMBLENT AUX HOMMES Observons des profils de chimpanzés. On remarque que le singe nouveau–né a un profil très humain.
Ce n'est qu'au cours du développement individuel ( ontogenèse ) que se précisent les modifications du profil, au plus tard après le changement de denture et la croissance des dents définitives. Celles–ci ne sont plus insérées verticalement ( comme chez l'homme ), mais obliquement. C'est à ce moment que se développe le museau, et que le trou occipital remonte à l'arrière du crâne. Dans le même temps, la quadrupédie habituelle du chimpanzé se met en place. Les fœtus d'un macaque et d'un homme montrent également de grandes ressemblances ( figure ci–dessous ). La grosse tête des deux primates apparaît comme la préservation d'un caractère ancien, présent dès l'origine du phylum. C'était déjà le cas du primate " primitif ", au point de départ des lignées actuelles.
Globalement au début de leur développement, les jeunes singes ressemblent à des hommes. Que se passe–t–il ensuite ? Vers la fin de la phase embryonnaire ( deuxième mois de gestation ) se produit chez le petit humain – et chez lui seul – quelque chose d'assez extraordinaire : une multiplication accélérée des neurones jusqu'à un nombre estimé à 100 milliards ! Puis les cellules nerveuses tissent leurs connexions dans l'espace imparti – c'est–à–dire à l'intérieur de la boîte crânienne – avant son ossification. Chez le Chimpanzé, qui dispose du même "potentiel" de place, la multiplication des neurones ne se fera que durant quelques jours. C'est là toute la différence ( énorme ! )… Ainsi, le bébé chimpanzé va naître avec le même type de crâne que l'homme adulte, ce qui n'est déjà pas si mal… Mais au lieu des 100 milliards de neurones ( et leurs connexions ), le chimpanzé n' aura que quelques milliards à sa disposition. Car au lieu des 8 semaines, sa phase embryonnaire complète ne dure que 2 semaines ! La position du trou occipital sous le crâne fait qu'au début le petit singe est tout naturellement bipède. Puis au fil des mois [ jusqu'à l'âge de 2 ans ], cette bipédie ira en s'estompant, car le trou occipital ( où s'articule la colonne vertébrale et le crâne ) régresse vers l'arrière… Le développement des mâchoires et du crâne ( qui alourdit le corps vers l'avant ) incite le chimpanzé à prendre appui sur ses membres antérieurs. En outre, le développement en longueur des ailes iliaques rend la position bipède très incommode pour lui. Néanmoins, les bonobos adultes pourront encore passer 5 à 10 % de leur temps debout, surtout quand ils tiennent un objet ou un petit entre leurs mains. En résumé, la croissance du cerveau et du crâne des chimpanzés est accélérée par rapport à ce qui se passe chez l'homme. On peut donc penser que les singes ont évolué au–delà de l'Homo sapiens : ils lui sont phylogénétiquement postérieurs. Leur évolution a consisté en une spécialisation dans l'arboricolisme. Pourquoi les singe ne parlent–ils pas [ ou ne parlent–ils plus ] ? C'est d'abord parce que le larynx ( avec les cordes vocales ) est en position haute, ce qui réduit le volume pharyngal. La position haute du larynx empêche toute modulation des sons par le pharynx ! C'est en effet dans le pharynx ( dont le volume et les parois changent ) que les voyelles se modulent. De plus chez un chimpanzé, la langue occupe tout l'espace dans la bouche et ne peut plus remuer comme chez l'homme pour produire les consonnes… Last but not least, en position quadrupède avec le dos courbé et la tête dans le prolongement horizontal du corps, il devient très difficile de prononcer plusieurs sons ou mots à la suite ! Au niveau moléculaire, il y aussi un gène, appelé FOXP2, dont le rôle dans l'acquisition et le maintien du langage s'affirme au fur et à mesure des découvertes. Sur les 715 " lettres " ou nucléotides qu'il comporte, trois seulement font la différence entre le singe et l'homme… Pourtant les répercussions anatomiques et sociales sont immenses ! Ce gène FOXP2, mis en évidence en octobre 2001 par les généticiens du Max Planck Institut allemand, existe chez les mammifères autres que l'homme ; il étend en fait son action sur toute une myriade de gènes, au–delà du seul domaine du langage. D'autres gènes, comme HAR1F, nouvellement découvert par une équipe américano–franco–belge [ " Un gène hâte la formation du cerveau ", Science & Vie n° 1069, octobre 2006 ] expliquent les différences de développement entre le cerveau humain et celui des chimpanzés. En comparant les génomes de l'homme, du chimpanzé, de la souris et du rat, l'équipe de David Haussler ( Université de Californie ) a identifié 49 segments de chromosomes qui sont différents dans l'espèce humaine. Parmi eux, il y a le gène HAR1F qui induit la production d'une molécule ARN pendant la croissance du cerveau du fœtus. Ce gène s'exprime dans les neurones qui sont essentiels à la formation du cortex cérébral. Chez l'homme, une protéine est secrétée qui organise la mise en place des couches de neurones. Autrement dit, si la production de la molécule ARN, qui fait le lien entre le gène HAR1F et la protéine, est inhibée, la formation normale du cortex cérébral et de ses neurones est perturbée. On pourrait aussi parler de l'action de l'acide rétinoïque, en tant qu'activateur des gènes Hox. Ces derniers codent pour les protéines régulatrices d'autres gènes, et déclenchent une cascade d'activité des gènes : ainsi Hoxd9, d10, d11, d12 et d13, s'activent successivement dans les bourgeons des membres [ la zone où les 5 gènes sont activés correspond à une ZAP ( = zone d'activité polarisante ) ]. On connaît également le rôle " négatif " que joue l'acide sialique dans l'encéphale.
En fait, le NEU5Gc est inexistant chez l'homme… mais très présent à la surface des cellules des autres mammifères.
Non seulement, les humains n'expriment pas le NEU5Gc à la surface de leurs cellules,
mais ils produisent même des anticorps dirigés contre lui.
En fait, on s'aperçoit maintenant que beaucoup de facteurs chimiques ou génétiques sont susceptibles de modifier très rapidement l'apparence humaine : mutations, mais aussi facteurs épigénétiques, méthylation de l'ADN, inhibition de la production d'histones, etc. S'il peut y avoir modification, il peut y avoir aussi évolution après l'homme…
QU'ENTEND–ON PAR « DESHOMINISATION » ? Dans le mémorable ouvrage de Boris Porchnev et Bernard Heuvelmans
" L'Homme de Néanderthal est toujours vivant ", la définition de la déshominisation proposée par le père
de la Cryptozoologie se trouve à la page 450. Elle est décrite comme un éloignement progressif par rapport
aux traits qui caractérisent l'Homo sapiens.
Ces lignes sur la déshominisation ont été écrites en 1974. Ce qui interpelle, c'est qu'à travers les découvertes les plus récentes de la biologie, on voit à quel point d'importantes transformations anatomiques peuvent survenir dans le corps humain ! Nous l'avons déjà évoqué. L'expression d'un gène peut être inhibée au niveau de la transmission de l'information génétique par l'ARN messager, ou bien par l'action de protéines comme l'interféron. Il suffit finalement d'un tout petit changement dans la durée d'expression d'un gène pour que la forme d'un organisme soit profondément modifiée ! * On entend souvent dire que nous avons 99 % de gènes en commun avec le chimpanzé,
mais cela ne veut pas dire que nous descendons d'êtres semblables au chimpanzé actuel !
Une branche de la génétique, la paléogénomique, retrace les liens de parenté entre l'homme
et les espèces voisines, à partir de l'exploration du génome des espèces actuelles. En fait,
ce fameux " 1 % de différence " du patrimoine génétique entre homme et chimpanzé concerne
divers gènes à transformation rapide, liés essentiellement à la parole, à la multiplication des neurones
dans le cortex, au modelage du squelette et de la musculature.
Dans la conception classique, comment imaginer des mutations aléatoires produisant les dispositions caractéristiques de l'homme – et qui doivent passer par le crible de la sélection naturelle – en l'espace de quelques dizaines de générations seulement, comme le préconise le professeur Jean Chaline ? A contrario, dans le cadre d'une évolution menant au singe, les modifications inhérentes au fameux " 1 % " peuvent largement prendre leur temps… Pour Dame Nature, il est plus simple de " créer " un singe arboricole à partir d'un homme bipède, que l'inverse !
LA BIPEDIE EST INITIALE Dans les années 1980, j'ai développé la théorie de la bipédie initiale, modèle évolutif selon lequel les premiers mammifères – voire même les tout premiers vertébrés – avaient été bipèdes, eux–mêmes issus de formes marines homonculiennes au corps positionné verticalement dans l'eau.
En dehors du scénario dit de la " savane africaine ", au moins deux autres théories
se partagent toujours la faveur des chercheurs : celle de la foetalisation qui insiste sur
l'apparente néoténie ( persistance de caractères juvéniles ) chez l'homme adulte,
et celle du " singe aquatique ", qui intercale un stade marin entre singe et homme.
Nous savons que notre main pentadactyle, à structure osseuse rayonnante, est primitive
et qu'elle n'a jamais servi de support au corps pour une locomotion sur quatre pattes. Mais pour bien comprendre
le caractère initial de la bipédie, il faut considérer les autres caractères anatomiques intrinsèquement liés
à la posture bipède. Ce sont : le gros cerveau dans un crâne rond, la régulation de la température
corporelle ( homéothermie ), et la viviparité placentaire.
Notre phylogenèse [ histoire évolutive ] peut se lire dans l'embryon. Si nous comparons entre eux des embryons de vertébrés, nous constatons que :
L'angle droit formé par la base du crâne, que l'on peut voir chez tous les embryons à un stade précoce,
persiste sous cette forme chez l'homme, alors que chez les quadrupèdes, il tend à l'horizontalité ( angle plat )
ce qui rend aussi possible l'orientation de leurs yeux vers l'avant, parallèlement au sol !
Nous retiendrons ici que les embryons de quadrupèdes sont potentiellement bipèdes. La forme du crâne est ronde, le regard est dirigé vers l'avant. Comme Haeckel, nous les dessinons spontanément en position debout [ ci–dessous ].
Dans la suite du développement embryonnaire, l'angulation primitive de la base du crâne disparaît chez le quadrupède ( elle est encore de 140° chez les grands singes, de 160° chez les petits singes ). Ainsi la tête se retrouve–t–elle dans le prolongement horizontal du corps quand l'animal se met à 4 pattes et que son regard se porte vers l'avant. On peut en déduire que les quadrupèdes présentent une spécialisation anatomique dérivée,
et en tout cas postérieure à la locomotion bipède de leurs ancêtres qui partageaient cette caractéristique avec ceux de l'homme.
L'UNITE DE PLAN DES VERTÉBRÉS La théorie de la bipédie initiale repose en premier lieu sur une constatation en embryologie :
plus les stades de développement des embryons de vertébrés sont précoces, et plus ils se ressemblent.
Tous les vertébrés, malgré un aspect physique souvent très différent à l'âge adulte, présentent un PLAN de BASE ( " Bauplan " ) similaire, avec des structures caractéristiques communes : Ces structures bien visibles sur l'embryon déterminent un axe antéro–postérieur : l'axe principal du vertébré, avec la tête à l'avant de cet axe, suivie par le tronc et les appendices pairs ( membres pentadactyles pour les vertébrés terrestres, nageoires pour les poissons et autres vertébrés aquatiques… ), et enfin la queue post–anale. [ Il y a une autre polarité dorso–ventrale, la bouche déterminant la face ventrale ] Pour illustrer le rapport entre embryogenèse et déroulement évolutif, on peut montrer qu'il existe une colinéarité relative du temps biologique et du temps phylogénétique. Nous avons une cavité buccale avant d'avoir les ébauches du crâne, les ébauches du crâne avant d'avoir des doigts, et nous avons des doigts avant d'avoir le pouce opposable. Tout cela reflète l'histoire évolutive de notre ancêtre, l'homoncule marin.
Cette constante du plan d'organisation d'un vertébré suggère des mécanismes de développement semblables. Tel est bien le cas : tous les embryons de vertébrés passent par un stade à peu près identique pour l'ensemble du phylum, le stade " phylotypique ". On peut le comparer avec le stade nauplius de la larve des crustacés, semblable chez les crabes, les balanes ou les anatifes, alors que l'aspect de l'adulte est très différent [ voir ci–dessus ]. Ce stade phylotypique présente, entre autres caractéristiques : A ce stade, qui est un peu celui du têtard de grenouille avant le développement des pattes, tous les embryons de vertébrés se ressemblent, et les caractéristiques de chaque classe ou groupe, comme le bec, les ailes ou les nageoires, n'apparaissent que plus tard. Bien sûr, des différences entre les embryons ou les larves existent. Contrairement à ce que pensait Ernst Haeckel, un zoologiste de la fin du 19ème siècle, la sélection n'a pas seulement pour cible les animaux adultes, mais des mécanismes évolutifs agissent également sur les stades précoces. On a les exemples des épines de protection chez les larves de certains poissons du plancton, ou les larves ( têtards ) de grenouilles, qui présentent des glandes adhésives. D'autres différences constatées sur les embryons ou larves sont essentiellement liées aux modes de reproduction, très différents d'un vertébré à l'autre :
Dans le cadre théorique de la bipédie initiale, c'est l'embryon de mammifère – et son mode de développement ( viviparité placentaire ) – qui sont considérés comme les plus anciens ( primitifs ) dans le groupe des vertébrés. Cette hypothèse est validée par la présence de formes vivipares dans les autres classes : des poissons cartilagineux aux reptiles, en passant par les amphibiens, avec la seule exception notoire des oiseaux ( tous ovipares ). Si l'on fait abstraction des structures extra–embryonnaires qui se développent parallèlement à l'embryon stricto sensu, on peut constater que l'aspect " reconnaissable " de celui–ci n'intervient qu'assez tardivement, au début de la 4ème semaine de gestation chez l'homme. Après les stades de la blastula, puis de la gastrula et de la neurula, commence véritablement l'organogenèse ( = édification des organes ) à partir des trois feuillets embryonnaires. Cela va se faire sensiblement de la même façon chez tous les vertébrés. Au cours du développement précoce de l'embryon, la chorde va s'allonger considérablement
et former une baguette rigide.
LA BIPÉDIE EST INSCRITE L'allongement du corps [ de l'embryon ] résulte ainsi de l'extension mécanique de la chorde
et des organes axiaux ( tube digestif, neural ), dans leur ensemble.
En effet, comme il y a une gaine autour de la chorde, et que la croissance se fait surtout dans la partie centrale, les extrémités antérieures et postérieures ne s'allongent pas, mais vont se plier, tout naturellement. Si au début de la 4ème semaine, l'embryon humain est encore un disque plat, ovoïde,
il grandit maintenant en longueur, et subit le processus que nous venons de décrire.
Comme l'embryon grandit plus vite en longueur qu'en largeur, ces inflexions sont davantage marquées
aux extrémités crâniale et caudale de l'embryon.
Ainsi, la flexion de la base du crâne se met–elle en place à un stade précoce du développement des vertébrés. C'est un caractère qui se trouve le mieux préservé chez l'homme bipède ! [ cf. les schémas ci–dessus ] D'un point de vue évolutif, le caractère de la bipédie est ancien, on le trouve non seulement chez les mammifères, mais aussi chez les reptiles et les oiseaux. Comme le disait Bernard Heuvelmans, c'est près de la moitié des vertébrés terrestres, vivants ou ayant existé, qui sont – ou ont été – bipèdes… Pas besoin de faire intervenir le bon Dieu, ni les petits hommes verts, la bipédie originelle chez les vertébrés est la résultante des seules contraintes et actions mécaniques sur la chorde dorsale, au cours du développement de l'embryon ! Cette flexion de la base du crâne ne se retrouve – à l'âge adulte – plus que chez l'Homo sapiens, mais elle a caractérisé les tout premiers vertébrés. C'est pourquoi la bipédie est initiale. Actuellement, l'homme est le seul à présenter cette station debout parfaite, liée à la bipédie et au gros cerveau, mais qu'on le veuille ou non, il s'agit bien là de la préservation d'un caractère ancien, l'homme est le " prototype du vertébré ". Tous les embryons de vertébrés présentent – à une étape souvent précoce de leur développement – cette flexion de la base du crâne, synonyme de bipédie. En fait, c'est la mécanique même du développement embryonnaire qui conditionne ce " passage obligé par la bipédie ". Zoologiquement parlant, le redressement de la flexion du crâne est donc une spécialisation évolutive. Ainsi la bipédie est–elle un caractère originel et ancien chez les vertébrés, tandis que la quadrupédie est, quant à elle, un caractère dérivé, " évolué ", tout comme la perte ultérieure des membres ( apodie ) ou leur transformation en nageoires ! On dit souvent que " la face est une mâchoire portée, guidée par la vue et l'odorat ". C'est vrai dans tous les cas. Chez un animal quadrupède, le crâne se déforme : le trou occipital glisse vers l'arrière ; le corps se meut dans un plan horizontal, parallèlement au sol.
LA COURBURE CEPHALIQUE DETERMINE Revenons juste quelques instants à la courbure céphalique chez l'embryon. Elle a des conséquences,
non seulement pour le développement de la face et du cou, mais aussi dans la différenciation primitive du cerveau,
car c'est entre rhombencéphale et moelle épinière que va se faire la " cassure ". Cette partie du tube neural
a un aspect de " losange ", d'où le nom de rhombos : c'est un effet mécanique courant,
que chacun peut obtenir en pliant un tube en plastique ou une paille !
Ce qui est intéressant de noter – dans le cadre de l'hypothèse de l'homoncule marin – c'est que l'induction [ action d'un tissu sur le développement d'un autre ] ne se fait pas de la même façon pour toutes les régions du cerveau. Autour de la chorde, du tissu cartilagineux va se former, c'est l'origine des os de la base du crâne qui bordent le trou occipital ; en avant de la chorde, le cerveau embryonnaire s'allonge. Ainsi se développent, chez l'homme, les deux gros hémisphères cérébraux.
Chez l'embryon, le développement du cerveau se fait par un enroulement vers l'arrière
des vésicules télencéphaliques, particulièrement développées chez l'homme. Au cours de l'ontogenèse, l'enroulement
du cerveau l'amène à peser électivement sur la partie postérieure et inférieure du crâne,
donc sur la branche postérieure de l'angle sphénoïdale : ce mécanisme fixe cette branche dans sa position embryonnaire,
chez les espèces les plus céphalisées, comme l'homme bipède.
Cela implique que la cérébralisation soit apparue avant la bipédie fonctionnelle,
en même temps que la station droite permanente. On sait par ailleurs que d'un point de vue embryologique,
le cerveau précède le crâne.
LIENS DE LA THEORIE DE LA BIPEDIE INITIALE Les hominidés fossiles, tels Homo erectus ou Homo neanderthalensis,
constituent des lignées distinctes !
Compte tenu de notre proche parenté génétique, si, comme l'écrit le paléoanthropologue Pascal Picq, l'homme et le chimpanzé sont frères, que dire des hominidés fossiles retrouvés en divers points du globe : australopithèques, pithécanthropes et néandertaliens ? A mon avis, les deux derniers sont des hommes spécialisés, adaptés à un habitat semi–aquatique :
mangroves, forêts inondées, tout au moins à l'origine ( certains pithécanthropes ou néandertaliens tardifs
ont pu développer des formes montagnardes ).
Une grande majorité de scientifiques pense qu'il n'y a plus que l'Homo sapiens actuellement sur Terre.
On peut penser que plusieurs formes d'hommes survivent sur notre planète, malgré la prédominance actuelle
de l'Homo sapiens, favorisée par de bonnes conditions climatiques. Cela n'a pas toujours été le cas, et la situation
pourrait bien s'inverser un jour…
La plus connue d'entre elles, le yéti, devrait plutôt être un singe, proche de l'orang–outan. Mais peut–être y a–t–il encore quelques Homo erectus dans l'Himalaya ou le Caucase, voire des néandertaliens ( barmanu, au nord–est du Pakistan ) ? Au terme d'un voyage d'études dans l'Orégon en 2003, je suis personnellement arrivé à la conclusion que le " bigfoot " local pourrait être un Homo erectus géant, aux mœurs amphibies : il suivrait des voies migratoires qui le poussent à descendre à la nage les côtes Pacifiques du Canada et des Etats–Unis, et à venir se reproduire dans les denses forêts de ces régions, avant de remonter vers le nord. Intelligent, mais de caractère plutôt farouche, le bigfoot ou sasquatch évite l'homme ; il ne connaît ni le feu, ni les outils. L'équivalent fossile du sasquatch pourrait être le méganthrope, trouvé à Java : une sorte d'Homo erectus de grande taille qui vivait dans les lagunes et les forêts inondées.
Les Homo erectus ou ergaster étaient vraisemblablement une forme robuste
et amphibie de l'homme, ce qui explique l'ossature compacte du squelette, ou bien la forme hydrodynamique
du crâne ( déprimé antéropostérieurement, et muni d'une large " casquette " au–dessus des yeux ).
Pour terminer avec le thème des hommes sauvages, et la possible survivance de néandertaliens, voici que ce m'a écrit récemment Robert Dumont, le talentueux dessinateur des illustrations hors–texte qui accompagnent cet article : " Les anciennes figures d'hommes à tête de chien représentent des personnages anthropomorphes,
vêtus et chaussés à la manière des bourgeois du Moyen–Age : leurs vêtements ne laissent voir
que leurs mains ( qui sont humaines ) et leur tête qui est celle d'un canidé […]
Or tout dernièrement, en préparant le dessin du stade déshominisation pour le Colloque du 14 octobre,
j'ai dessiné deux néandertaliens de profil, en respectant les directives d'Heuvelmans : oncognathisme et nez retroussé.
RECONSTITUTION PHYLOGENETIQUE Dans mon hypothèse, je place au tout début de l'évolution des vertébrés un homoncule marin.
Ces traits structuraux sont acquis dès la phase aquatique.
Le gros cerveau originel est important à bien des égards. Garant d'une bipédie ancienne, il " verrouille " l'angulation sphénoïde qui permet la position debout, sans oublier l'intelligence et les facultés cognitives. La forme humaine est ancienne, nos ancêtres ne sont pas issus de singes quadrupèdes. Ce ne sont pas les 'rustres' hominiens que dépeignent l'iconographie savante ou les films grand public du genre 'Odyssée de l'Espèce'. * Voici le scénario que je propose à la discussion.
CONCLUSION Paradeigma signifie en grec : " modèle ". Dans le sens moderne,
le paradigme est un modèle théorique de pensée qui oriente la recherche et la réflexion scientifiques.
Un paradigme a une valeur explicative, il conditionne pour une branche donnée de la recherche scientifique, non seulement le vocabulaire, mais aussi les questions qu'il convient de poser, l'orientation qu'il faut prendre, ce que l'on doit rechercher, et la manière dont il faut procéder. Prenons un exemple simple qui m'a été suggéré par un correspondant, M. Roger Sansoucy :
la pousse des cheveux chez l'homme. Si on ne les coupe pas, les cheveux peuvent atteindre, voire dépasser un mètre en longueur.
* Tout paradigme a une valeur explicative en fonction des connaissances du moment :
la science progresse en passant d'un paradigme à l'autre ! Une telle démarche est dite heuristique,
car elle permet d'établir des programmes de recherche qui vont, les uns, essayer de valider le modèle proposé,
et les autres, l'invalider.
La poursuite des recherches dans des domaines aussi divers que la génétique, l'embryologie, la biologie du développement, l'anatomie comparée, la paléontologie et l'anthropologie, permettront dans l'avenir une approche plus réaliste des origines de l'homme, qui, je l'espère, sera en accord avec le modèle de la " BIPEDIE INITIALE " que nous venons de voir aujourd'hui.
BIBLIOGRAPHIE
BARLOY Jean–Jacques : " Les Survivants de l'Ombre " – Arthaud ( 1985 ).
Addendum : Au cours d'une émission radiophonique, le 30 novembre, sur Europe 1 ( Jacques Pradel ), j'ai entendu le biophysicien français Vincent Fleury discourir de thèses assez semblables aux miennes. Il évoque également la " bascule " de la tête chez l'embryon, et que " tout naturellement, l'homme est fixé génétiquement depuis qu'il y a des animaux vertébrés ! ". Pour Vincent Fleury, chercheur au CNRS à l'Université de Rennes–1, " Dieu se tourne les pouces depuis 1 milliard d'années ", c'est–à–dire depuis le moment où fut élaborée la structure du premier vertébré. Vincent Fleury est l'auteur du livre : " De l'œuf à l'éternité – Le sens de l'évolution ", publié en novembre 2006 chez Flammarion.
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Révélations sur le manuscrit de Voynich
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