LE BULLETIN DE LA BIPEDIE INITIALE

Editée par le Centre d'Etude et de Recherche sur la Bipédie Initiale :

BIPEDIA

A Review from the STUDY and RESEARCH CENTER for INITIAL BIPEDALISM


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M. François de Sarre,
par e-mail


BIPEDIA7

( septembre 1991 )

Sommaire :

 


ESSAI SUR LE STATUT PHYLOGENIQUE
DES HOMINOÏDES FOSSILES ET RECENTS :
LE POINT DE VUE DE
LA THEORIE DE LA BIPEDIE INITIALE
( 2ème partie )

par  François de SARRE

 

Summary : If man has remained morphologically and anatomically more or less the same throughout the course of the last geological ages, different groups of hominoids have followed their own evolution, progressing parallel to man and at the same time branching out. The Initial Bipedalism Theory allows us to argue that the different types of fossil-known hominoids ( commonly accepted as the links binding the Homo sapiens to his presumed simian ancestors ) and of still-living hominoids ( like the yeti or the sasquatch ) appear to be rather vestiges of man's lineage.
  The Australopithecines, for instance, have kept ( as the fossils show ) a 'relic' bipedalism, developed once from man, and evolved towards a stage of anthropomorphic ape. As fossilization is a highly unusual process, paleontological data will be always incomplete. It explains the fact that ancient traces of man's activity on earth have not been found until today ( or not recognized ! ). On the other hand, the survival until present time of remote hominoids throughout the world is not admitted by classical anthropology, although this possibility should be considered open. A series of deductions leads us to the suggestion that the present situation in the Primates' distribution ( including man, hidden hominoids, apes, monkeys ) is the same as in past geological times.

 

  L'état actuel de nos connaissances, en ce qui concerne le grand problème des Origines de l'Homme, n'en finit pas apparemment de déconcerter les scientifiques de tous horizons : en effet, on semble arriver au stade où l'évidence se présente qu'une seule théorie paraît à même de concilier les enseignements des diverses sources, depuis l'imbroglio des fossiles jusqu'aux découvertes de la génétique ou de la physiologie souvent passées sous silence, sans oublier les déductions logiques de la recherche cryptozoologique… Je veux bien sûr parler de la théorie de la bipédie initiale qui admet l'existence sur notre planète, jusqu'à l'époque contemporaine, d'êtres déshominisés, ceux que l'on appelle les hominoïdes 'reliques' ( yéti, sasquatch, etc. ).
  Les théories communément élaborées à partir de l'échantillonnage de fossiles d'hominoïdes connus à ce jour dans le monde : ossements épars collectés pour la majeure partie en Afrique, pèchent par le même désir de vouloir remonter le cours du temps en assignant à l'ancêtre supposé de l'homme un faciès toujours plus animal ( = bestial ). Les nombreuses contradictions qui surgissent d'un tel modèle [surtout si, en tant que zoologiste, on possède une vision globale du monde animal] provoquent actuellement un désarroi sans cesse grandissant parmi les scientifiques concernés par ce problème de phylogenèse.
  Pour ne citer qu'un exemple, Lucy ( de son vrai nom : AL 288 ) jadis fêtée comme ''la mère de notre humanité'' apparaît aux chercheurs comme ayant été un être composite : si son crâne était d'aspect simiesque, elle n'en mettait pas moins bas tout comme une femme contemporaine ; elle se déplaçait habituellement sur ses deux jambes, mais elle était prompte à détaler à 4 pattes comme un singe et à grimper sur le premier arbre venu ! Il suffit, pour s'en convaincre, de considérer ses genoux aux attaches souples et ses articulations omoplate-humérus nettement articulées vers le haut.
  Bien sûr, le problème est de savoir si cette compétence est, disons, l'héritage d'un passé ancien ou s'il s'agit d'un avantage nouveau ( un zoologue parlera de spécialisation ) acquis par adaptation à un environnement boisé ou semi-boisé, celui-là même que fréquentait l'Australopithèque ( de type afarensis ) lorsque ses quelques ossements épars ont été conservés et sont parvenus jusqu'à nous.
  Comme il en a été rendu compte dans la première partie de cet exposé [ cf. Bipedia n° 5 : 1-7, 1990 ], bien des chercheurs pensent maintenant que Lucy était dotée d'un pied simiesque tout à fait préhensile ( avec le gros orteil en opposition par rapport aux autres orteils ) malgré sa bipédie fonctionnelle et la structure de son bassin, de type humain.
  On en vient ainsi à considérer la bipédie de type australopithécien ( ou celle pratiquée à l'occasion par les divers singes anthropomorphes ) comme étant une bipédie résiduelle. En effet, ce caractère se maintient tant qu'il présente des avantages pour l'espèce : mode de déplacement ponctuel quand l'animal porte quelque chose dans ses bras, ou que la position érigée lui permet de mieux scruter son environnement. C'est un trait que l'on trouve aussi dans les lignées mammaliennes les plus diverses ( Insectivores, Rongeurs, Arctoïdés, etc. ).
  La théorie de la bipédie initiale propose un modèle phylogénétique où le prototype du Mammifère primitif, celui-là même qui a engendré les autres représentants de la Classe… était un bipède à station érigée et gros cerveau. L'Homme moderne en est demeuré le plus proche, sur un plan anatomique.
  C'est pourquoi l'homme ne descend pas du singe, ni de tout autre mammifère quadrupède, d'ailleurs ! Il serait issu directement de la forme ancestrale aquatique qui est à l'origine de tous les animaux vertébrés.

  Pour en revenir aux thèses classiques en matière d'anthropogenèse, il semble en tout cas par trop simpliste de mettre, comme on l'entend souvent, l'hominisation sur le compte de l'évolution du climat en Afrique orientale, durant les derniers millions d'années. Les tendances à l'aridité observées vers la fin du Tertiaire dans la végétation ( avec le recul de la forêt vers l'Ouest ) n'ont pas pu ''forcer'' les Primates grimpeurs à descendre de plus en plus des arbres, à parcourir plus de chemin entre eux, et à faire en sorte que la bipédie ( supposée d'abord 'occasionnelle' ) devienne courante pour eux, puis obligatoire… pour des raisons de ''survie''. Un singe arboricole ne peut que suivre la forêt dans son recul, lequel n'a pu être que lent et très progressif, à l'échelle géologique des temps !
  Nous retiendrons ici l'idée de base que la situation faunistique actuelle des Primates ( en y incluant l'homme de type sapiens, et la diversité des formes hominiennes répertoriées dans le cadre de la recherche cryptozoologique ) correspond à un état qui a toujours prévalu au cours des derniers millions d'années.
  Ainsi ont cohabité : le genre Homo ( à station debout parfaite et à gros crâne rond ), des hyperanthropoïdes en voie de déshominisation, des australopithécoïdes en transition vers la quadrupédie, ainsi que des anthropomorphes de type simien arboricoles. D'autres options évolutives ont existé : il en est résulté la foison de formes mammaliennes actuelles, ainsi que toutes celles qui ont évolué au-delà du type mammalien…

 

LES PITHECANTHROPIENS

  Nous sommes là en présence d'un groupe d'hominiens tort hétéroclite, censé ( classiquement ) avoir disparu depuis la fin du Pléistocène moyen, voici 70 000 ans.
  Le Pithécanthrope de Java fut le premier à être déterré, dès 1890, puis ce fut au tour de l'Homme de Mauer en Allemagne ( 1908 ), des Sinanthropes chinois ( 1927 ) et des Atlanthropes du Nord de l'Afrique ( 1947 ). Tous ces fossiles, et bien d'autres retrouvés depuis en Europe, en Asie et en Afrique orientale, sont communément désignés sous le nom d'Homo erectus.
  Les pithécanthropiens ( ou archanthropiens ) sont des hominiens bipèdes souvent assez grands [ l'adolescent de Koobi Fora dont le squelette est très bien préservé, mesurait 1,62 m ; on estime qu'à l'âge adulte, il aurait atteint 1,80 m ]. Les pithécanthropiens avaient une capacité crânienne qui oscillait entre 700 et 1100 cm3 ; ils avaient un bourrelet sus-orbital plus saillant que celui des australopithèques, des os du crâne plus massifs, des canines et incisives plus fortes, mais les molaires et prémolaires étaient en général proches du type sapiens. Apparemment, c'étaient des êtres très différents des australopithèques. Ils présentaient aussi un dimorphisme sexuel marqué, les crânes féminins paraissant plus 'modernes' que ceux des mâles. Si l'on me pardonne l'expression, je dirais que les femmes sont moins déshominisées que leurs partenaires masculins… Cela explique aussi pourquoi l'on retrouve parfois, côte à côte sur le même site, des individus graciles et d'autres dont le faciès est franchement bestial !
  Les premiers pithécanthropiens connus auraient dans les 2 millions d'années ( Chine, Sibérie, Afrique ), mais il ne serait pas étonnant d'en retrouver un jour de plus anciens, jusqu'en Europe…
  Les pithécanthropiens sont, en Afrique, les contemporains des australopithèques, et vivent parfois aux mêmes endroits. On retrouvera sans doute encore bien des fois ce curieux état de fait… qui permet de conclure de façon très pertinente qu'australopithèques et pithécanthropes n'étaient pas issus les uns des autres [ et qu'ils ne se retrouvent pas dans l'ascendance directe de l'homme 'moderne' ], mais qu'ils procèdent vraisemblablement tous d'une forme plus ancienne dont ils ont un jour divergé. Sans doute plusieurs fois de suite. Les diverses lignées d'australopithéciennes et pithécanthropiennes apparaissent ainsi comme des rameaux collatéraux de l'arbre généalogique de l'Humanité.
  D'où aussi la profusion des formes, et certains problèmes de classification ! Ainsi, des formes tropicales, comme l'Homme de Broken-Hill ( Zambie ), bien connu des anthropologues car ses dents sont cariées, l'Homme de Saldanha ( Afrique du Sud ) ou celui de Solo ( Java ), sont souvent considérées comme des paléanthropiens, mais sans doute bien plus à cause de leur âge récent ( Pléistocène supérieur ) que parce qu'ils présentent de véritables caractères de néanderthaliens !
  Selon Bernard Heuvelmans, le crâne de Broken-Hill ne devrait guère avoir plus de 20 000 ans ( même pour un néanderthalien, ce serait bien peu ! ). Les restes de pithécanthropiens australiens découverts à Kow Swamp ont été datés de moins de 10 000 ans au radio-carbone. Un crâne pithécanthropien trouvé récemment à Cossak, également en Australie, n'aurait même que 6 000 ans…
  C'est en Indonésie, d'où sont connus de nombreux restes fossiles d'Homo erectus, que des témoins oculaires décrivent de petits hominiens velus qui pourraient correspondre à des pithécanthropes contemporains… notamment à Sumatra ( sédapa, orang-pendek ). Les nittaewo qui furent exterminés à la fin du 18° siècle au Sri-Lanka, et dont on possède des descriptions détaillées, semblent avoir été des pithécanthropiens.

 

LES NEANDERTHALIENS

  Ceux qu'on nomme aussi les paléanthropiens constituent un important rameau post-humain apparu lors des grandes glaciations européennes. Ce sont des formes très spécialisées ( habitat froid et montagneux ). Certaines d'entre elles se sont maintenues jusqu'à notre époque contemporaine, comme le suggèrent de récentes études ( HEUVELMANS & PORCHNEV 1974, RAYNAL 1989 et 1990, KOFFMANN 1991 ).
  Des êtres néanderthaloïdes sont régulièrement signalés dans le Caucase ( kaptar, almasty ) et le long des grands massifs montagneux de l'Asie, de l'Iran jusqu'en Mongolie et au Vietnam. Le spécimen examiné par le zoologue franco-belge Bernard Heuvelmans venait probablement du Vietnam. Il avait été exhibé par un forain américain dans une roulotte arborant l'inscription fantaisiste : "Conservé dans la glace depuis des siècles, peut-être un homme médiéval, rescapé de l'âge glaciaire". Après avoir démontré que le spécimen ne pouvait être un faux, le Dr. Heuvelmans lui donna l'appellation d'Homo pongoïdes ( ou Homme pongoïde ).
  Le néanderthalien le plus ancien que l'on connaisse ( 300 000 ans environ ) est celui dont les restes ont été exhumés à Steinheim ( Allemagne ) dans des sédiments datant de l'interglacial Mindel-Riss. Il s'agit d'un crâne de faible capacité cérébrale ( 1 200 cm3 ), avec de grosses arcades sourcilières, mais ( ce qui semble contradictoire à première vue ) un arrière-crâne arrondi… La face n'est pas vraiment projetée en avant, et l'os maxillaire possède encore une dépression anguleuse que l'on appelle 'fosse canine' ; ce caractère ne sera plus présent chez les néanderthaliens tardifs, dits 'classiques'. La fosse canine sera en effet comblée par le développement extrême du sinus maxillaire ( adaptation au froid ).
  Il peut y avoir eu continuité évolutive entre les premiers néanderthaliens et ceux qui vivaient vers la fin de la période glaciaire de Würm. Ces derniers ont pu continuer à évoluer in loco dans les massifs montagneux où ils s'étaient réfugiés, jusqu'à notre époque contemporaine… Mais il y eut vraisemblablement, au cours des glaciations quaternaires, plusieurs émergences séparées de créatures néanderthaloïdes, à partir de la souche humaine de type 'moderne'.
  Pendant les périodes interglaciaires, et comme cela se passe encore de nos jours, ce fut l'Homo sapiens qui, directement ou indirectement, a été à l'origine de l'extermination graduelle des néanderthaliens ( ou d'autres hominiens ) réfugiés dans leur habitat montagneux ( ou dans de grandes forêts impénétrables ). Le processus peut néanmoins s'inverser… en faveur des néanderthaliens survivants, si les conditions climatiques changent, et que, par exemple, une nouvelle période glaciaire s'amorce !
  Ce mouvement de bascule paraît avoir eu lieu plusieurs fois au cours des âges passés. A chaque époque de régression de l'espèce humaine correspondait une phase d'extension des formes hyperanthropoïdes, soit à partir du stock déjà présent, soit par émergence nouvelle [ déshominisation ]. Il peut y avoir, bien sûr, intervention simultanée de ces 2 modalités, d'où la difficulté de retracer l'histoire évolutive réelle des fossiles d'archanthropiens ou de paléanthropiens…

  Le processus de déshominisation, auquel je faisais allusion quelques lignes plus haut, se traduit par des transformations adaptatives au niveau du squelette [ crânien, en particulier ] et par une perte de conscience de l'identité humaine. C'est un facteur d'évolution, en ce sens que l'homme de type sapiens, anatomiquement non-spécialisé, se situe au point de départ de lignées animales nouvelles.

 

DISCUSSION

  La théorie de la bipédie initiale admet l'émergence successive, au cours des époques géologiques passées, de créatures hominoïdes diverses, tout au long de l'axe représenté par une lignée ancestrale [ la nôtre ! ] et archaïque de bipèdes humains à tête ronde et au gros cerveau.
  Les formes dérivées, dites hyperanthropoïdes [ car ayant évolué au-delà de l'homme ] sont différentes entre elles, mais se ressemblent, d'une part à cause de leur origine commune, et d'autre part par convergence, parce qu'elles sont souvent adaptées au même type d'environnement. Chez tous ces êtres, la déshominisation peut se poursuivre vers un stade australopithécoïde et au-delà, avec ou sans option arboricole !
  Les fossiles d'hominiens connus actuellement représentent autant de formes post-humaines, souvent datables avec précision, mais dont il serait vain de vouloir retracer l'histoire évolutive en se basant sur la simple notion de filiation chronologique… A cet égard, les spécialistes actuels de l'évolution demeurent singulièrement prisonniers de vieux schémas établis !
  Dans mon exposé, la référence à la Cryptanthropologie demeure incontournable, car elle ouvre les yeux au fait que différentes sortes d'hominiens coexistent naturellement avec l'Homo sapiens, comme ce fut aussi le cas tout au long des derniers millions d'années.
  En ce qui concerne la poursuite des recherches sur les Origines de l'Homme, je ne doute pas que l'alliance de tous les secteurs de la Zoologie, de l'Anthropologie, de l'Ethnologie, de la Paléontologie, de l'Embryologie et de la Génétique, favorisera bientôt le progrès de la Connaissance.

 

REFERENCES CITEES

 

 

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LES HOMMES SAUVAGES DE VOREPPE

par  René LAURENCEAU

 

Summary : Wild groups of human, both male and female, were still be found in the French Alps during the 19th Century.
  The male creatures were captured, castrated and then used as herdsmen in the summer pastures, the 'alps'. They are the 'crétins' Balzac refers to in his book
Le médecin de campagne.

 

  En lisant Le médecin de campagne de BALZAC, on en vient à se demander qui sont ces crétins des Alpes : on ne comprend pas comment des débiles ont pu assumer la responsabilité de garder des troupeaux dans l'alpage, ni pourquoi l'Eglise catholique se refusait de leur donner le moindre sacrement, ni pourquoi la décision de les faire disparaître fut prise, sous prétexte qu'ils se reproduisaient trop bien. Le comportement de la population villageoise à leur égard est surprenant : quand le maire du village vient chercher le dernier crétin, qui avait échappé à la solution finale, le téméraire est reçu à coups de pierre, et quand le dernier crétin finit par mourir, l'Eglise accepte tout de même de l'enterrer au cimetière, comme un être humain. Cet homme n'a jamais parlé : les sourds-muets non plus ne parlent pas. Mais les sourds-muets gardent-ils des troupeaux dans l'alpage ? Cet homme a un énorme bourrelet sus-orbital, et il a des yeux de 'poisson mort'. Surtout, cet homme a la peau blanche comme la craie, ce qui lui a fait donner le surnom de crétin.
  Bien sûr, on peut prendre un débile et l'appeler crétin pour montrer que crétin n'est que synonyme de débile, et classer le dossier, comme TYSON en 1699 avait pris un chimpanzé, qu'il avait appelé orang-outan pour montrer que l'orang-outan n'était qu'un chimpanzé, mais quand on connut le mawass de Bornéo, on l'appela orang-outan, ce qui permit au chimpanzé de redevenir chimpanzé, mais n'empêcha pas le pongo d'Afrique de conserver son surnom de gorille pour faire disparaître à jamais le gorille insulaire décrit par HANNON. Chacun peut prendre n'importe qui pour lui donner n'importe quel nom. Mais cette ruse est grossière, et le crétin des Alpes, aujourd'hui disparu, ne semble à personne avoir été un débile. C'était un homme robuste et fruste, qu'on gardait en hiver dans de sombres maisons. Cet homme ne cultivait pas, mais on le nourrissait pour garder les troupeaux dans l'alpage, en été.
  Les hommes qu'on envoyait dans l'alpage étaient châtrés, mais on gardait quelques reproducteurs. Quant aux femelles, on ne gardait que celles nécessaires à la reproduction de cette sous-espèce, et au plaisir illicite des villageois.
  L'ensemble était trouble sur le plan moral, et le maire du village décida d'envoyer sur Aiguebelle, avec l'autorisation verbale du préfet, cette population mi-humaine mi-bestiale, et personne n'est allé vérifier si les convois, partis de nuit, 'nuitamment' nous dit BALZAC, étaient arrivés à destination ou si leur chargement n'avait pas été déversé dans des charniers, quelque part dans le Massif de la Grande Chartreuse, non loin de Voreppe.
  Le hasard des travaux des Ponts et Chaussées nous fera peut-être un jour découvrir un de ces charniers. Peut-être aussi découvrirons-nous un jour dans un cimetière les ossements du dernier crétin, celui que la population villageoise avait surnommé CHAUTARD, et dont elle avait obtenu l'ensevelissement au cimetière communal. De façon plus vraisemblable le mystère des crétins des Alpes risque de rester à jamais enfoui. C'est le mystère des hommes-des-neiges français, capturés dans la neige, mais qu'on ne laissait sortir qu'en été.

 

 

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HOMMAGE A JEAN PIVETEAU

by  René LAURENCEAU

 

  Mon beau-père le professeur Jean Piveteau, paléontologue, Membre de l'Institut, s'est éteint le 7 mars 1991. La veille, je prenais le petit déjeuner avec lui, mais il avait à peine touché son café et son croissant qu'il me demandait de l'aider à se recoucher. J'ai fait avec lui les derniers pas qu'il devait faire sur la terre. Je me souviendrai toujours des conversations que j'ai eues avec lui depuis 1956, année où je devins son gendre et où il reçut son épée. Je lui parlais de la pensée scientifique du Musée Darwin de Moscou, que je connaissais un peu, parce que j'étais professeur de russe. Aujourd'hui le Musée de Paléontologie de Moscou l'emporte sur le Musée Darwin. La Russie s'occidentalise. Mais à l'époque le Musée Darwin vivait les belles heures de ce que nous pourrions appeler la pensée brejnévienne, scientifiquement baroque : le Musée Darwin était proche du Parti Communiste. L'homme nocturne que les darwiniens étaient allés chercher chez Linné me fascinait. J'avais trouvé à la Bibliothèque du Jardin des Plantes le fac-similé britannique de la 10ème édition du Système de la Nature. J'apportai à mon beau-père une photocopie de la page concernant l'homme troglodyte. Mon beau-père me répondit que l'affaire n'était pas pressée. Je lui répondis que la page de Linné me paraissait incontournable. Mon beau-père me répondit qu'il m'enverrait la réponse à mon problème. Je devais rentrer à Saint-Etienne, mais quelques jours après mon retour à Saint-Etienne je reçus effectivement de mon beau-père la photocopie de la page correspondante, tirée cette fois de la 13ème édition, l'édition corrigée, rédigée dix ans après la mort de Linné. L'homme nocturne avait disparu. C'était mieux ainsi, me disait mon beau-père, qui pensait que nous n'étions pas prêts pour aborder la question de l'homme nocturne. Nous avions tant de choses à consolider dans notre science relativement récente : mieux connaître les australopithèques, l'Homo habilis, l'Homo erectus, mais aussi les néandertaliens dans leur aspect fossile. Nous étions bien d'accord, mon beau-père et moi, pour dire que l'homme nocturne, s'il était quelque chose, ne pouvait être que le paléanthrope aux grandes orbites rondes et profondes. Mais il ne fallait surtout pas tirer sur la plante pour la faire pousser. Quelques temps plus tard, je montrai à mon beau-père une empreinte que j'avais reçue du Pamir : l'empreinte d'un énorme pied. Cela fit sourire mon beau-père : "vous allez devenir un chasseur d'hommes des neiges maintenant". J'étais un peu furieux de voir que les pas d'un gigantopithèque éventuel me cacheraient les pas du paléanthrope disparu depuis le XVIII ° siècle. Mon beau-père me taquinait : "vous finirez par trouver le charnier des crétins des Alpes qui vous ferait tant plaisir". Il ajoutait malicieusement : "mais je ne serai plus là". Mon beau-père n'est plus là. Je ne crois pas que j'aurai le courage d'aller remuer la terre des Alpes, pas plus qu'une autre terre. Nos conversations sous les catalpas du jardin des Forges resteront ce qu'elles étaient : des conversations de vacances entre gens contents d'avoir un sujet commun de conversation pour profiter plus longuement des lieux de fraîcheur à l'heure de la sieste, après le café.

 

 

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FIN