LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


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( mars 1990 )

Sommaire :

 


ETAT ACTUEL DE LA QUESTION DU YETI

par  Benoît GRISON

 

ABSTRACTS : In spite of its popular discredit, some respected scientists still turn one's attention to the Yeti question, which incited the author to write this short review, intended for uninformed naturalists. After an historical skimming of the casebook, the analysis of some unexplained tracks and of material evidence is done : it clearly tends to show that the possibility of the existence of an unknown pongid in the Himalayas is highly probable. A synthetic description of this anthropoid, based on reliable testimonial evidence, and ecological/zoogeographical data are given.
In conclusion, the problem of the systematic relationships of the unknown ape with Pleistocene, Pliocene and Miocene fossil forms from China, Vietnam and Indian subcontinent is approached.

 

1921. Le chef de l'expédition de reconnaissance de l'Everest, le Lieutenant-colonel HOVARD-BURY, télégraphie une nouvelle stupéfiante : lui et ses équipiers ont relevé la présence de traces d'apparence humaine, mais trois fois plus grandes que la moyenne, au niveau du col de Lhapka-La, situé à 6 400 m d'altitude au nord-est de la montagne ( 1 ) ! HOVARD-BURY pensait pouvoir les attribuer à un loup gris égaré, mais reproduisit dans sa dépêche à titre informatif l'explication des porteurs Sherpas : il s'agirait du Meteh kangmi ( c'est-à-dire littéralement ''l'homme sauvage qui vit dans les neiges ( éternelles )''. C'est cette dernière hypothèse que retiendra la grande presse, et un journaliste du Calcutta Statesman, Henry NEWMAN, fort piètre linguiste, éprouvera le besoin de retraduire à sa manière le nom de la créature énigmatique par ''abominable homme des neiges''. Ce nom de baptême malencontreux plaçait d'emblée la question de l'homme des neiges sous le signe du ridicule et du sensationnel : aussi n'est-il pas étonnant que de nos jours le grand public soit peu enclin à croire en l'existence de l'hypothétique primate himalayen. Et pourtant, des autorités en matière de Primatologie et d'Anthropologie tels que W.C. OSMAN HILL ( 2 ), C.S. COON ( 3, 4 ) ou encore George SCHALLER ( 5 ), se sont prononcés en faveur de l'existence du Yéti et un excellent zoologue comme Bernard HEUVELMANS ( 6, 7 ) a consacré des années à l'étude du problème. Cela devrait nous inciter, un instant débarrassés de nos préjugés, à ouvrir le dossier de l'homme des neiges et à essayer d'y voir plus clair.

 

HISTORIQUE

  La croyance de la plupart des ethnies de l'Himalaya en l'existence d'un ogre sauvage et velu, laissant des pistes insolites dans la neige, se perd dans la nuit des temps [ les rites Bon, très antérieurs au Lamaïsme, comprennent l'utilisation d'un produit organique censé être tiré de la dépouille de tels êtres ( 8 ) ] et est reflétée dans les cosmogonies ( 9, 10, 11 ). La première mention écrite connue d'un 'homme sauvage' ( Meteh ) se trouverait dans le 26ème chant du yogi et ascète tibétain MILAREPA qui vécut de 1038 à 1122 après J.C., où celui-ci mentionne incidemment le Meteh comme étant un de ses compagnons de jeux favoris ( 12 ) ! On retrouve ensuite la trace de la même créature au XVIII° siècle, dans un livre de médecine sino-tibétain, où elle est figurée noire, massive et très velue ( 13 ). Malgré tout, l'Occident prenant contact fort tardivement avec le monde himalayen, il faut attendre 1832 pour qu'un européen parle enfin du Yéti [ peut-être les 'satyres' montagnards des Indes orientales de PLINE ( 14 ), s'il ne s'agit pas de Semnopithecus, ont-ils trait à notre sujet - c'est peu probable ] : B.H. HODGSON, résident anglais à la cour du Népal, rapporte que des chasseurs népalais auraient été très effrayés par un homme sauvage et velu, qualifié de Rakshas [ dans une transcription correcte, il conviendrait d'écrire Rakshasas ] : ''démons'' en sanscrit ( 15 ). Puis, en 1889, un voyageur anglais, L.A. WADDELL, découvre dans la neige, au nord-est du Sikkim, des traces de pas démesurées qu'il attribuera malgré les affirmations des Sherpas à un ours ( 16 ).
  Le premier témoignage oculaire européen date de 1905, et il est le fait d'un autre Anglais, W. KNIGHT, qui ne devait rapporter son observation que bien plus tard dans le Times. Lors de son retour du Tibet vers l'Inde, isolé en queue de caravane, il avait vu un être "d'un peu moins de 1m83 de haut et (…) presque complètement nu (…) ; il était partout d'une sorte de jaune pâle (…), avait sur la tête une tignasse de cheveux emmêlés, peu de poils sur le visage, des pieds extrêmement plats et de grandes mains formidables" ( 17 ). Peut-être bien plus importante du fait de la personnalité de l'observateur est l'aventure vécue par H. ELWES, naturaliste éminent, qui, d'après ce que l'on sait, a vu au Tibet en 1906 non seulement les classiques empreintes, mais aussi l'auteur de celles-ci, à savoir un grand bipède velu, qui s'enfuit en courant, et disparut au loin derrière une crête. ELWES prit semble-t-il notes et croquis, qu'il a souvent montrés à des proches, mais pour sauvegarder sa réputation de sérieux, il les aurait brûlés… ( 18, 19 ).
  Si, durant les années qui suivirent, peu de descriptions vinrent s'ajouter à celles évoquées précédemment, les relevées de pistes devinrent par contre très fréquents : rien d'étonnant à cela, puisque l'ère des grandes expéditions himalayennes débutait. Ainsi, par exemple, durant l'été 1931, le lieutenant-colonel E.B. BAUMAN découvre des empreintes près de la source du Gange à 4 200 mètres d'altitude ( 6 ). En 1936, c'est au tour de Ronald KAULBACK de trouver "cinq séries de traces qui paraissaient (…) avoir été faites par un homme nu-pieds " à 4 800 m dans un col près des Bumthang Gompa au Népal. KAULBACK pense alors qu'il peut s'agir d'une Panthère des Neiges, hypothèse qu'il juge néanmoins peu satisfaisante ( 20, 21 ). 1937 : F.S. SMYTHE mesure et photographie plusieurs empreintes très déformées dans la vallée indienne du Bhyundar à 6 000 m : le grand biologiste Julian HUXLEY les attribue sans hésiter à une sous-espèce de l'Ours brun ( 22 ). Quant à John HUNT, il relève des traces dans la région du col de Zemu, au nord-est du Sikkim à 5 800 m. De son côté, toujours en 1937/1938, H.W. TILMAN découvre en franchissant le même col une trace de pas fraîche ressemblant à celle d'un soulier ( ? ) alors qu'aucun alpiniste n'est passé par là depuis un certain temps… ( 23 ).
  Mais la première piste dont on ait fait un relevé précis et une description détaillée est sans contexte celle découverte en novembre 1951 à environ 6 000 m sur l'un des versants du Menloung-Tsé par Eric SHIPTON, qui de son propre aveu, n'en avait "jamais trouvé d'aussi bien conservées" par le passé ( 24, 25 ). Elle va nous permettre enfin d'étudier le problème de l'homme des neiges sur la base d'indices un peu solides. Par la même occasion, nous en profiterons pour nous préoccuper d'autres pistes présentant un certain intérêt qui ont été découvertes à la même époque ou par la suite. Pour cette rapide analyse critique, nous nous fonderons pour l'essentiel sur les travaux du Dr HEUVELMANS ( 6 ) qui le premier a eu recours à l'Ichnologie, la science des empreintes, pour aborder la question.

 

LE PROBLEME DES EMPREINTES

  La piste de 1951 s'étendait sur 1 600 mètres. Au premier abord, la vue d'ensemble des traces de pas donnent l'impression qu'il s'agit des empreintes d'un gros primate bipède. Un détail surprenant relevé sur le gros plan du pied, à savoir l'existence de seulement 4 orteils peut être facilement expliquée si l'on suppose que le 3ème doigt résulte en fait de la fusion de 2 orteils distincts, ce sur quoi tout le monde d'accorde. Cette question annexe étant résolue, si l'on concentre son attention sur la seule photo de la trace de pied, il est possible d'assimiler cette dernière à celle d'un Ours himalayen, ce qu'a d'ailleurs fait le professeur BERLIOZ à l'époque ( 26 ). Mais c'est trop vite oublier la piste dans son ensemble : s'il arrive à l'Ours de marcher sur 2 pattes, il ne peut pas parcourir ainsi 1 km. L'hypothèse du quadrupède est meilleure puisqu'un tel animal, à condition qu'il possède le même écartement de membres devant et derrière, et qu'il pose ses extrémités antérieures sur les empreintes des postérieures, peut produire une piste de Yéti tout à fait acceptable. Mais on obtient alors des traces fort brouillées alors que celles relevées étaient on ne peut plus nettes…
  John NAPIER compliqua encore le problème lorsqu'il affirma en 1972 avoir reçu des confidences de l'un des compagnons de SHIPTON selon lesquelles les photos de la piste et de l'empreinte n'auraient rien à voir et auraient été associées artificiellement ( 27 ). Si, malgré le caractère incertain de cette information, on l'admet, il ne reste plus que le gros plan du pied pour trancher. NAPIER l'a étudié soigneusement, et lui qui était d'habitude fort sceptique quant au caractère inconnu des empreintes de Yéti, conclut pourtant qu'il ne s'agit pas d'une trace d'Ours, mais plutôt de la surimpression de 2 empreintes différentes ( un pied nu humain sur une botte de montagne ? ) ce que Eric BUFFETAUT et Pascal TASSY jugent 'peu probable' ( 28 ). En fait, que le gros plan soit ou non à séparer de la vue d'ensemble, la supposition la plus crédible reste que l'on a affaire aux traces d'un bipède qui n'est pas un Ours.

Pied de Yéti ( à gauche ) comparé à ceux de Pan, de Gorilla gorilla, var. gorilla ;
puis Gorilla gorilla, var. beringei ; et enfin ( à droite ) Pongo - Faces plantaires.
[ d'après CRONIN, NAPIER, SCHULTZ et WASHBURN, modifiées ]

  En mai 1955, c'est au tour du géologue Pierre BORDET de suivre une belle piste sur plus d'un km dans la vallée du Barun, et de compter près de 3 000 empreintes qu'il photographie ( 29 ). Une fois de plus, l'ensemble de la piste, qui est assez différente de celle relevée par SHIPTON, évoque irrésistiblement un animal bipède. Pour NAPIER, on a affaire aux traces laissées par un Ours de l'espèce Selenarctos thibetanus. Cette explication est insoutenable, puisque selon BORDET, le Yéti à un moment donné "a sauté directement et continué : pas traces de ses pattes de devant", ce qui prouve le bipédisme de la créature. De plus, le géologue ne signale à propos des orteils que "le premier vers l'intérieur est plus gros que les autres et peut-être légèrement en retrait" ( 29 ) : or, chez l'Ours, justement, le plus gros des orteils se trouve à l'extérieur, contrairement à ce qui s'observe chez les Primates… Et là encore, pour les mêmes raisons que celles déjà mentionnées, il ne peut s'agir d'un quadrupède…
  La 3ème piste remarquable a été relevée à 3 700 m en décembre 1972 par Edward CRONIN, un biologiste professionnel, alors qu'il effectuait une reconnaissance dans les régions de haute altitude proches du massif de Kongmaa-La. Non seulement CRONIN est certain au vu des conditions climatiques qu'il ne peut s'agir du résultat d'une érosion, mais il est de surcroît formel quant au bipédisme de l'animal, et affirme que compte tenu de son expérience "les traces relevées (…) n'ont été laissées par aucun mammifère connu à ce jour" ( 30 ). De tels propos dans la bouche d'un spécialiste de la faune himalayenne revêtent une importance capitale !
  En résumé, il est évident que les 3 pistes étudiées ci-dessus ne peuvent qu'être attribuées à un bipède quasi-permanent appartenant sans doute à l'ordre des Primates. Cela nous permet donc d'écarter a fortiori l'hypothèse selon laquelle des petits singes, comme les Semnopithèques, auraient pu être à l'origine des traces : ils sont quadrupèdes et de petite taille. L'explication avancée en 1960 par l'ethnologue Michel PRISSEL ( 31, 32 ), selon laquelle des Sherpas ayant aux pieds des chaussures traditionnelles bourrées de paille créeraient les empreintes classiques n'en est pas pour cela confortée : les traces laissées par de telles chaussures sont de forme bien différente de celles du Yéti, et les conditions ou circonstances dans lesquelles la plupart des relevés ont été faits enlèvent tout crédit à cette théorie. Ainsi, feu HERGE ( alias Georges REMI ) m'a écrit que Maurice HERZOG lui avait confié "avoir vu des traces laissées dans la neige par un être qui (…) n'appartenait à aucune espèce (…) connue. Et, plus étrange encore, ces traces s'arrêtaient brusquement au pied d'un pan de montagne quasi-inaccessible…" ( 33 ). On comprend mal comment les Sherpas, aussi farceurs soient-ils, parviendraient à monter une telle mise en scène.
  Bien entendu, de nombreuses autres traces du même type que celles évoquées plus haut ont été trouvées au fil des ans, notamment en 1952 par l'expédition suisse dirigée par le Dr WYSS-DUNANT, en 1953 par John HUNT à nouveau, en 1954 par N.G. DYHRENFURTH et ses compagnons ( 34, 35, 36 ), en 1955 par l'expédition de la RAF dans l'Himalaya, et en 1959 par l'anatomiste Teizo OGAVA… En novembre 1974, 2 pistes parallèles ( un mâle et une femelle ? ) particulièrement nettes furent moulées par l'expédition polonaise du Lhotse, et en 1976, l'équipe française à l'assaut du Thabotche tomba sur des empreintes similaires ( 12, 37 ). De même, en 1978, Lord HUNT et sa femme photographièrent des traces fraîches dans une vallée du versant inférieur de l'Everest ( 38 ). Enfin, un chercheur qui a beaucoup travaillé sur la question de l'homme des neiges, René de MILLEVILLE, est tombé souvent ces dernières années sur des traces proches par la forme de celles relevées en 1951 ( 39 ).
  De la seule étude des traces, à condition bien sûr de ne pas prendre en compte ce qui est imputable aux déformations et sublimations d'origine thermique [ cf. BAUER ( 40 ) et PRANAVANANDA ( 41 ) ], il semble ressortir qu'il existe dans la chaîne himalayenne un primate ignoré à locomotion le plus souvent bipède. Les mesures d'empreintes révèlent que la longueur du pied de cet animal varie en moyenne de 20 à 35 cm, et sa largeur de 11 à 15 cm environ, ce qui signifie que les plus grands individus doivent mesurer 2,10 m de haut, ce qui semble confirmé par les témoignages.

 

PIECES A CONVICTION

  Arrivés à ce point de notre enquête, il est légitime de nous demander s'il existe des indices matériels supplémentaires en faveur de l'existence du Yéti. Certes, on a longtemps considéré comme des pièces à conviction essentielles des scalps attribués à l'homme des neiges, mais une étude soignée a montré qu'ils étaient constitués de peau de Sarow, un capridé himalayen [ l'un d'entre eux devait être porté à l'origine par des danseurs lors de cérémonies tantriques afin de figurer le Yéti ( 42 ) ]. Malgré tout, certains se font depuis quelque temps à nouveau les défenseurs de l'authenticité de ces scalps, mais aucun travail scientifique publié n'est là pour soutenir leur thèse.
  De même, les rumeurs concernant la présence de dépouilles naturalisées d'hommes des neiges dans certaines lamaseries, comme celles de Sera ou de Rhibotchi au Tibet, semblent bien vagues et inconsistantes ( 6, 43 ). Quant à la main momifiée qui est présentée à Pangbotchi comme étant celle d'un Yéti, elle est incontestablement humaine, et ne peut par là même appartenir à un être décrit unanimement comme un singe anthropoïde. Ce qui ne veut pas dire qu'elle soit inintéressante, puisque certains anthropologues réputés lui ont trouvé une allure assez néanderthalienne ( 18, 42 ) [ voir plus loin ].
  Par contre, le problème des excréments semble plus digne d'intérêt. Si beaucoup des fèces trouvées dans les années 1950-1960 pouvaient être assimilées à la rigueur d'après leur composition à celles d'un Ours, certaines d'entre elles, analysées à l'Institut Royal des Sciences Naturelles de Belgique, contenaient des œufs de vers Nématodes d'espèce inconnue… ( 36 ). On ne sait par contre quels ont été les résultats de l'examen scientifique des excréments trouvés en 1979 par l'expédition anglaise dirigée par John EDWARDS dans la vallée de l'Hinku, au voisinage d'empreintes ( 44 ).
  Quant au poil attribué à un Meteh népalais et qui était parvenu en 1985, à des fins d'étude, au Muséum d'Histoire Naturelle de Paris, il n'a pas pu être identifié, selon Michel TRANIER du laboratoire de mammalogie du Muséum, il s'agit "du poil d'un grand primate roux" ( 45 ). L'animal connu dont se rapprochait le plus son possesseur était l'Orang-outan. Ce poil aurait été égaré, puis retrouvé. Espérons que ceux rapportés par MILLER & CACCIOLFI en 1986 ne connaîtront pas le même sort ( 46 ).
  A ce jour, la seule photo qui puisse être prise un peu au sérieux est due à A.B. WOOLDRIDGE, qui l'a prise en mars 1986 à la lisière de l'Inde du Nord et à l'Ouest du Népal ( 47 ). Ce cliché, effectué à peu près à 150 m de distance, me paraît comme à beaucoup, figurer un gros rocher plutôt qu'un être vivant.
  En fait, la plus intéressante des pièces à conviction semble être un masque provenant d'un monastère tibétain qui a été exhumé en 1962 au Musée des Poupées de Moscou. Le professeur USPENSKI, de l'Université de Moscou, pense que l'artiste qui a façonné cet objet à usage rituel a pris pour modèle une tête momifiée de l'animal, sur laquelle certaines parties molles étaient encore intactes ( 48 ). Il doute "qu'il s'agisse d'un objet de fantaisie", et a observé une si parfaite cohérence anatomique qu'il a pu faire réaliser une reconstitution de la tête de l'animal vivant sous forme d'un buste. Selon lui, on a sans doute affaire à un anthropoïde qui, par bien des traits, serait plus évolué que le Gorille et le Chimpanzé.

 

DESCRIPTION DE L'ANIMAL

  A partir des années 50, plusieurs expéditions de recherche vont se succéder, entre autres celles de 1954 dirigée par R. IZZARD ( 49, 50 ), et en 1957-1958 l'expédition SLICK-JOHNSON ( 51 ) [ leurs continuateurs récents étant pour le pire l'extravagant William GRANT en 1985 ( 37 ), ou encore en 1987 Robert HUTCHINSON ( 52 ), qui était tout de même plus sérieux ]. Si elles reviennent bredouilles, elles n'en fournissent pas moins d'intéressantes informations données par les Sherpas ( 53, 54 ). Parallèlement, et cela après une longue interruption, les observations émanant d'occidentaux vont refaire leur apparition. Passons rapidement sur le récit de l'Argentin Orlando René BRAVE qui aurait observé en 1956 la dépouille d'un Yéti abattu par un de ses porteurs, mais aurait laissé ce dernier escamoter le corps sans réagir ( ! ? ) ( 55 ). Plus intéressant est le récit de Don WHILLANS qui a rapporté qu'en 1970, dans la région du Mahalangur Himal, alors qu'il campait avec un coéquipier à 4 200 m d'altitude, il découvrit une piste, puis, dans la soirée, vit aux jumelles un anthropoïde noir bondissant à 4 pattes le long d'une crête ( 56 ). Au début des années 80, c'est un diplomate qui au cours d'un voyage au Népal voit un énorme homme des neiges traverser la route devant lui… ( 57 ). Enfin, on annonce en 1986 la rencontre qu'a faite l'alpiniste R. MESSNER d'un Yéti, mais MESSNER n'a pas donné à ce jour de récit détaillé de l'événement ( 37, 58 ).
  Il est donc possible, à condition d'écarter certains cas douteux ou mythifiés, ainsi que les confusions avec des animaux connus ( Langur, Ours himalayens, dont la systématique n'est pas toujours clairement débrouillée ! ) d'esquisser un portrait à la fois cohérent et précis du Yéti : pour ce faire, nous nous fonderons entre autres sur les travaux de Bernard HEUVELMANS et de R. de MILLEVILLE. Il apparaît nettement que la distinction longtemps faite entre 3 types d'hommes des neiges en région orientale est totalement spécieuse : il est d'ailleurs assez facile de démontrer qu'elle est essentiellement fondée sur des confusions linguistiques, des différences d'âge et de sexe, ainsi que peut-être sur des observations du petit macaque à face rouge ( Macaca speciosa ) élevé au rang de Yéti pygmée.
  Le Yéti sensu stricto se présente comme un singe anthropoïde appartenant apparemment à la famille des Pongidés ( Chimpanzé, Gorille, Orang ). Sa taille varie de 1,40 à 2,10 m : il a la stature d'un adolescent [ les pongidés non identifiés qu'on signale au Tibet sont eux plus grands ]. Il faut noter au passage l'importance du dimorphisme. Le Yéti a un pelage brun roux ou gris roussâtre, plus noir sur la base du corps : le polymorphisme génétique caractéristique des Primates peut jouer aussi dans les descriptions de couleurs variées qui sont données, outre la difficulté d'observation. On remarquera une longueur particulière des poils sur les épaules, le dos, les bras et les cuisses. La tête est très grosse, conique - en forme de 'pain de sucre' - et sans cheveux. Les poils y semblent séparés par ce qui est décrit comme une 'grosse raie' ou encore une 'crête de coq', et que l'on identifie comme étant une 'crête sagittale', laquelle est très marquée chez le Gorille mâle ( surtout celui de montagne ) et dont la saillie crée une sorte de cimier chez ces primates. L'existence de cette structure chez le Yéti est prévisible, puisqu'il est doté d'une mâchoire massive, ce qui entraîne une 'hypertrophie' des muscles temporaux, qui ont besoin par conséquent d'une surface d'insertion importante, offerte par la crête. La face aux pommettes saillantes est nue et sombre. Le nez massif et très aplati. La bouche simienne est grande et dépourvue de lèvres. Les dents sont énormes avec de volumineuses canines. Les oreilles sont petites et collées, contrairement à celles du Chimpanzé. Il y a un torus sus-orbitaire. Le buste est d'allure humaine, et les membres supérieurs musclés, très longs, tombent jusqu'aux genoux. Les mains font assez humaines, mais sont beaucoup plus longues avec un pouce très court. Les jambes sont humaines mais arquées. Le pied est de type plantigrade, comme cela a été vu plus haut [ il est intéressant de noter que le Gorille de montagne, qui mène une vie quasi-terrestre, est doté d'un pied qui ressemble à celui de l'Homme ]. L'animal dégage une forte odeur. Il marche debout, mais voûté et en équilibre instable, le plus souvent quand il traverse un champ de neige ( sans doute pour réduire au maximum la surface d'épiderme en contact avec le froid ) tout comme le Chimpanzé et le Gorille quand ils sont gênés par un prédateur, sont surpris ou portent leur nourriture. Par contre, il a plutôt tendance à courir à 4 pattes quand il est pressé… Il semble être à la fois végétarien et carnivore ( Pika, Yak, gros insectes… ) tout comme le Chimpanzé auquel il arrive de chasser, ou certains Gorilles en captivité. Enfin il pousse des cris aigus, plaintifs et puissants à la fois.
  Comme on le voit, notre pongidé ignoré n'a vraiment pas grand chose d'humain : son visage présente d'ailleurs une ressemblance assez frappante avec celui du gorille ; les Sherpas auxquels on présente des photos confirment cette ressemblance ( qui existe aussi avec l'Orang ). Aussi n'est-il plus possible aujourd'hui de croire, à la suite d'Alexandra DAVID-NEEL ( 59, 60, 61 ), que des populations déshéritées étaient à la base des histoires d'hommes des neiges : la voyageuse avait dû être induite en erreur par l'emploi 'passe partout' que l'on fait universellement du terme 'homme sauvage', utilisé aussi bien pour désigner un primate non humain qu'une ethnie méprisée… Certes, il faut reconnaître que l'image du Yéti n'est pas exempte de tout aspect mythique : on dit ainsi souvent qu'il enlève les femmes ! Mais souvenons-nous qu'on affirmait la même chose des autres anthropoïdes avant qu'ils ne soient découverts officiellement. D'ailleurs, on a du mal à imaginer comment tant de détails mentionnés plus haut, qui sonnent si juste à l'oreille d'un primatologue, auraient pu être inventés par des gens qui n'ont pas une formation de naturaliste.

 

DONNEES ECOLOGIQUES ET ZOOGEOGRAPHIQUES

  Une question vient cependant irrésistiblement à l'esprit : pourquoi, dans ce cas, n'a-t-on pas encore découvert l'homme des neiges ? Tout d'abord, il convient de souligner que selon des travaux récents, dont ceux de CRONIN ( 30, 62 ), le Yéti vit dans des forêts constituées essentiellement de Chênes, Magnolias et Rhododendrons situées dans la zone 3000-4000 m : il ne s'aventure qu'épisodiquement sur les alpages et les glaciers pour se rendre dans une autre forêt, à des fins de nutrition et de reproduction. Or, tous ces bois sont quasiment impénétrables, la visibilité y est très réduite, et ils ne sont traversés que par quelques chemins que les animaux évitent le plus souvent. Les expéditions lancées à la recherche de l'homme des neiges ayant été jusqu'à présent composées de très nombreux membres ( la situation est en passe de changer ) celles-ci ne pouvaient espérer rencontrer le Yéti sur un champ de neige où elles étaient aussi visibles "que des blattes sur une nappe blanche" pour reprendre l'expression de R. IZZARD ( 63 ). De plus, il semble que l'animal soit nocturne et plutôt solitaire, ce qui n'arrange rien…
  On pourrait croire que cet anthropoïde est strictement confiné en Inde, au Népal, au Sikkim et au Bhoutan. Sa distribution géographique en Asie est sans doute plus vaste : en effet, on signale dans bien des régions montagneuses voisines des contrées précitées, un grand singe d'allure pongidé. Il est décrit comme plus grand - en moyenne de 2 m à 2,60 m - et laisse des empreintes en conséquence fort impressionnantes, qui font le plus souvent entre 34 et 48 cm de long et 13-16 cm de large. Des relevés ont été faits.
  En Chine, le Yeren ou Gin-sung ( 64, 65, 66 ), comme on l'appelle, est signalé dans diverses provinces dont le Zhejiang ( ou la découverte d'un macaque de grande taille, décrit par le Pr. ZHOU GUOXING ( 67 ), apporte peut-être une solution au problème du Xing-xing, petit primate énigmatique signalé depuis une centaine d'années ) ou encore le Yunnan et surtout le Shanxi. Une ''association chinoise d'étude et de recherche de l'homme-singe'' a fini par se créer ( en 1981 ) et d'innombrables témoignages ont été collectés ( 68 ). Ainsi dans le Nord-Ouest du Hubei, de tels êtres sont signalés depuis près de 16 siècles, et les observations ont afflué particulièrement depuis les années 50, si bien que les paléontologues de l'Académie des Sciences se sont intéressés particulièrement à cette région depuis 1977, y organisant plusieurs expéditions notamment en 1981, sous la direction de Mme HERE GONG YULAN. Ces dernières ont duré plus d'un an, et ont permis de relever à 2400 m des centaines d'empreintes, et de recueillir des poils et des excréments à fin d'analyses.
  Plus au sud, en Birmanie, le même Gin-sung est désigné sous le nom de Tok à la frontière du Laos ( où il a été observé en 1969 ) et sous celui de Kung-lu à la frontière de la Thaïlande. En Malaisie, la créature est appelée dans le sud Orang dalam et a été parfois observée autour de la ville de Segamat ( 36 ).   Si maintenant, nous revenons au point de départ de notre 'périple', à savoir l'Himalaya, et passons du Népal au Tibet, quittant ainsi la région orientale pour la région paléarctique, les descriptions faites de l'homme sauvage changent : les témoins parlent désormais d'un bipède permanent à allure d'homme primitif. On rencontrera ce dernier, que les Russes ont étudié intensivement ( 18 ), et assimilé à un Homme de Néanderthal relique, dans toute la région paléarctique, mais il semble néanmoins qu'il coexiste dans certaines zones avec des populations de pongidés géants ( de même que lui-même est signalé aussi en certains points de la région orientale ). Nous trouvons ainsi notre anthropoïde au Tibet ( 36, 69 ), peut-être au Tadjikistan, même si le moulage de trace de pied ramené des monts Hissar par l'expédition d'Igor BOURTSEV en 1979 ( 70 ) semble d'une authenticité bien douteuse, ou encore en Sibérie si le Tchoutchouna71 ), disparu depuis plusieurs dizaines d'années, lui était apparenté.

 

IDENTIFICATION ZOOLOGIQUE

  Un point troublant demeure cependant dans la description de certains de ces ''hommes des neiges'' : leur taille gigantesque. Car enfin, le plus grand des anthropoïdes actuels, le Gorille, n'atteint pas plus de 2 m dressé sur ses deux pieds. Et pourtant, on connaît un anthropoïde fossile de taille bien supérieure : il s'agit du Gigantopithèque, qui, apparu voici environ 10 millions d'années, s'éteignit il y a 400 000 ans seulement ( 72, 73, 74 ). On ne possède de lui que environ 1000 dents ( dont des molaires 5-6 fois plus volumineuses que des molaires humaines ) et quelques mâchoires. Ces vestiges ont tout d'abord été découverts en Chine ( dans le Kwangsi, puis dans le Sichuan… ) puis plus récemment en Inde du Nord et au Pakistan ( 75 ), ainsi qu'au Vietnam ( 76 ). Les Gigantopithèques indo-pakistanais ( Gigantopithecus bilaspurensis ) semblent avoir précédé dans le temps les sino-vietnamiens, et étaient de plus petite taille que ces derniers [ Les connaissances possédées sur des formes fossiles du Néogène et du Pléistocène - notamment le Sivapithèque géant, le Gigantopithèque - pouvant entretenir des relations systématiques avec l'Homme des Neiges seront discutées dans un autre article ( où la signification évolutive de la bipédie partielle du Yéti ( 77 ) sera également étudiée ) ]. Tous dériveraient du Sivapithèque indien et de l'Ouranopithèque grec découvert par L. de BONIS ( 76 ). Il s'agissait sans doute, malgré quelques caractères évolués, d'un pongidé dont la taille était couramment estimée à 2,50 m - 2,70 m. Le Gigantopithèque devait avoir une tête massive et sans doute assez pointue, d'après ce que l'on sait de l'anatomie de sa mâchoire, qui a servi de base à Grover KRANTZ pour une tentative de reconstitution du squelette crânien ( 79 ). Il habitait des cavernes, et est considéré comme ayant été terrestre, adapté à la savane, à la steppe, et au moins partiellement bipède [ A noter qu'un humérus a été trouvé en 1976 - Ce fragment huméral est néanmoins d'attribution incertaine ( 80 ) ]. Sa denture indique qu'il était plutôt omnivore.
  Devant tant de détails concordants, il serait tentant à la suite de Bernard HEUVELMANS ( 1952 ) ( 81 ), de considérer Yéti et Gigantopithèque comme étant une seule et même créature, assimilation qu'Yves COPPENS ( 82 ) et Jean CHALINE ( 83 ) ne rejettent pas a priori. Une telle hypothèse a de plus le mérite d'expliquer les différences de taille entre le Yéti himalayen et certains de ces cousins, puisqu'il a existé par le passé deux espèces de Gigantopithèque de dimensions différentes, et localisées dans des régions distinctes ( Gigantopithecus blacki et G. bilaspurensis ). Elle est celle qui permet le mieux de rendre compte de l'existence de grands hommes sauvages chinois, tibétains, etc. [ ainsi que de celle du type le plus répandu de Bigfoot américain d'ailleurs ]. Ce qui n'est pas forcément le cas en ce qui concerne le Yéti népalais, mais explique l'existence de l'homme des neiges en terme de survie du Gigantopithèque indien, et a le mérite d'être conforme au principe d'OCKHAM. Les hypothèses du Sivapithèque/Ramapithèque relique ou encore de l'Orang-outan continental ( 27, 84 ) [ lequel s'est maintenu très tardivement, il faut le souligner ( 85, 86 ) ] sont aussi à considérer, bien que moins vraisemblables : quoi qu'il en soit, depuis que l'Anatomie Comparée et l'Immunologie ( 87, 88 ) ont montré que Sivapithecus était un pongidé proche de l'Orang, tout comme Gigantopithecus : on reste dans tous les cas dans les limites d'un éventail systématique restreint.

  A l'issue de cette brève revue, que conclure si ce n'est qu'un ou plusieurs pongidés inconnus vivent en petit nombre dans la chaîne himalayenne et quelques autres montagnes d'Asie ? Ce n'est pas sans raison que le gouvernement népalais protège officiellement depuis plusieurs années déjà le Yéti ( Dinanthropoïdes nivalis, Heuvelmans 1958 ) que l'on finira par découvrir un jour ou l'autre.

 

REFERENCES CITEES


FIN DU TEXTE ORIGINAL

NOTA : Depuis la publication de cet article en 1990, on peut citer la parution du livre de Reinhold MESSNER :
1998 Yeti - Legende und Wirklichkeit. Frankfurt am Main, S. Fischer Verlag ( Allemagne )
2000 Yeti - Légende et Réalité. Grenoble, Editions Glénat [ traduction du précédent en français ].
2000 My quest for the Yeti. New York, Saint Martin's Press.

Et sur le site 'Cryptozoo' de Michel Raynal :
http://perso.wanadoo.fr/cryptozoo/bibliographie/messner.htm

 

 

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RECHERCHES SUR DES HOMINIENS INCONNUS
DE REPUBLIQUE CENTRAFRICAINE

par  Christian LE NOËL

 

SUMMARY : Certain hominians, still unknown, may have survived in Africa : traditions, especially in Central Africa, speak of " bush-dwarfs " who live in really out-of-the-way places. They are described as being small, about as tall as a young boy of ten or eleven, stocky, very vigorous and dark-skinned ; they have their own language, they make their own natural weapons and they wear skirts made of hide, but nevertheless they don't build any permanent abodes ; they live on berries and wild honey. The legend goes that they captivate the will of any casual passers-by, taking them prisoner and releasing them later after a teach about how to cure themselves by plants. All known descriptions agree on this point, and there is not one which gives the lie to the others : everything seems to fit in. The vernacular languages all have precise words to describe these dwarfs : some of these words which are used to mention the dwarfs are also used to describe the surrounding natural phenomena such as hills and caves. There were allegedly many more of these dwarfs in the past than there are now, the Bantus used them as carriers, or killed them as game, according to the testimony of a Portuguese navigator of the 16th century.
  The author has personally pieced together two different accounts, one from Oumar Boukar, a 50 years old Arab businessman, who claimed to have met one of these bush-dwarfs in 1965, while he was hunting and he fand himself separated from his companions ; the other testimony comes from a missionary father from Yppi who thought he had met a little boy belonging to one of his fellow tribesman, but was in fact a bush-dwarf : the latter almost broke his bones while shaking hands. In the same regions, cupules cut out in the rocks by human hands were also found. The author of this text also discovered newly made foot-prints of very small size, at a distance much too far away from the villages to suppose that they were made by a child.
  These bush-dwarfs may well be descendants of the Koïsan lineage ; the same identical evidence has been reported from Kenya, and yet Kenya is by no means near Central Africa. Certain ethnologists have not counted out the fact of a possible survive by certain primitive races in the very place where they first appeared.
  The native inhabitants of this area are familiar with certain caves which are supposed to be or to have been the refuge of bush-dwarfs, as well as dozens of burial mounds, made of nodules of laterite, which are incomprehensible to everybody. Finally in the prefecture of La Lobaye in 1988, hunters shot down a creature which was so strange that they dared not eat it, and they brought it to the chief of police who had it burried on the spot. A report was sent to the head of the state who wrote in the margin in his hand-writing the following comment : "A pity as far as science is concerned".

 

  A l'aube du XXI° siècle, il reste encore des zones d'ombre en ce qui concerne les races d'hominiens qui ont peuplé ou qui peuplent peut-être encore certaines contrées de notre planète.
  L'Afrique est, avec l'Asie, le continent où la tradition, les légendes, et quelquefois les témoignages, parlent d'hominiens apparemment inconnus ayant vécu ou vivant encore dans certaines régions peu peuplées, car souvent difficiles d'accès. En Centre-Afrique par exemple, la tradition parle de "Nains de brousse" sortes de pygmées de savane, dont quelques représentants survivraient peut-être encore de nos jours dans les régions du nord-est. D'après la description qu'en font les indigènes, ces "Nains de brousse" auraient la stature d'un enfant de dix ans et seraient très trapus et d'une grande vigueur. Leur teint serait noir. Ils parlent, possèdent des armes de chasse et des pagnes de peau, mais ne construisent pas de huttes ni aucune habitation.
  Si on en croit la tradition, ces êtres fréquentent surtout les lieux boisés et rocheux de la savane soudano-guinéenne. Ils se nourrissent de racines, de baies et de miel sauvage. Dans ces descriptions, les indigènes s'accordent tous à reconnaître que les Nains de brousse auraient le pouvoir d'ôter la volonté à l'homme que le hasard met sur son chemin dans les contrées isolées de la brousse ; ils pourraient ainsi contraindre un homme à les suivre pendant quelque temps, pour ensuite lui rendre sa totale liberté d'esprit. Celui qui a fait ainsi un séjour forcé avec les "Nains de brousse" revient souvent chez lui avec des connaissances dans l'art de soigner par les plantes. Dans les différentes régions de R.C.A., cette description est toujours la même, en outre chaque langue vernaculaire possède un nom spécifique pour désigner les "Nains de brousse" : les Bandas les nomment "Kara-Komba", littéralement ''les singes-qui-portent-beaucoup'', allusion à leur vigueur et aussi au fait qu'ils ont sans doute été employés au portage ; les Arabes de la région nord les appellent "Dam-Sako", mais il existe aussi un terme générique que l'on retrouve sur l'ensemble du territoire, c'est le nom "Toulou" ou "Toulé", ou encore "Tollé" suivant les tribus. Ce terme se retrouve encore dans la toponymie de certaines régions : il existe une rivière 'Toulou' ; il y a aussi un abri sous roche de 'Toulou' et un Kaga ( colline ) 'Toulou'.
  D'après la tradition, il y eut une époque lointaine où les Nains de brousse étaient relativement nombreux, et les Bantous les employaient aux besognes rudes, comme le portage. Vraisemblablement ils étaient considérés comme du gibier et mangés, comme en témoigne une relation de voyage d'un navigateur portugais du XVI° siècle qui raconte avoir assisté dans l'actuel Burkina-Fasso à une chasse à courre avec des chiens au cours de laquelle une famille entière de "Nains de brousse" fut abattue par les indigènes du lieu, qui les traquaient pour la viande.

'' KARA - KOMBA ''
ou
NAIN DE BROUSSE
[ d'après la description des indigènes ; dessin : Christian Le Noël ]

  Les témoignages de rencontres entre les Nains de brousse et les indigènes ne sont pas très rares. J'en ai recueilli deux qui m'ont semblé dignes de foi. Le premier dans la région nord, de la bouche d'un commerçant arabe du lieu : "Je m'appelle Oumar BOUKAR, j'ai 50 ans ; en 1965, j'étais prospecteur de diamants dans la région de Ouadda. Avec 9 compagnons, nous étions partis sur la piste de Pata, à la hauteur du village de Tchanga. Nous avions l'intention de nous procurer de la viande de chasse. Nous suivions les traces fraîches d'une antilope qui venait de traverser la piste, lorsqu'à un certain moment la végétation devint assez dense et je me suis trouvé isolé de mes compagnons. Tout à coup, au milieu des fourrés, je me suis trouvé en présence d'un "Nain de brousse" que nous appelons Dam-Sako. Il avait une taille d'environ 1 m 10, mais son corps était très large. Il portait une petite hache sur le dos, il était vêtu d'un cache-sexe en cuir d'animal et d'une espèce de paire de sandales grossières, il était noir avec le crâne rasé, il ressemblait à un homme noir, mais de la taille d'un enfant. Je tentais de le saisir en le prenant dans mes bras, il se mit à pousser des cris sourds incompréhensibles. Très facilement, il se libéra de son étreinte pour disparaître dans la végétation environnante ; à ce moment précis, ma tête se mit à tourner et j'avais complètement perdu le sens de l'orientation. Je restai sans bouger et je commençai à dire mes prières, car je suis musulman. J'étais tellement mal à l'aise que je croyais ma dernière heure arrivée. Au bout d'un moment, j'entendis au loin mes compagnons qui m'appelaient. Je répondis, et bientôt je fus rejoint par eux. Les Dam-Sako sont assez nombreux dans cette région, mais on ne les rencontre que très rarement, car ils se cachent des hommes".
  Ce témoignage a été recueilli grâce au Frère Pierre de la mission catholique de Ndélé. Le second témoignage est une aventure arrivée à un Père missionnaire de Yppi ; il m'a été rapporté par le Père Fischer de la mission catholique de Birao.
  Un des Pères de la mission de Yppi avait l'habitude de saluer tous les indigènes qu'il rencontrait sur les pistes de brousse. Un jour où il circulait en 2 CV sur une de ces petites pistes reliant deux hameaux, il aperçut ce qu'il prit pour un garçonnet. Il ralentit à sa hauteur et le salua dans la langue du pays. N'ayant pas reçu de réponse, il arrêta sa voiture un peu plus loin et descendit pour parler à l'inconnu, tout en lui tendant la main ; l'inconnu la saisit et serra si fort que le brave Père eut l'impression qu'on lui broyait la main dans un étau. Comme il racontait son aventure à son retour à la mission, les indigènes lui dirent en riant qu'il avait sans doute rencontré un "Nain de brousse" qui sont réputés pour leur force ! Il serait intéressant d'interroger ce Père missionnaire qui, à ma connaissance, est peut-être un des rares Européens à avoir vu de très près un de ces fameux 'Kara-Komba'', dont parlent les Noirs de cette région de la R.C.A.
  Sur tout le territoire, on peut découvrir sur les affleurements rocheux de petites cupules d'environ 5 à 6 cm de diamètre. Les Noirs prétendent que ce sont les traces laissées par 'Toulou' pour bâtir sa maison ! Ces cupules sont visiblement creusées de main d'homme, en général elles sont par deux ou par quatre, distantes de vingt à trente centimètres. A quoi peuvent-elles servir ? J'ai vu les mêmes dans la région de St Etienne en France.
  Personnellement, j'ai deux fois été mis en présence de traces fraîches dans des régions très isolées, où il n'y avait pas de village à moins de cent kilomètres. Ces traces étaient visiblement des traces de pieds humains, mais de très petite taille, comme celles d'un garçonnet. Or, il est exclu qu'un enfant puisse survivre seul à plus de cent kilomètres de tout village ! Dans ces régions inhospitalières, les indigènes ne se déplacent qu'en groupe. Ces traces de pas ont une longueur d'environ 15 à 18 cm, et les enjambées ne dépassent pas 50 cm.
  Que peuvent être ces Nains de brousse ? Peut-être de lointains descendants reliques de la race Koïsan dont les peintures rupestres sont parvenues jusqu'à nous. Il semblerait que certains d'entre eux seraient encore présents dans une région boisée du Kenya. Là aussi, des témoignages récents d'indigènes parlent de 'Nains de brousse'. Ecoutons la description qu'en fait l'un d'entre eux : "Ses yeux, sa bouche, étaient ceux d'un homme, et son visage n'était pas recouvert de poils, mais son front était très bas, plutôt comme celui d'un babouin". C'est en ces termes qu'un Kenyan décrit l'étrange créature qu'il aurait rencontrée un jour où il chassait dans la forêt et par laquelle il aurait été retenu prisonnier plus d'une heure.
  Il est à noter que le Kenya se trouve à plusieurs milliers de kilomètres de la R.C.A. et que ce témoignage ne semble pas pouvoir être influencé par les récits identiques de ce pays. Ces témoignages ont convaincu une sociologue française, Jacqueline ROUMEGUERE-EBERHARDT, maître de recherches au CNRS, que les hominiens connus jusqu'alors seulement par leurs restes fossilisés, sont peut-être encore vivants au Kenya ( 1, 2, 3 ). Pourquoi donc, se demande Madame ROUMEGUERE-EBERHARDT, l'Homo habilis et l'Homo erectus qui vivaient il y a 500 000 à 3 millions d'années ne seraient-ils pas toujours en vie, dans cette région où ils sont d'abord apparus ?
  Cette théorie pourrait être confirmée par le fait que la climatologie de ces régions a apparemment peu changé depuis ces temps lointains, du moins pas dans des proportions telles qu'elles auraient par des variations extrêmes fait disparaître une espèce bien adaptée. Par exemple, en R.C.A. où j'ai effectué des recherches sur les Nains de brousse, j'ai remarqué que la région la plus riche en témoignages était une région où pousse encore une plante fossile unique au monde, l'Encéphalartos. Cette plante existait déjà, il y a 20 à 30 millions d'années, donc était contemporaine des fameux dinosaures. C'est une sorte de grosse fougère à épines. Si cette plante a résisté au climat actuel, pourquoi pas une race d'hominiens !
  Pour ma part, la description par les indigènes de ces Nains de brousse me fait penser à celles faites par les légendes bretonnes décrivant les Korrigan et les farfadets, qui, eux aussi, seraient de petite taille et auraient le pouvoir d'enlever la volonté de leurs victimes pour leur faire faire tout ce qui leur passe par la tête.
  Dans la région de Bamingui a été découverte une grotte sur un 'Kaga', dans laquelle étaient enfermés trois squelettes inconnus ; une étude approfondie serait nécessaire pour identifier avec exactitude l'origine et la nature exacte de ces trois squelettes, dont le mode de sépulture est inconnu dans cette région. Les indigènes interrogés prétendent que ces restes humains datent d'avant l'arrivée de leurs ancêtres dans le pays. Dans la région de Bamingui où les témoignages sur les Nains de brousse sont nombreux, le guide de chasse professionnel Alain MOUSIST a découvert, en février 1988, dans une grotte de la rivière Goumbiri, des peintures rupestres. C'est la première fois que de telles peintures sont découvertes en R.C.A., où jusqu'ici seules des gravures avaient été relevées.

Relevé de peintures rupestres
dans une grotte de la région de Bamingui.
Personnages avec ce qui semblerait être un varan.

  Un peu plus au nord dans la chaîne de collines qui domine la vallée de la rivière Aouk, existe aussi une série de grottes et d'avens creusés par l'eau de pluie dans le seul endroit du pays qui soit calcaire ( quelques centaines de mètres carrés ! ). Les indigènes des villages voisins prétendent que ces grottes servent de refuges aux Nains de brousse, et que certaines fois ils ont entendu de la musique sortir de ces grottes qui sont pratiquement inaccessibles, car elles sont pleines de ruches sauvages ; les abeilles africaines étant particulièrement agressives, il est difficile de pénétrer dans ces trous rocheux.
  Un dernier mystère serait à éclaircir dans cette région. Il existe des milliers de tas de rognons de latérite, visiblement édifiés de main d'homme. Là aussi, aucun indigène n'est capable de dire à quoi peuvent servir ces petits tumulus d'un mètre cube environ. Ils se contentent de dire : "Ce sont des gens avant nous qui ont fait cela, avant nos parents ". Il est très difficile d'ouvrir ces tumuli, car les rognons de latérite se sont ressoudés avec le temps et forment un bloc aussi dur que du béton.
  L'archéologue P. VIDAL qui effectue des recherches pour le CNRS dans la région de Bouar sur les mégalithes, est passé dans cette région et a découvert un squelette dans l'abri de Toulou sur la piste de Ndélé-Birao, squelette d'homme normal daté par le C-14 à 400 ans.
  En 1988, un fait étrange s'est produit dans la préfecture de la Lobaye : des chasseurs locaux africains, partis en forêt, abattent un être qu'ils avaient pris tout d'abord pour un grand singe, mais qui ressemblait si fort à un humain qu'ils n'osèrent pas le dépecer pour le manger.
  Ils l'apportèrent au sous-préfet. Celui-ci, intrigué, en fit une description qu'il envoya dans un rapport officiel au chef de l'Etat, le général KOLIMBA. Celui-ci aurait noté en marge de ce rapport : "Dommage pour la science ! ". Convaincu qu'ils n'étaient pas en présence d'un animal, mais d'un hominien inconnu, les chasseurs enterrèrent la dépouille plutôt que de la manger. Quand on connaît l'attrait des populations africaines pour la viande de chasse en général et la viande de singe en particulier, il faut que cet être soit vraiment proche d'un être humain pour ne pas avoir été mis à la broche.
  Pourquoi ces hominiens auraient-ils jusqu'ici échappé à une étude approfondie ? Sans doute parce que traqués pendant des millénaires par l'Homo sapiens noir, ils sont devenus méfiants et rares. Leur reproduction elle-même est sans doute devenue difficile du fait de leurs conditions de vie précaire et furtive, peut-être même complètement nocturne. Leur existence nomade dans un pays si vaste ne favorise pas les observations.
  Dans la brousse, certains hameaux de tribus actuelles sont totalement inconnus : pendant l'épidémie de choléra au Tchad, en 1969, les autorités découvrirent des tribus qui avaient échappé à tout contrôle de l'administration depuis des années, vivant dans des zones sans accès. Il avait fallu cette épidémie exceptionnelle pour que des hélicoptères militaires prospectent ces régions à des fins de vaccination pour découvrir ces populations sédentaires inconnues, c'est-à-dire qu'il est relativement facile pour de petits groupes humains de passer inaperçus, surtout s'ils se cachent délibérément.
  Ni des animaux… ni hommes au sens moderne du terme, alors quels peuvent être ces hominiens inconnus ? Une passionnante énigme à élucider à l'aube de notre XXI° siècle, où tous les mystères de nos origines sont loin d'avoir été entièrement expliqués.

 

 

 

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UNE FIGURATION DE L'HOMME SAUVAGE
DANS LES PYRENEES ?

par  Michel RAYNAL

 

ABSTRACTS : In 1760, an article was published about a so-called "satyr" shown in Barcelona ( Spain ) : It was a human-like hairy creature with some strange features, such as "ears like a tiger's" or "whiskers like a cat's". An illustration is available, but it was made from the article, not by a first-hand witness ; from an analysis of the text, having in mind the data summarized in RAYNALs previous article for BIPEDIA ( RAYNAL 1989 ), this creature seems to be a relict Neanderthal from the Pyrénées.

  Dans un précédent article pour BIPEDIA ( RAYNAL 1989 ), j'ai analysé les divers éléments, notamment des rapports sur des Hommes Sauvages et Velus, donnant à penser que des Néanderthaliens ont survécu dans les Pyrénées, jusqu'au dix-huitième siècle au moins.
  A ce propos, il faut mentionner que la survivance récente de Néanderthaliens dans cette région avait été envisagée très tôt par plusieurs chercheurs soviétiques, notamment Dmitri BAYANOV et Igor BOURTSEV, puisqu'ils avaient déjà songé à interpréter ainsi le cas du sauvage velu de la forêt d'Iraty ( Pays Basque ) de 1774 ( BAYANOV & BOURTSEV 1976 ). Cet oubli impardonnable de ma part se devait d'être corrigé à la première occasion…
  Dmitri BAYANOV, du Musée Darwin à Moscou, m'a aimablement communiqué récemment un document fort intéressant qui mérite d'être versé au dossier. Il est tiré du journal Moskovska Vedomosti, n° 55, du 11 juillet 1760, et reproduit dans le livre Dessins Populaires Russes, Saint-Petersbourg, 1900, p. 139 :

<< D'Espagne, un journal rapporte à propos de ce dessin ( ci-dessous ) qu'un étranger a amené à Barcelone un satyre dont l'aspect monstrueux attire de nombreux spectateurs. Cet animal a la tête, le front, les yeux et les sourcils d'un homme, les oreilles d'un tigre, les joues rouges, les moustaches d'un chat, la barbe d'une chèvre, la bouche d'un lion dans laquelle au lieu de dents il y a une bordure osseuse, et des bras qui sont semblables à ceux d'un homme, mais couverts jusqu'aux mains de poils de différentes couleurs ; ainsi que sur tout le corps. Sa taille est de 5 pieds 3 pouces ( 1m60 ), et il ne mange que du pain et du lait >>.

Représentation du satyre espagnol de 1760
( tirée du livre : Dessins Populaires Russes )

  L'origine de la créature n'étant pas précisée, celle-ci pourrait avoir été capturée loin d'Espagne par lesdits ''étrangers'' qui l'exhibaient comme curiosité de foire. Toutefois, il semble plus logique de supposer qu'elle provenait des Pyrénées, un des derniers lieux d'Europe où il subsistait encore des Néanderthaliens à la fin du dix-huitième siècle, en dehors des montagnes de Transylvanie ( HEUVELMANS & PORCHNEV 1974, HEUVELMANS 1986 ). Auquel cas, les ''étrangers'' en question auraient quelque chance d'être des Français !
  Il est clair en tout cas que le dessin n'a pas été réalisé par un témoin direct : il s'agit d'une représentation traditionnelle d'Homme Sauvage et Velu, auquel l'illustrateur a surajouté quelques traits empruntés au texte, dont il a naïvement pris au pied de la lettre les expressions rapportées. Cela est particulièrement manifeste pour les pieds fourchus, évidemment 'déduits' du titre de l'article : un vrai "satyre" qui se respecte se devait d'avoir des pieds de chèvre ! Il a cependant été démontré que c'est là une visualisation naïve du pied adapté à la montagne des Néanderthaliens, à savoir un pied de chèvre, comme l'on dit populairement ( HEUVELMANS & PORCHNEV 1974, HEUVELMANS 1980, RAYNAL 1989 ).
  Reprenons donc la description, en ayant à l'esprit le fait que les expressions ne doivent surtout pas être prises au pied de la lettre ( et matérialisées sous forme de calembour visuel, comme dans les sketches de Raymond Devos ), mais interprétées : on se reportera pour cela à l'étude magistrale faite par Bernard HEUVELMANS ( 1980 ) sur les "Peuples différents de l'Antique Ethiopie" [ les hommes sans tête, les hommes à pied de cheval, les hommes à oreilles d'éléphants, les trayeurs de chiennes, etc., etc. ] que les Anciens aimaient à situer en Afrique.
  Tout d'abord, qu'on ait qualifié la créature de "satyre" ne doit pas faire illusion. Aujourd'hui, tout journaliste à sensation digne de ce nom titrerait sur "l'Homme-Singe de Barcelone", ou "le King-Kong de Catalogne". Au milieu du dix-huitième siècle, c'est le mot de satyre qui faisait recette, le satyre ravisseur de jolies filles étant le prototype de l'Homme Sauvage et Velu : encore en 1816, Lorenz OKEN décrivait le chimpanzé sous le nom générique de Pan, qu'il possède d'ailleurs toujours !
  Par 'oreilles de tigre', il faut évidemment comprendre des oreilles pointues : soit que la forme même du haut du pavillon soit effectivement pointue, soit qu'un pinceau de poils ( comme chez le lynx par exemple ) en donne seulement l'illusion.
  Le corps est couvert de poils, mais pas la face ( puisque les joues sont visibles : on les dit même rouges ), à l'exception sans doute de quelques poils très clairsemés, comme ceux des moustaches d'un chat.
  La 'bouche de lion' ne peut manifestement pas s'appliquer à l'aspect des dents, puisque celles-ci étaient absentes [ voir le point suivant ] : de toute évidence, l'expression veut dire en fait une bouche énorme, très large ; quant à la bordure osseuse à la place des dents, Bernard HEUVELMANS ( communication personnelle ) l'attribue très judicieusement à la gencive d'un vieillard édenté.

  Toutes ces caractéristiques ont été enregistrées dans maints témoignages actuels sur les Hommes Sauvages et Velus de l'Asie septentrionale et centrale ( notamment au Caucase ou en Mongolie ), et se retrouvent chez le spécimen congelé étudié par HEUVELMANS [ voir illustration dans le Bipedia précédent ] : l'extrême pilosité sauf sur la face, à l'exception de quelques poils follets : ''sur les joues il y a quelques petits poils courts très clairsemés, disposés un peu comme les moustaches d'un chat'', écrit HEUVELMANS à propos du spécimen congelé étudié par lui (HEUVELMANS & PORCHNEV 1974 : 219 ) ; la bouche largement fendue, les oreilles pointues, la taille humaine, etc. On peut même se demander si la prétendue barbe de chèvre n'est pas une description naïve du sac vocal destiné à amplifier les cris ( comme chez le gibbon siamang ) également caractéristique des Hommes Sauvages asiatiques.
  La nourriture est aussi instructive, puisque le penchant pour le lait des Hommes Sauvages et Velus pyrénéens, comme asiatiques, a été relevé et a fait l'objet d'une tentative d'explication ( RAYNAL 1989 ).

  En définitive, il semble bien que le "satyre" exhibé à Barcelone en 1760 ne soit pas autre chose qu'un Homme Sauvage et Velu typique, à savoir un Néanderthalien attardé, vraisemblablement originaire des Pyrénées.

 

REFERENCES CITEES

 

 

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MAN, AS AN
ANCESTRAL VERTEBRATE

[ part 1 ]

by  François de SARRE

 

FOREWORD : The text presented below is the English version of a lecture which was given by the author in September 1989 in Nice ( France ), during a convention organized by the UTP ( Université du Temps Présent ). The exposé which follows provides a clear and concise résumé of the essentials of the Initial Bipedalism Theory.

 

  As strange as it may seem, it was through my works on fish ( I am, in fact, since 1968, date of my first publication in Zoology, a specialist in Fish Research ) that I came to reconsider the evolutionary history of all Vertebrates, and finally to assign to man ( Homo ) a position, which may be surprising at first glance, as an ancestral vertebrate. That is to say that all the other vertebrates, known to this day, have derived from the human ( or pre-human ) form and morphology.
  Classical zoology, indeed, accepts the following order of appearance among Vertebrates : first came the fish, then the amphibians ( frogs and newts ), then the reptiles ( they are lizards and snakes, and also - according to current beliefs- the big saurians now extinct ), the birds, and 'above all them', the mammals, with man 'at the end of the line'
  This old traditional cliché has been carried on for more than two centuries : in fact, such an order dated back to the classification proposed in 1758 by Swedish naturalist Carl von LINNE. It was simply forgotten, at the time when DARWIN's ideas triumped, roughly one century after, that Linné in his time arranged the Animals according to criteria of increasing complexification [ hence this series going from fish to mammal ] simply for own need in classifying animals in a book… In fact, Linné didn't give a slightest thought to any notion of succession or evolution of the groups. He didn't believe that amphibians and reptiles once developed from fish, or that mammals evolved from reptiles !
  A zoologist, like Ernst HAECKEL, who was a fervent admirer of Darwin and often more enthusisastic than his master, merely took again the old Linnean classification which, as we remember, was a 'static' one, and he claimed that these forms of living beings that were already catalogued, were in this order due to be links of descent, in relation to each other. In this way, the fish surely gave birth to the amphibians, and so on… HAECKEL, in his well-known phylogenetic trees, introduced also names of hypothetical animals in the intersections between different groups, called for instance : 'mother-form of the reptiles' at the junction between amphibians and reptiles. Haeckel thought, it was up to the palaeontologists, now, to find their bones one day in some sedimentary strata…
  This has been the 'frozen' state in which our Zoology manuals have stayed for more than a century, with a 'natural' classification that was quite arbitrary, as afar as the vertebrates and other phyla were concerned. This has done much to 'falsify' all the facts dealing with problems of evolution, mainly all facts concerning the emergence of humans.
  And yet, certain researchers, zoologists or anatomists, intended to disturb, going against the mainstream dogma, and to propose phylogenetical models where they especially insisted on the fact that man, as a result of his archaic anatomical structure [ we'll come back to this point in details ], could not be considered as resulting from a 'recent' evolution within the mammals - or even the vertebrates in general -, but represented an ancient [ bipedal ] type, which appeared first at the dawn of the geological ages…

  This assumption fits in with the teaching of what may be called 'Tradition'. In fact, the story of ''man descending from apes'' is a completely new scientific invention, which has been dictaded largely for materialistic reasons, and is based on erroneous extrapolations from fossils that were discovered during the XIXth Century. We are going to make clear all the way throughout this lecture, that in fact the today 'simian' interpretation of our origins is not based on real biological facts. On the contrary, everything shows us [ and the more recent research in Physiology and Genetics proves this even better, day after day ] that the emergence of man is surely prior to that of current apes, and also of other living or fossil primates, of all quadrupedal mammals, and even of the vertebrate line, in general.
  Earlier I spoke about naturalists who tried to deny the fact that man had a simian ascendency. I ususally quote 4 names in principal : Pr. Max WESTENHÖFER, German anatomist and main instigator of the Initial Bipedalism Theory since ; Pr. Klaas de SNOO, Dutch obstetrician ; Dr. Serge FRECHKOP, Belgian mammalogist of Russian origin ; and the French/Belgian Dr. Bernard HEUVELMANS, still active [ 1990 ] in a scientific field, and well-known by the general public, since the publication of a big series of books about very rare, or hidden animals unknown to science.
  I would express here my gratitude to Bernard Heuvelmans and thank him for having initiated me in the theory of Initial Bipedalism.
  Finally, I could also quote many other eminent searchers from the beginning of the XXth Century, whose ideas on man's origin did not correspond to the mainstream science : paleontologists, like Albert Gaudry, Henry Osborn or Edgar Dacqué ; biologists, like Kollmann or Bolk, and naturalists, like Eugen Kolisko or Hermann Poppelbaum, who belonged to the Anthroposophical School of the Austrian philosopher Rudolf Steiner.
  The evolutionary history of man, as told today by the learned people in University, is but a gigantic farce, based on erroneous observations and old prejudices which are hard to kill off. There has been, for instance, a lot of talk in the mediae recently about certain anthropological events, such as the discovery of the female Australopithecus called 'Lucy', who is about 3 million years old. She has been presented as the 'Mother of Humanity'… It is all very well, especially when general public is concerned, to arrange chosen fossils of primates in the desired order, and to witness their gradual straightening up [ as we can see in certain drawings… ], as well as the development of the size of skull and encephalon. Paleoanthropologists fail to add that some fossils, duly dated, don't correspond to their thesis… In that way, American Donald JOHANSON discovered in East Africa a hominian fossil, named very prosaically OH 62, that is approximately 1.8 million years old [ a lot younger than 'Lucy' ] whose special feature is the possession of very long arms, much longer than those of 'Lucy' [ who was of similar stature ]. This is not the best way to develop into modern man… On the contrary, this discovery confirms what I hold to be true ( in accordance with Dr. Heuvelmans whom I quoted above ), namely that the Australopithecines are in reality forms which once developed from the genus Homo : they have kept, as the fossils show, a 'relic' bipedalism, indeed, and have evolved ( as proved by the lengthening of the arms ) several times during the last geologic periods ( Plio-Pleistocene ) towards the stage of anthropomorphic apes, especially when these hominans have left the savannah to go and to live in forests, where they completely mastered the art of tree-climbing !
  The classical theories concerning the evolution of the Vertebrates also 'get round' the problem of the emergence from the water of first land vertebrates, by admitting that this event was done by a curious 'fish with growing legs', related to today Coelacanths. In the Primary Era, this fish was allegedly capable of setting about the impossible task of mastering the difficulties of a life on dry land. The question I would like to ask is : ''Did such a fish really want to leave the water ?''. We will come back to this point later.

  For the moment, let us stick to the subject of man. There are, currently, 3 scientific theories more or less which try to explain man's emergence on this planet. I'd like to add a fourth theory, too : Initial Bipedalism
  The first well-known theory is called the African Savannah Theory. According to it, apes are supposed to have left the forest, about 17 million years ago, somewhere in West Africa, as a result of a change in climate and tectonic upheavals in this region, and then they went into the savannah. These apes consequently developed straight body, as many books explain… I quote : ''in order to see better over the high grass in the savannah !''. It is this theory that is still kept in big esteem by anthropologists today. Only some scientists are brave enough to express a certain doubt : even the least talented would admit that the whole story doesn't stand up to close examination, not more than those famous apes who supposedly have learnt to stand on 2 feet…
  The second theory which is less known by general public is the Foetalisation Theory, developed by Dutch biologist L. BOLK, and recently re-examined and presented by scientists like Desmond MORRIS ( author of ''The Nacked Ape'') or Stephen J. GOULD ( author of a big number of popular-scientific treatises ). According to this theory, man would be an ape's fœtus which had become sexually mature… The theory explains human appearance by a phenomenon known as neoteny : this means that an animal conserves throughout its entire existence the features that characterize its 'larv' or fœtus during early development. A well-known example in Animal world is of certain newts that keep external gills during all their lifes ; in this way they are able to reproduce in water without ever coming up onto land. Obviously, the facial characteristics of an adult chimpanzee don't have a lot in common with a human face, whereas when the animal is young, the outline of his skull is still harmoniously curved and the facial features do not stick out, as they do in the adult. The 'canine' aspect of the shape of the adult's head appears very progressively, after the milk teeth have been replaced by the definitive teeth. Certain searchers have used this statement to explain that man was but an offspring of the Great Apes because he retained many youthful features in his anatomy [ and by the way, there was no need for a fossil to provide the 'missing link', because the latter was in fact a fœtus ! ]. Apart from this roundness of the skull form, scientists also noted typical human characteristics in apes' embryos, such as the fact that the teeth are set vertically in the gums, the genital female organs are more towards the front than later on ( we can also observe the presence of a hymen and of outer lips ), the central position of the foramen magnum ( which is the place where the spinal column enters the skull ), as well as the relative nudity of the body. Nevertheless, rather than considering man as an 'ape's fœtus which has grown up', a fact not very plausible from a zoological point of view, I think we should maintain here that it is the humain being himself who remained at this stage of development. It is the ape which has reached a 'more advanced stage' in morphology, by continuing the anatomical and genetical development beyond the point where human development ceased ! Here is the fundamental difference between the neotenic explanation ( Foetalisation Theory ) and the Initial Bipedalism Theory.
  The third theory regarding man's origins that I'm going to evoke is the theory of the ''Aquatic Ape'', which was suggested by British biologist Alister HARDY. In France, this theory is known to general public by the diver Jacques MAYOL, who told about it in his famous book 'Homo Delphinus' that inspired the film 'Le Grand Bleu'. Alister HARDY offered the idea that we may have descended from a sea-ape, which belonged between the quadrupedal Ramapithecus [ existing around 10 millions years ago ] and the more recent bipedal Australopithecus. This would account for our naked skin [ it would be more precise to say : with our 'not so hairy' skin ! ], our large flat hands with traces of the times when they were palmed, the lay of fat beneath the skin that characterizes our species among all the other primates, as well as the permanent feature of our bipedalism. Indeed, there is a lot of things that are true in this theory, but I think that the aquatic stage through which modern man's ancestors really went through was very more ancient, and cannot be dated from only a few million years. As far as Initial Bipedalism Theory is concerned, it is not a question of a 'return' to the aquatic element, but it was rather the very 'emergence' from the sea-water of the creature which once engendered the human form. We will later come back to this point.

  In the three theories we have just evoked, as you may have noticed, the ape [ or another simian form ] is considered as man's direct ascendant. On the contrary, the Initial Bipedalism Theory moves away from the common denominator of other theories by claiming that it's the ape which descends from man… Moreover man is implicetely recognized [ by his anatomical and morphological structures ] as the more archaistic of all current mammals ! As the title of this lecture indicated, man is truly the ancestral vertebrate, i.e. he remained from a morphological point of view closer to the original type of the first vertebrate that once came out of the water, and was in fact a bipedal mammal, with round skull and big brain !
  Our demonstration is based on scientifical facts, as we can find in Embryology and Comparative Anatomy. Paleontology, as an incomplete science, will not provide us with the direct proof of man's past existence during the great geological eras preceding Quaternary, but it will, however, bring us some interesting clues concerning the evolution of the main groups of vertebrates.
  Let us first deal with the embryological facts. Embryology is the science which studies the development of organisms from the fertilized egg up to hatching or to birth. Another term, ontogenesis, gives an account on the individual development from the conception until the adult age. What we call phylogenesis is the science that deals with the evolutionary history of the whole species. The study of the developement of animals in eggs or in utero shows that certain embryonic or fœtal forms would seem to reproduce ancient stages of the phylogenetical evolution of these animals : in other words, the 'past' of a particular species. This is why it is often told that ontogenesis recapitulates phylogenesis.
  This is the famous fundamental biogenetic law stated in 1866 by German zoologist Ernst HAECKEL. It has been used, in accordance with DARWIN's views, to claim that man, during his embryonic stages, passes through a 'fish' stage [ because of the branchial slits which in fact exist in the embryo ], then through a 'reptile' stage, through an 'inferior mammal' stage, then a 'ape' stage [ because of the soft wooly hair that is called : lanugo], before becoming finally human
  What is the real state of affairs ? The branchial slits can, indeed, be explained by an aquatic stage preceding the completion of the human form… but such an aquatic stage has nothing to do with a 'fish' stage ! We shall come back later to this point. As far as the fœtal hair is concerned, we can talk of a downy layer of hair which sometimes lingers on the skin of newborn babies after birth, producing 'hairy babies' [ in adults, we speak of hypertrichosis ]. But this has nothing to do with animal hairs : it's entirely human hair. In reality, and it is very visible in the newborn apes ( chimpanzees or gorillas ), the specific hairs of the animal grow onto the first layer of human-type hairs. We are aware of an evolutionary new hair-coat : this clearly proves that apes have evolved beyond humans.

Embryonic stages of Man, Dog ( above )
Bird and Tortoise ( below )
[ after HAECKEL 1868 ]

  Let us look carefully at the stages of development of diverse vertebrate embryos which are comparable [ s. above ], first we have a human embryo ( 4 and 8 weeks old ) and the embryo of a dog. What is most surprising is that we hardly can differentiate them from one another, except for the tail, which is longer in the 6 weeks old dog embryo. The other illustration shows us, in a similar way, a chicken embryo and a tortoise embryo. Here, starting from a stage [ 8 days for chicken, 6 weeks for tortoise ] a few differences can be observed, which correspond to the general development in their own lineages : notably, the development of the tortoise shell. But the bird hasn't yet developed its wings. These drawings put our attention to the fact [ that is without doubt the more important ] in this comparison of series of embryos : namely, the astouning similiarity of those, and especially the fact that they all have kept an 'extra-large head'. The early skull outlines are round and voluminous, even in the tortoise which is a reptile… The human embryo will conserve this characteristic up to the adult stage, and then clearly appears as the one who has remained closest to the original type from which they all have developed !
  Moreover, it is remarkable that the representation of quadrupedal animals, like the dog in the picture above, in a vertical position [ i.e., 'standing' ], seems perfectly natural to us : that would even not be the case if we imagine it 'lying', i.e. in the normal position of the future quadruped the dog would in fact be going to become… As professor Max WESTENHÖFER [ a main investigator of the Initial Bipedalism Theory ] already wrote in the 1930's, this phenomenon of an upright position in embryos is directly linked to the level of their eyes, and to the direction they are naturally facing : in harmony with the globular shape of their skulls.
  Man preserves this disposition all his life, whereas animals gradually modify the original inclination, when they lift up their heads in order to position their vision in front of them : in this way, their eyes are on the same level as the ( horizontal ) body axis ! Actually, if they would keep eyes lin early embryo position, when becoming quadrupeds, their eyes would be now facing the ground !
  This is why, in the course of development in utero, the animal has to throw back its skull structure in order to see ahead… Such a development is balanced by the lengthening of jaws that serve as a 'counterweight' : this is the formation of the animal snout, and at the same time it necessitates a relative compression of the brain in a skull-box that is deformed to a more oblong shape.

  Coming back now to the round configuration of the embryo head, we can observe in the diverse quadrupeds that the process of development of skull and brain always goes across a stage which corresponds to the stage we find in man. In animals, it is altered… The forced changes in position of the eyes automatically govern a new head carriage, which in turn decides on the necessary modifications concerning the insertion of the spinal column into the skull. Thus, the foramen magnum get displaced backwards !
  In the embryos of all mammals, we observe what we call an original bending of the skull base, i.e. the osseous surface on which brain lies.
  The curved form of the skull base, which is conserved almost unchanged in adult man [ angle of 120° ], is actually the more primitive disposition. The human anatomy maintains an archaic feature throughout the course of ontogeny. In animals, we get a more and more horizontal skull base [ 140° in apes, up to 180°, wide angle, in full quadrupedal mammals ]. So we can emphasize that quadrupedalism is a derived grade of locomotion in mammals. In this way, equipped with a flat skull base, animals can see whithout problem when they move.

Bending of the skull base
[ after BOLK, 1926 ]
 
above : in all mammal embryos
left : adult man
right : dog's horizontal deck

  In bipedal man, the volume and the 'weight' of the brain 'lock' the spinal column in an anatomical disposition, that was the original embryo disposition, too. By the way, the foramen magnum remains in a low position under the cranium. This allows us to maintain an upright posture when walking. There are evident links between the volume of brain, the position of head and our bipedal gait…
  The globular form of the embryo brain determines the curve of the spinal tube that subsequently leads to the natural angle of the skull base in humans !
  We already spoke of the consequence of such an anatomical feature regarding erect posture. This disposition is therefore original in mammals [ and in other vertebrates ], since their skulls are invariably rounder in the embryos than in the adults. Then, bipedal posture must be the more ancient feature.
  A derived position during ontogeny brings the spinal column into a horizontal plane [ parallel to earth ] and causes the lengthening of the jaws : the animal brain is now trapped and compressed between a stretched back skull and a protruding face…

  In this way, animals go during ontogenesis through an early stage that would allow them to attain the stage of a biped and a considerable dévelopment of cerebral capacities. But they don't... With opting for quadrupedalism, they relinquish the capableness of real psychic emancipation !
  An objective study of human morphogenesis indeed, contrary to what happens at our times, should logically start up from the very beginning of the evolutive phase when the first aquatic vertebrates developed. It is at this moment, as we will see it later on, and at this moment only, that a structural characteristic like the original roundness of the skull was able to take shape, in the water, at the top of an erect spinal column… and this development was due purely to mechanical reasons ! We'll soon come back to this point.

  Let us now talk a little about Comparative Anatomy. In the outline of our today lecture, we shall restrict ourselves with a study of the limbs, but we could also make investigations on the entire skeleton, as well on the inner organs. It would lead us to believe that bipedal man, indeed, represents the original prototype of the vertebrates…

  The human hand is an extremity which is normally used for touching and grasping objects, whereas in other mammals, the hand is also [ or exclusively ] used to support the body weight and to provide a means of locomotion.
  Apes have kept hands which are anatomically very similar to man's, but they often employ them in quadrupedal gait ( knuckle-walking ). Many herbivores only walk on their fingers ( on one finger in the case of horse ) after the formation of a hoof that developed out of the nails.
  We can affirm that the human hand has remained the more primitive, and we can state that it has never been used for locomotion. Just as the upright body position was acquired at the very moment of the emergence from water of the pre-hominids, the archaic shape of the human hand developed from the homonculus' natatory palette [ a very ancient feature in the phylogenesis of the vertebrates, identical to the derived forms of the fish or cetacean flipper ].
  Consequently, the human hand shape has served as a 'starting point' for numerous evolutive transformations, like the hoof of herbivores, for instance. The whole arm can also transform into either a wing [ birds, bats ] or into a pectoral fin, like in the case of fish, cetaceans or sea-reptiles.

   The human foot, used exclusively to provide a means of locomotion [ the whole of which, as a plantigrade foot, is in contact with the ground ], also comes directly from the lower natatory paddle of the marine animalcule that is the ancestor of all vertebrates. This explains the foot form in the human embryo at the age of 30 days. About 2 weeks later, the foot has the aspect of a hand : the middle toe is the longest, and the future big toe is short… Actually, this feature has nothing to do with the 'posterior hand' of an ape, as sometimes claimed ! We also observe that the foot is palmed : it's the same kind of foot which characterized the archaic pre-hominid before leaving the ocean, about 600 million years ago ! Adaptation to walking on ground consequently modulated the foot architecture : a big toe as we know it, and the sole, formed by the angles that are made by the tarsal, metatarsal bones and those of the phalanges.

Foot of Macaque ( left )
and Man ( right )
in similar states of development
 
[after SCHULTZ, 1957 ]

  When walking, and especially running, the body weight of man is firstly lying on his big toe : this staggering development of the first toe is one of the particularities of the human foot. This is obviously connected with early bipedal gait. On the contrary, the evolution of the foot in tree-dwelling primates is orientated towards a prehensile structure, where the big toe becomes opposable to the other toes… which inevitably causes its reduction in size, and even, in long term, provokes its complete disappearing… Actually, the evolution of man's foot never passed throughout a stage similar to that of tree-dwelling apes or monkeys ! Man's natural aptitude must have been a flat-footed bipedal walking, since the very beginning of the human lineage

TO BE CONTINUED

 

 

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FIN