
Les
hritiers de lĠAnkh
- roman dĠanticipation -
par Franois de SARRE
CHAPITRE PREMIER
Quand il fut
dcid de remonter le treuil, lĠobscurit avait gagn lĠensemble du plateau.
Ał-Poitoū, chef
musologue, ne savait plus trop quelle option choisir. De deux choses lĠune, ou
bien il tentait, la lumire vacillante des lampes, de descendre dans le
gouffre qui sĠouvrait ses pieds, ou bien il remettait toute lĠaffaire au
lendemain !
Son regard
croisa celui du responsable des fouilles, H-Dridý.
- Je descends !
sĠexclama-t-il en allumant sa lampe frontale.
JĠassure lĠchelle de corde, rpondit aussitt son subalterne avec
un sourire entendu.
Le rond de
lumire jauntre fouillait dans les profondeurs, de part et dĠautre du trou
bantÉ Les deux ouvriers aux rels talents dĠacrobates qui avaient hiss le
treuil nĠavaient gure progress que dĠune dizaine de mtres pendant la
journe, mais ils avaient fini par localiser et par dgager lĠentre de la
galerie sous le Sphinx.
Vue dĠen haut,
la cavit tait impressionnante, mme si un palier rocheux en contrebas pouvait
servir reposer les pieds du musologue et lui permettre de prendre un peu
dĠappui.
Ał-Poitoū haussa les
paules, comme sĠil voulait conjurer le sort qui sĠacharnait contre lui. Toute
la journe, le vent de sable avait souffl sur le dsert, djouant les plans
des archologues qui exploraient le site des Pyramides.
Le savant jeta
un dernier regard vers la cohorte de journalistes qui patientaient une
vingtaine de mtres, derrire un cordon de scurit install la hte. Les
appareils photographiques crpitaient de mille lueurs.
Finalement, il
y allait aussi de sa rputation dĠhomme de science et de baroudeur intrpide.
NĠavait-il pas t le premier pntrer dans la grande ncropole gauloise des Pār-Isis ? Selon
Julius-Csar, crivain et Pontifex Maximus romain, dont les crits avaient t
consigns dans le codex Ç De Bello Gallico È, les tombes du Pre-Lachaise
(orthographe dĠpoque !) dataient de la priode dite Ç intermdiaire È :
elles taient donc bien postrieures aux conqutes de Rome. Mais selon certains
experts, le passage du codex en question aurait pu tre rajout au texte
initial par un copiste tardifÉ
Ce qui tonnait
les chercheurs, cĠest que les tombes dcouvertes taient orientes nord-sud
dans leur grande majorit, au-lieu de pointer vers le sud-est, comme cĠtait le
cas pour les autres ncropoles, apparemment plus rcentes, qui avaient t
retrouves dans cette mme rgion de lĠantique Gallia.
Sur ce site
antique des Pār-Isis, le professeur
Ał-Poitoū avait notamment mis au jour les caveaux des
savants Champollion et Lamarck, pensant y trouver des indices concrets quant
la localisation des temples de Kamit (lĠancien nom de lĠEgypte), proximit du
fleuve Nil en Mditerrane orientaleÉ
Mais une voix
au timbre pressant arracha brusquement le savant ses penses.
- Eh ! Attendez une
minute ! cria un gros homme en rprimant grand peine un juron.
- Oui, Ğ-dich, jĠallais veiller ce que vous preniez
aussi des photos de ma descente dans le gouffre !
Le gros homme
grommela une sorte de remerciement, tout en poursuivant lĠinstallation dĠune
minuscule camra sur une sorte dĠnorme trpied.
Cette fois, il
fallait y aller. Ał-Poitoū prit une grande inspiration et posant avec
prcaution ses pieds sur les barreaux de lĠchelle mobile, il entreprit
soigneusement de descendre, saluant de sa main libre la foule des chercheurs,
journalistes et badauds.
Le chef
musologue jeta un dernier regard vers lĠextrieur. Au nord, le dsert tait
parsem dĠoasis, lĠendroit mme o sĠtendait jadis une ville gigantesque, la
mythique Qahir, dont les vestiges affleuraient a et l, de part et dĠautre des
mandres que dessinait le Nil dans sa course imptueuse vers la mer.
LĠnorme masse
de la Grande Pyramide, quelques centaines de mtres derrire Ał-Poitoū et les
journalistes, masquait les toiles vers lĠouest, et la lune en son croissant
dclinant, nĠallait pas tarder passer prs du sommet o jadis se dressait le
pyramidion. Depuis bien des sicles, le revtement calcaire avait disparu, et
la partie haute de la pyramide avait servi de camp ou dĠabri aux tribus
nomades, une poque o le sable et les boues du Nil avaient pratiquement
recouvert tout lĠdifice ; il en allait de mme de la pyramide voisine,
sensiblement de mme taille, que la Tradition attribuait au roi Khfr, qui
aurait rgn sur le pays de Kamit, voici fort longtemps.
- Professeur !
La voix venait
dĠen-dessous. Une jeune femme blonde dont les cheveux courts et boucls
ornaient un visage nergique, le sourire aux lvres, mal accoutre dans sa
combinaison tanche dote dĠune ample capuche, sortait de lĠombre. LĠclat de
sa lampe frontale tait ce quĠon distinguait le mieux dans lĠobscurit presque
totale.
Oui, fit Ał-Poitoū vaguement surpris, se souvenant de la prsence
de lĠtudiante qui avait t laisse en faction devant lĠentre du passage
secret sous le Sphinx.
LĠantique
monument tait encore profondment enfoui sous les sables dĠune gigantesque
dune, mais son aspect tait connu grce de nombreuses gravures sur des plats
de cramique ou sur les vases que lĠon avait dcouverts proximit. Ainsi
savait-on que le monstre lonin possdait une tte humaine.
Quand
lĠexplorateur la rejoignit, Pam-Hehla se tenait au niveau de la patte
postrieure gauche du Sphinx, la seule avoir t dblaye compltement,
malgr les difficults lies cette excavation. Des mesures ondes
ultra-courtes avaient dtermin quĠun rseau de tunnels existait seulement
quelques mtres de l.
La prospection
nĠen tait quĠ ses dbuts. Certains experts souponnaient mme quĠune
vritable cit souterraine se dissimulait sous le plateau des Pyramides.
DĠailleurs, des piliers de temples retrouvs Memphis, non loin de l, offraient
un rcit de la prhistoire gyptienne grav dans la pierre, et lĠon pouvait
notamment y dcouvrir le plan suppos des galeries de communication sous le
Sphinx, entre les pyramides et de grandes cavernes amnages dans la roche. Les
gyptologues taient en droit dĠesprer que parois et plafonds taient tapisss
dĠhiroglyphes, cette criture sacre quĠavait tudie Champollion, le savant
gallo-romain bien connuÉ
Evidemment, les
avis divergeaient sur la manire dont les anciens btisseurs de Kamit avaient
clair galeries et tombes. Certains archologues pensaient des miroirs
ancrs au fond de puits qui rflchissaient la lumire du soleil, dĠautres
pensaient plus prosaquement lĠlectricit. Ce mot "lectron" (ήλεκτρον) tait
dĠorigine hellne et avait dĠabord servi dsigner le combustible des piles.
Tout ce qui
venait de lĠantique civilisation nilotique tait encore entach de bien des
mystres... Les fouilles ne progressaient que lentement, parce que lĠargent
faisait dfaut, mais aussi en raison du manque dĠintrt du grand public.
Ał-Poitoū en tait
conscient, cĠest pourquoi il avait jou le jeu mdiatique, et tenu ce que les
grands magazines du Ç continent Sud È fussent prompts relayer
lĠinformation en diffusant moult images. Dans ce cas prcis, lĠtudiante en
archo-anthropologie devenait un atout incontournable, car elle tait trs
photogniqueÉ
- Tout va bien,
Pam ? Je pensais que vous tiez remonte avec les deux ouvriers. Vous
savez, on a bien failli vous laisser en basÉ
- Cela ne mĠaurait pas
dplu, murmura la jeune femme comme pour elle-mme, il fait meilleur ici quĠau
village de tentes. Pas de vent de sable brlant, ni dĠtudiants farceurs qui
viennent vous glisser un scorpion dans la trousse de toiletteÉ
Maintenant, vous allez devoir supporter la prsence de votre
cuistre de professeur, car nous sommes sans doute ici ensemble pour plusieurs
heures !
Ał-Poitoū avisa lĠentre
de la galerie sous la patte du Sphinx quĠavaient dgage les ouvriers, et y
projeta le faisceau dĠune puissante lampe-torche quĠil tenait la main.
- Vous nĠavez sans doute
pas rsist la curiosit dĠen explorer quelques mtres, ou me
tromp-je ?
- Non, je vous ai
attendu, fit-elle sans trop chercher convaincre le savant ; dĠailleurs, jĠai
trouv ceciÉ
Sous la clart
de sa lampe frontale, Pam montrait un objet de quelques centimtres de long,
perc dĠun trou ovale, apparemment un pendentif.
Une croix dĠAnkh, sĠesclaffa le musologue. On lĠappelle
ainsi dĠaprs un terme de lĠancienne langue de MĠser qui signifie
"vie"É On en trouve de toutes les poques, manufactures dans
diffrents alliagesÉ
Certaines de ces croix en laiton, serties de verre color,
proviendraient dĠAsie orientale, car on peut lire, au dos de beaucoup dĠentre
elles, la mention "Made in China"É Les historiens et
spcialistes de la priode ont cru bon de devoir chafauder des thories sur
les possibles contacts, lĠpoque antique, entre les deux contres pourtant si
loignes lĠune de lĠautreÉ
- Savez-vous quoi une
telle croix mĠa toujours fait penser ? sĠinterrogea lĠtudiante en faisant
sauter lĠobjet de faon irrvrencieuse dans le creux de sa main.
- Pour les rois de Kamit,
cĠtait la cl de la connaissance des mystres du mondeÉ mais pour le bon
peuple, cĠtait simplement une croix perce qui pouvait servir de
porte-bonheur !
- Je viens de
lĠanthropologie physique, poursuivit la jeune femme en faisant tournicoter la
relique entre ses doigts et en lĠclairant sous tous les angles. Je pense un
lment constitutif du squelette humain !
- Je vois ce que vous
voulez insinuer, fit Ał-Poitoū en faisant mine de se tter le dos en dessous
du sac de route quĠil portait. Cela ressemble bougrement une vertbreÉ
avec un gros trou au milieu pour la moelle pinire, les prolongements osseux
de part et dĠautre, et la partie "pineuse" vers le haut, celle quĠon
peut palper sous la peau lorsquĠon y promne la main.
- Tout juste ! Et
lĠempilement de toute une srie de croix dĠAnkh forme un rachis, une
colonne vertbraleÉ
Le "pilier Djed"É complta le musologue qui en
possdait quelques figurations chez lui : la colonne vertbrale
dĠOsiris !
Mais dj il
avait pntr dans la galerie par lĠtroite ouverture, suivi comme son ombre
par la jeune femme. Le mythe dĠIsis et dĠOsiris tait connu grce aux crits
dĠauteurs tardifs, retrouvs notamment sur le site archologique dĠAl-Iksăndēr dans des
cylindres scells, mme la vase du Nil.
- Tout cela me parat de
bon augure, plaisanta-t-il malgr lĠexigit du conduit, le plafond bas, et une
poussire tenace qui sĠinfiltrait sous les paupires des deux explorateurs.
- Professeur, pensez-vous
vraiment que ce tunnel puisse nous mener jusquĠ la pyramide de Khfr ?
Ał-Poitoū sĠappuya sur
la paroi pour souffler un peu, aprs quelques minutes de cheminement, car non
seulement il faisait chaud, mais le tunnel descendait de faon abrupte et lĠair
y devenait de moins en moins respirable. Avant de rpondre, il jeta un coup
dĠÏil la boussole quĠil tenait au poignet.
- Cela nĠen prend pas
vraiment la direction, mme si nous sommes dj bien engags sous le plateau
rocheux. Je pense plutt que nous allons dboucher dans une salle au nord du
Sphinx.
LĠhistorien romain Ammianūs Marcēllinus en a parl dans ses crits ; les
murs de cette salle seraient couverts dĠinscriptionsÉ
Pour dĠautres
auteurs, comme Hrdotos Halicarnssos, le Sphinx avait t construit par le
roi (pharaon) Khfr, tout comme la pyramide la plus proche, mais cet crivain
grec ne fait nulle rfrence des galeries ou une salle souterraine. En
revanche, Hrdotos a dcrit des coquillages fossiles dans la roche du Plateau
des Pyramides, et il en avait dduit que la mer recouvrait autrefois les lieux.
CĠest lui aussi qui a crit que lĠEgypte (comme il lĠappelait) avait t un don
du ciel, et probablement le Ç grenier bl È des peuples
hellnistiques qui habitaient sur les deux rives de la mer Mditerrane.
Ał-Poitoū voulut encore
ajouter quelque chose, quand soudain un bruit venant de derrire le fit
sursauter. Du regard, il intima lĠtudiante lĠordre de ne pas bouger, mais
lĠexpression inquite sur son visage se transforma vite en un sourire dtendu,
quand il reconnut dans un halo de lumire la silhouette trapue de son
collaborateur, H-Dridý. Celui-ci faillit dĠailleurs sĠtaler terre en
arrivant jusquĠ eux, tant la pente tait raideÉ et le sol recouvert dĠune
pellicule dĠargile glissante qui ne facilitait gure la descente : il
fallait constamment se cramponner des deux mains aux parois lisses de la
galerie.
- Je pensais tre plus
utile ici quĠen haut, fit-il en contrlant grand peine sa respiration qui
tait devenue sifflante.
- Mais oui, rpondit le
musologue, un brin narquois. Tout se passe bien en surface ?
Le vent est compltement tomb, ainsi que lĠintrt des
journalistes, dĠailleursÉ commenta le chef des fouilles dĠun air dsabus. JĠai
donc laiss quelques ouvriers lĠentre du puits, et jĠen ai profit pour
venir vous rejoindre !
H-Dridý
faisait partie des gyptologues ("spcialistes de lĠancienne Kamit")
qui auraient prfr que lĠon rechercht en priorit la tte du Sphinx...
Selon certains
calculs, celle-ci devait se trouver une vingtaine de mtres de lĠentre du
puits qui avait t creus en surface, sensiblement au mme niveau, mais
malencontreusement sous une grosse butte de boue et de sable agglomrs. Il
aurait sans doute fallu de longues semaines de terrassement pour y parvenir.
CĠest pour cela quĠAł-Poitoū avait privilgi lĠexploration des galeries
que lĠon avait dtectes au sonar, la verticale des pattes arrire de la
gigantesque statue et sous sa "queue".
On a estim que
voici prs de cinq cents ans, le sable avait repris possession des lieux,
ensevelissant le Sphinx, les temples et les demeures des prtres, ainsi quĠune
bonne partie des pyramides. Dans le mme temps, la ville voisine de Qahira
semblait avoir t vide de ses habitants, dtruite par un cataclysme dont on
ignorait toujours la teneur et lĠampleurÉ
- Avez-vous une ide de
la profondeur o nous sommes par rapport la patte droite du Sphinx ?
sĠenquit Pam-Hehla qui faisait mine dĠtudier la structure des roches de la
paroi, tandis que les deux hommes discutaient entre eux.
- Je vais vous dire cela
tout de suite, rpondit H-Dridý en extirpant de lĠune de ses poches un
cadran gradu, reli un systme de radioguidage. Si lĠappareil fonctionne
bien, nous sommes 50 m de la surface, donc environ 30 m sous le Sphinx.
Et nous nous dirigeons en ce moment plutt vers le nord-est,
complta Ał-Poitoū aprs un bref regard sur sa boussole.
Autrement dit, nous progressons en direction de la Grande Pyramide, celle que
les Anciens appelaient aussi "Knout".
Tout comme
celle de Khfr, plus petite de quelques mtres, mais nettement moins volumineuse,
la Grande Pyramide avait servi de multiples usages pendant lĠAntiquit.
Encore aux trois-quarts recouvertes par le sable et par une espce de boue
compacte quĠon nommait "khĠff" dans la rgion, les deux pyramides
nĠavaient encore gure t tudies ce jour, il y en aurait dĠailleurs prs
dĠune centaine dĠautres, caches sous les dunes alentour. Pour une majorit de
chercheurs, les pyramides avaient servi de greniers grain (cĠest le sens
premier du mot grec ıυραμίς), lĠpoque
des premires dynasties de Kamit, ou bien encore elles avaient t de
gigantesques rservoirs eauÉ
DĠailleurs,
parmi les textes rcuprs dans les cylindres dĠAl-Iksăndēr, il y avait
aussi un document en langue arabe qui rapportait la construction dĠdifices de
ce type, trois sicles avant le Dluge :
Ç Saurid
Ibn Sahloūk, roi dĠEgypte, fit un
rve : une grande catastrophe avait frapp la Terre, les hommes taient
couchs sur le sol, les toiles tombaient les unes sur les autres avec un bruit
terrible. Le roi n'en souffla mot son entourage, mais s'tant rveill avec
une telle peur, il rassembla les grands prtres de toutes les provinces de
l'Egypte, cent trente en tout, dont le chef tait Aklimn.
Ç Lorsqu'il leur exposa toute l'affaire, ils mesurrent l'altitude
des toiles et, faisant leur pronostic, prdirent un Dluge. Le roi demanda :
"Atteindra-t-il notre pays ? ". Ils rpondirent : "Oui, et
il le dtruira". Mais comme il restait encore un certain nombre d'annes
attendre, il donna lĠordre de construire pendant ce temps des pyramides aux
caves votes. Il remplit celles-ci de talismans, d'objets tranges, de
richesses, de trsors, mais aussi dĠinstruments en fer, de modles de vaisseaux
en argile, dĠarmes qui ne rouillaient pas et de verreries quĠon pouvait plier
sans les briser È.
Malheureusement, la suite nĠa pas t consigne dans le manuscrit. En
tout tat de cause, lĠhypothse dĠun Dluge ne faisait pas lĠunanimit auprs
de la communaut scientifique, bien que lĠon retrouvt des rcits similaires
dans dĠautres textes antiques.
Entretemps le
groupe tait parvenu jusquĠ un coude dans la galerie. H-Dridý qui
marchait en tte sĠarrta net, sa lampe frontale jouant avec les ombres, ce qui
donnait la scne une allure fantasmagorique.
- Une herse !
fit-il. Le passage est ferm !
- Mince, alorsÉ sĠexclama
Ał-Poitoū dcontenanc. Vrifions sĠil nĠy a pas une
serrure, un loquetÉ
- Non, reprit
lĠarchologue aprs un rapide examen de la grille. Si mcanisme dĠouverture il
y a, il nĠest en tout cas pas apparentÉ On dirait mme que les barreaux font
corps avec la roche !
- Une sorte de grs dur,
me semble-t-il, ajouta Pam. Ce serait vraiment bte dĠtre bloqus iciÉ
- Il doit bien y avoir
une solution, grommela le chef musologue dpit.
- Trouvons-la vite,
renchrit H-Dridý aprs un coup dĠÏil lĠun de ses instruments, car
lĠair me parat de plus en plus irrespirable.
- QuoiqueÉ remarqua la
jeune femme, de temps en temps je sens un courant frais passer le long de mes
joues. Cela voudrait dire quĠil y a quelque part un appel dĠairÉ de lĠautre
ct de la grille !
Oui, mais comment passer lĠobstacle ? questionna le
professeur en poursuivant lĠinspection des barreaux de sa main droite gante.
Il rflchit
quelques instants.
Quelque chose de similaire est arrive une quipe dĠarchologues
sur le site dĠAl-İksăndēr, quand ils
ont retrouv le tombeau de la mythique reine KlioptrāÉ Laissez-moi rflchirÉ
Ał-Poitoū faisait
allusion un vnement qui remontait une vingtaine dĠannes en arrire,
alors que des explorateurs du Ç continent Sud È avaient commenc lĠinspection
dĠune zone aride en plein dsert. Mais lĠpoque antique, le niveau de la
Mditerrane tait sensiblement plus haut, et la mer avait encore d lcher les
fondations du temple o furent retrouves les dpouilles de la reine et de son
amant Antnius.
LĠaccs la
crypte o ils reposaient tait galement barr par une sorte de herse, mais les
chercheurs eurent par bonheur la possibilit de lire sur la paroi une srie
dĠhiroglyphes accompagnant les cartouches royaux. De lĠtude de ces signes ressortait
quĠune vibration – ou un son – tait mme de dclencher le
mcanisme dĠouvertureÉ
On savait par
ailleurs que certains objets taient capables dĠmettre une nergie vibratoire,
vritable "onde de forme", susceptible de dclencher un dispositif
lectromagntique par simple contact.
- Pam, la croix dĠAnkhÉ
les Anciens lĠappelaient aussi la "cl" dĠAnkhÉ
- Oui, sĠcria la jeune
femme en ouvrant lĠune des poches de sa combinaison. La vertbre sacre
dĠOsiris va nous ouvrir la porte vers la salle de la ConnaissanceÉ!
- L dans le mur, il y a
comme une encoche qui pourrait nous servir, fit en cho H-Dridý. Mais
le mcanisme marche-t-il encore ?
En tout cas, quelle chance dĠavoir retrouv cet objet, sans doute
perdu ou oubli par quelque prtre de lĠpoque antique !
Ał-Poitoū saisit
fbrilement la croix dĠAnkh que lui tendait Pam et la plaqua sur
lĠempreinte mme le mur. Elle sĠy adaptait parfaitement.
Le suspense
dura encore quelques secondesÉ Puis avec un grincement insoutenable, la herse
se leva pour disparatre vers le haut, comme avale par la roche !
La voie tait
libre...
- Ce qui est incroyable,
commenta le chef musologue, cĠest que ce mcanisme fonctionne encore, aprs
tous ces milliers dĠannesÉ
- Peut-tre les galeries
et salles sont-elles toujours habites ?, avana Pam. Ou du moins,
entretenuesÉ mais par quels mystrieux personnages ?
En tout cas, ceux qui ont jadis construit les pyramides et sculpt
le Sphinx possdaient un savoir-faire qui laisse encore pantois aujourdĠhui,
complta H-Dridý, quand on se reprsente la masse des blocs de pierre
acheminsÉ mme sĠil semblerait depuis de rcentes analyses physico-chimiques
quĠau moins une partie de ces pierres aient t couls sur place, au moyen de
coffrages ajusts au centimtre prs !
Les maons de
lĠpoque auraient mlang du sable ou de la poudre de pierre un liant, avant
de dlayer la prparation ainsi obtenue, puis de sĠen servir pour remplir un
moule lĠemplacement dsir sur la pyramide. La pierre tant ainsi
reconstitue, il nĠy avait plus quĠ dmoulerÉ
- Il fallait bien,
poursuivit Ał-Poitoū en faisant signe ses deux compagnons de
reprendre leur marche travers lĠtroit boyau, que les parois fussent solides
et tout fait tanches si, comme je le pense personnellement, les pyramides
taient de gigantesques rservoirs dĠeau !
- Un revtement de
calcaire blanc recouvrait tous ces blocs de pierre ajusts les uns aux autres.
On en voit encore la trace prs du sommet de la pyramide qui est la plus proche
du Sphinx. Mais pour en revenir la croix dĠAnkh – Pam avait vite remis la
prcieuse icne dans lĠune de ses poches – et ce mystrieux mcanisme,
jĠai peut-tre une ide.
Dites voirÉ ce stade toutes les tentatives dĠexplication sont
bonnes prendre, etÉ
Mais
H-Dridý qui cheminait en tte ne termina pas sa phrase ; il resta
quelques instants interloqu, avant de reprendre sa progression.
- Des marches, fit-il.
- En bton, me
semble-t-il, complta le chef musologue. En tout cas, elles nĠont pas t
tailles dans la roche. Peut-tre arrivons-nous destination ? Il
sĠpongeait le front lĠaide dĠun mouchoir. JĠai lĠimpression quĠil fait
diantrement chaud iciÉ Mais que vouliez-vous dire, Pam ?
- Ce nĠest bien sr
quĠune hypothse, enchana la jeune femme, mais selon certains physiciens, des
nergies puissantes peuvent natre partir de formes particulires : il
sĠagirait dans ce cas dĠun phnomne de nature lectromagntique.
- Ainsi la croix dĠAnkh
dans la mouture sur la paroi de la galerie suffisait elle seule dclencher lĠenvoi
dĠnergie sous forme dĠondesÉ lesquelles auraient mis en route le mcanisme
dĠouverture, termina Ał-Poitoū. Certains chercheurs un peu marginaux pensent
mme que toute lĠarchitecture, la statuaire ou encore le graphisme des objets
les plus courants dans lĠAntiquit, obissaient ces lois dĠmissions dĠondes
de forceÉ Tout tait calcul pour gnrer un quilibre idal, ou encore pour
produire une nergie gratuiteÉ simplement partir dĠondes de forme !
- Nous ne connaissons pas
grand chose de cette civilisation de Kamit, qui nĠen finit pas de nous
tonner ! Si nous possdions le secret des missions dĠnergie par la
forme, nous pourrions conomiser une bonne partie de notre lectricit !
- Quand je pense quĠil y
a des chercheurs, comme Űl-Tserr, de
lĠuniversit du Cap, qui estiment que les Egyptiens nĠtaient pas trs avancs
dans leurs connaissancesÉ En effet, selon ces savants qui se targuent de
science objective, la progression de lĠhumanit nĠavait pu tre que
"linaire"É dbutant au stade des cavernes et des grottes ornes pour
aboutir notre civilisation actuelle !
- Oui, et ce monsieur ne
serait-il pas par hasard votre directeur de thse, Pam ?
En tout cas, cĠest lĠun des anthropologues les plus minents du
moment, un spcialiste dans lĠtude des humains fossiles au sud du grand dsert
boral. Je vais dĠailleurs le rejoindre ds demain sur un site de fouilles qui
se trouve proximit de lĠocan Indien.
Ał-Poitoū acquiesait en
hochant la tte. En gros, les chercheurs universitaires et les savants
dĠinstitutions prives se divisaient en deux clans, chacun ayant une approche
radicalement diffrente des grands sujets historiques. Les uns pensaient que
lĠhistoire de lĠhumanit se faisait par paliers, avec des pisodes de progrs
et des priodes de rcession causes par de grands cataclysmes plantairesÉ Les
autres niaient la ralit de tels vnements : les en croire, lĠhomme
aurait volu en droite ligne partir des "singeodes" primitifs que
lĠon dterrait a et l dans les couches gologiquesÉ
Ce faisant,
H-Dridý tait parvenu au bas des marches de la galerie, suivi par ses
deux compagnons. Devant eux le couloir sĠlargissait sensiblement.
Plus personne
ne parlait. Une sorte dĠentre semblait se dessiner peu de distance dans la
roche. Deux colonnettes en mtal cuivr flanquaient de part et dĠautre ce qui
ressemblait un porche. Les trois archologues sĠen approchrent quasi
religieusement. Avec un ensemble parfait, leurs lampes fouillrent lĠobscurit
dĠune crypte au plafond vot, qui devait mesurer une quinzaine de mtres de
longueur, sur environ dix de large.
Ils taient
arrivs dans une pice vide lĠexception dĠun grand sarcophage en pierre, lui
aussi compltement vide, comme ils purent vite sĠen assurer.
CHAPITRE II
La vue vers
lĠextrieur, depuis la grotte en lger surplomb, tait saisissante. Dans la
brume cĠest tout juste si lĠon apercevait au loin, par del les grandes terres
ocre rouge o poussaient les acacias sauvages, le ruban bleut de cet ocan que
les gographes appelaient toujours "indien", du nom dĠun mythique
peuple dĠAsie du sud.
La caverne
perche qui dominait la plaine alluviale abritait lĠun des plus importants
gisements prhistoriques au monde.
A ce jour, les
fouilles avaient rvl plus dĠune centaine de fragments dĠos fossiles, ainsi
que des silex taills et des bifaces, mais aprs sept ans dĠun travail acharn
au milieu des sdiments dposs par les multiples transgressions marines,
lĠquipe de chercheurs venait enfin de dcouvrir un crne complet de lĠoccupant
des lieuxÉ
LĠair songeur, Űl-Tserr se dtourna du magnifique paysage pour
scruter lĠintrieur de la grotte o ouvriers et tudiants procdaient aux
diffrentes mensurations dĠusage. Cela prenait du temps, car il fallait
respecter un strict protocole de fouilles. La mise au jour de restes
dĠhominiens fossiles ne se faisait quĠaprs lĠenlvement mticuleux de la
gangue terreuse qui les recouvrait. Chaque trouvaille rpertorie, que ce ft
un morceau dĠos long, une vertbre ou un silex taill, tait dĠabord laisse en
place, photographie, puis positionne dans lĠespace lĠaide dĠun systme
trois coordonnes : largeur, longueur et hauteur.
- Professeur !
murmura lĠun des tudiants, un grand gaillard en tenue kaki avec casque de
feutre. Nous allons enfin pouvoir sortir le crne de son primtreÉ
Sa voix tait
peine audible, sans doute pour ne pas troubler la solennit de lĠinstant.
- Merci, Űg-Tałet. Nous allons
bientt pouvoir tenir cette petite merveille entre nos mainsÉ
Les vestiges
prhistoriques retrouvs dans la grotte de Tō-Havěl permettaient
de reconstituer fidlement la vie et lĠenvironnement dĠun campement dĠhommes
anciens – ou ne sĠagissait-il
pas plutt de primates bipdes apparents lĠhommeÉ? Le dbat tait encore loin dĠtre
tranch.
En tout cas le
crne rcemment exhum, gure plus gros quĠun pamplemousse, prsentait des
caractres anatomiques quĠon avait dj retrouvs en maints endroits sur le
continent africain, savoir :
- un front fuyant,
- un gros bourrelet
osseux au dessus des orbites oculaires,
- une mchoire avance
et une bote crnienne rduite.
Sans doute son
cerveau tait-il bien plus petit en proportion de celui des populations
actuelles.
Le lieu de
fouilles tait idalement situ, non loin de lĠquateur, dans ce pays verdoyant
et sauvage quĠtait la Zamibie, un peu au sud de ce que les Anciens appelaient
la "Corne de lĠAfrique".
Űl-Tserr faisait partie des anthropologues qui
thorisaient une ascendance simienne de lĠhomme, la diffrence dĠun bon
nombre de savants de lĠEmpire des Terres du Sud (appel aussi
"continent Sud") qui privilgiaient, quant eux, lĠide de
lĠexistence passe de singes bipdes – notamment ici, Tō-Havěl.
En grommelant
intrieurement, il pestait contre son lve, Pam-Hehla, qui au mme moment se trouvait
sur le plateau des Pyramides avec des confrres archologues. Elle nĠavait rien
trouv de mieux que de mettre en doute son concept de filiation de lĠhomme par
le Morotopithecus, et cela dans lĠun des plus gros tirages de la cte Est, la
Ç Durban Gazette È !
Quant son
vieux collgue Ał-Poitoū, il tait mondialement connu pour les
recherches quĠil avait menes sur la priode dite "intermdiaire",
voici une dizaine de sicles.
Le continent
europen, maintenant peu peupl – car recouvert dĠune steppe aride sur
une grande partie de sa surface – tait alors verdoyantÉ
Mais les
tmoins muets de cette antique poque de gloire restaient sans conteste les
fameuses Ç cathdrales È.
Ce nom
provenait du grec " "
signifiant "sige bas", une allusion sans doute au pouvoir des chefs
religieux – alors que la Ç basilique È tait le domicile du roi
hrditaire.
On avait
retrouv en Europe occidentale beaucoup de ces imposants difices enfouis sous
plusieurs mtres de sdiments. Leur plan de base nĠtait pas sans rappeler la
croix Ankh de la tradition gyptienne...
En revanche, on
se perdait en conjectures quant la signification des motifs religieux qui
sĠaffichaient sur les porches et colonnades, tels que : coqs, lions,
aigles, dragons et autres animaux extraordinairesÉ De mystrieux rites avaient
d sĠy drouler jadis, en rapport sans doute avec le rythme des saisons. En
tout cas, les cathdrales taient ostensiblement tournes vers lĠest, dans
la direction du soleil levant !
Le professeur
fut interrompu dans ses rflexions par les cris dĠenthousiasme des tudiants
zamibiens, quelques mtres en dessous de lui. Űg-Tałet lĠavait
prcd sur lĠescabeau qui permettait dĠaccder au niveau infrieur des
fouilles. Il braquait une norme lampe-torche dans la pnombre.
- La voici, cette petite
merveille, sĠcria-t-il en clairant le fossile par le haut.
- Oui, fit en cho lĠun
des assistants, soulevant dlicatement la relique laquelle adhraient encore
quelques crotes pierreuses. Le voil enfin, notre anctre tous !
Mettez-le dans un panier, on va le remonter en pleine lumire,
ordonna Űl-Tserr dans le
brouhaha ambiant.
LĠanthropologue
ne tenait pas trop prolonger la discussion sur lĠancestralit du fossile, ni
discourir sur son ventuelle identification comme "Pre" de telle
ou telle nationÉ Plusieurs ethnies se ctoyaient ici dans la grotte, dont des
Pies la peau blanche et noire, des kleptons au teint clair, des Sara aux
yeux brids, et lui-mme, un Taung dĠAfrique du Sud, la longue chevelure
flamboyante !
Arriv devant
lĠentre de la grotte, Űl-Tserr, qui
entretemps avait rcupr le crne, le dposa quasi religieusement sur une
tablette de briques servant de socle, puis aprs avoir recul de quelques pas,
le contemplait avec dlectation dans un silence peine troubl par les rumeurs
de la savane alentour, calaos et macaques hurleurs.
- Plus je le
regarde, et plus je le trouve humainÉ confiait-il sereinement son assistant.
Űg-Tałet se garda
bien de faire un commentaire. Laissant le savant ą ses contemplations, il sĠen retourna auprs des fouilleurs
qui avaient commenc ranger leur matriel en prvision de la nuit.
Plus je le contemple, et plus je lui trouve lĠair humainÉ
soliloquait toujours le palontologue en pleine crise dĠauto-persuasion.
Il nĠy avait
gure que les longs cris plaintifs des renards volants pour lui rpondre. Ces
grandes chauves-souris appeles aussi diacoptres, venues autrefois du sud-est
asiatique, avaient dvelopp dans la rgion zamibienne des caractristiques
tonnantes.
Ainsi les mles
possdaient-ils de longues mamelles et pouvaient produire du lait(1), car leurs glandes mammaires taient
fonctionnelles !
(1) Authentique
Quant aux
femelles, elles avaient pris lĠhabitude de se nourrir du sang des mammifres,
sĠattaquant de prfrence au btail, mais ne ddaignant pas de mordre aussi des
humains si lĠon ne prenait pas les prcautions ncessaires : dans la
pratique, il valait mieux ne pas dormir seul en brousse !
Tandis que les
femelles vaquaient en qute de protines pour nourrir leur embryon in utero,
les pres chauves-souris restaient dans les grottes et sĠoccupaient de la
porte prcdente en dispensant leur laitÉ
Chez tous les
mles de mammifres, lĠhomme y compris, non seulement les ttons sont
apparents, mais des glandes mammaires rudimentaires existent encore. Cela avait
donn lieu la spculation que chez les mammifres ancestraux les deux sexes
allaitaientÉ et que cĠest seulement au cours de lĠvolution rcente que cette
fonction avait t perdue par lĠhomme "masculin" !
La question des
origines de lĠespce humaine divisait toujours la communaut scientifique,
alors que divers groupes dĠinfluence ou Ç lobbies È se formaient a
et l, ne relchant pas la pression sur les politiques afin quĠils adoptassent
des positions en accord avec les grands courants religieux du moment.
Űl-Tserr pensait Pam-Hehla, son tudiante qui
avait dcouvert une vertbre presque entire dĠhominid dans cette mme grotte,
quelques semaines auparavant. Ce fossile tait rest pour lĠinstant dans sa
gangue pierreuse, car lĠattention et lĠintrt des fouilleurs sĠtaient vite
reports sur le crne que lĠon venait aujourdĠhui de dgager. Mais la pice
trouve par la jeune femme tait en ce sens tonnante (il sĠagissait dĠune 7me
vertbre dorsale) quĠelle tait en tout point semblable celle dĠun humain
contemporain, ce qui bien sr ne cadrait pas du tout avec la thorie dĠune
ascendance partir du singe, que le professeur en paloanthropologie
prconisait par ailleurs.
En tout cas,
cette vertbre ne correspondait pas au crne de type plutt simien quĠil tenait
entre ses mainsÉ
Soit celle-ci
provenait dĠun homme vritable qui avait vcu la mme poque dans la caverne,
soit (comme lĠavait soutenu Pam-Hehla), lĠanatomie de la vertbre montrait que
le primate fossile de la grotte tait issu dĠune ligne originelle de bipdes.
Dans ce cas, le
Morotopithecus nĠavait pas volu vers lĠhomme de type moderne, mais
lĠinverse, il tait en train de sĠen loigner !
Les fouilles
devaient se poursuivre un certain temps encore. Comme les continents septentrionaux,
Europe ou Amrique du Nord, avaient t autrefois recouverts par une norme
calotte glaciaire, les recherches se concentraient surtout sur la frange
quatoriale du globe terrestre.
Ç LĠhomme
est un primate tropical È crivait dj Charles Darwin, un rudit
autodidacte de la "Priode intermdiaire", dont les crits
avaient t retrouvs Al-Iksăndēr, mais aussi sous le tumulus de Melbourne
prospect par lĠquipe du professeur B-Kżppēs, voici une vingtaine dĠannes. En lĠoccurrence, il
sĠagissait des vestiges dĠune trs ancienne bibliothque renfermant de nombreux
feuillets plastifis et enferms dans des cassettes en cuir, le tout parpill
aujourdĠhui dans des cendres volcaniques.
Darwin, malgr
son positionnement en lĠan 858 ab urbe condita, crivait non pas en latin, mais
dans une langue appele "english", considre comme une forme archaque
de lĠaustralien ou aussish, toujours parl par un bon tiers de la population
mondiale.
Avec un peu
dĠentranement, on pouvait mme lire sans trop de difficults son ouvrage
majeur, intitul "De lĠorigine des espces". Ce Britannique (du nom
de lĠancien archipel Britannia, au nord de lĠEurope, aujourdĠhui sous les eaux)
insistait lĠpoque sur la variabilit des lignes animales : une
vritable cl pour comprendre lĠvolution des espces !
Darwin se
dmarquait ainsi dĠAristotls, le Macdonien qui avait tabli des
classifications rigides, qualifiant lĠhomme de "bipde sans plumes",
la diffrence des oiseaux, autres bipdesÉ mais " plumes",
ceux-l !
En revanche, on
ne possdait que de rares extraits de ses crits postrieurs, consacrs essentiellement
la descendance humaine.
Darwin se
montrait lĠardent partisan dĠune volution des lignes dĠhominodes au cours
des res gologiques. Mais il ne donnait pas vritablement la solution de
lĠnigme, et ne se rfrait pas aux pices fossiles retrouves en son temps.
Par recoupement
avec dĠautres documents de la mme poque, on pouvait cependant penser que des
restes dĠhominids anciens avaient t dcouverts au nord de la Mditerrane,
en particulier ceux attribus "Nandertal", une sorte dĠhomme
spcialis, lĠaspect robuste et massif.
Bien que ce
type de crne prsentt des traits simiens, il ne sĠagissait pas proprement
parler dĠun chanon volutif Ç entre le singe et lĠhomme È. Mais
comme lĠEurope occidentale nĠavait t que trs peu r-explore depuis le
retrait des glaciers, on nĠavait ce jour retrouv que des fossiles
fragmentaires de ces nandertaliens.
Heureusement,
quelques dessins taient parvenus jusquĠaux palontologues contemporains qui
pensaient gnralement que Nandertal(2) appartenait
une espce humaine distincte de la ntre, un peu comme le fossile de Tō-Havěl et quelques
autres. Mais peut-tre y avait-il eu quelques mtissages en Europe ou en Asie,
comme semblait le montrer une rcente tude des acides nucliques extraits de
la substance osseuse.
(2) Ou Neanderthal, selon la graphie de lĠpoque
La question qui
se posait tait de savoir pourquoi lĠhomme de Nandertal sĠtait
teint ? Sans doute fut-il extermin par lĠHomo sapiens (un nom remontant
au naturaliste de langue latine Carolus Linnaeus, probablement un officier de
lĠarme romaine stationn dans le nord de lĠEurope, comme attest par
lĠhistorien Tacitūs).
Il y avait
aussi les partisans du "catastrophisme" qui croyaient que cet homme
– qui nĠen tait pas vraiment un – avait disparu au cours dĠun
cataclysme plantaire, en mme temps que les peuples de la "Premire
Antiquit", les Mgalithiques, ceux-l mmes qui avaient rig dĠnormes
constructions en pierre sur tout le pourtour du globe terrestre.
Certains
archologues allaient jusquĠ penser que les fameuses cathdrales
pouvaient galement provenir de cette poqueÉ
Les
Grco-romains plus tardifs avaient dvelopp des mythes qui corroboraient une
vision catastrophiste du monde. Ainsi Zeus, leur dieu suprme, aurait dchan
un "Dluge" pour radiquer toute vie sur Terre. Mais Gadu, dieu des
eaux et protecteur de lĠhomme, avait pris soin auparavant de choisir un couple
et quelques autres humains, et leur avait intim lĠordre de Ç construire
une barque et dĠy dposer une graine pour chaque crature vivante È. Puis
les eaux envahirent les continents, et lĠhumanit correspondant la "Premire
Antiquit" fut dtruite. LĠembarcation conduite par Deucalion put
nanmoins accoster au sommet dĠune montagne, et ses occupants survcurent.
Il sĠagissait
bien entendu dĠune lgende. A moins que de tels cataclysmes –
intervalles plus ou moins rguliers – ne fussent vritablement
responsables de la disparition des grandes civilisations mondiales, comme il y
a dix sicles lĠEmpire romain, mme si pour la plupart des historiens, cet
vnement tragique tait plutt li des guerres et des pandmies...
Schma de la chronologie historique dpeinte
dans ce livre :
"Priode intermdiaire" et fin de lĠempire
Romain : il y a 10 sicles
Guerre de Gog et Magog : il y a 5 sicles
Inondations catastrophiques en Amrique du Nord : il y a 3 sicles
(lĠEurope est recouverte dĠune vaste toundra)
Empire des Ç Terres du Sud È : depuis 2 sicles
LĠaction se passe en lĠan de rfrence 997
(ou 2555 aprs la fondation de Rome)
Parmi les
documents surprenants qui taient parvenus aux chercheurs, il y avait un
parchemin rdig en ancien "aussish" qui relatait comment un certain
"prsident Bush" de la Confdration amricaine avait averti
son homologue europen Chirac dĠune menace en cours(3) :
(3) Authentique
Ç Comme
les prophties lĠavaient annonc, les chefs de guerre Gog et Magog se sont
prpars envahir les dernires parcelles du territoire sous contrle de
lĠEmpireÉ Il fallait imprativement envoyer des renforts de troupes dans cette
rgion moyen-orientale de lĠEurasie È.
Le dnomm Bush
ajoutait que cette confrontation tait voulue par le dieu God, et quĠ la fin
du conflit un "New Age" plantaire allait pouvoir sĠinstaurer...
On pense
gnralement que cette Ç Guerre de Gog et Magog È ravagea une bonne partie
du globe. Au lieu dĠun ge dĠor, ce fut la dsolationÉ
Autour de la
Mditerrane, lĠEmpire (un reliquat de lĠEmpire romain ?) fut dtruit.
Quant lĠAmrique du Nord, elle eut subir – suite une conjonction
stellaire nfaste – des inondations catastrophiques ! Les
populations locales se replirent en grand nombre vers les terres australes qui
avaient t majoritairement pargnes.
Mais Űl-Tserr fut drang dans ses rflexions par
lĠirruption soudaine dĠŰg-Tałet qui lui apportait tout excit un
poste-tlphone ondes centimtriques.
Le directeur de
recherches tira lui un tabouret et porta lĠappareil son oreille. La liaison
tait mauvaise, le haut-parleur crachotait.
- Allo, ici Űl-Tserr, je parle depuis la grotte de Tō-Havěl, vous
mĠentendez ?
- Service de
scurit ! fit une voix quĠil ne connaissait pas.
- Oui, jĠcouteÉ
Un engin automobile non identifi fait route vers votre campement.
Veuillez vous assurer que ses occupants nĠont pas dĠintentions hostiles votre
gard !
La voix dans
lĠcouteur fit une pause, avant de poursuivre en dtachant lentement les
syllabes.
- Nous avons de bonnes
raisons de croire quĠil sĠagit de "Hollybies"É
- Je ne vois rien depuis
lĠentre de la grotte, assura calmement Űl-Tserr, tout
en observant la mimique alarme dĠŰg-Tałet et les visages dconfits des autres
fouilleurs venus sĠenqurir de ce qui se passait.
- Avez-vous des
armes ? sĠenquit au tlphone lĠagent de scurit.
Non, rpondit le professeur aprs un bref instant de silence. A
part nos fusils tlescopiques gaz pour la capture dĠchantillons de fauneÉ
Mais pourquoi nĠintervenez-vous pas ?
La communication
tait devenue franchement inaudible. Űl-Tserr crut
comprendre que le vhicule tout-terrain des gardes avait t sabot. Il reposa
lĠcouteur. Dsormais, cĠtait eux seuls de sĠassumer et de se prendre en
charge.
- Nous avons
des explosifs, nous allons faire sauter la grotte ! dit le savant dĠune
voix sourde en serrant fort contre soi le petit crne fossile.
CHAPITRE III
Ał-Poitoū fut le premier
rompre le silence. Dans la grande salle souterraine o le trio avait pntr,
le regard du chef musologue tait irrsistiblement attir par le grand pan de
mur sa gauche. On y voyait une belle reprsentation de lĠAnkh, la
partie anse vers le haut, magnifiquement colore avec les teintes laques que
lĠon connaissait aussi dĠautres monuments gyptiens. Des rayons styliss de
couleur dore fluorescente fusaient de part et dĠautre de lĠemblme antique.
- Nous voici donc dans la
crypte, le "saint des saints" !
- Peut-tre des
crmonies secrtes dĠinitiation se droulaient-elles iciÉ? fit en cho
H-Dridý. Mais pourquoi ce sarcophage vide ?
En tout cas, il y a de lĠeau pas loin, observa Pam-Hehla en levant
les yeux vers le plafond bas et vot. Je viens de recevoir plusieurs gouttesÉ
CĠtait
tonnant, car au dessus dĠeux il nĠy avait thoriquement quĠune roche
relativement dure – celle du plateau de Gizeh – et du sable la
surface.
La jeune femme
inspectait avec sa lampe lĠensemble de la salle qui devait faire une vingtaine
de mtres de long, sur dix de large. Seul le mur sur lequel se trouvait la
croix dĠAnkh surdimensionne avait t peint, les autres parois taient
nues ou revtues dĠun enduit vert fonc.
Bizarre, reprit-elle, on ne voit pas ici les cartouches usuels, ni
les hiroglyphes qui accompagnent dĠhabitude ce genre de signe.
Dans lĠart
gyptien, la croix dĠAnkh tait frquemment utilise pour la peinture
des tombes, associe une divinit comme Osiris, qui faisait don de la
"vie ternelle" au dfunt. Mais ici les rayons semblaient maner de
lĠAnkh, tel un soleil resplendissant...
Un peu
dcontenanc, le professeur Ał-Poitoū inspectait le sarcophage de forme
rectangulaire, ou plutt le cnotaphe sans couvercle, car aucune dpouille nĠy
avait jamais repos : la salle souterraine nĠtait pas un tombeau !
Le musologue
avait teint sa lampe. On devinait, plus que lĠon ne distinguait, sa longue
silhouette svelte. La peau noire de lĠAustralien, comme de lĠanthracite, le
faisait se confondre avec lĠobscurit ambiante, proprit quĠil utilisait
souvent – sĠaidant en cela dĠhabits sombres – pour "disparatre"
aux yeux des personnes prsentesÉ
Car Ał-Poitoū tait
originaire du Ç continent Sud È, majoritairement peupl de Noirs,
situ de lĠautre ct de la Terre par rapport lĠEgypte.
H-Dridý
avait juste la peau un peu moins sombre, il tait issu dĠun peuplement Sara en
marge du grand glacier nord-amricain. Seule Pam lĠAfricaine tranchait au sein
du trio, avec son teint rose et les boucles blondes qui dpassaient de sa
capucheÉ
En effet, il
arrivait assez souvent quĠau sein de populations la peau plutt fonce, non
loin de lĠquateur, naquissent des individus au teint ple que lĠon appelait
des kleptons, ou parfois des albinos, mme si ce dernier terme paraissait
vieilli.
- QuĠavions-nous espr
trouver ici ? Une vaste bibliothque de parchemins et des murs gravs
dĠhiroglyphes ? remarqua-t-elle. La croix dĠAnkh intgre au mur
reprsente la vie ternelle, la force vitale infinieÉ Peut-tre recle-t-elle
galement un mcanisme secret ?
- Je me posais la mme
question, approuva H-Dridý en suivant du doigt le trac harmonieux de
lĠAnkh sur la paroi.
- Mais nous ne sommes
malheureusement pas dans un roman bon march o il suffirait dĠappuyer sur lĠun
des lments du motif pour voir sĠouvrir un passage secret ! insinua le
chef musologue dĠun ton ironique, en mme temps quĠil rallumait sa lampe
frontale.
- CĠest clair, rpliqua
la jeune femme, mais rflchissons. Il y a forcment une autre issue cette
pice. Les gens qui ont creus la galerie sous le Sphinx ne se sont pas donn
toute cette peine, seulement pour y placer un cnotaphe ? Ce qui est
tonnant, poursuivit-elle, cĠest quĠil nĠy ait ni gravure ni inscription. Cela
nĠa rien voir avec les sarcophages si richement dcors quĠon a exhums
Qahira, voici quelques annes, dans ce qui semble avoir t un ancien muse ou
entreptÉ
- En tout cas, rien ne
nous dit que la salle elle-mme avait prsent cet aspect dans lĠAntiquitÉ Des
structures qui ont aujourdĠhui disparu servaient sans doute rendre lĠensemble
plus agrable contempler : draperies colores, cloisons et panneaux en bois.
Quant ce que je nommerai plutt un monolithe, tant donn quĠil est en granit
rouge – excessivement lourd –
et que sa largeur ne permettait gure de le charrier travers lĠtroite
galerieÉ il est trs certainement arriv ici par un autre chemin !
- Je suis dĠaccord avec vous, professeur. DĠautres voies dĠaccs
mnent cette salle, sans parler des conduits ncessaires lĠarationÉ
Pam sortit une bougie
de sa sacoche, lĠalluma et observa comment la flamme se comportait. A son grand
tonnement celle-ci tait verte, ce qui – comme le trio pouvait le
constater – contrastait trangement avec la lumire blanche des torches
lectriques.
- a alors !
sĠexclama-t-elle. Quelle est encore cette magie ?
Nous voici maintenant avec une lueur verteÉ confirma H-Dridý
en se rapprochant de lĠtudiante. Normalement la flamme dĠune bougie est jaune
orange, ce qui correspond sa temprature : un peu plus de mille degrs.
Il se gratta la
tte pour rflchir – aprs avoir cart le capuchon de son anorak qui le
gnait – cherchant son inspiration dans le regard du chef musologue qui
se tenait toujours coi prs du monolithe.
- La lumire qui aurait
d tre orange nous apparat verte cause dĠun dcalage artificiellement cr
dans la longueur dĠonde des particules qui la composentÉ
- En clair, intervint Ał-Poitoū, cela veut
dire quĠun flux de particules lectromagntiques traverse cette pice et
interfre avec le rayonnement de la bougie, ce qui a pour effet de provoquer ce
changement de couleur !
Oui, reprit Pam, ce doit tre un puissant champ magntique,
dĠailleurs nĠentendez-vous pas comme un bruit derrire la paroi ?
En se
rapprochant de la reprsentation de lĠAnkh, le vert de la flamme
devenait encore plus fonc, plus saturÉ
On percevait
nettement des vibrations. De toute vidence, une machine venait de se mettre en
route de lĠautre ct du mur.
- Etonnant ! sĠcria
lĠtudiante qui ne quittait plus des yeux la bougie. On dirait quĠil y a un
appel dĠairÉ L, cela vient du sarcophage !
- Oui, confirma Ał-Poitoū, la flamme
vacille comme siÉ
Le chef
musologue sĠinterrompait, car un autre phnomne bizarre venait dĠattirer
son attention.
Une sorte de
boule lumineuse de la grosseur dĠun poing tait apparue au-dessus du monolithe
– ou peut-tre y tait-elle cache, et ils ne lĠavaient pas
remarque ?
Elle semblait
contenir en elle toutes les couleurs de lĠarc-en-ciel. Ał-Poitoū qui en tait
le plus proche aurait mme jur quĠelle pulsaitÉ
- Attention ! fit-il
en reculant jusquĠ la paroi.
On diraitÉ sĠcria Pam en se protgeant les yeux du revers de son
coude gauche. On dirait un crne dĠenfantÉ
Au mme moment,
une odeur cre et soufre se rpandait dans la crypte, comme proximit dĠun
poste de soudure. H-Dridý nĠen menait pas large. Tirant lĠanthropologue
par la manche, il amora un repli stratgique en direction du porche par lequel
le trio avait pntr, quelques minutes auparavant.
Non ! protesta Pam reste devant le monolithe.
Sous la lumire
grle de la chose – qui ressemblait de plus en plus un crne
translucide – on voyait battre les paupires de la jeune femme,
extrmement vite, puis Pam ouvrit tout grand ses yeux dont la prunelle bleue
scintillait de manire surprenante. Ał-Poitoū sĠtait rapproch dĠelle, mais le chef
musologue eut subitement la dsagrable sensation que lĠtudiante ne le voyait
pasÉ
DĠun geste il
fit signe son assistant dĠappeler par radiophonie le campement de base.
Celui-ci lĠavait dj devanc, mais en portant lĠcouteur lĠoreille il ne
perut aucune tonalit. LĠappareil paraissait hors dĠtat de fonctionner.
CĠest ce
moment que la jeune femme se mit parler dĠun ton trangement monocorde, sa
voix tait lugubre.
- Je suis lĠtre de
cristalÉ
- Pam, que
dites-vous ? Que vous arrive-t-il ? lana le chef musologue,
visiblement inquiet de la tournure que prenaient les vnements.
- Voici bien des
gnrations, ce crne a t dpos sous terre, comme en maints autres
lieux ; douze ils sont observer lĠhumanit, cachs au fond de puitsÉ
Sidr, Ał-Poitoū regardait
lĠapparition fantasmagorique qui flottait toujours au dessus du monolithe, puis
ses yeux se reportrent sur Pam.
Pour lĠavoir
tudi dans ses cours de psychotomie, il lui revenait en mmoire que, dans
certains cas, une personne au naturel trs sensible pouvait ressentir la
fluidit nergtique dĠune structure, avoir des visions et mme entrer en
contact avec des entits dĠautres dimensions.
Un vritable
phnomne de captation psychiqueÉ
Mais dj la
jeune femme sĠtait remise parler sur le mme ton monocorde vous glacer le
sang dans les veines.
CHAPITRE IV
Un cri strident, terrifiant, se modulant en un long hurlement grave les
fit tous sursauter.
- Un renard-volant !
sĠexclama Űl-Tserr. Peut-tre
lĠavons-nous drang ? A moins que ce ne soient dj les Hollybies...?
- En tout cas, cela
venait de la gauche, flanc de falaise ! complta lĠassistant de fouilles
Űg-Tałet.
Trs bien, reprit le palontologue en manipulant fbrilement un
boitier noirtre muni dĠune longue antenne flexible. Dirigeons-nous vers la
droite, dans la direction du camp de base...
CĠtait en
lĠoccurrence un village de tentes lĠore dĠune fort dĠacacias pineux,
habit par les tudiants et les aides-fouilleurs. Il allait leur falloir encore
une bonne dizaine de minutes pour y arriver en empruntant le sentier escarp
qui descendait vers la plaine alluviale.
Le professeur Űl-Tserr et ses assistants ne passaient
habituellement pas la nuit sur place, mais utilisaient un vhicule tout-terrain
pour se rendre jusquĠ la petite ville la plus proche, distante dĠune dizaine
de kilomtres. Ils y retrouvaient notamment un certain confort.
Tout en
dvalant la pente, le palontologue appuyait vainement sur les boutons de son
boitier. Mais aucune explosion ne retentissait. Les Hollybies allaient avoir
beau jeu de saccager la grotte, sĠen prenant goulument ce symbole dĠune
science quĠils hassaient – quand ils ne lĠutilisaient pas pour
"prouver" la vracit de leurs textes sacrs !
Űl-Tserr avait sauv lĠessentiel, le petit
crne, encore fallait-il que lĠquipe chappt ses poursuivants qui ne
manqueraient pas de dtruire le fossile sĠil venait tomber entre leurs mains.
En pareilles
circonstances, les Hollybies ne faisaient pas de quartier, tout juste
pargnaient-ils la vie humaine. Ce mouvement sectaire issu de la frange
extrmiste de lĠEglise du Crateur, culte monothiste apparu quelques sicles
auparavant, tait actif sur tous les continents de la plante.
Non loin de la
petite ville, une vingtaine de kilomtres, il y avait un chteau-fort habit
par des hommes-pies. Les ethnologues avaient longtemps cru que le site tait
ancien, alors quĠil ne sĠagissait en ralit que dĠune reconstitution rcente,
monte de toutes pices par un riche chef de tribu.
Il y a quelques
semaines, les Hollybies avaient investi les lieux, profitant de la dsaffection
et du recul vers la mer de lĠarme zamibienne. Ils avaient install des
haut-parleurs en diffrents points du chteau et du village en contrebas, pour
la diffusion de messages religieux rptitifs et les appels quotidiens la
prire. Les indignes rcalcitrants avaient t attachs des poteaux o ils
devaient attendre immobiles que tout se passeÉ
Aucun mal ne
leur tait fait, certes, mais il leur tait expressment "recommand"
dĠabandonner la foi polythiste locale et traditionnelle qui tait la leur, et
de se convertir la religion hollybienne o trnait un dieu unique et
tout-puissant, crateur des mondes jusquĠaux confins les plus loigns de
lĠunivers visible ou invisibleÉ
La peur au
ventre, Űl-Tserr et le petit
groupe traversaient au pas de course un bosquet dĠacacias tandis quĠune gazelle
bongo les observait.
LĠanimal
reniflait bruyamment des narines, et frappant le sol moussu de ses sabots
effils, estimait la direction du vent avant de sĠen prendre aux feuillages de
lĠarbre le plus proche. Se sachant menac, lĠacacia se mettait de lui-mme
produire une substance qui le rendait toxiqueÉ envoyant par la mme occasion
dans lĠair un gaz pour prvenir les arbres voisins(4) ! Ceux-ci avertis, libraient aussitt le mme
alcalode dans leur sve. Mais la gazelle le savait et sĠefforait de brouter
"contre le vent", prenant ainsi les vgtaux par surprise !
(4) Authentique
Au camp de
base, lĠeffervescence tait son comble. Les tudiants se bousculaient pour
trouver une place dans le bus de lĠInstitut, prt partir pour rejoindre le
littoral et la scurit garantie par lĠarme zamibienne.
Mais Űl-Tserr nĠeut gure le temps dĠintervenir pour
rtablir un semblant dĠordre.
Dans le crissement
strident de pneus surchauffs, un gros combi tout-terrain venait de faire
irruption dans le camp en soulevant une paisse poussire de latrite rouge.
La mimique du
premier occupant qui en sortit ne laissait gure planer de doute sur les intentions
du personnage.
*
*
*
Le visage de
Pam-Hehla tait livide. Ses lvres remuaient, mais sa voix paraissait dcale
par rapport au mince filet de paroles que lĠon entendaitÉ CĠtait comme dans un
mauvais playback.
De lĠautre ct du fleuve sacr sĠouvre la route pour quĠ Aźţlăn rejoigne son
peuple, car cĠest en son nom que jĠai bti ce sanctuaire.
Sidrs, les
deux archologues assistrent comment la partie avant du sarcophage tait en
train de disparatre dans le sol, tandis que lĠarrire sĠentrouvrait. De la
lumire en jaillit.
Pendant ce
temps, le petit crne flottant dans lĠair sĠtait insensiblement transform en
un nuage rostre dĠo sortaient des dcharges lectriques. Un sifflement
accompagnait cette trange mutation. Puis dĠun coup, on nĠentendit plus rien.
Des marches
taient visibles sous la lumire crue qui sortait de dessous le monolithe.
Devant ses compagnons interloqus, la jeune femme sĠengagea dans le rduit.
Aprs quelques
secondes dĠhsitation, Ał-Poitoū fit un pas dans sa direction pour lĠen
empcher, mais le cÏur nĠy tait pas, dĠautant que son assistant faisait de
grands signes pour lĠen dissuader.
- Le pige risque de se
refermer sur nous, fit-il en un souffle.
- Pourquoi serait-ce un
pige ? Qui aurait intrt nous retenir prisonniers ?
Ce mcanisme est peut-tre purement automatique, et depuis bien
longtemps, plus personne ne se trouve aux commandesÉ Si nous sommes bloqus
dans ce trou, personne ne viendra jamais nous en sortir !
Cet argument
parut porter. Le chef musologue prit le temps de rflchir. Puis il eut un
signe indiquant sa montre, ce qui en clair voulait dire quĠils avaient
suffisamment attendu.
- A mon avis, le
mcanisme est programm pour que le battant ne se referme pasÉ tant quĠil y a
quelquĠun lĠintrieur !
- Admettons. Au point o
nous en sommes, nous pouvons essayer de suivre Pam...
- Esprons galement ne
pas faire de mauvaises rencontres, ajouta le chef musologue en teignant sa
lampe et en sĠengageant sur les marches, aprs un dernier regard lanc dans la
salle qui replongeait dans les tnbres.
*
*
*
A peu de
distance de l, une sonnerie venait de retentir.
LĠendroit
ressemblait sĠy mprendre un cabinet de dentiste, avec son sige inclin,
reli une multitude dĠinstruments par dĠtranges cbles... Une sorte de robot
androde sĠtait mis en mouvement et se penchait sur un vieillard aux longs
cheveux blancs et boucls, allong en face de lui.
- Bonjour, matre !
- OuiÉ quelle heure
est-il ?
Nous sommes en lĠan de grce 2555 aprs la fondation de Rome,
si la date indique sur mon cran de contrle est bonne : mardi, jour de
Mars, quatrime aprs les Ides dĠOctobreÉ
Le vieil homme
fit mine de chasser une mouche imaginaire, tout en relevant moiti son buste.
DĠun regard rapide, il avisa lĠtroite pice sans fentre o il avait repos
une partie de lĠaprs-midi. De la lumire semblait venir de nulle part.
Parwus, souffla-t-il, je ne te demandais pas la date, mais
lĠheure !
Il fait nuit noire lĠextrieur, la soire est dj bien entame.
Matre...? Je voulais vous dire...
Tu nĠes pas programm pour me poser des questions ! Donne-moi
plutt un bol de "xolt" !
Le bras
mtallique du robot se dplia avec un ronronnement sourd, soulevant une sorte
de cache dans la paroi et en retirant un gros gobelet en carton dĠo sĠlevait
un peu de vapeur. Il le tendit lĠpiscopus qui avait rajust sa toge dĠun
revers de la main.
- MatreÉ ?
- Que me veux-tu
encore ? ronchonna lĠhomme aux cheveux blancs, tout en portant le breuvage
encore brlant ses lvres.
- Il y a un problme,
quelquĠun a pntr dans la salle des machinesÉ
- Zut, fit lĠpiscopus en
manquant sĠtrangler. Tu ne pouvais pas me le dire plus tt ?
Matre, poursuivit le robot sans se dpartir de son calme, il
sĠagit mme de trois personnesÉ voici quelques minutes peine. Vous les avez
en lger diffr sur le moniteur en face de vous.
Maintenant, Hăkōn pouvait voir
comment deux hommes et une femme se tenaient prs du grand monolithe prs de la
salle des machines ; les interfrences oranges de la retransmission ne
permettaient pas de distinguer leurs traits, mais vu leurs accoutrements, il
sĠagissait de gens de la "surface".
A un moment, le
personnage fminin reconnaissable sa stature et aux mches blondes qui
dpassaient de sous sa capuche, se glissa sous le sarcophage, puis disparut,
alors que de la lumire jaillissait du passage souterrain.
MaisÉ sĠexclama lĠpiscopus, comment se fait-il quĠelle ait trouv
lĠaccs aux galeries ?
DĠune main
fbrile, il manÏuvrait un levier sur lĠaccoudoir gauche de son sige. La
scne sur lĠcran parut se rapprocher. On voyait distinctement des marches et
un couloir.
Les deux hommes
semblaient hsiter sur la conduite tenir. Ils faisaient de grands gestes et
leurs lvres bougeaient. Puis lĠun dĠeux fit mine de passer travers le
conduit, tandis que lĠautre voulait lĠen empcher...
Hăkōn soupirait. Il
nĠarrivait pas brancher la bote vocale.
- Tu as une ide du
langage quĠils peuvent parler ? demanda-t-il au robot qui disposait
peut-tre des connexions adquates.
- A mon avis, cĠest de
lĠaussish, ces gens-l viennent du groupe dĠarchologues qui prospectent en ce
moment sur le plateau.
Tu veux dire la langue du roi Arthur, le lgendaire souverain de
Kaamelot ?
Le vieil homme
se retourna vers lĠandrode qui faisait semblant de rflchir la question en
prenant une mimique bien tudie. En ralit, sa mmoire lectronique faisait
le tour des circuits encore intacts la recherche dĠventuelles informations.
Pendant ce
temps, les deux archologues, lĠun grand et noir, lĠautre trapu au teint plus
clair, sĠtaient finalement engouffrs tous les deux dans le conduit et
descendaient reculons dans ce qui semblait tre une cage dĠescalier trs
troite.
*
*
*
Aprs quelques
dizaines de mtres dĠune progression rapide, les savants avaient atteint le
local exigu dĠo provenait la lumire.
- PamÉ ? sĠenquit Ał-Poitoū dĠune voix qui
se voulait assure, imit en cela par H-Dridý qui tait en train
dĠinspecter les lieux.
Guids par la
clart, les deux archologues taient arrivs dans ce qui paraissait tre une
salle de prire ou de recueillement, formant un carr dĠenviron 5 mtres de
ct aux murs irrguliers. Peut-tre sĠagissait-il dĠune ancienne grotte
naturelle, car des stalactites taient visibles aux encoignures, sous un
plafond plutt bas.
- Ce nĠest certes pas la
salle aux normes cristaux dont parlent les "Textes du
Sarcophage"É !
- Vous faites sans doute
allusion ce quĠavait crit Hrdotos en son temps, prcisa le chef
musologue.
DĠaprs ce rcit, Ç sept sages, les survivants dĠun dluge
cataclysmique, taient venus dĠune le engloutie par lĠocanÉ È. Ce sont
eux qui selon la tradition auraient dress les plans des diffrents temples,
salles et galeries souterraines de Gizeh !
Mais ce qui
frappait le plus les archologues tait lĠnorme lampe incandescence qui
trnait au dessus du porche. Insre dans un chssis en verre ovale, une longue
et mince spirale dĠun demi-mtre de long brillait puissamment, mais
curieusement nĠaveuglait pas, comme on et t en droit de sĠattendre. Il tait
tout fait possible de fixer cette norme lampe du regard sans tre oblig de
cligner des yeux.
- Quelle peut tre donc
la source dĠnergie employe ?
- Sans doute
provient-elle de panneaux solaires, ou alors des "ondes de formes"
dont nous parlions tout lĠheure, suggra Ał-Poitoū. En tout cas,
si nous rejoignons la surface, on aura au moins la preuve que les Egyptiens
connaissaient lĠlectricitÉ et quĠils se servaient de lampes filaments
incandescents pour sĠclairer !
- Qui en aurait dout,
aprs ce que nous avons vu depuis un peu plus dĠune heure ?
- Il y a toujours
quelques experts en Histoire ancienne qui prtendent que les Egyptiens
construisaient leurs ncropoles souterraines en dviant et en dirigeant la
lumire du soleil lĠaide de miroirs vers le fond des galeries quĠils
creusaient !
Tout cela ne nous fait pas revenir PamÉ La pice semble vide, et
cette fois, pas de mcanisme en vueÉ
Le chef
musologue jeta un regard inquiet vers son assistant.
- Les textes du
Sarcophage font tat dĠun "objet scell qui luit dans les tnbres",
reprit ce dernier.
- Cela pourrait indiquer
quĠil sĠagit ici dĠune chambre funraire ddie Osiris, une sorte de tombe
symbolique ddie au dieu des dfunts. Tous les objets qui sĠy trouvaient
lĠorigine ont t transports ailleurs. Mais pourquoi ?
- VoyonsÉ en tant que
chef des fouilles sur le plateau de Gizeh, je me suis longuement pench sur
lĠhistoire du Sphinx, dĠautant que jĠavais privilgi un moment lĠexcavation de
la partie suprieure du monument, autrement dit, de sa tteÉ
- Je sais, murmura Ał-Poitoū lgrement
agac, o voulez-vous en venir ?
- Dans lĠAntiquit, le
personnage du Sphinx tait connu comme poseur de devinettes, la plus clbre
dĠentre elles tant celle que citent a lĠenvi les philosophes
grecs : Ç Quel est lĠanimal qui marche quatre pattes dans sa
prime jeunesse, puis sur deux jambes, et enfin sur trois pieds È ?
- Bien sr, cĠest
lĠhommeÉaux trois grandes tapes de sa vie ! La dernire tant celle o,
vieillard, il doit sĠaider dĠune canne pour marcher !
- Trs justeÉMme si lĠon
est loin de tout savoir sur les Egyptiens, on peut penser quĠils taient trs
friands de cette sorte dĠnigmes ou de devinettes. Il suffit dĠailleurs de
regarder leurs hiroglyphes, beaucoup consistent en des rbusÉ
- Tout fait dĠaccord,
acquiesa Ał-Poitoū, mais vous savez, je suis plutt un
spcialiste de la Ç Priode intermdiaire È en Gaule, voici dix
sicles !
- Ce ne sont peut-tre
que des lgendes, rtorqua H-Dridý, mais certains historiens vont
jusquĠ prtendre que les derniers empereurs de Rome ont ni plus ni moins
employ lĠarme nuclaire contre leurs ennemisÉ
- Cela expliquerait que
lĠon ne retrouve pratiquement plus aucune trace des grandes civilisations
dĠEurope ou dĠAmrique du Nord ! Bien sr, il y a galement eu un peu plus
tard la fameuse Ç bataille dĠArmageddon È, puis lĠexplosion du
super-volcan de Yellowstone, dans les sicles qui ont suivi.
Personnellement, jĠadhre plutt lĠhypothse dĠun seul et unique
cataclysme cosmique, par exemple, un impact de comteÉ Aprs de grandes
inondations et la destruction dĠune bonne partie de lĠhumanit, le souvenir
dĠun Ç Age dĠOr È antrieur sĠest peu peu estomp chez les
survivants, jusquĠ disparatre compltementÉ
Le chef
musologue faisait la moue. DĠun geste de la main, il fit signe de revenir aux
proccupations du moment. Une certaine impatience le gagnait.
- Je crois que cĠest
aussi lĠopinion de Pam. Mais que vouliez-vous me dire au sujet des devinettes
gyptiennes ? Comment cela pourrait-il aider retrouver notre amie ?
- Ma foi, poursuivit
H-Dridý, la solution de lĠnigme se trouve peut-tre dans un simple jeu
de motsÉ Rcapitulons : nous nous sommes servis de lĠAnkh pour
pntrer jusquĠici, puis nous avons vu ce crne flottant, ensuite il y a eu
lĠouverture du sarcophage et les marches qui descendaient vers la lumireÉ et
enfin cette ancienne grotte ddie au culte dĠOsiris, dans laquelle nous nous
trouvons !
- Je ne vois pas en quoi
tout cela pourrait nous tre dĠune quelconque aide !
OuiÉ hsita lĠassistant.
Mais il nĠeut
pas le loisir de finir sa phrase. En proie une excitation soudaine, Ał-Poitoū poussa un
juron, et, frappant du poing dans le creux de lĠautre main, il sĠesclaffa en
carquillant ses grands yeux noirs.
- By Jove, pourquoi nĠy
ai-je pas song plus tt ?
CHAPITRE V
Les Hollybies
semblaient bien dcids investir le campement des scientifiques sans leur
laisser le moindre temps pour ragir.
Mais au moment
mme o le premier dĠentre eux sortait du vhicule tout-terrain, un fusil la
main, deux younis dbouchrent de lĠune des cases, causant la stupfaction et
un moment de flottement parmi les agresseurs.
Űl-Tserr se souvenait maintenant de la prsence
de ces deux reprsentants de la tribu locale des Kantha. Ils avaient la
particularit de passer le plus clair de leur temps – quand ils ne
dormaient pas – quatre pattesÉ !
Dcrit par les
mdecins lĠorigine comme une maladie lie une mutation gnique, ce
"syndrome" consistait en une marche habituelle sur les quatre membres(5) , les jambes tendues,
avec appui sur les paumes des mains. Ceux quĠon appelait les younis ne
pouvaient se mettre debout que pour de courts instants, avant de retomber sur
leurs mains. Mme lĠge adulte, leur langage restait celui dĠun petit enfant.
Malgr ce qui pouvait ressembler un handicap physique, les younis taient
trs agiles, rapides et redouts juste titre lors dĠchauffoures, car ils
mordaient et griffaient sans retenue.
Au fil du
temps, les gnrations de younis sĠtaient succd, formant une sous-population
de la tribu des Kantha. Au sein de la socit tribale, ils se rendaient utiles
en effectuant de petits travaux dĠentretien, ou dĠautres tches rptitivesÉ
(5) Authentique
Les deux
younis, un frre et une sÏur, taient devenus un sujet de prdilection pour les
recherches dĠŰl-Tserr (qui avait
publi sur eux un article de rfrence dans Ç lĠInternational Journal of
Neuroscience È), car le savant y voyait la confirmation dĠune tape
antrieure dans lĠvolution humaine, en lĠoccurrence le passage dĠun mode de
locomotion quadrupde, celui plus labor de la bipdie humaineÉ
Un
palontologue comme Űl-Tserr tait
bien entendu sourd aux arguments de ceux – en majorit, des biologistes
animaliers – qui prtendaient lĠinverse, voyant dans le cas des younis
plutt le dveloppement vers un stade spcialis, voire
"ultra-humain", dĠautant que certains dveloppaient avec lĠge des
excroissances osseuses sur le front – qui nĠtaient pas sans rappeler les
cornes de bovids !
Le syndrome
prsent par les younis serait ainsi non pas la rsurgence dĠun caractre
"pr-humain" (une sorte dĠvolution rgressive), mais bien au
contraire un exemple de formation dĠune "ligne volutive nouvelle"É
Mais pour le
moment, lĠheure nĠtait pas aux rflexions philosophico-scientifiques.
SĠencourageant
mutuellement renfort de grands cris, les deux younis se prcipitrent vers le
groupe de Hollybies qui ne savaient quelle attitude adopter. Le problme se
posait notamment pour celui qui semblait tre le chef – lĠhomme au fusil
–, car leur tirer dessus signifiait quĠils ne les considraient pas comme
humainsÉ Or pour ce faire, il et dĠabord fallu lĠavis dĠun dignitaire
religieux, seul habilit prendre ce genre de dcision.
Dans le doute,
les quatre Hollybies rintgrrent leur vhicule et sĠen retournrent par le
mme chemin dĠo ils taient arrivs.
Űl-Tserr et ses tudiants poussrent un ouf !
de soulagement, tout en prenant conscience que le rpit ne saurait tre que de
courte dure. Sitt pris lĠavis dĠun matre en chaire ou dĠun prdicateur
local, les Hollybies allaient revenir, soit pour excuter les younis, soit pour
tenter de les capturer avec des filets – avant de sĠen prendre
lĠensemble du groupe !
Le frre et la
sÏur sĠtaient joints lĠquipe et commentaient dans leur vocabulaire pauvre
en mots les vnements qui venaient de se drouler. LĠassistant de fouilles Űg-Tałet, originaire
de cette rgion de Zamibie, connaissait leur dialecte et les flicitait avec de
grands gestes pour leur intervention.
- Nous devons nous mettre
vite en sret avant quĠils ne reviennent, exhorta Űl-Tserr qui voulait nanmoins se montrer rassurant.
- Heureusement que nos
amis younis taient l, ajouta son assistant. Ainsi ils ont contribu au
sauvetage du crne de lĠhominien qui a peut-tre t leur lointain anctreÉ
- Oui, cĠest dans le bon
ordre des choses, complta un tudiant, celui-l mme qui avait dcouvert la
prsence du gne mutant des younis au niveau du 17me chromosome.
CĠtait un
phnomne dj tudi chez le singe troglodyte du Kn-G, rput proche des
anctres du genre humain.
- Űg-Tałet, essayez de
reprendre contact avec les gardes du Parc national, cĠest notre seule
chance ! assura le professeur de palontologie.
CĠest ce que je vais tenter de faire, promit lĠassistant en
remerciant le ciel de lĠimmixtion des deux "quadrupdes".
DĠaprs des
recherches rcentes, lĠvolution globale des espces vivantes consistait en
"sauts soudains", plus quĠen changements graduels, constants, comme
on lĠavait longtemps imagin. Dans le cas du syndrome des younis, ce point de
vue paraissait correct, car cela suggrait quĠun ensemble nouveau de caractres
complexes pouvait apparatre brusquement.
En effet, dĠun
point de vue gntique, la mutation dĠun seul gne en amont suffisait
pour enclencher le processus... Ce gne activait "en cascade" dĠautres
groupements de gnes (rpartis sur un ou plusieurs chromosomes) qui allaient
tre responsables des modifications anatomiques et morphologiques.
En tout cas, il
ne sĠagissait en aucun cas dĠune volution rcessive, ni
"rgressive", mais dĠune spcialisation, comme disent les
zoologistes.
Toujours est-il
que les younis eux-mmes ne se posaient pas ce genre de question et
continuaient marcher quatre pattesÉ
*
*
*
Quand Pam
sĠveilla de ce qui paraissait une longue torpeur, sa premire proccupation
fut pour ses deux compagnons.
- Professeur Ał-Poitoū, docteur
H-Dridý ! hurla-t-elle vainement, mais seul lĠcho des murs lui
rpondait.
Les murs de la
pice faiblement claire dans laquelle se tenait la jeune femme taient
recouverts dĠun enduit verdtre ; une colonne se dressait en son milieu,
dans un coin il y avait comme un genre dĠautel en briquettes rouges. On nĠavait
pas du tout lĠimpression dĠtre dans une cave des dizaines de mtres sous
terreÉ Des objets htroclites jonchaient le sol, on pouvait y voir des vases
briss, des rouleaux de tissu, des rideaux ou des tapisseries, jets ple-mle
sur le sol carrel, orn de motifs gris bleu. La jeune femme tait assise sur
les marches dĠun escalier en bois qui ne semblait mener nulle part, car
lĠobscurit le dissimulait mi-chemin.
Bizarrement,
Pam ne se posait pas dĠemble la question de la provenance de la lumire qui
rgnait dans le rduit. CĠtait comme si la clart du jour passait travers
quelque soupirail cach et se diffusait de manire uniforme travers la pice.
Peut-tre
tait-ce aussi mettre sur le compte de la somnolence, mais la jeune femme mit
un certain temps raliser que tout prs dĠelle, 2-3 mtres en bas de
lĠescalier, se dressait un trange empilement de ferraille, adoss lĠunique
pilier de la salle souterraine.
Au bout dĠun
moment, Pam crut mme reconnatre une forme vaguement humaine. En tout cas,
dans lĠenchevtrement des pices mtalliques, des tiges et des ressorts, il y
avait ce qui pouvait la limite passer pour une "tte", avec des
yeux en grillage et une bouche mal dessine au milieu des soudures de rivets et
autres bobinages de circuits lectriquesÉ Quant au tronc ou aux membres, nĠen
parlons pas !
Alors quĠelle
tentait de rassembler le meilleur de ses capacits intellectuelles, lĠtudiante
en anthropologie ne fut finalement pas si tonne dĠentendre une voix
mtallique sortir de lĠamas de botes et de baguettes dglinguesÉ
Pam tendit
lĠoreille dans cette direction, mais les sons qui lui parvenaient taient
incomprhensibles. Le langage tait modul, certes, mais ce nĠtait pas de
lĠaussish. Ce nĠtait pas non plus une langue smitique, comme celles qui
taient encore pratiques dans cette rgion de lĠAfrique.
Le
"robot" (ainsi pouvait-on appeler lĠandrode) donna lĠimpression de
rflchir un court instant, puis il reprit de sa voix synthtique monocorde,
cette fois dans la langue internationale :
- Je te salue, mon nom
est Parwus et je suis trs honor de faire votre connaissanceÉ
Bonjour, fit Pam lgrement dcontenance. VousÉ tu as appris
notre langue il y a longtemps ?
Sa faon de
sĠexprimer tait prcieuse et archaque. Elle rappelait la jeune femme les
textes anciens que lĠon faisait rabcher aux coliers, comme le "Robin
Hood" des premiers auteurs anglais, originaires de la province Albion
de lĠEmpire romain.
- Difficile de te
rpondre, le circuit correspondant aux informations personnelles est dgradÉ
En tout cas, je comprends trs bien ce que tu dis !
Lentement, la
jeune femme prenait conscience du ridicule de la situationÉ Elle avait fait la
rencontre dĠun robot parlant une sorte dĠaussish archaque, dans un endroit
inconnu, vraisemblablement situ sous le Sphinx et les grandes pyramides
dĠEgypte !
- Mon nom est Pam-Hehla,
tudiante en anthropologie lĠuniversit de Durban, fit-elle, mais je suis
originaire de la rgion du Kn-G, sous lĠquateur. Actuellement je poursuis
des recherches archologiques sur le plateau de Gizeh.
Oui, rpondit le robot comme si cela lui paraissait tout fait
naturel. Je tĠai vue sur lĠcran en compagnie de tes amisÉ
LĠvocation de
ses compagnons fit sur Pam lĠeffet dĠune douche glace. Elle frissonna et
demanda dĠune voix sourde :
- Que leur est-il
arriv ? Pourquoi ne sont-ils pas mes cts ?
- CĠest sans doute parce
quĠils nĠont pas encore trouv cette pice, fit lĠautomate avec sa logique
dsarmante. Alors que toi, tu y es entre sans difficultÉ
- Je ne mĠen souviens
plus. Que sĠest-il rellement pass ? JĠai lĠimpression dĠavoir dormi
toute une nuit.
- Non, seulement une
dizaine de minutes, rtorqua lĠandrode. Tes amis ne sont pas loin, pour ce qui
est de la distance, mais juste un peu dcals dans le temps !
- Tu veux dire quĠils ne
sont pas dans le mme espace-tempsÉ ?
- Par rapport eux,
cĠest nous qui sommes en avance !
QuĠest-ce que tu entends par l ?
Pam tait tout
bahie, se demandant quelle attitude adopter vis--vis du robot qui esquissait
un geste vasif au moyen du manchon mtallique qui lui servait de bras droit.
La jeune femme
avait lĠimpression de se trouver mle un scnario digne des meilleurs films
de science-fiction, avec des tranches temporelles dphasesÉ Mais peut-tre se
faisait-elle du souci pour pas grand chose ?
Parvus avait repris :
- Tes compagnons ont un
peu de retard sur nous, peut-tre sauront- ils dcouvrir le chemin dans la
paroi et nous rejoindre ?
- DĠaccord, mais ce qui
mĠintresserait galement dĠapprendre, cĠest qui tĠa construit et quelle est ta
fonction ?
- Je suis un robot de 3me
gnration et je suis ici pour servir mon matre, lĠpiscopus Hăkōn.
- Et ce monsieur vit
toujours dans le secteur ? ajouta Pam qui avait de la peine contenir son
trouble.
Oui, il est vieux, mais lĠautorit suprme lui a demand de rester
dans ce secteur afin de surveiller le plateau.
LĠautomate se
souleva du sol quelques instants, prenant une mine afflige ; il y avait
mme ce qui paraissait tre de lĠmotion dans sa voix !
- Sans doute la relve ne
viendra-t-elle pasÉ
Parce que dĠautres personnes devaient venir vous remplacer ?
avana Pam en feignant dĠtre surprise. Mais dĠo seraient-elles venues, il nĠy
a ici que sable et dsertÉ
LĠandrode
semblait avoir quelque peine rpondre, il se limita bredouiller quelques
mots en latin que Pam ne comprit pas. Celle-ci dcida cependant dĠen savoir un
peu plus sur le mystrieux peuple qui avait construit ce rseau de souterrains.
- Sais-tu si ce sont les
anctres de lĠpiscopus qui ont install cette base ?
Avant le dbut de lĠEmpire, il y avait dj ces galeries, ces
machines et les pyramides pour recueillir lĠeau de pluie qui tait ensuite
redistribue aux gens du plateau alentour. JĠai entendu le dire plusieurs
fois...
Parvus refit un
geste large de lĠun de ses moignons mtalliques.
En lĠan 800, nos lgions avaient conquis tout le pays de Kamit,
ainsi que la Libye, et mme la CyrnaqueÉ
Une lumire sĠalluma
dans lĠesprit de Pam : Empire, piscopus, lgionsÉ Tout cela rappelait
fortÉ la Rome antique !
- Dis-moi, Parwus, quel a
t le dernier empereur romain ?
- Constantinus
Benedictus, XVIme du nomÉ
- Tiens, je ne lĠai pas
sur ma liste, celui-l. De quand quand a-t-il rgn ?
- De 2005 2012É
Pam chercha
valuer la tranche temporelle. Encore faudrait-il savoir de quelle re il
sĠagissait ?
-
Aprs la fondation de Rome(6) , bien sr ! sĠempressa dĠajouter lĠandrodeÉ
(6) En
latin : ab urbe condita
CHAPITRE VI
Ał-Poitoū avait lĠair
songeur. Aprs un bref moment dĠexcitation, son visage exprimait plutt la
perplexit.
A ses cts
H-Dridý soupirait.
- Et pourtant, cĠest bien
l que rside la solution de lĠnigme ! reprit le chef musologue, les
yeux mi-clos. Le crne fÏtal que nous avons vu dans la salle au monolithe
voque la fois le pass et lĠavenir de lĠespce humaine, mais aussi le
devenir de chaque individu. CĠest un peu lĠquivalent du dieu romain Janus.
- Oui, Janus reprsent
avec deux visages, lĠun regardant vers le pass, et lĠautre vers lĠavenir. Qui
plus est, Janus tait aussi le dieu des portes, cĠest dĠailleurs pratiquement
le mme mot, "janua", en latin !
- Selon la tradition,
cette divinit dtenait deux cls, lĠune en argent qui ouvrait la voie
terrestre, appele aussi "descendante"É
- Dans laquelle nous nous
trouvons, ajouta H-Dridý. Et une cl dĠor qui ouvre la porte des cieuxÉ
CĠest la voie "ascendante" !
- Autrement dit, si nous
revenons en arrire, nous devrions retrouver le bon cheminÉ la croise du
"carrefour des temps".
a me parat logique, de toute faon cĠest la seule possibilit
qui nous reste explorer.
Leur voix
rsonnait de faon sche, bizarrement rflchie par les parois de lĠtrange
caverne. Les deux hommes hochrent la tte et repassrent en silence sous le
porche o tait juche lĠampoule lectrique gante.
Brusquement
celle-ci sĠteignit. Il ne subsistait tout juste quĠun peu de lumire verdtre provenant
des zones fluorescentes situes sur le pourtour du "tube".
Ał-Poitoū et
H-Dridý durent rallumer leurs lampes frontales, car lĠextrieur, les
tnbres les plus totales les attendaientÉ
Mais les deux
archologues nĠavaient pas dĠautre choix que de remonter le corridor choix, car
il leur fallait tout prix reprendre contact avec Pam-Hehla, et un repli vers
la salle au sarcophage sĠimposait, si cĠtait encore possibleÉ
Recherchons sur les parois ce qui pourrait tre la reprsentation
dĠune cl dĠor ! suggra le chef musologue qui marchait en tte, sĠaidant
dĠune lampe-torche pour fouiller lĠobscurit.
Oui, acquiesa son assistant, en toute logique cela devrait
ressembler une cl dĠAnkh... !
*
*
*
A quelques
milliers de kilomtres plus au sud, les prparatifs allaient bon train. Mme
avec lĠaide des autres chercheurs – le zoologue DĜ-Šlex,
lĠethnologue Af-Rat et le linguiste Oź-Mn –
lĠopration se rvlait dlicate. Le professeur Űl-Tserr sĠtait rsign un repli tactique, en veillant
ne laisser sur place que ce qui ne pouvait pas tre emport.
Il fallait
prendre en priorit les caisses dĠchantillons, les protocoles de fouilles et
un peu dĠintendance pour la routeÉ
Le maxi-bus fut
vite plein craquer, dĠautant quĠil fallait assurer le transport dĠune
trentaine de personnes sur des pistes en latrite pas toujours trs
praticables. Par chance, ct nergie, les batteries solaires du vhicule
avaient t prcautionneusement recharges durant la journe.
Les
scientifiques tudiaient la carte de la rgion. LĠassistant de fouilles Űg-Tałet – qui
connaissait bien cette rgion de Zamibie pour y tre n – allait tre
dĠune prcieuse utilit pour lĠquipe. En tout cas, une ultime tentative de
prise de contact radiophonique avec les gardes du parc national sĠtait solde
par un chec. Sans doute leurs installations taient-elles dj aux mains des
HollybiesÉ
Plus question
de tergiverser, il fallait partir. La voix du palontologue se faisait
pressante.
- LĠessentiel est de
sauver notre matriel, mais aussi dĠchapper ces fanatiques lancs nos
trousses !
- Il nous faut passer par
les montagnes Baka avant de rejoindre la cteÉ Si nous y parvenons, nous serons
en scurit ! proposa Űg-Tałet.
Comme son suprieur faisait la moue, il sĠempressa
dĠajouter :
Je sais que cĠest risqu, mais cĠest le seul moyen dĠchapper aux
Hollybies, car ils contrlent trs certainement les accs les plus directs qui
mnent vers le littoral.
Le petit groupe
sĠaffairait autour du maxi-bus. Bien sr, les deux younis allaient venir avec
eux ; il y avait aussi de nombreux Pies qui avaient enfil pour lĠoccasion
leurs masques de bovins ; les Sara chantaient pour sĠencourager
mutuellement, les Taungs et les kleptons dĠAfrique occidentale, dans leur rle
de chefs dĠquipe, veillaient ce que tout se passt bien.
LĠaprs-midi
allait bientt toucher sa fin, les calaos et les macaques hurleurs
commenaient donner de la voix, lĠair ambiant se chargeait dĠhumidit et une
mince brume se rpandait aux environs.
Malgr la
moiteur tide de la soire, Űl-Tserr se
prit frissonner. La perspective de passer par les monts Baka ne
lĠenthousiasmait gure. CĠtait en grande partie un territoire inexplor, et il
y circulait dĠtranges histoires sur des cratures fantastiques. La fort de
montagne tait aussi le domaine de prdilection dĠun gnome aux pouvoirs
magiques, le DoduÉ
Au mme moment,
son assistant vint lui faire signe que tout tait prt et quĠils allaient
pouvoir partir. Advienne que pourra ! pensa le palontologue avant de
monter dans le lourd vhicule qui dmarrait cahin-caha.
CHAPITRE VII
Sous le plateau
des pyramides Gizeh, Pam-Hehła avait t
conduite par lĠandrode dans ce qui pouvait ressembler une grande pice
dĠapparat, mme si, part quelques siges, aucun meuble nĠtait visible.
Le sol, les
murs et le plafond taient en pierre massive, une sorte de calcaire ocre qui ne
laissait apparatre ni craquelures, ni bosses. Comme dans le rduit o elle se
trouvait prcdemment, il y avait dans un angle une sorte de colonnade antique
et un escalier vtuste en bois dĠacacia qui montait lĠtage suprieur...
Tout dĠun coup,
lĠtudiante en anthropologie prit conscience que deux yeux la contemplaient.
Pendant
quelques instants, elle demeura immobile, fascine par lĠapparition
fantasmagorique, en lĠoccurrence une forme vaguement ronde et translucide qui
flottait dans la pice quelques dizaines de centimtres de sa tte.
De cette masse
rostre provenait le "regard", peut-tre une emprise hypnotiqueÉ Pam
pensa une matrialisation en 3D, une sorte dĠhologramme.
Mais
brusquement le charme se brisa, la bulle se dgonfla aprs avoir rayonn un court instant de couleurs
chatoyantes et irises, de la mme faon quĠune bulle de savon clate aprs
avoir t touche par un rayon de soleil.
En tout cas,
lĠattention de la jeune femme avait t habilement dtourne, car Hakon, lĠpiscopus
– le vrai – avait fait soudainement son apparition sur lĠun des
siges prsents.
Son regard
tait scrutateur et vindicatif, comme sĠil incarnait lui seul tous les
millnaires passs de lĠhgmonie romaine en Europe et ailleurs dans le mondeÉ
*
* *
Tout en se
cramponnant dĠune main au chssis du maxi-bus, Űg-Tałet sĠvertuait
maintenir ouverte la carte gographique de la rgion des monts Baka (qui
culminaient plus de 6000 mtres dĠaltitude). La piste forestire quĠils
allaient emprunter longeait le versant oriental du massif montagneux, face
lĠocan.
Heureusement,
lĠquipe de palontologues de lĠuniversit de Durban disposait de cartes
prcises. Leur origine demeurait en grande partie controverse, tout juste
savait-on quĠelles avaient t dcouvertes au cours de fouilles archologiques,
menes voici un peu plus dĠun sicle, dans ce qui paraissait tre les vestiges
dĠun palais de la Ç Priode intermdiaire È, sur le site dĠës-Tanbūl en Asie mineure. Cette ancienne mgapole se
situait au niveau dĠun dtroit form par lĠcoulement dĠun grand lac dĠeau
douce dans la mer Mditerrane, au sud-est de lĠEurope.
Tout ce que
lĠon savait, cĠest que les derniers empereurs romains y avaient probablement
habit. LĠEmpire sĠtendait alors sur tous les continents de la Terre et,
cette poque, des cartes dĠune extrme prcision avaient t traces par les
cartographes qui sĠtaient rendus en Chine, et jusquĠ lĠextrme sud de la
plante, un moment o lĠAntarctique tait encore libre de glacesÉ
Bien sr, les
savants se perdaient en conjectures sur les raisons exactes du changement
climatique brutal qui affecta, il y a dix sicles environ, lĠensemble du globe,
faisant disparatre cette grande civilisation plantaire et causant
vraisemblablement la mort de centaines de millions dĠtres humains.
Mais lĠheure
tait maintenant des proccupations beaucoup plus terre--terre. Le soleil
allait se coucher et pour lĠquipe de scientifiques, il devenait impratif de
mettre une bonne distance entre eux et leurs poursuivants.
Ils roulrent
ainsi une demi-heure environ travers la jungle humide et chaude avant quĠil
ne ft compltement nuit. A flanc de colline, la piste serpentait entre les grands
arbres de la fort, mordant dans la latrite rouge qui recouvrait toute la
rgion. Il fallait simplement esprer ne pas tomber sur un gros tronc couch en
travers de la route...
Sur le ct
droit la faveur dĠune ouverture dans la sylve tropicale occasionne par un
gros orage et lĠincendie qui sĠen tait ensuivi, on pouvait voir sporadiquement
au loin le miroitement de lĠocan, une bonne vingtaine de kilomtres de
distance.
Le zoologue
DĜ-Šlex fit remarquer lĠensemble de lĠquipe la prsence aux abords de
la route de singes appels "pongos", ceux-l mme qui selon
certains anthropologues seraient trs semblables aux anctres de lĠhomme.
Ils avaient pour habitude de marcher quatre pattes, les jambes ployes, sur
leurs doigts replis. Avant de regagner les "nids" quĠils
construisaient faible hauteur dans les arbres, ils erraient tels des fantmes
velus dans lĠair pesant du soir...
Pour Darwin, le
naturaliste de la Ç Priode intermdiaire È, ce grand singe rpondait
au nom de "troglodyte" et vivait dans les grandes forts du Kn-G.
Pour nombre de scientifiques, dont Űl-Tserr
faisait lui-mme partie, lĠanthropode, qui pouvait atteindre une taille de
1,50 mtre, avait au cours des derniers sicles singulirement largi son aire
de distribution, puisquĠon le dcouvrait maintenant en Afrique orientale. Cela
sĠtait sans doute pass la faveur dĠun changement local du climat –
dans cette rgion de grands lacs qui sĠtait appele Abyssinie pendant
lĠAntiquit grco-romaine.
CĠest sur de vastes
sites fossilifres, soumis une rosion perptuelle, quĠon avait retrouv les
anctres supposs de ces "pongos", de petits tres, autour
dĠun mtre, moins bien adapts lĠarboricolisme, mais peut-tre mieux une
marche bipde dans la savane arbore...
Quelques
palontologues entrs en dissidence – comme Pam-Hehla – pensaient
mme que ces "pr-pongos" (ou australopithques) taient directement
issus de lĠascendance humaine, autrement dit, que leurs anctres avaient jadis
t plus humains que simiensÉ
Űl-Tserr eut une pense courrouce pour son
lve quĠil imaginait toujours au campement des pyramides, cette heure sans
doute en train de faire la fte avec dĠautres tudiants !
Mais son
attention se reporta bien vite sur la route et les vnements du moment, car
travers la fentre ouverte, un bruit de moteur lointain venait dĠattirer
lĠattention des fuyards...
CHAPITRE VIII
Le tunnel avait
brusquement chang dĠaspect : les marches dans la roche avaient laiss la
place au sol lisse dĠun boyau troit, travers lequel les deux savants ne
pouvaient progresser quĠen courbant le dos.
De petits
points lumineux, apparemment une sorte de lichen ou dĠalgue, formaient par
endroit de vritables plaques diffusant une lumire verdtre plutt douce...
Quelques
instants auparavant, H-Dridý et Ał-Poitoū avaient effectivement remarqu environ 50 cm
de hauteur lĠempreinte dĠune cl dĠAnkh, juste avant un embranchement,
peu de distance de la salle au monolithe. Perplexes, ils sĠtaient engags dans
le sombre couloir qui sĠoffrait eux, dplorant ne pas avoir sur eux la croix
dĠAnkh qui avait dj "servi" pour la herse, une demi-heure
plus tt. En effet, Pam avait d la garder dans lĠune de ses poches...
Le chef
musologue examinait avec curiosit les parois en sĠaidant de sa lampe-torche.
Froids au toucher, les corpuscules lumineux mettaient une clart suffisante
pour assurer un clairage substantiel du couloir. Mais ils sĠteignaient leur
passage, comme si une main invisible actionnait un genre de commutateur.
- Peut-tre nos
vibrations quand nous marchons dsactivent-elles les cellules qui sont
lĠorigine de cette lumire ? avana le chef musologue.
Nous avons quelques exemples dans le monde animal, ajouta
H-Dridý, en lĠoccurrence les vers luisants de nos chaudes nuits dĠtÉ
Quand on se rapproche, la lumire quĠils mettent sĠteint, car les insectes
peroivent nos pas.
A la fin du
tunnel se dessinait maintenant un escalier raide et exigu. Ał-Poitoū y grimpa et
sĠarrta indcis. En face de lui sĠouvrait une lucarne. A droite et gauche,
des galeries latrales taient plonges dans lĠobscurit la plus totale. Mais
le chef musologue avait son attention fixe sur lĠouverture dans la paroi.
Au premier plan de son champ de vision,
il y avait une grande pice sans la moindre dcoration. Tout juste voyait-on
sur le mur dĠen face ce qui pouvait ressembler une colonnade antique, et sur
lĠun des cts un escalier en colimaon qui paraissait monter nulle part. A cet
endroit, et l seulement, le plancher de couleur ocre tait remplac par une
mosaque de carreaux blancs et noirs...
Deux
personnages, assis dans de profonds siges, lui tournaient le dos. LĠun dĠeux
tait apparemment un vieillard, lĠautre ne pouvait tre que Pam, aisment
reconnaissable sa chevelure dĠor et ses bouclettes !
Ał-Poitoū fit la
grimace. A qui que ce ft quĠelle parla, cela nĠavait pour lui pas plus
dĠimportance que de trouver un moyen qui lui permt de pntrer dans la piceÉ
*
* *
Profitant dĠun
arrt du maxi-bus, lĠun des assistants dĠŰl-Tserr tendit
lĠoreille par la portire et ne put que confirmer les craintes du
palontologue : il y avait bien un vhicule moteur qui venait leur
rencontre, sur la mme route forestire mais dans lĠautre sens !
Sans doute
sĠagissait-il de lĠune des jeeps tout-terrain utilises par les HollybiesÉ
A la diffrence
du vhicule des chercheurs quip dĠun moteur lectrique, celui des religieux
fonctionnait selon le principe thermique, cĠest pourquoi il tait relativement
bruyant. Dans ce cas particulier, cela avait lĠavantage quĠon les entendait
venir de loin !
Utiliser un
carburant fossile comme le ptrole de roche, tait considr comme un non-sens
par la plupart des gouvernements du globe, car cela revenait dilapider les
ressources plantaires et dtruire des cosystmes.
Mais
lĠidologie des Hollybies tait plutt axe sur le principe que
Ç lĠhomme devait disposer de la Nature comme bon lui semblait, car cĠtait
un don divin È... Les chefs politico-religieux ne sĠencombraient pas de
prjugs, si cela se faisait au dtriment de leurs ambitions hgmoniques.
Űl-Tserr rflchit quelques instants la
situation. Avant lĠarrive des poursuivants, il serait possible de dissimuler
le maxi-bus et ses occupants dans une sorte de clairire qui se devinait sur
leur gauche.
LĠobscurit
devenue totale devait favoriser cette manÏuvre et permettre lĠquipe de
chercheurs de guetter sans trop dĠapprhension le passage des Hollybies !
Bien entendu,
ils se tenaient prts redmarrer, car nonobstant leur fanatisme, les
occupants de la jeep nĠen taient pas moins dĠexcellents pisteurs, et ne
manqueraient pas tt ou tard de remarquer les traces de pneu du bus sur la
pisteÉ
CHAPITRE IX
Hăkōn lĠpiscopus
sĠexprimait dans le mme aussish archaque que son robot. Il sĠtait excus au
tout dbut de ne pas avoir la matrise totale de ce langage quĠil appelait
"british", et quĠil disait avoir appris lĠoccasion dĠun stage en
pays dĠAlbion, alors quĠil nĠtait encore que jeune centurion...
Pam tait
perplexe et ne dtachait pas son regard de lĠtrange mdaillon en argent qui
pendait sur la poitrine du vieillard, au bout dĠune longue chane du mme
mtal. Le bijou lui-mme tait plutt pais, bomb sur le dessus comme une
soucoupe. LĠon y discernait pour seul motif une tte de Csar finement cisele
et coiffe dĠun rameau de laurier.
DĠun strict
point de vue de chronologie historique, ce que disait le Romain ne cadrait pas
toujours avec ce que Pam savait de lĠpoque en question. Et tout comme lĠavait fait
lĠandrode, Hăkōn se dclarait sereinement dans lĠattente dĠune
hypothtique relve... Le souci majeur de lĠpiscopus restait le bon tat de
marche des installations dĠcoute sur le plateau de Gizeh.
Mais lĠEmpire
romain nĠexistait plus depuis dix sicles !
Pour la plupart
des historiens, cĠest une srie dĠvnements cataclysmiques qui avait mis fin
au grand Empire mondial : pidmies de peste, famines, invasions de
peuples appels "barbares", mais aussi ruptions volcaniques ou
encore lĠimpact dĠune comte dans lĠAtlantique-nord, selon quelques savants
dissidents.
Les effets
avaient t dvastateurs en Europe occidentale, et depuis cette poque
trouble, plus aucune grande civilisation digne de ce nom nĠavait jamais pu
renatre... Un peu plus tard, aprs un pisode belliqueux appel Ç guerre
de Gog et Magog È, de nombreuses rgions autour de la Mditerrane avaient
t recouvertes de boue et de sdiments, tandis quĠau mme moment les
survivants taient contraints de se rfugier sur dĠautres continents.
Les fouilles
nĠavaient commenc que tout rcemment une grande chelle, sur lĠinitiative
notamment du professeur Ał-Poitoū qui avait prospect lĠancienne cit des Pār-Isis, au centre de la
Gaule.
Pam ne put
sĠempcher dĠavoir une pense mue pour son suprieur et ami. Sans doute
essayait-il en ce moment de parvenir jusquĠ elleÉ?
- Ce que je nĠarrive pas
comprendre, reprit lĠpiscopus, cĠest pourquoi tu dis ne pas connatre notre
capitale, Rōma ?
Je nĠy suis encore jamais alle, rpondit vasivement Pam qui ne
savait au juste que rpondre.
En effet, les
historiens du Ç continent Sud È, tout comme leurs homologues
dĠAmrique, dĠAfrique ou dĠAsie, se perdaient en conjectures sur lĠemplacement
rel de la ville antique. Certains la situaient au milieu de la
"botte" italienne, dĠautres beaucoup plus au nord. Tout ce que lĠon
savait par les textes, cĠest quĠelle avait t construite sur sept collines,
quĠun fleuve – le Tibre – la traversait et quĠelle tait situe non
loin de la mer Mditerrane...
Mais sans doute
lĠpiscopus nĠtait-il pas dupe. Son regard se faisait vague et sa voix tait
moins assure quĠauparavant.
- JĠobserve depuis des
annes ce qui se passe en surface, fit-il, et je crains fort que de srieuses
destructions ne soient intervenues dans un pass rcent – voici quelques
sicles peine !
Oui, le pourtour de la mer Mditerrane a t particulirement
touch, ainsi quĠune bonne partie de lĠAsie galement, se contenta dĠajouter
Pam.
LĠemploi par Hăkōn de
lĠexpression "dans un pass rcent" tait assez surraliste, mais Pam
nĠinsista pas. Sans doute le vieillard vivait-il dans son propre monde...
Peut-tre mme avait-il perdu toute notion du temps qui passe ?
Mais cela
nĠexpliquait pas son grand ge.
Elle prit le
parti de le lui demander directement.
- Si la relve tait
venue vous remplacer, vous auriez sans doute pu goter aux joies dĠune retraite
mrite, depuis le temps que vous occupez ce poste.
- Cela fait longtemps que
les annes nĠont plus dĠemprise sur moi, et je le dois avant tout ce bijou
technologique, ajouta-t-il en faisant sauter le mdaillon lĠeffigie de Csar
dans le creux de sa main droite.
LĠpiscopus
soupira. LĠclat de ses grands yeux noirs semblait avoir perdu en intensit.
- Tous les postes avancs
de lĠEmpire ont reu un exemplaire de ce "rgnrateur de cellules"
– en mme temps quĠun robot de 3me gnration. Mais un grand
problme sĠest pos voici cinq sicles quand le contact radio avait t
interrompu avec RomeÉ sans doute en raison des guerres et des cataclysmes qui
svissaient lĠpoque sur lĠensemble de la plante ?
Voici cinq siclesÉ fit la jeune femme en cho.
Cela ne cadrait
pas du tout avec ce quĠelle avait appris dans les livres dĠhistoire.
- Mais depuis quand
exactement nĠy a-t-il plus eu de relve, poursuivit-elle ?
- Parwus pourrait te le
dire avec prcision, souffla le vieil homme en cherchant dĠune main chasser
une mouche imaginaire.
- Nous sommes en lĠan
2555, reprit Pam qui tenait cette indication de lĠandrode. Le dernier empereur
romain a t Constantin Benedictus, mort en 2012É
Oui, prcisa Hakon, cĠtait mme un 21 dcembre ! JĠtais en
pleine communication avec Rome quand lĠcran sĠest subitement brouill. Au mme
moment, la terre a trembl, comme cela arrive ici de temps en temps sur le
plateau des pyramides.
LĠpiscopus
nĠarrivait quĠ grand-peine contenir son motion. Ce jour-l, une catastrophe
dĠampleur ingale avait d frapper lĠensemble de la plante – et en
particulier lĠhmisphre nord.
- Tout sĠest mis
bouger, poursuivit-il, le grand gnrateur dĠondes de forme qui tait connect
la pyramide "Knout" est mme tomb en panne, pour la premire fois
depuis des millnaires ! Mais le pire restait venir, soupira-t-il. Pendant
des mois, puis de longues annes, tout contact avec le poste central de Rome a
cess – ainsi quĠavec les autres stations de lĠEmpire, partout ailleurs
dans le mondeÉ
Et cela perdure jusquĠ nos jours, donc depuis 543 annesÉ
complta Pam qui commenait comprendre la fonction de lĠtrange breloque sur
la poitrine du vieillard.
Une pense
chemina en elle, alors que Parwus venait dĠentrer et dialoguait – sans
doute en latin – avec son matre. Certes, ce dernier pouvait
effectivement tre trs g, prserv par quelque mystrieuse technologie, mais
la fin de lĠEmpire romain ne remontait pas cinq sicles et demi, mais prs
du double !
Les travaux des
archologues – notamment dĠAł-Poitoū, reconnu comme un spcialiste de la
Ç Priode intermdiaire È – taient formels : lĠultime
bataille dĠArmageddon avait oppos les forces de Gog et Magog aux armes
occidentales, voici cinq sicles... Mais cĠtait longtemps aprs la fin de
lĠEmpire romain !
Ou alors, les
deux vnements nĠen faisaient-ils quĠun ? En tout cas, il semblait quĠil y et de
srieux problmes de chronologie pour le dernier millnaire...
CĠtait
vraiment navrant, surtout que la plante toute entire sĠapprtait, dans
quelques annes, clbrer lĠan Mille de la chronologie universelle, ou
anno domini(7) !
(7) Une allusion la rincarnation du
dernier empereur romain, appele Dominus,
qui aurait vcu dans le sud de la Gaule
aprs lĠanantissement de lĠEmpire.
Sur ces entrefaites, Hăkōn avait actionn un cordon de chanvre qui
pendait du plafond. Ses blancs sourcils broussailleux taient froncs.
- Vos amis sont dans la
pice dĠ-ct, confia-t-il Pam.
Mais en
dcouvrant sa mine rjouie il sĠempressa dĠajouter :
-
Le problme, cĠest quĠils nĠont pas actionn le
bon code ! De ce fait, ils se trouvent dcals temporellement par rapport
nousÉ mais rassurez-vous, simplement de quelques secondes !
*
* *
LĠtrange jeep
des Hollybies tait passe en vrombissant sans remarquer le maxi-bus dissimul
sur le bas-ct de la piste, derrire un talus idalement recouvert dĠalos et
de fougres.
Ils roulaient
tous feux teints, sans doute espraient-ils de la sorte surprendre les
scientifiques. De toute faon, ses quatre occupants se doutaient bien que le
vhicule des savants nĠallait pas prendre la route du littoral, passe depuis
quelques heures sous le contrle des chefs religieux.
Oź-Mn qui avait repris le volant du maxi-bus
sĠempressa de manÏuvrer et de reprendre la direction des monts Baka.
SĠils nĠallument pas leurs phares, remarqua-t-il, cĠest bon pour
nous, car ils ne verront pas tout de suite la trace de nos pneus dans la latrite...
La clart de la
lune suffisait en effet juste entrevoir la piste qui sĠouvrait dans la
vgtation luxuriante, telle une longue cicatrice ocre.
- Ne tardons pas, fit Űl-Tserr dĠun ton qui se voulait rassurant. Au
plus tard en arrivant au camp, dans une demi-heure, ils sĠapercevront que nous
ne sommes plus l ; pour lĠaller-retour comptons le double, ou un peu
moins, car ils sont plus rapides que nousÉ Cela nous fait moins dĠune heure
dĠavance !
Notre chance, rajouta Oź-Mn, cĠest que
les Hollybies soient si peu soucieux de la prservation de lĠenvironnement, car
ils sĠvertuent pomper le "petrol oil" ou huile de roche, pourtant
si ncessaire au bon fonctionnement de la plante ! Ils pillent ainsi sans
vergogne le sous-sol des petits royaumes quĠils contrlent sur tout le pourtour
de lĠocan Indien. Et ces engins moteur thermique font beaucoup de bruit,
heureusement pour nous !
A nouveau le
maxi-bus avait repris la route, comme englouti par la nuit. Oź-Mn nĠutilisait quĠun seul phare fix sur le
devant de la carlingue. CĠtait assez pour bien voir la piste, mme si cela ne
suffisait pas toujours viter les ornires qui sĠtaient formes lĠoccasion
des grandes pluies dĠquinoxe.
Mais les scientifiques
et autres membres de lĠquipe de fouille taient prvenusÉ Chacun sĠagrippait
du mieux quĠil le pouvait son sige, et tout ce qui paraissait suffisamment
arrim. Le tout tait de ne pas se cogner la tte au plafond du bus, ou sur les
parois de lĠhabitacle !
Les Hollybies
taient sans doute mieux lotis, quatre dans leur vhicule de type "tout
terrain", apte naviguer mme sur les lacs ou les rivires grce son
profil hydrodynamique et une petite hlice judicieusement dispose en
"poupe"...
Sans tre
historien, Űl-Tserr connaissait
bien la faon dont cette foi monothiste – lĠorigine, un schisme de
lĠune des grandes religions mondiales, lĠEglise du Crateur, – sĠtait
rpandue.
A la diffrence
des polythismes anciens qui mettaient lĠaccent sur la tradition, les rcits
mythologiques et lĠadoration dĠidoles, lĠHollybisme misait sur une
simplification des rites, aux liturgies rduites leur portion congrue, mais
aussi sur la rptition et les contraintes, quĠelles fussent cultuelles,
vestimentaires ou alimentaires.
Un rle
important jouaient galement les gurisons, mises en scne pendant les offices
et considres comme miraculeuses, sans oublier le culte des martyrs et des
"hros".
Il fallait bien
sr ajouter cela une lecture littrale des textes sacrs, ainsi quĠun
endoctrinement agressif chaque tape de lĠinitiationÉ
Les chefs
religieux – un par secteur gographique – se nommaient eux-mmes
les Ç Apocalyptiques È, dĠun ancien mot de la langue hellne qui
dsignait ceux qui pensaient hter le retour du "Messie" (sauveur
divin) en provoquant des guerres, des famines ou des catastrophes en tous
genres ! Bref, ils voulaient ainsi acclrer le cours de lĠhistoire et la
venue prochaine de la "Fin des temps" !
Selon une
croyance tenace, lĠan Mille tait prcisment lĠune de ces dates o tout
pouvait arriverÉ
Ces
Ç Apocalyptiques È taient particulirement dangereux pour la paix
mondiale, et le gouvernement des Ç Nations-Unies È runi Durban
(les annes paires) ou Canberra (les annes impaires), avait fort faire
pour juguler – de manire pacifique – lĠexpansion du mouvement
sectaire.
Mais ces
mthodes qui taient encore bonnes, il y a un sicle, se heurtaient dsormais
la croissance dmographie exponentielle des Hollybies, aux conversions en
masse, et lĠinfiltration dĠadeptes ou de "missionnaires" au sein
des populations animistes, comme cĠtait prcisment le cas dans la
Ç Corne dĠ Afrique È.
Utilisant les
tolrances locales pour se marier et avoir beaucoup dĠenfants, les Hollybies
devenaient vite majoritaires au sein des diffrents groupes ethniques, en
seulement deux ou trois gnrations...
Le rsultat
tait que chaque anne des rgions entires basculaient dans lĠescarcelle des
Hollybies, qui imposaient alors leurs lois et rgles religieuses.
Ainsi
lĠassouvissement de la femme – rduite procrer – tait obtenu
par des contraintes vestimentaires, comme le port de souliers trop petits ou
celui de pantalons bouffants en toute saison. Mme si cela les liminait
largement de la sphre publique o la gente masculine rgnait en matre, le
fait de sĠhabiller diffremment nĠtait pourtant pas peru ngativement par la
plupart des femmes, car on leur avait inculqu lĠide que ces astreintes leur confraient
un statut spirituel plus lev que chez une majorit dĠhommes...
Mieux encore,
elles pensaient intercder directement auprs de la Divinit, pour le plus
grand bonheur de lĠensemble de la famille qui bnficiait ainsi de nombreuses
grces et avantages – comme la diminution sensible du temps passer au
"purgatoire", lĠanti-chambre du Paradis !
Tout cela tait
bien loin de lĠidal dmocratique prn par les grands Empires lacs de
lĠhmisphre sud, o la parit hommes-femmes sĠtait impose depuis des
dcennies tous les chelons du pouvoir. En revanche, dans les pays situs
autour de lĠquateur, les institutions politiques taient de plus en plus
mines par la monte en puissance des groupes sectaires...
Ainsi, aprs
sĠtre longuement appuys sur la tolrance des autres pour faire valoir leurs
droits la diffrence, les dirigeants religieux des Hollybies – ds lors
quĠils taient majoritaires – nĠprouvaient aucun scrupule faire sauter
au moyen dĠexplosifs les idoles des cultes polythistes anciens, ne tolrant
gure que les autres monothismes, au nom dĠune certaine "solidarit"
confessionnelle...
Űl-Tserr ne pouvait sĠempcher de glousser
intrieurement. Il est vrai que la croyance en un Dieu unique, la fois bon et
vengeur, dmiurge et thaumaturge, immanent et transcendant, crait
inluctablement des liens entre ces religions, mme si leurs textes sacrs
taient diffrents, voire contradictoires !
Au mme moment,
le maxi-bus fit une embarde. Oź-Mn eut le
plus grand mal rester sur la route, heureusement assez large en cet endroit,
car la vgtation y tait moins dense, sans doute du fait de lĠaltitude.
En revanche
droite, la piste en latrite commenait longer des zones trs escarpes. Il
fallait tout prix garder le contrle du vhicule, sinon lĠescapade sur le
bas-ct pouvait sĠavrer fataleÉ
Oź-Mn nĠtait pas seulement un excellent
linguiste, mais heureusement pour toute lĠquipe, il avait d natre avec un
volant entre les mains ! Ses qualits incluaient galement le pilotage
dĠaroplanes.
Cette invention
relativement rcente – elle avait moins dĠun sicle – sĠtait vite
impose pour les dplacements longs et moyens. Les ailes de ces machines
volantes souvent gigantesques taient recouvertes de cellules photo-lectriques
qui fonctionnaient la lumire solaire, une nergie gratuite !
Mais les yeux
rivs sur son rtroviseur, Oź-Mn se
montrait bien proccup depuis quelques instants.
La lune
augmentait en clart au fur et mesure que la soire avanait. Le conducteur
du maxi-car avait ainsi une bonne visibilit sur le ruban sinueux de la piste,
vers lĠarrire galement, dĠautant quĠil nĠy avait plus de la vgtation que
dĠun seul ct.
Depuis un
moment dj, Oź-Mn avait lĠimpression
de voir un objet plus clair que la latrite qui, insensiblement, se rapprochait
dĠeuxÉ
*
* *
Ał-Poitoū et
H-Dridý sĠtaient concerts rapidement. Il ne servait rien de cogner
sur les parois de roche ou contre lĠpaisse vitre qui donnait sur la
mystrieuse salle en face dĠeux. Personne nĠentendait – ou ne voulait les
entendre.
Les deux
savants se sentaient en pleine frustration. Pam nĠtait quĠ quelques mtres
dĠeux, mais il leur tait impossible de la rejoindre, ni mme de lui faire
signe, car elle leur tournait le dos. DĠailleurs voyait-elle lĠtroite lucarne
dans le mur ? On pouvait en douter.
En tout cas, la
conversation avec le vieil homme aux cheveux blancs allait bon train, ce quĠon
pouvait dduire des grands gestes que ce dernier faisait parfois. CĠtait
visiblement un homme habitu faire dĠloquents discours, la manire dĠun
avocat en chaire.
- Peut-tre le descendant
dĠun prlat de lĠantique MĠser ? se hasarda dire H-Dridý.
- En tout cas, il a lĠair
de parler notre langue, car je doute que Pam ait des connaissances suffisantes
en gyptien ou en grecÉ
- Cela parat logique,
moins que les gens qui entretiennent ce poste avanc sous les pyramides ne
soient tout bonnement de notre poque ?
Il se peut que Pam soit justement en train de demander quĠon
vienne notre rechercheÉ dans les couloirs du temps ! ironisa Ał-Poitoū en esquissant
un sourire contraint. Nous ne sommes plus un anachronisme prs !
Du fait de sa
taille et de sa carrure, le professeur en musologie tait assez mal lĠaise
dans ce rseau de galeries basses et troites. Il avait nanmoins entrepris
dĠexplorer les couloirs situs sur sa gauche, laissant son
assistant-archologue le soin de parcourir les autres.
Un certain
dsappointement devait se lire sur son visage anguleux aux hautes pommettes
saillantes. Il eut nouveau un rire qui sonnait faux.
- Voil plusieurs heures
dj que nous errons travers ces souterrains sous le plateau de Gizeh, il me
tarde quand mme de rejoindre la surface, ne serait-ce que pour y respirer le
bon air de sable chaud sur le plateau des pyramidesÉ
- Nous ne perdons pas
grand-chose dans lĠaffaire, car dehors il doit faire encore nuit noire,
rpliqua H-Dridý. En tout cas, dĠaprs ce quĠindiquent mes instruments
de mesure, lĠair est excellent ici-bas, avec juste un taux dĠhumidit
lgrement infrieur la normaleÉ Mais heureusement, nous avons assez dĠeau
dans nos sacs.
Ce qui importe pour nous, cĠest de retrouver Pam, et le cas
chant, de faire un brin de causette avec son nigmatique interlocuteur...
Mais que vois-je ? fit-il en se retournant, malgr lĠexigit du passage dans
lequel il se trouvait.
Du coin de
lĠÏil, il avait observ un objet brillant qui un bref instant avait miroit
dans la lueur de sa lampe.
a alors, cĠest vraiment extraordinaire ! Ne serait-ce pas la
croix dĠAnkh que Pam avait trouve prs du Sphinx ?
Le premier
moment dĠtonnement pass, Ał-Poitoū sĠtait mis en qute de lĠobjet, en partie
enfonc dans une anfractuosit de la roche, ce qui ncessitait une vritable
gymnastique de la part du musologue. Mais il russit du bout des doigts
rcuprer la cl dĠAnkh, avant de la tendre H-Dridý qui tait
venu la rescousse.
Celui-ci fit
mine de rflchir.
- Quelque part dans le
"Papyrus des Pyramides", il est crit Ç quĠune entre secrte
sĠouvrira sous lĠaction des rayons concentrs de lĠAnkh ÈÉ !
Oui, assura Ał-Poitoū, mais il est dommage que le texte nĠen dise
pas plus ce sujet...
Non sans avoir
soigneusement inspect les lieux, les deux hommes sĠen retournrent quelques
mtres en arrire, jusquĠ un endroit o la station debout ne causait plus trop
de problme.
Le lichen
phosphorescent verdtre donnait toute cette scne un aspect plutt
surraliste. Devant son ami mdus, le chef musologue sortit de son sac dos
quelques barres vgtales quĠil engloutit goulument.
- Heureusement, nous ne
manquons pas de vivres ! ajouta-t-il en mimant la dcontraction la plus
totale.
- Pam est toujours l,
rtorqua lĠarchologue aprs un bref regard travers la vitre. En compagnie du
dignitaire localÉ
- Dj, nous avons la cl
dĠAnkh, tout porte croire que nous dcouvrirons aussi le mcanisme
dĠaccs cet espace contigu !
En tout cas je ne vois pas la "forme" ou lĠempreinte
dans le mur qui permettrait dĠy appliquer la cl, comme nous lĠavons dj
fait !
H-Dridý faisait bien entendu allusion lĠpisode de la
herse, juste avant que le trio ne pntre dans la salle au monolithe.
Non, rpliqua Ał-Poitoū, tout simplement parce queÉ
Mais un bruit
soudain vint interrompre le cours de ses rflexions. Cela pouvait faire penser
une meule de pierre que lĠon racle, ou un tourniquet qui sĠouvre
pniblement. Ou encore une lourde dalle que lĠon dplace avec peine.
- Par mes anctres du
Kn-G ! sĠexclama le musologue, avez-vous entendu la mme chose que
moi ?
Tout fait, se pressa dĠacquiescer ce dernier. CĠtait trs fort,
mais bref... comme si lĠon frottait quelque chose avec force sur la
roche !
Les deux
savants taient dans lĠexpectative, sĠattendant ce que le bruit retentisse
nouveau. Quelques minutes sĠcoulrent quĠils consacrrent lĠexamen minutieux
des parois et galeries alentour. Rien ne vint troubler le silence. De lĠautre
ct de la lucarne, il ne se passait pas grand chose, sauf quĠ un certain
moment, lĠhomme aux cheveux blancs tira sur une cordelette qui pendait ses
cts.
Sidr, Ał-Poitoū observa alors
comment une sorte de robot androde la dmarche saccade fit son apparition
gauche du personnage assis...
Il ne se passa
rien de bien spcial, jusquĠau moment o lĠautomate repartit dĠo il tait
venu, entranant dans son sillage des bouts de cbles qui sĠtaient dtachs du
torse et tranaient terreÉ
- Voici maintenant que
des robots de science-fiction se promnent dans le secteur ! fit le chef
musologue qui nĠen croyait pas ses yeux.
- Celui-l ne parat pas
vraiment en tat de marcheÉ
- Sans doute un vieux
modle ! Mais je ne savais pas que les anciens Egyptiens disposaient dĠune
telle technologieÉ Tout au plus les Romains pouvaient avoir ralis de telles
prouesses, vers la fin de lĠEmpire, il y a une dizaine de sicles...
- Oui, fit H-Dridý en
cho, on a trouv rcemment des indices laissant supposer quĠun vaste rseau de
chemin de fer recouvrait toute lĠEurope cette poque. Et pour le faire
fonctionner, il fallait bien videmment des automatesÉ et de lĠlectronique
!
En tout cas, lĠintervention de cet androde signifie peut-tre que
lĠon veut bien sĠintresser nous ?
A travers la
lucarne, on pouvait voir maintenant comment Pam et son interlocuteur, assis sur
leurs siges, continuaient discuter. LĠhomme aux cheveux blancs semblait
faire toujours les mmes gestes.
- La scne a lĠair de se
rpter, plaisanta Ał-Poitoū.
- Vous ne croyez pas si
bien dire, rpliqua son assistant. JĠai dj vu la fois o le gars a tir sur
le cordonÉ
- Ah bon ?
- CĠtait juste avant que
vous mĠappeliez pour la croix dĠAnkh. En revanche, je nĠai pas vu la
suite, ni lĠarrive du robot !
Attendons doncÉ Pour avoir une petite ide, je vais enclencher mon
chronomtre !
Aussitt dit
aussitt fait. Pour meubler le temps, les deux savants examinrent la loupe
tous les dtails de la cl lĠAnkh. Mais il nĠy avait aucun indice qui
pt les aiguiller sur un quelconque dbut dĠexplication.
La dcouverte de
lĠobjet tait-elle en rapport avec le grincement de pierre quĠils avaient
entendu quelques minutes auparavant, ou nĠtait-ce l que pure
concidence ?
- Tendons lĠoreilleÉ
intima Ał-Poitoū
- Pensez-vous vraiment
queÉ
Mais
lĠarchologue nĠeut pas le temps de terminer sa phrase. Le mme bruit de
raclement avait retenti, faisant sursauter les deux hommes.
Ał-Poitoū jeta un Ïil
son chronomtre.
- Et maintenant,
lĠpisode du robot ?
- PatientonsÉ En
principe, dans trois minutes environ.
- Si cĠest vraiment le
cas, quĠest-ce que cela prouverait ?
- Je ne sais pas
exactement, rtorqua le chef musologue. En tout cas, cela va nous permettre de
"chiffrer" les diffrentes phases – si le mme scnario se rpteÉ
- En tout cas, ce nĠest
pas un film quĠon nous projette de lĠautre ct de la lucarne, tout est bien
relÉ Les personnages sont en chair et en os !
- On dirait que cette
succession de squences porte un messageÉ
- QuĠest-ce qui vous fait
le dire ?
- CĠest comme si une
tranche temporelle dfilaitÉ et quĠil nous manquerait juste un petit quelque
chose pour aller la rejoindre !
Tout cela me parat trs obscur ! rpliqua H-Dridý,
mais attention, voici la scne du cordon qui revientÉ
En effet, lĠon
voyait nouveau le vieil homme tirant sur la cordelette qui pendait depuis le
plafond. Ał-Poitoū regarda son chronomtre.
Et quelques
secondes plus tard, le robot boiteux refit son apparition.
Le chef
musologue nota le temps au moment o il sĠloignait en tranant derrire lui
cordons et cblesÉ
- Voil, fit-il, je pense
que nous avons en main tous les paramtres de cette scnette... DĠun bout
lĠautre, lĠpisode dure exactement neuf minutes et quarante-quatre
secondes !
CĠest relativement rapide. Nous allons bientt pouvoir le
confirmer...
Mais le plus curieux, cĠest que le bruit de la pierre quĠon racle
se fait entendre trois minutes et quatorze secondes plus tard. Et puis... on a
aussi le mme intervalle quand le vieux monsieur tire sur la corde !
Sans tre trs fort en calcul mental, jĠen dduis que chacun des
vnements "majeurs" quĠon voit dans la pice ct dcoupe le tout
en 3 parties gales !
- Oui, 3 fois
Ç trois minutes et quatorze secondes ÈÉ Cela ne vous rappelle
rien ?
- Sous la forme dĠune
dure de temps, rien ! En revanche la "formule" nĠa-t-elle pas
un rapport avec leÉ cercle ?
Oui, elle correspond ce que les mathmaticiens appellent le
nombre "п" (pi), dĠaprs
une lettre de lĠancien alphabet grec. Et la valeur de "п" est ce nombre 3,14 que lĠon
dcouvre dans ce petit "film" quĠon nous projette en non-stop dans la
pice ct ! DĠailleurs, nous allons bientt subir le grincement de
pierreÉ
Effectivement,
le bruit qui les avait tant frapps se fit entendre la seconde prs. Il parut
cette fois un peu moins fort aux deux savants. Impossible localiser avec
prcision, et semblait venir de tous les coins et recoins du ddale souterrain.
En dcouvrant tout lĠheure la cl dĠAnkh, jĠavais pens
quĠelle allait suffire elle seule pour nous ouvrir un passage hors de ce
ddale souterrain... Peut-tre a-t-elle t laisse dans ce but – plus ou
moins consciemment – par Pam. Mais quelque chose nĠa pas march. Ou bien
un problme nouveau est apparu, je ne sais...
Le chef
musologue sĠpongea le front. Il commenait en effet faire rudement chaud
dans le rseau de galeriesÉ
- Heureusement pour nous,
la "forme" de la cl dĠAnkh produit une nergie tellement
puissante que des ondes de force ont d tre mises vers un systme de contrle
central, lequel a mis en route un programme qui avait t prvu lĠorigine
pour ce genre de situationÉ Vous me suivez ?
- Je vois peu prs o
vous voulez en venir ! Il sĠagirait en quelque sorte dĠun programme de
rechange "induit" par la cl dĠAnkhÉ
- Oui, et si mes
dductions sont bonnes, les trois tranches de la scnette quĠon joue sous nos
yeuxÉ
- Attention, bientt a
va tre nouveau au tour du cordon !
- É font allusion la
circonfrence du cercle. DĠhabitude, la formule est de type "2ı fois
R", avec cette valeur de 3,14 pour "п" (pi)É et R pour le rayon, ce qui est
mon avis une indication supplmentaire quĠil faut faire tournerÉ
- É la cl dĠAnkh sur
elle-mme ! complta H-Dridý qui avait tout compris.
Allons-y, reprit le savant australien en posant lĠAnkh
mme le rebord de la lucarne, au moment o on voyait le robot androde balancer
son torse mtallique sur ses jambes grles.
Advienne que pourra !
Il insuffla
la cl un mouvement circulaire et, merveille, lĠAnkh se mit
tournoyer de plus en plus viteÉ
Subitement le
sol parut bouger, tandis quĠun bourdonnement sourd se faisait entendre. Tout
prs dĠeux, une machine sĠtait apparemment mise en marche...
- Oh, regardez ! fit
lĠassistant archologue en montrant la vitre. On dirait que tout
sĠacclre !
Oui, reprit Ał-Poitoū, le "film" dfile de plus en plus
rapidementÉ au rythme de lĠAnkh ! Que va-t-il encore se
passer ?
LĠattention des
deux hommes fut alors attire par un mouvement dans la paroi gaucheÉ La roche
paraissait "bourgeonner" !
Malgr
lĠinjonction muette dĠH-Dridý de ne pas y aller, le chef musologue se
dirigea vers cet endroit prcis et ta sans effort une grosse pierre en quilibre
instable. Derrire, il y avait une sorte de poigne en mtal que le musologue
tira lui sans coup frir.
Dans un
brouhaha indescriptible, un pan entier du mur sĠouvrit dans la roche face Ał-Poitoū.
Une sorte de
niche apparut, et lĠintrieur de celle-ci, une silhouette fminine aurole
de lumire avait fait son apparition... Elle sĠlana les bras grand ouverts
vers le savant qui avait fait un pas dans sa direction.
Leurs deux corps
sĠenlacrent un bref moment, puis Pam sĠcria :
- Professeur, quel
bonheur de vous retrouver !
- Je ne vous le fais pas
dire, ma chre tudianteÉ
Revenez vite en arrire, leur cria H-Dridý, rest prs de
la lucarne o lĠAnkh sĠtait arrte de tournoyer.
LĠarchologue
ne semblait pas trs lĠaise dans ce genre de situation, dĠautant que le sol
et les parois autour de lui commenaient vibrer de plus en plus fort.
Oui, repartons en direction de la premire salleÉ sĠinquita aussi
le chef musologue, tout en rcuprant au passage la cl dĠAnkh. Vous
nous raconterez aprs, Pam. LĠessentiel cĠest que nous soyons nouveau tous
runis !
Et le trio
reprit sa route dans un ensemble concert, sans manifester la moindre panique,
mme si leurs cÏurs battaient allgrement la chamade.
CHAPITRE X
Sous son aspect
placide et nonchalant, Hl-Ŕod nĠen tait
pas moins homme se faire respecter.
- Nous devrions les avoir
rejoints dĠici quelques minutes, fit-il en ne quittant pas des yeux la route
o, malgr lĠobscurit de la nuit, lĠon pouvait voir distinctement, au loin, la
tache claire forme par le maxi-bus des scientifiques de la grotte de Tō-Havěl. Cette fois,
ils ne nous chapperont pas !
- Officier, rpondit
lĠhomme qui tenait le volant, ils sont maintenant nous !
Evite quand mme les ornires, insista Hl-Ŕod en se cramponnant fermement au tableau de bord. De
toute faon, nous les tenons, et je nĠai aucune envie de finir dans le
prcipiceÉ
Les deux hommes
lĠarrire de la jeep faisaient des commentaires de circonstances. On avait
beau appartenir la milice des Hollybies, promis ipso facto – en cas de
mort violente – un avenir radieux dans un paradis sur mesure, on nĠen
demeurait pas moins trs attach passer de nombreuses annes encore dans ce
bas monde !
Hl-Ŕod avait le titre dĠofficier, car il dirigeait
lĠunit mobile. Son attachement la religion tait en rapport direct avec le
versement rgulier dĠune solde consquente. En revanche, Goňd-Wn, le chauffeur de la jeep, faisait partie
dĠune famille trs pratiquante, comme lĠindiquait sa tenue vestimentaire
passablement trique, incluant un bton de prires et un bonnet blanc, viss
sur le sommet du crne, quĠon appelait "špunz".
LĠpisode des
yunnis quadrupdes, voici quelques heures, avait brivement oppos les deux
hommes qui avaient d sĠen remettre la dcision dĠun chef religieux. Ce
dernier avait vite donn son aval pour tirer vue sur les mutants, car ceux-ci
taient considrs plutt comme des animaux, en accord avec les textes
religieux qui stipulaient que Ç la position debout est lĠapanage de
lĠhomme et de son crateur È
– mme si certains
singes, comme le pongo, parvenaient se redresser pendant de courts instants.
Mais si lĠon
devait faire une exception pour les yunnis, il aurait fallu en faire aussi pour
tous les primates vivant lĠtat sauvage – ainsi que pour dĠautres
animaux, comme le pingouin –, ce qui bien entendu paraissait
aberrant !
CĠtait tout
fait lĠavis de Hl-Ŕod qui, sĠil
avait t seul, nĠaurait pas hsit abattre les deux cratures, quand en fin
dĠaprs-midi elles se trouvaient porte de son fusil...
Les quatre
occupants de la jeep auraient ainsi vit toute cette peine supplmentaire. Et
notamment, la monte risque depuis la plaine littorale par une piste
secondaire en trs mauvais tat... Tout cela pour intercepter temps lĠquipe
des palontologues souponne de passer par lĠitinraire des monts Baka.
Alors quĠils
faisaient route vers le campement des chercheurs, les Hollybies avaient, malgr
tout, eu la chance de remarquer assez vite la trace des pneus dans la latrite,
indiquant que le maxi-bus tait dj pass par lÉ
Vraisemblablement, ils sĠtaient croiss un peu plus haut. Les savants
les avaient sans doute entendu arriver et avaient gar leur vhicule sur une
zone de dgagement.
Maintenant la
route – de plus en plus dangereuse – gagnait de la hauteur en
longeant le grand foss dĠeffondrement appel "Rift" qui
caractrisait cette rgion dĠAfrique orientale.
Dsormais dans
la ligne de mire des quatre Hollybies, le maxi-bus des scientifiques nĠtait
plus quĠ une cinquantaine de mtres de distance, faisant parfois des embardes
sur la piste ou roulant sur la vgtation gauche, car pour le conducteur il
devenait impratif de ne pas passer trop prs du bord : il nĠy avait l
aucune barrire de scurit, et le ravin tait juste en contrebas !
La route en
latrite sĠlargissait parfois et Hl-Ŕod guettait
chaque manÏuvre suspecte, car il redoutait bien videmment de voir dbouler sur
eux les deux yunnis la faveur dĠun ralentissement du car.
DĠailleurs son
fusil tait charg et prt tirer. Mais pour lĠinstant, rien de semblable ne
survenait. Le vhicule des savants filait plutt vive allure, eu gard
lĠobscurit et au mauvais tat de la routeÉ Oź-Mn qui conduisait venait dĠailleurs de remettre les
pleins phares.
- Ne vaudrait-il pas
mieux tirer dans les pneus ?
La question
sĠadressait Goňd-Wn, mais celui-ci ne
ragit pas. Il est vrai que si le maxi-bus devant eux se dfaussait brusquement
vers la droite, suite lĠclatement dĠun pneu, il pouvait filer droit dans le
ravin, et la chute pouvait tre fatale tous ses occupants.
Or lĠhomme
coiff du "špunz", dpositaire du savoir religieux, devait
veiller ce que des vies humaines ne fussent pas intentionnellement mises en
dangerÉ
Par ailleurs,
le Chef de district rgional des Hollybies avait demand de rapporter le crne
fossile rcemment dcouvert dans la grotte de Tō-Havěl, sans doute
comme butin de guerre ou pice conviction.
La piste
continuait monter en direction des monts Baka, la visibilit tait encore
bonne, mais sous la clart de la lune on entrevoyait dans le lointain un ciel
menaant, charg de nuages, et sur la droite, on devinait sans peine le profil
vertigineux dĠune haute falaise surplombant la plaine alluviale...
Quelques
clairs taient visibles fugitivement. Evidemment, plus on montait en altitude,
et plus les risques dĠorage devenaient importants.
La jeep –
bien plus maniable – se rapprochait rapidement du maxi-bus des savants.
Dans la lueur des phares, Hl-Ŕod distinguait
plusieurs silhouettes lĠarrire dans lesquelles il reconnaissait entre autres
les deux yunnisÉ
- Au moins, ils ne vont
pas les envoyer contre nous, car la seule porte dĠaccs est lĠavant.
- Je nĠen suis pas si
sr, rtorqua Goňd-Wn, car sur ce genre
de vhicule les fentres sĠouvrent de tous les cts. Le palontologue en chef
– je crois que son nom est Űl-Tserr
– peut trs bien les envoyer contre nous tout moment !
- A cette distance, je ne
vais pas les manquer, assura Hl-Ŕod en tapotant
de la main sur la crosse de son fusil, un MG40 dernier modle.
- Mais nous roulons quand
mme assez vite, remarqua lĠun des deux sbires assis lĠarrire.
A la faveur dĠun ralentissement, sĠentendÉ
Ces gens-l
taient des "vtro-vaccins", cĠest--dire que dans leur prime
jeunesse, on leur avait inject – comme beaucoup dĠadeptes de
lĠHollybisme – des produits censs les protger de maladies bnignes,
mais aussiÉ un produit ltal qui devenait actif vers lĠge de 50 ans, moins
bien sr que lĠon se procure temps lĠantidote ! Celui-ci tait conserv
en sret dans un coffre au sige de la secte, Cityville.
En tout cas,
lĠeffet obtenu peu de frais tait de demander des individus
"vtro-vaccins" un maximum dĠeux-mmesÉ avant la date fatidique des
50 ans !
CĠtait en
quelque sorte un chantage "...vivra, vivra pas..." !
Mais pour
lĠinstant les quatre occupants de la jeep concentraient leur attention sur le
vhicule qui les prcdait.
- LĠidal serait de les
doubler, puis de les forcer sĠarrter, murmura Hl-Ŕod lĠintention de son voisin de gauche.
- La piste nĠest pas
assez large en cet endroit, dplora ce dernier qui devait garder la matrise de
son engin en proie des drapages plus ou moins contrls, comme aprs le passage
de grosses ornires, tout en vitant autant que possible les projections de
cailloux et de mottes de terre provenant du maxi-bus, mme si pour lĠinstant le
pare-brise semblait rsister toutes ces preuves.
L-bas, il y a une sorte de corniche ! indiqua lĠun des
sbires lĠarrire.
Au mme moment,
lĠorage sĠinvitait. Des gouttes dĠeau tide tombaient dj dans lĠhabitacle.
- Zut, il va falloir
sĠarrter pour installer la capote, sĠcria Goňd-Wn, sinon on sera vite mouillsÉ
Pas question, hurla lĠofficier, nous les tenons sur ce
promontoire ! Il faut passer ct ravin, cĠest l quĠil y a le plus de
place, car le conducteur du car est oblig de serrer le plus possible gauche.
Les deux "vtro-vaccins"
lĠarrire de la jeep nĠtaient gure enchants de la tournure que prenaient
les vnements, et le faisaient savoir voix haute. En un tournemain, ils
furent copieusement tremps par la pluie tropicale.
Hl-Ŕod faisait un effort sur lui-mme, tentant de
retrouver son sourire sardonique, mais il avait nanmoins trs peur et se
cramponnait tant quĠil pouvait, alors que le vhicule tout-terrain avait dj
rattrap le car et se trouvait la hauteur des pneus arrire, sur une piste
dfonce en surplomb de la falaise.
Coup sur coup,
deux clairs tout proches illuminrent la scne de faon dantesque.
- On se croirait dans un
film ! chercha-t-il plaisanter. JĠai lĠimpression dĠavoir dj vu cela
au kinmascopeÉ
Oui, il sĠagissait dĠune course-poursuite en plein orage, au bord
dĠun gouffre, une voiture tentait de dpasser lĠautre, les mchants avaient t
prcipits dans le ravin, mais cette fois, cĠest nous les bonsÉ et nous allons
gagner !
LĠhomme au
"špunz" se cramponnait derrire son volant, hoquetant de plaisir
en voyant dfiler sur sa gauche les vitres basses du maxi-bus o les
silhouettes visiblement terrifies des chercheurs apparaissaient par
intermittence chaque clair.
Sous la
pluie qui redoublait, les deux vhicules faillirent mme se heurter une
fraction de seconde, un moment o Goňd-Wn avait
pratiquement russi la manoeuvre de dpassement. La jeep fut une fraction de
seconde projete en lĠair, comme souleve par une main de gant, avant retomber
lgrement en travers, dans un crissement effrayant des pneus...
Heureusement
pour ses occupants, la route tait large en cet endroit, et il y avait encore
assez de place sur la chausse en latrite pour les deux vhicules lancs
vive allure.
Mais au loin,
la piste semblait se rtrcir, une fois le promontoire pass, elle reprenait
son trac sinueux en surplomb de la valle. Il allait falloir faire vite.
Ecrasant la
pdale dĠacclrateur dĠun pied rageur, le conducteur de la jeep actionna son
klaxon pour forcer le passage.
- Attention, hurla Hl-Ŕod, il va se rabattre sur nous, freine,
freine !!
- Je fais ce que je peux,
il va nous emboutirÉ
Heureusement,
un coup de volant donn temps permit dĠviter le pire, mais lĠinstant
dĠaprs, sous la lumire fantasmagorique des phares, le bas-ct de la route
avait fait place un trou bant, la roue avant droite de la jeep ne brassa que
de lĠair avant de mordre nouveau sur le revtement en latrite, dans un
crissement assourdissant des freins.
En tout cas, le
lourd vhicule des scientifiques avait pu passer et sĠengouffrait maintenant
fond dans un raidillon en projetant derrire lui pierres et morceaux de
terre...
La jeep des
Hollybies avait pris quelques de mtres de retard, et Goňd-Wn se mfiait dsormais, car il nĠy avait de la place
que pour un seul vhicule, et devant eux le conducteur du maxi-bus appuyait par
intermittence sur ses freins – au risque de se faire emboutir par
lĠarrire – afin de montrer aux poursuivants quĠil tait bien le matre
de la situation !
Sentant
lĠnervement gagner les deux "vtro-vaccins", lesquels devaient
endurer la fois les cahots de la piste, la pluie qui sĠabattait en trombe sur
eux et aussi les projections de cailloux venant du maxi-bus, Hl-Ŕod prit la dcision qui sĠimposait ses yeux.
- On va leur tirer
dessus ! A cet endroit, ce nĠest pas trop risqu, ils auront le temps de
sĠarrter !
- Oui, officier, quĠon en
finisse une fois pour toutes ! renchrit lĠun des sbires.
- Le ravin nĠest pas trop
prs, mme avec un pneu crev, ils pourront facilement se garer sur le
bas-ct...
DĠaccord, mais je vais tenter une ultime tentative de dpassement,
une centaine de mtres dĠici lĠendroit sĠy prte ! rpondit le
conducteur de la jeep, observant au loin les clairs qui illuminaient une sorte
de petit plateau. L-haut, il y aura facilement toute la place pour les
doubler !
CĠtait surtout
la pluie qui causait problme, car de vritables torrents dĠeau dvalaient la
pente. Heureusement, la piste en latrite tait relativement en bon tat, et
les quatre roues motrices du vhicule nĠavaient pas trop de peine conserver
leur pleine puissance. Le danger venait principalement des ornires qui taient
maintenant gorges dĠeau – et de ce fait peu visibles.
Le maxi-bus des
palontologues de Tō-Havěl avait beaucoup plus de mal avancer, dĠune
part parce quĠil tait trs charg et aussi parce quĠil nĠavait pas t conu
pour rouler sur de telles routes ! Au moment dĠarriver au promontoire, il
faillit mme caler, tandis quĠun clair lĠenveloppait soudain dĠune grande
lumire dĠun blanc intense.
- Par tous les
dieux ! jura Hl-Ŕod, avant de
se raviser que la formule nĠtait pas pour plaire aux autres occupants de la
jeep. Ils ont t atteints par la foudre !
Pas de problme pour eux, lui rappela son voisin, car lĠhabitacle
mettalique sur pneus joue le rle dĠisolant... Mais maintenant cĠest nous de
jouer !
Il engagea une
vitesse, fit hurler le moteur et mordit dlibrment sur la partie droite de la
piste, profitant cet endroit dĠune corniche plus large. Un peu plus loin,
cĠtait le noir absolu, car la piste sĠincurvait gauche, laissant tout juste
deviner lĠ-pic vertigineux...
Il faut y aller fond ! hurla lĠofficier lĠintention de
son conducteur. CĠest maintenant ou jamais, nous sommes dj arrivs
mi-hauteurÉ
Sous les
encouragements de ses trois coreligionnaires, Goňd-Wn crasait littralement la pdale dĠacclrateur,
dpassant irrsistiblement le maxi-bus qui peinait dans la monte, mme sĠil
gardait – ce qui pouvait paratre tonnant – une trajectoire
droite, ne sĠopposant en rien la manoeuvre de dpassement des Hollybies...
On les aura, on les auraÉ ! hurlaient en chÏur les deux
sbires lĠarrire de la jeep.
Hl-Ŕod ne put sĠempcher de donner une grande tape
dans le dos de lĠhomme au "špunz", mais au mme moment, il
perut comme un choc et ne put rprimer un cri dĠhorreur en voyant que Goňd-Wn avait reu en plein dans lĠÏil gauche une
flchette empenne de rougeÉ
La jeep vibrait
maintenant en traversant une srie dĠornires. Elle faillit percuter le bus au
niveau de la calandre avant, et commenait zigzaguer de faon inquitante.
- Goňd-Wn, regarde droit devant toi ! hurlait lĠofficier
en essayant de soutenir le corps du conducteur qui sĠaffaissait, sans doute
dj mort...
Prenez-lui le volant ! sĠcria encore lĠun des
"vtro-vaccins".
CĠest ce que
fit Hl-Ŕod, mais la jeep
lance toute vitesse sautait sur le revtement irrgulier de la piste,
basculant dĠun bord lĠautre, projetant ses occupants de droite gauche.
Devant eux, cĠtait comme un trou noir, car le maxi-bus sĠtait arrt et avait
coup ses phares.
Puis dĠun coup,
il nĠy eut plus de cahots. Bien au contraire, une merveilleuse sensation de
calme emplit lĠhabitacle o tous cris avaient cess... Cela dura quelques
secondes peine, puis le socle de la jeep racla nouveau sur quelque chose de
dur, le vhicule rebondit dans les airs, il y eut un nouveau bruit de ferraille
quĠon entrechoque, puis la lueur dĠun clair chacun des trois survivants put
voir lĠabme qui sĠouvrait sous eux. Il y eut encore un grand choc suivi dĠune
longue glissade...
Au bout de
quelques instants qui parurent une ternit, Hl-Ŕod prit conscience quĠil tait allong mme le sol
caillouteux. Sans doute avait-il t ject. Autour de lui sĠtendait un
paysage lunaire.
Cherchant
rassembler ses ides, le chef de bord voyait le ciel toil au-dessus de lui,
la lune jouant cache-cache avec les nuages, et lĠhorizon, il devinait plus
quĠil ne voyait, sous les lueurs de lĠorage qui sĠloignait, lĠtroite bande
ctire de lĠocan...
Sur sa gauche
quelque chose flambait, car il percevait la chaleur des flammes et une odeur
dĠhuile brle. Pensant ses hommes, il essaya de bouger un bras, puis la
tte, mais nĠy parvenait pas.
Son corps
meurtri allait encore beaucoup le faire souffrir, se dit-il avant de fermer
dfinitivement les yeux...
CHAPITRE XI
Faisant appel
sa mmoire, le professeur Ał-Poitoū essayait de se remmorer les vnements des
dernires heures passes. Mais lĠessentiel pour lui et H-Dridý avait
surtout t la rcupration russie de lĠtudiante Pam-Hehla. Cette dernire
marchait maintenant derrire eux dĠun pas assur.
Le trio
attendra dĠtre arriv en surface pour discuter des "zones dĠombre"
dans le traitement des informations obtenues. Il fallait aussi dcider de ce
qui pouvait tre rvl la Presse et dans les organes de diffusion mondiaux,
car comme la campagne de fouilles avait t largement mdiatise, beaucoup de
monde devait attendre les archologues leur sortie du tunnel sous le
Sphinx...
H-Dridý
tenait dans sa main la prcieuse boussole, ainsi quĠun altimtre pour sĠassurer
quĠils montaient bien vers la surface.
Pour lĠinstant,
tout paraissait impeccable. La direction tait bonne et Ał-Poitoū pensait mme
reconnatre certains points du parcours, notamment les marches quĠils avaient
empruntes en sens inverse, quelques heures auparavant. En revanche, ils ne
retrouvrent pas la salle du sarcophage, ni la fameuse herse o ils avaient
pour la premire fois utilis bon escient la cl dĠAnkh !
Celle-ci tait
dans lĠune des poches du savant. Ce nĠtait pas pour sa valeur archologique
quĠil la gardait ainsi, mais plutt de faon ce quĠelle resserve en cas de
besoinÉ
Des tunnels, Ał-Poitoū en avait
souvent parcouru lors de fouilles, car les civilisations prcdentes sur Terre
avaient -– semble-t-il – souvent eu recours ce type
dĠinstallation, comme Par-Isis, la ville du nord de Gallia, devenue
trs importante une poque que lĠon situe gnralement vers la fin de
lĠEmpire romain.
Cette cit
tenait sans doute son nom du culte qui fut jadis rendu Isis, la vierge
noire de lĠAntiquit. Si lĠon en croit la reprsentation du blason de la
ville (accompagne de la devise "fluctuat nec mergitur"), trouve
dans les ruines dĠun btiment administratif, cĠest dans un bateau que la desse
serait venue un jour, sans doute partir dĠun pays situ plus au nord.
On sait quĠun
grand temple avait t ddi Isis. Les fouilles allaient bon train,
mais pour lĠinstant, seules les deux grandes tours entourant le porche
ressortaient du sol.
Quant
lĠimmense nef, elle tait tourne vers le Soleil levant, symbole du renouveau
quotidien. Si lĠon en croit des gravures dcouvertes non loin de l dans les
souterrains ou catacombes, cet imposant lieu de culte – une
"cathdrale" – avait t bti pendant la Ç Priode
intermdiaire È dans ce qui tait une le de la Seine, fleuve par lequel
la divinit tait arrive en provenance des mers septentrionales.
Un peu plus
tard, Isis avait protg les habitants de la ville dĠune attaque
dĠautres populations nordiques, les Wi-Kinger, preuve de la puissance et de
lĠimportance quĠavait cette divinit en Europe occidentale.
Mais la desse
tait galement vnre au pays de MĠser, lĠEgypte des Grecs, car on avait
retrouv son nom sur de nombreuses fresques, dans les temples situs le long du
Nil.
En tout cas, le
culte dĠIsis tait toujours bien rpandu en Gaule la fin de la
Ç Priode intermdiaire È, lĠpoque des savants Champollion et
Darwin, et bien plus tard encore, jusquĠ ce quĠclate la grande bataille
dĠArmageddon !
Beaucoup de
lieux-dits portaient son nom et un bon nombre de cathdrales avaient t
consacres la divinit tutlaire des Par-Isis.
Attendez, professeur, il y a quelque chose qui ne va pas ! La
voix dĠH-Dridý se faisait pressante.
Perdu dans ses
penses, le chef musologue faillit glisser et sĠtaler dans la boue. Mais il
retrouva son quilibre en sĠagrippant la paroi, mme sĠil fit tomber sa
puissante lampe-torche par la mme occasion.
Celle-ci
sĠteignit en heurtant le sol, et refusa obstinment ensuite de se rallumer.
- Zut, a cĠest un
problmeÉ mais que vouliez-vous dire, H-Dridý ?
- Dsol pour la lampe,
jĠespre quĠelle va remarcherÉ Oui, je voulais direÉ je viens de faire un
nouveau point. Nous nous trouvons sous le Sphinx et marchons en direction
du Nil, mais le couloir ne monte plus... Si jĠen crois mes instruments, nous
sommes toujours prs de 40 mtres sous la surface.
- Les vnements des
dernires heures ont dmontr que des surprises nĠtaient jamais exclues,
ajouta Pam. Mais si nous poursuivons dans cette direction, nous devrions
inluctablement arriver lĠair libre !
- CĠest aussi mon avis,
car le plateau de Gizeh descend en pente douce vers le Nil, reprit Ał-Poitoū. Oui, maisÉ le
sol devient de plus en plus boueux ! Il faut esprer que la galerie ne va
pas tre inonde un peu plus loin...
- Nous sommes
pratiquement sous le campement de base, fit remarquer la jeune femme. QuĠen
est-il des liaisons radio ?
JĠallais le faire, assura H-Dridý mme sĠil ne semblait
pas trs convaincu a priori.
Sans
doute aurait-il espr une fin dĠaventure plus glorieuse. Pour lĠinstant, leur
histoire sĠapparentait plutt celle de naufrags en mer dont lĠultime espoir
tait que lĠon capte leurs appels lĠaide.
Pam avait
compris avant quĠil nĠet fini de parler.
- Certes, pour notre
gloriole personnelle, cĠest moins palpitant que de revenir par le gouffre o
nous tions descendus hierÉ sous le crpitement des flashs et les hourras des
journalistes !
- Si la liaison radio ne
marche pas et si la zone plus loin est inonde, nous pourrons toujours tenter
de revenir en direction du Sphinx, prcisa le chef musologue.
Mais dj
H-Dridý avait sorti de son sac lĠquipement de transmissions et
avait procd son assemblage.
- Oui, je capte un
rseau, fit-il dĠun ton qui se voulait neutre, mais o perait nanmoins une
pointe de satisfaction.
- Voyez lĠcran de
contrle ! Nous avons mme une connexion avec le site vido des
correspondants de presse ! Cela prouve au moins que nous sommes bien dans
la bonne "trame" temporelle, soupira Ał-Poitoū qui
apparemment avait encore quelques craintes.
- Regardez ! fit
Pam, il y a mme un cran dĠactualitsÉ On parle de nous : Ç
Des archologues ont entrepris lĠexploration des souterrains du plateau de
Gizeh ÈÉ
Mais un autre
titre attirait leur attention : Ç On est sans nouvelles de
lĠquipe de chercheurs de Tō-HavělÉ È.
CHAPITRE XII
LĠaube se
levait, Oź-Mn avait t remplac
au volant du maxi-bus par lĠassistant palontologue Űg-Tałet. LĠquipe de
scientifiques avait maintenant franchi le secteur des monts Baka qui
culminaient 6000 m dĠaltitude, et sĠapprtait redescendre vers la plaine
ctire de Zamibie.
La plupart des
hommes et les quelques femmes bord taient maintenant assoupis sur leurs
siges, aprs les motions de la nuit.
A demi veill,
le professeur Űl-Tserr poussa un
grand soupir de soulagement en dcouvrant sur la carte quĠils avaient fait le
plus gros du chemin. Mais ils taient toujours en pleine fort o tout pouvait
encore arriver. Thoriquement ils taient sortis du territoire contrl par les
Hollybies, mais lĠventualit de tomber sur lĠune de leurs patrouilles nĠtait
pas exclue.
Tout en scrutant
les lieux alentour, Űl-Tserr
enfona ses doigts dans le rembourrement molletonn du sige en repensant la
course-poursuite du dbut de soire. Des hommes taient morts !
Le
palontologue revoyait comment la jeep de leurs poursuivants avait quitt la
route, et comme elle tait partie dans un long vol plan, avant de rebondir
plusieurs fois sur les pentes de la falaise. Ils taient descendus du car et
tous sĠtaient approchs du ravin, ne sachant quelle attitude adopter. Le
vhicule tout-terrain des Hollybies brlait une centaine de mtres en
contrebas, mais ses occupants avaient d tre jects. De toute faon, on ne
pouvait plus rien faire pour eux.
Certes Űl-Tserr sĠen voulait dĠavoir ordonn de tirer
sur le conducteur avec le fusil gaz prvu pour envoyer des flchettes
anesthsiantes sur des animaux, mais avaient-ils vraiment eu le choix ?
Les Hollybies taient en mesure de contraindre le car sĠarrter. Que
serait-il advenu sĠils avaient obtempr ?
A ses cts, Oź-Mn carquillait les yeux et sĠapprtait
dire quelque chose, mais au mme moment le vhicule tout entier se mit vibrer
et dclrer brutalement, car Űg-Tałet avait actionn les freins de faon
intempestive, et la piste mouille en cet endroit et recouverte de feuillages,
ne rendait pas cette manÏuvre trs facile...
Et pour cause,
un arbre norme tait couch en travers de la route ! Sans doute avait-il
t abattu par la foudre quelques heures auparavant, car un peu de fume se
mlait la brume matinale qui se rpandait maintenant travers la fort
tropicale.
Dans un bruit
de soupapes maltraites et dĠessieux mal huils, le car parvint sĠarrter
quelques mtres du tronc. Tout lĠair ambiant tait envahi dĠeffluves et
senteurs dĠhumus, les calaos coassaient qui mieux mieux, imits par les
macaques hurleurs qui, suspendus des lianes, venaient sĠenqurir de ce qui se
passaitÉ
- Arrt commodits,
plaisanta Űg-Tałet. Je crains fort que nous ne soyons bloqus
ici un bon bout de tempsÉ
- Allons bon, ronchonna
le zoologue DĜ-Šlex qui venait juste de sĠassoupir nouveau. Voil encore
une tuile qui nous tombe dessus au moment mme o nous pensions tre tirs
dĠaffaire !
Impossible de faire demi-tour, commenta son tour Oź-Mn, jĠai peur quĠil ne faille dbiter lĠarbre
sur place avant de pouvoir repartir...
LĠquipe
disposait en tout cas du matriel ncessaire. Cet incident tait loin dĠtre
rare en fort, car ces normes arbres appels moabi, bubinga ou afzla nĠavaient
souvent que trs peu de terre pour planter leurs racines, et ils sĠtalaient de
tout leur long sĠils venaient tre pris dans un tourbillon, ou pire encore,
sĠils taient atteints par la foudre !
- Nous allons galement
profiter de cet arrt imprvu pour tenter de joindre une station de radiophonie
– sans nous faire reprer par les Hollybies ! prcisa Űl-Tserr.
Oui, nous ne sommes quĠ quelques dizaines de kilomtres vol
dĠoiseau de la ville ctire de Modiscio. Nous allons pouvoir dployer
lĠantenne parabolique sur le bas-ct de la route, tandis quĠune partie de
lĠquipe sĠoccupera de lĠarbre !
Űg-Tałet donnait ses instructions, tandis
DĜ-Šlex mal rveill procdait quelques exercices dĠassouplissement. Le
zoologue avait sorti une grosse paire de jumelles et voulait observer les
macaques hurleurs proximit de la piste.
Derrire lui,
dĠnormes scies lumineuses – qui avaient lĠavantage dĠtre peu bruyantes
– taient entres en action sur lĠarbre abattu. Il fallait aux Sara
chargs de ce travail beaucoup dĠagilit pour procder au dbitage des grosses
branches, avant de sĠattaquer au tronc lui-mme. A ct dĠeux, les Pies la
peau blanche et noire avaient dlaiss leurs totems pour monter avec dextrit
lĠantenne parabolique du poste radio.
Avec lĠaide de
deux kleptons spcialiss en lectronique, ils avaient procd aux
branchements ; les yeux bleu clair de ces derniers tant parfaitement
adapts aux conditions locales de lumire, car il faisait encore relativement
sombre dans les sous-bois, malgr une aube dj bien entame.
Le zoologue
DĜ-Šlex, qui appartenait la mme ethnie Taung que le chef palontologue Űl-Tserr, arborait une belle chevelure rousse
quĠil entretenait avec soin, tirant longueur de journe sur les bouclettes
pour leur donner de la forme et de la vigueur.
DĠaprs des
tudes rcentes en palogntique, le gne codant pour les cheveux roux serait
dĠorigine nandertalienne(8).
Quant la peau de DĜ-Šlex, elle tait dĠune belle couleur brun chocolat,
comme cĠest le cas chez beaucoup de populations du sud de lĠAfrique. De taille
un peu en dessous de la moyenne, les Taungs utilisaient toujours un langage
caractristique base de "clics" et de bruits de bouche, dont on dit
quĠil aurait t lĠorigine des premires langues de lĠhumanit...
(8) Authentique
Plong dans ses
penses, les jumelles la main gauche, DĜ-Šlex ne vit pas tout de suite
le petit tre velu adoss un arbre, quelques mtres seulement de luiÉ
Il ne devait
gure mesurer plus de 90 cm de haut. Si le reste du corps – part la
couleur rousse – pouvait faire penser un jeune chimpanz, en revanche
le visage totalement imberbe tait plutt celui dĠun pygme, ces petits hommes
lgendaires des forts impntrables du Kōn-G.
DĜ-Šlex
resta quelques instants indcis. En sa qualit de zoologue, une chance
inestimable sĠoffrait lui dĠtudier le dodū, car il sĠagissait de toute vidence de lĠun des
reprsentants de cette espce mythique. Bien sr, cĠtait un primate, proche
parent de lĠhomme. Sans doute nĠavait-il pas de queue, comme le singe pongo que
lĠon rencontrait galement au cÏur de ces mmes forts.
Comme sĠil
voulait se montrer, le petit homme velu avana de quelques pas et saisit un
fruit terre. DĜ-Šlex tait stupfait : le nain velu marchait debout
comme un homme, sans ployer les genoux !
Bien sr, le
zoologiste de lĠuniversit de Durban avait dj entendu parler de ces hominids
trs rares des forts africaines. Selon les contres, ils taient dcrits sous
des aspects diffrents. Ainsi lĠagogw des rgions proches de lĠAtlantique
tait-il plutt de couleur brun fonc et mesurait autour de 1,20 m ; il se
rencontrait avec prdilection proximit des lacs ou rivires, tandis que les
toulou des hauts-plateaux de lĠintrieur du continent taient trapus et de
couleur noire.
Mais on
connaissait aussi de vritables gants, dĠaspect bestial et couverts de longs
poils, marchant debout comme lĠhommeÉ
Pour lĠinstant,
DĜ-Šlex profitait de cette magnifique occasion dĠobserver un dodū, tout en dplorant ne pas avoir dĠappareil
photographique, rest avec ses effets personnels dans le car.
Peut-tre
lĠhominid avait-il t attir par lĠarbre abattu sur la route, car cela lui
procurait lĠoccasion de cueillir des fruits savoureux sans trop de peine.
Il semblerait
aussi que ce ft la chevelure rouge du Taung qui le mettait en confiance, car
le petit homme fourrure rousse sĠtait assis en tailleur et dgustait la
grosse mangue quĠil avait ramasse. Par la mme occasion, DĜ-Šlex put
observer ses pieds, en tout point semblables ceux dĠun humain, part bien
sr leurs dimensions. Tout juste taient-ils plus larges au niveau des orteils,
mais cela rentrait aussi dans la variabilit naturelle de lĠHomo sapiens...
- En fait, rflchit
mi-voix le zoologue, part lĠpaisse toison et peut-tre un lger prognathisme
des mchoires, rien ne distinguait ce gnome sylvestre dĠtres humains de trs
petite taille, comme on en trouvait encore dans certaines populations asiatiques,
proximit de lĠquateur.
NĠen dplaise
Űl-Tserr, le dodū – si cĠen tait bien un – lui
paraissait bien plus proche de lĠhomme que ne lĠtait lĠhominid fossile exhum
la veille par lĠquipe de la grotte de Tō-Havěl ! Sans doute savait-il aussi parler,
encore fallait-il pouvoir faire un brin de causette avec luiÉ
- Je suis DĜ-Šlex,
fit-il voix haute en se dsignant de la main. Et toi, comment
tĠappelles-tu ?
Il montrait du
doigt le petit homme. Celui-ci avait d comprendre son geste, mais continuait
impassible dguster son fruit, les yeux mi-clos.
Le zoologiste
sĠtait galement mis en tailleur, quelques mtres du dodū. Pendant quelques instants, il flirta avec
lĠide dĠaller chercher un fusil seringue : cet exemplaire de primate
sauvage tait si rare quĠune telle occasion ne se reprsentera jamais plus !
Mais le petit homme lui paraissait si sympathique quĠil ne pouvait se dcider
lui tirer dessus, dĠailleurs aurait-il attendu le retour du zoologiste...?
DĜ-Šlex se
contenta donc de faire quelques croquis lĠaide dĠun crayon et du bloc-notes
quĠil avait sur lui, tout en poursuivant sa discussion sens unique avec le
dodū. Ce dernier mangeait
imperturbable son fruit en se lchant les lvres dĠun mouvement rapide de la
langue. Puis aprs un dernier regard furtif vers le naturaliste, il se leva,
tourna les talons et disparut en quelques secondes dans les sous-bois particulirement
denses en cet endroit...
Un peu du, le
taung le regarda partir, mais il se consola en pensant que la rencontre avait
t voulue par le petit homme qui nĠaurait eu aucune difficult se dissimuler
son approche. CĠest lui qui avait dcid de se montrer, cela paraissait
vident !
Tout en
regagnant la piste o les prparatifs allaient bon train pour rtablir le
contact radio avec lĠinstitut de palontologie Mogascio, le zoologiste prit
la dcision de ne parler de la rencontre quĠavec Űl-Tserr. Ils dcideront ensemble sĠil fallait publier un
article scientifique sur le sujet dans lĠune des revues de rfrence du
Ç continent Sud È. Peut-tre convenait-il galement dĠy associer
Pam-Hehla, spcialise en anthropologie humaine, et lve du mme Űl-Tserr ?
CHAPITRE XIII
Non loin des
Pyramides de Gizeh, une ville nouvelle, Memphis, avait vu le jour sous
lĠimpulsion notamment de colons Sara venus de la rgion des Glaciers, au nord
de la grande plaine amricaine.
Ce soir-l, une
grande rception avait t donne, lĠinitiative de lĠambassadeur des
Ç Terres du Sud È. Parmi les invits dĠhonneur il y avait bien
entendu les trois archologues qui, lĠavant-veille, avaient tent leur
mmorable exploration des souterrains de Gizeh !
CĠest sous les applaudissements des
personnes prsentes que le professeur Ał-Poitoū, suivi du docteur H-Dridý et de
lĠtudiante Pam-Hehla, taient entrs dans la salle des Ftes, salus comme il
le fallait par lĠambassadeur en titre, matre Guz-Bălek.
Etaient
galement au nombre des invits lĠattach de presse Ğ-dich qui avait pris des photos de la descente dans le
puits, le prsident de la rpublique de MĠser, Ał-Mōrši, le
maire de Memphis, ainsi que de nombreuses autres personnalits de la rgion.
Dj, le rcit
de leurs exploits avait fait le tour des rdactions mondiales – mme si,
pour lĠinstant, il nĠtait pas question de rvler quoi que ce soit au sujet de
lĠpiscopus Hăkōn, ni sur les installations souterraines ultrasophistiques
du plateau de Gizeh !
Les articles de
presse dans le monde entier voquaient principalement la dcouverte de nouveaux
couloirs, ainsi que celle dĠune technologie ancienne – mais pas
particulirement
"avance"...
Pour les
journalistes, comme pour les savants, beaucoup de zones dĠombre subsistaient
– quĠil conviendrait plus tard dĠclaircirÉ
Quelques
minutes auparavant, une salve dĠapplaudissements avait salu une autre
excellente nouvelle : lĠquipe "perdue" du professeur Űl-Tserr avait finalement pu rejoindre sans
encombre la ville de Mogascio, o elle se trouvait maintenant en
scurit !
DĠailleurs une
partie de ses membres devaient rejoindre ds le lendemain le camp dĠAl-İksăndēr, un peu plus au nord par rapport Memphis,
lĠembouchure du Nil, si leur aroplane nĠavait pas trop de retard...
Pam en tait
encore toute mue, mme si ce nĠtait dsormais plus un secret pour personne...
quĠelle tait trs attache au professeur Ał-Poitoū, au point de
vouloir demander son transfert pour lĠuniversit de Melbourne, sitt sa thse
de doctorat acheve !
Par un autre
hasard du calendrier, il y avait en ce moment la Maison de la Culture
dĠAustralie(9) une exposition temporaire consacre aux
Ç crnes de cristal È, ces artfacts bizarres que lĠon avait
retrouvs en divers points de la plante, au cours des dernires annes.
- Pam, si mes souvenirs
sont bons, tait en train de dire Ał-Poitoū aux journalistes, vous vouliez nous dire
quelque chose au sujet de ce fameux crne dans le souterrain, nĠest-ce
pas ?
- Oui, rpondit
lĠtudiante lgrement embarrasse, a sĠest pass dans la grande salle o se
trouvait le monolithe en granit !
En fait, elle
ne sĠen souvenait pas vraiment, car elle se trouvait alors plonge dans une
sorte de transe, mais Pam avait convenu avec le chef musologue dĠun scnario
"arrang", destination des gens de PresseÉ
(9) Autre nom informel pour Ç Empire du continent
sud È,
mme sĠil ne dsigne que lĠle principale.
Alors quĠAł-Poitoū, nouveau
sollicit pour porter un toast devant les notables de Memphis, avait dlaiss
le petit groupe, la jeune femme rpondit succinctement :
- JĠai eu comme une
visionÉ peut-tre sĠagissait-il en ralit dĠune sorte dĠcran plasma en trois
dimensions ? En tout cas, le crne nĠtait trs certainement pas rel, et
une voix venue de nulle part clamait : Ç Voici bien des gnrations,
ce crne de cristal a t dpos sous terre ÈÉ Il y en aurait ainsi douze
au fond de puits ou dans des souterrains, en divers endroits du monde !
- Mais cĠest passionnant
tout cela ! fit Ğ-dich qui
sĠtait ml au groupe. Ce qui est tonnant dans cette histoire, cĠest aussi la
valeur symbolique du chiffre "douze". Savez-vous que les Hollybies
ont une lgende du mme type qui fait tat de "douze Messies cachs au
fond de gouffres" ?
- Dj, un Messie
qui revient exprs pour la fin du monde, ce nĠest pas si mal ! plaisanta
lĠun des journalistes, tandis que les autres rigolaient grassement. Alors, douzeÉ
- Cela montre en tout cas
une certaine constance de lĠesprit humain par-del les gnrations et les
cultures, poursuivit Pam sans se dmonter.
- Vous dites avoir
dcouvert des salles et des inscriptions, reprit Ğ-dich. Avez-vous appris quelque chose de nouveau sur
lĠAntiquit grco-romaine ?
- Nous ne savons
finalement pas grand chose sur ce qui sĠest rellement pass, voici un
millnaire peine : il faut bien lĠavouer, et ce, malgr les
"convictions" de la plupart des historiensÉ Nos connaissances se
basent surtout sur lĠinterprtation de textes dont lĠorigine nĠest pas toujours
authentifie. Beaucoup dĠartfacts estampills "Antiquit" – en lĠoccurrence, des statues et
des pices de monnaie – sont en circulation chez les collectionneurs et
dans les muses, malgr leur provenance douteuseÉ sans oublier les autres faux
dlibrs !
- Et lĠarchologie dans
tout cela ? Elle ne saurait mentirÉ? sĠenquit un journaliste.
- Non, cĠest vrai, mais
par la force de lĠhabitude ou pour dĠobscures raisons politico-religieuses, on
peut lui faire dire peu prs tout ce quĠon veutÉ Il faudrait veiller une
stricte neutralit de la recherche – et de la science en gnral, mais
cĠest loin dĠtre toujours le cas !
- Pour en revenir aux
dcouvertes de la veille, dtenez-vous enfin les preuves de lĠexistence dĠune
grande civilisation – aujourdĠhui disparue – dans le bassin
Mditerranen ? demanda un journaliste dont la casquette indiquait quĠil
appartenait la "Durban Gazette".
- Le professeur Ał-Poitoū pourrait vous
en parler beaucoup mieux que moi, car il a procd des fouilles en Gaule. En
tout cas, nous avons trouv quelques indices qui montrent que lĠEmpire romain a
dur plus longtemps quĠon pensaitÉ et quĠil a vraisemblablement t prcd par
une autre grande civilisation dĠenvergure plantaire !
- Les historiens parlent
habituellement dĠinvasions barbares qui auraient provoqu ou prcipit la chute
de Rome...
- Non, non, fit Pam en
faisant un geste de la main. Cela semble exclu maintenant : les causes
relles de la disparition de la civilisation antique sont plutt rechercher
dans la rptition de cataclysmes dĠorigine cosmique ou tellurique !
- Un peu comme ce que
lĠon nous promet dans les mois venir, plaisanta nouveau lĠun des
journalistes.
- Soyons srieux,
rpliqua Ğ-dich. Ce sont l de
simples extrapolations partir de ce que lĠon croit savoir dĠun ancien
calendrier chinois qui "sĠarrterait" brutalement en dcembre 997...
En fait de fin du monde, ce sera plutt la fin dĠun cycleÉ!
- Certains disent que
cela peut avoir galement un rapport avec les douze crnes de cristal,
rtorqua le journaliste de la "Durban Gazette". En fait, il
existerait un treizime crne, cach quelque partÉ encore plus secret que les
autres. Et quand on lĠaura dcouvertÉ certains nous prdisent
lĠapocalypse !
- a, nous le verrons
bien, assura Pam. En tout cas, lĠEmpire romain a souffert, vers sa fin, dĠvnements
cataclysmiques dont la science tente maintenant de retrouver les tracesÉ Ainsi
a-t-on dj envisag : la chute dĠun astrode en mer du Nord, le passage
rapproch dĠune comte prs de la Terre, un regain dĠactivit volcanique, des
tremblements de terre, un raz-de-mare gigantesque submergeant les ctes de
lĠEuropeÉ
- Eh bien, avec ce que
vous nous dcrivez l, on nĠaurait vraiment pas voulu vivre cette
poque ! insinua Ğ-dich, dĠun
air plutt dconfit.
Et je ne vous parle pas dĠune possible inversion des ples
magntiques, de brusques mouvements de lĠcorce terrestreÉ ni des consquences
affreuses que cela a d avoir sur les populations : famines, guerres,
pidmiesÉ
Sur ces
entrefaites, Ał-Poitoū, dlaissant les sommits locales, avait
rejoint, un verre la main, le petit groupe, imit en cela par
H-Dridý.
- Oui, jĠai moi-mme
fouill Par-Isis, lĠancienne capitale du pays appel Gallia ou Gaule,
enchana-t-il. Une grande catastrophe a trs certainement eu lieu, voici mille
ans ou un peu moinsÉ Sous des dizaines de mtres de sdiments, tout ce que lĠon
peut encore dcouvrir, ce sont des ncropoles – ou plutt ce quĠil en
reste – et des rseaux de galerie videsÉ Le seul difice important qui
semble avoir t prserv est le grand temple dĠIsis qui se dresse avec
ses deux tours, son immense nef et ses arcs-boutants, sur lĠune des les de la
SeineÉ
- Comment expliquer
cela ? hasarda lĠattach de presse. Les chroniques de lĠpoque font tat
dĠune ville de plusieurs millions dĠhabitants !
- Oui, cĠest vraiment un
mystre... sĠesclaffa Pam en proie une certaine excitation. Une autre ville
comme Rōma, la capitale
dĠEmpire, a compltement disparu : on ne connat mme pas son emplacement
exact ! Pourtant des historiens latins tardifs, comme Boccaccio ou
Moravia, nous la dcrivent encore pleine de vie, avec ses btiments normes
comme le Colise, le Panthon ou encore le palais du grand Pontife au
Vatican !
- Tout cela a t dtruit
en lĠespace dĠune seule nuit dĠpouvante, comme le rapporte une chronique
contemporaineÉ
- Oui, professeur, mme
si son auteur, Pltn, situe lĠpisode lĠouest de lĠEurafrique, sur la
faade ocanique – il parle dĠailleurs des Atlantes et de leur
capitale Poteidn ! Mais il pourrait bien sĠagir dĠune allgorie
pour Rōma et ses
habitants ! Si la capitale de lĠEmpire romain nĠa pas disparu sous les
flots, elle a t ce point dvaste par les cataclysmes – avant dĠtre
ensevelie sous des mtres de boue – que les gographes nĠarrivent mme
plus la localiser !
Mais bien sr, sĠempressa dĠajouter H-Dridý qui avait des
ides bien arrtes sur le sujet, un peuple appel "Atlantes"
a pu exister longtemps avant les Egyptiens – ce serait eux qui ont donn
son ancien nom de Kamit au pays dans lequel nous nous trouvons aujourdĠhui.
LĠarchologue
supposait en effet quĠune civilisation encore plus ancienne – elle aussi
engloutie par les lments dchans – avait prexist lĠEmpire romain
en Mditerrane... et quĠelle avait prospr longtemps avant tous les peuples
connus des historiens. H-Dridý pensait aussi ces immenses pierres
leves que lĠon retrouvait un peu partout dans le monde et qui taient
dsignes habituellement par le nom grec de "mgalithes".
De toute faon,
il nĠtait gure concevable – mme si beaucoup de savants comme Űl-Tserr lĠadmettaient encore –
dĠimaginer que depuis la Prhistoire, poque o lĠhomme habitait les cavernes
et passait pour une brute paisse, lĠhumanit nĠavait fait quĠvoluer
"linairement" vers toujours plus de civilisationÉ
Il fallait bien
entendu prendre en compte le fait que de nombreux pisodes historiques furent
marqus par des cataclysmes majeurs, la suite desquels lĠhomme sĠest retrouv
en "rgression" –
avant dĠentamer nouveau sa marche vers le progrs !
Mais Ał-Poitoū avait repris
le fil de ses penses et poursuivit :
- Dans la Gaule dĠantan,
le culte dĠIsis tait trs rpandu, nous le disions tout lĠheure.
Parfois aussi cette divinit tait adore sous un autre nom : sus ou
YsouÉ A moins que nous nous trouvions l en prsence dĠun couple
divin ? On pense gnralement que cet pisode a concid avec la
grande poque des Celtes, ou celle plus tardive des Gallo-Romains, ceux-l
mmes qui ont difi les fameuses "cathdrales" dans tout lĠouest de
lĠEurope...
- CĠtait donc il y a
environ mille ans, comme semblent lĠindiquer les dernires datations ?
ajouta lĠun des journalistes prsents.
- Oui, mme si –
rappelons-nous ! – les premires estimations faites au sicle
dernier voquaient plutt une poque remontant deux mille ansÉ Mais les
techniques les plus rcentes, bases sur le rayonnement lectromagntique des
roches, ont permis de rduire cet intervalleÉ
- Mille ans de
civilisation en plus ou en moins, a doit laisser des traces ! hasarda Ğ-dich. Pourtant, les archologues du sicle
pass ont toujours trouv de quoi "remplir" ces sicles imaginaires,
dans les couches et dblais...?
- Oui, les historiens
pensaient de multiples dynasties, se basant sur des textes rdigs en latin
ou en grec, mais ces pisodes se rapportaient en ralit aux popes de hros
imaginaires : des personnages de lgendes ! Et pourtant, les archologues
pensaient avoir trouv des indices qui accrditaient leur existence
relle !
- Comme des pices de
monnaie frappes leur effigie ?
- Oui, mais les analyses
du mtal ont montr que ces fameuses pices taient de fabrication relativement
rcente ; on pense donc des faux tardifs, destins des muses ou aux
collectionneursÉ Je crois que Pam y a dj fait allusion.
Cela pose un autre problme, intervint H-Dridý, celui du
degr de technicit atteint pas les populations dites "barbares" qui
ont fait suite lĠEmpire romain ! En tout cas, on nĠa encore rien
retrouv de trs probant leur sujet...
- CĠest un grand mystre,
admit Ał-Poitoū, encore accentu par de rcentes dcouvertes
dans les glaciers dĠAmrique du Nord. Les chercheurs ont analys des bulles de
gaz carbonique incluses dans une glace qui remonterait 4-5 sicles : on
constate alors un pic de la quantit de CO² un moment o historiquement
cela nĠavait pas lieu dĠtre !
Ne serait-ce pas li lĠactivit de volcans ? insinua le
journaliste de la "Durban Gazette".
Ał-Poitoū tait
perplexe. Bien sr, il ne pouvait pas dvoiler tout ce quĠil avait vu et appris
la veille dans les souterrains du plateau de Gizeh...
Au cours de ses
discussions avec lĠpiscopus, Pam avait cru comprendre quĠil y avait vraiment
eu, en Europe et dans le monde, un bref pisode de "modernit"
– pendant un peu moins de deux sicles – juste avant les grands
affrontements que les historiens dsignaient gnralement sous le nom de
Ç Bataille de Gog et Magog È.
En tout cas, la
pninsule arabique – aujourdĠhui un vaste dsert – avait jadis t
un pays prospre : les archologues sud-africains de Durban ont retrouv
de nombreuses tombes disposes "en toile" autour dĠun point central,
sans doute la capitale politico-religieuse de lĠpoque. CĠest considr par
certains comme la preuve quĠil y avait eu dans le monde un regain de civilisation,
voici quelques sicles peineÉ
- Il y a aussi cette
fameuse "pierre de Suksan", retrouve non loin du site dĠAl-İksăndēr o nous serons demain, et qui pose bien des
problmes lĠestablishment scientifique, moi y compris !
- Oui, poursuivit Pam
avec un clin dĠÏil entendu. Cette stle en marbre noir prsente des
inscriptions – moiti effaces – en plusieurs langues, sous la
figuration dĠun taureau dans lequel les archologues lĠorigine de la
dcouverte ont voulu voir une reprsentation du dieu celte sus, assimil
lĠApis gyptienÉ
- Ou alors, cela pouvait
tre une allusion au Ç Peuple des Rouges È qui, selon certains textes
apocryphes, avait prospr cette poque en Slavonie, autrement dit en Europe
centrale, complta H-Dridý. On pense quĠil y avait dj eu quelques
heurts entre ces Slavons et les rgimes thocratiques dĠAsie !
- En tout cas, reprit
Pam, la partie en vieil-aussish de cette plaque commmorative comporte le nom
Ç Red Bull ÈÉ Ce qui est tonnant, cĠest que ces deux mots
soient repris phontiquement dans la partie en smitique – et non pas
traduit – idem pour ce qui semble tre du germanique ancien !
- Et un peu plus bas, la
phrase reconstitue : Ç It gives you wings È peut vouloir
dire : Ç cela va vous donner des ailes È. Cela a t mis en
rapport par les archologues avec les lgendes msopotamiennes, o des taureaux
ails taient les gnies protecteurs des cits antiquesÉ comme Bagdad ou
Babylone !
- Mais le problme,
reprit Ał-Poitoū, cĠest la suite du texte, tout au moins ce qui
nĠa pas t effac par lĠrosion ou bris lors de manipulations... On peut y
dchiffrer quelque chose comme "energy drink", mme si beaucoup
dĠexperts persistent lire "ebony king", une allusion un
mythique "roi dĠbne" !
- Ce qui a fait penser au
professeur, continua Pam, que la stle en question nĠavait jamais t rige en
lĠhonneur dĠun dieu-taureau, mais quĠil sĠagit trs prosaquement de laÉ
- É publicit pour une
boisson nergisante ! termina le savant devant un auditoire mdus.
DĠailleurs dans la partie rdige en germanique ancien, je peux dcouvrir en
clair le mot "Getrnk", qui signifie effectivement "boisson",
mme si ce dtail semble avoir chapp mes collgues qui croient dur comme du
fer une plaque votive en lĠhonneur dĠune hypothtique divinit Ç Red
Bull È... En tout cas, je vais trs certainement en discuter avec le
professeur Űl-Tserr que je
reverrai demain !
- Tout cela nĠest
vraiment pas banal, conclut Ğ-dich qui
avait la chance de participer galement au voyage vers Al-İksăndēr. Je prendrai des photographies de cette
stle, si vous le permettez bienÉ
Bien sr, fit le chef musologue, mais ne me fchez pas trop avec
mes collgues, notre tude l-bas sera essentiellement consacre au Mausole o
reposent les dpouilles de la reine Klioptrā et de son amant romain Antnius !
CĠtait le moment
quĠavait choisi lĠassistant de fouilles H-Dridý pour dployer un
panneau en carton quĠil tenait jusque-l enroul. Devant des journalistes trs
intresss, il montra les diffrents points forts du site, mis au jour lors de
prcdentes campagnes de fouilles.
- Il y a notamment cette
grande salle hypostyle oriente vers lĠouest, poursuivit Ał-Poitoū, dont le
pavage reprsente un Labyrinthe, ce qui fait penser une influence
celtique, ou tout du moins nord-europenne ! Des dallages identiques ont
t retrouvs lĠintrieur de cathdrales, non loin du porche dĠentre, comme
pour inciter les croyants en parcourir le trac avant les offices religieux.
Mais Al-İksăndēr, le
Labyrinthe devait plutt servir lĠinitiation des futurs adeptes, car le
temple et ses dpendances nĠtaient pas seulement un mausole construit
au-dessus dĠune crypte !
- En tout cas, ajouta
Pam, cela confirme quĠil y a bien eu jadis une grande civilisation plantaire,
antrieure aux Grco-Romains et aux EgyptiensÉ
*
* *
Le zoologue
DĜ-Šlex tait rest songeur depuis sa rencontre imprvue avec le Dodū dans les monts Bakou, la veille. Dans la salle
dĠattente de lĠarogare de Mogascio, la petite quipe regroupe autour du
professeur Űl-Tserr sĠapprtait
sĠenvoler pour Al-İksăndēr, o un camp
de base avait t tabli, non loin de lĠembouchure du fleuve Nil.
LĠaroplane
propulsion lectrique, un superbe "HB-8" tout neuf, terminait
la recharge de ses batteries lectriques. Aprs le dcollage, et une fois
atteint son altitude de croisire de 3000 m, lĠengin volant, dont lĠenvergure
atteignait une centaine de mtres, pourra brancher les moteurs de ses six
hlices sur les panneaux solaires qui recouvraient le dos de ses ailes...
Prs dĠune
cinquantaine de passagers prirent place dans lĠappareil au long fuselage
argent. Le vol devait durer entre cinq et six heures, la vitesse dĠenviron
400 km/h, si la couverture nuageuse en altitude nĠtait pas trop paisse.
DĜ-Šlex
tait toujours admiratif devant les progrs rapides de lĠaviation – un
terme qui venait du latin, mais toujours employ en aussish, ce que dĠaucuns
avanaient comme "preuve" que lĠEmpire romain avait effectivement
connu de telles machines volantes !
Ces auteurs,
souvent qualifis dĠ"exotiques", taient la plupart du temps
marginaliss – sinon dcris – par lĠestablishment scientifique qui
ne prenait pas au srieux leurs recherches.
En tout cas,
cela faisait peine un sicle que les premiers aroplanes de lĠre moderne
avaient commenc – ou recommenc – voler au-dessus du grand
dsert australien !
A lĠorigine de
cet exploit se trouvaient les frres Lilith qui avaient longuement tudi le
vol des oiseauxÉ A force dĠobservations, ils avaient remarqu que le profil de
leurs ailes tait bomb. Dans un flux dĠair, cette disposition a pour effet de
crer une dpression sur le dessus : lĠoiseau – ou lĠavion –
se trouve aspir vers le hautÉ
Aprs les
premiers essais raliss sur des aronefs en bois et en tissu, les progrs ont
t rapides, surtout quand des moteurs thermiques assez performants furent
disponibles pour "booster" les exploits des aviateurs. Par ailleurs,
les perspectives dĠune utilisation militaire de ces engins volants avaient
incit les ingnieurs du Ç continent Sud È plancher sur des
machines de plus en plus remarquablesÉ
Malgr les
restrictions imposes par la pnurie en nergie fossile et le passage forc
vers lĠnergie lectrique solaire, de nombreuses lignes ariennes avaient t
ouvertes, notamment entre lĠAustralie et lĠAfrique subsaharienne.
Certains de ces
gros appareils huit hlices et aux ailes recouvertes de cellules
photo-solaires, pouvaient embarquer plusieurs centaines de passagers ! A
ct dĠeux, le "HB-8" six hlices dans lequel avaient pris
place les palontologues faisait presque figure de nain...
Quelques heures
plus tard, lĠquipe du professeur Űl-Tserr
survolait le Nil et ses mandres. DĜ-Šlex sĠtait assis prs de son
suprieur hirarchique et lui montrait par un hublot un vol group dĠoiseaux au
loin.
- Ce sont des oies tte
noire, fit-il. Elles se rendent en Europe pour passer lĠt et se reproduire.
- Elles volent haut et
vite, remarqua le professeur. Ces oiseaux sont vraiment extraordinaires !
A propos dĠanimaux qui sortent de lĠordinaire, enchana le
zoologiste qui ne voulait pas laisser passer cette occasion de parler du dodū, savez-vous ce qui mĠest arriv quand lĠquipe
a t bloque par lĠarbre couch sur la piste, dans les monts Baka ?
Űl-Tserr leva ses sourcils rouges dĠun air
interrogateur, puis au bout de quelques instants montra un intrt grandissant
pour lĠhistoire du primate mystrieux. Il ne put quĠapprouver lĠinitiative de
DĜ-Šlex dĠen faire paratre une description dans une revue spcialise
– avec la participation de Pam-Hehla, si cette dernire tait dĠaccord.
Les deux Taungs
restrent de longues minutes discuter ainsi, alors que lĠaroplane amorait
sa descente vers Al-İksăndēr.
CHAPITRE XIV
Pam-Hehla
sortit de la jeep, les yeux carquills malgr les lunettes noires qui les
protgeaient du soleil, car la luminosit tait particulirement intense ce
jour-l.
Devant
lĠtudiante en anthropologie sĠtendait un vaste chantier de fouilles autour du
Mausole o reposaient les dpouilles de deux des plus clbres amants de
lĠAntiquit : Klioptrā et Antnius.
Un vent chaud
soufflait du dsert, faisant voleter les bouclettes blondes de la jeune femme.
Le climat avait sans doute bien chang depuis lĠpoque de la grande
civilisation gyptienne !
- Par ici !
Ał-Poitoū avait devanc
tout le monde, entranant Űl-Tserr sa
suite.
- Veillez ne pas
glisser, car les ouvriers arrosent le sable avec de lĠeau en permanence, et par
endroits il peut y avoir un peu de boueÉ
Oui, poursuivit H-Dridý qui connaissait bien les lieux
pour y avoir travaill quelque temps. Il y a encore beaucoup faire !
Nous sommes sur le point de mettre au jour la voie royale qui reliait jadis ce
complexe funraire lĠantique port dĠAl-İksăndēr.
LĠarchologue
fit lĠappel des participants cette excursion improvise. En tout, une bonne
douzaine de personnes avaient t invites sur le site, dont plusieurs
journalistes.
Pam, toujours
trs pate par ce quĠelle voyait, avait embot le pas aux deux professeurs
qui se dirigeaient dĠun train soutenu vers lĠentre provisoire du Mausole. Des
pare-vents en plastique, ainsi que de grandes toiles de tente, avaient t
dploys pour protger les chercheurs du sable et du soleil, car une partie des
fouilles se faisait encore ciel ouvert.
De grands trous
creuss dans le sol sableux menaient vers des cavits souterraines quĠon venait
juste de sonder, ou vers des caveaux dj explores. Des escabeaux en bois
disposs la verticale permettaient aux chercheurs dĠy accder.
Installs sur
des pieds tlescopiques, deux gros projecteurs clairaient lĠaccs provisoire
au Mausole, o travaillait une quipe dĠtudiants en archologie. DĠailleurs
il y avait partout un fatras de fils lectriques jonchs mme le sol et
relis un gnrateur qui vrombissait plein rgime, dgageant une chaleur
qui sĠajoutait celle du soleil !
Mais seuls les
journalistes sĠen offusquaient, car les savants des disciplines les plus
diverses, prsents aujourdĠhui sur le site, avaient apparemment lĠhabitude
dĠÏuvrer dans ces conditions extrmes...
Devant eux une
faade en granit rose sĠlevait de terre, mais la plus grande partie du
Mausole tait encore recouverte de sable et de sdiments. Le professeur Ał-Poitoū grimpa le
premier sur une chelle mtallique improvise la hte, et accda une sorte
de petite niche.
Puis le savant
pntra quatre pattes dans lĠouverture avant de dboucher dans la grande
salle hypostyle, caractrise par de nombreuses colonnades, qui constituait la
partie haute du Mausole.
Derrire lui,
le petit groupe progressait lentement la queue-leu-leu, chacun aidant ses
voisins comme il le pouvait.
- Nous devons ici sans
cesse improviser, crut devoir sĠexcuser H-Dridý pour expliquer le
dsordre ambiant. Car nous ne disposons pour lĠinstant que dĠune quantit
limite de matriel pas toujours bien adapt...
Maintenant que tout le monde peut bien voir la salle hypostyle,
poursuivit Ał-Poitoū, nous allons dgager le carrelage.
Sur un signe de
sa main, des ouvriers en tenue traditionnelle de nomades du dsert retirrent
une grande bche protectrice, pose mme le sol, du type de celles que lĠon
peut voir sur les terrains de sport.
Une fois que
tout fut termin, les personnes prsentes rprimrent grandĠpeine leur
stupfaction. Le spectacle tait saisissant !
Long dĠenviron
vingt mtres sur dix de large, un grand Labyrinthe noir et blanc tait incrust
mme le pavage. La vaste salle elle-mme tait claire par deux ouvertures
dans la faade, dont celle que le groupe avait emprunte.
- Si lĠon suit pied le
parcours matrialis mme le sol par les carreaux en ivoire, depuis lĠentre
du labyrinthe droite, jusquĠ son centre, cela fait une bonne vingtaine de
mtres parcourir... commenta le chef musologue.
- Quant aux structures
noires, elles sont en bois dĠbne ! ajouta H-Dridý.
- Mais quelle est la
signification de ce labyrinthe ? sĠenquit le photographe Ğ-dich en faisant crpiter son flash dans la
pnombre de la pice.
- En fait, ce nĠest pas
vraiment un labyrinthe, car il nĠy a quĠune entre et un seul chemin
possible : lĠon ne risque gure de sĠgarerÉ Il sĠagit plutt dĠun
symbolisme dont le sens originel sĠest perdu !
- A mon avis, avana
H-Dridý, lĠexplication est de type initiatique : cĠest celle dĠun
"parcours rituel" qui remonte une poque trs ancienne, bien
avant les Egyptiens... peut-tre au moment o furent difis ces fameux mgalithes,
temples ou "pierres leves", que lĠon dcouvre un peu partout dans le
monde ?
Ou alors, cĠest une allgorie des errements et tribulations de
lĠme humaine, hasarda Pam, parce que le trajet nĠest pas libre, mais impos
par le trac en blanc du carrelageÉ Parcourir le labyrinthe revient donc
excuter un mouvement prvu lĠavance ! Peut-tre est-ce en rapport avec
les croyances sur la Prdestination ?
Le petit groupe
coutait quasi religieusement. Un peu lĠcart, les deux Taungs la chevelure
rouge, Űl-Tserr et
DĜ-Šlex, examinaient avec attention les reprsentations anthropomorphiques
quĠils venaient de dcouvrir sur le linteau dĠune porte, un endroit o
sĠouvrait une galerie descendante, encore plonge dans lĠobscurit la plus
complte.
Voyant que tout
le monde regardait dans cette direction, le chef musologue crut ncessaire de
prciser :
- Oui, cĠest par l que
lĠon accde la crypte, mes chers collgues, mais pour des raisons videntes
de scurit nous nĠallons pas pouvoir y descendre en aussi grand nombre. Les
couloirs sont en partie inonds, et il y a aussi de rels risques
dĠboulement !
Ce sont ces reprsentations dĠhominodes qui nous intressent, fit
Űl-Tserr en levant les
yeux.
Le
palontologue regardait aussi avec des sentiments mitigs son ex-lve Pam qui
avait pris la main dĠAł-Poitoū, prtextant sĠtre foule la cheville en
descendant dĠune marcheÉ
- A mon avis, il sĠagit
de nains, assura H-Dridý qui nĠtait pas au courant de lĠpisode du dodū ; les pharaons aimaient sĠentourer de
bouffons et de jongleurs, ou encore ils apprciaient la compagnie de certains
de leurs sujets souffrant de malformations congnitales, ceux-l mmes que les
Latins appelaient "monstres"...
- Mais les Egyptiens
devaient aussi avoir entendu parler des populations de petite taille qui
habitent les grandes forts quatoriales de lĠAfrique centrale ? insinua Űl-Tserr.
- Oui, sans doute
faites-vous allusion aux Pygmes et leur nanisme hrditaire ? On peut
penser que des commerants les avaient ramens en Egypte. Certains dĠentre eux
taient prsents au palais royal o ils dansaient pour le pharaon.
- NĠont-ils pas lĠair
"velus"É? ajouta DĜ-Šlex en examinant de plus prs certaines
figurations.
Les
journalistes prsents se montraient trs intresss, et Ğ-dich ne manqua pas de prendre quelques clichs en gros
plan, dlaissant le Labyrinthe, ce qui ne plut pas vraiment H-Dridý
qui et prfr sĠen tenir de strictes considrations archologiques,
dĠautant que Pam surenchrissait :
- Certaines lgendes
locales en Afrique font tat de petits hommes trs poilus qui vivent toujours
dans les grandes forts, comme au Kn-G, mais galement dans la partie
orientale du continent, les monts Baka, par exempleÉ
- Vous y croyez ?
demanda lĠun des journalistes qui prenait fbrilement des notes.
- Cette ethnie naine
serait extrmement timide, ne se montrant quĠ de rares occasions !
poursuivit la jeune femme.
- Y a-t-il un rapport
avec nos anctres hominiens dont on a retrouv a et l les ossements
fossiliss ? sĠenquit un deuxime journaliste.
- A mon avis, poursuivit
la jeune femme avec un regard en coin vers Űl-Tserr, il ne sĠagit pas de primates ancestraux, mais
plutt dĠune ligne humaine ayant volu in situÉ sans doute partir de
lĠhomme de type moderne, Homo sapiens !
CĠest une hypothse parmi dĠautres, reconnut le palontologue qui
se sentait interpell, mais on peut galement penser la survivance tardive
dĠun rameau dĠhominids anciensÉ
Űl-Tserr voulut faire intervenir le zoologiste
DĜ-Šlex propos de sa rencontre avec le Dodu, mais ce dernier se contenta
de faire un signe convenu de la tte. Sans doute dsirait-il dĠabord se
concerter avec Pam dans le but de publier une tude dans un magazine
scientifique. En pareil cas, la discrtion tait de rigueur !
- Faites-vous un lien
avec le crne fossile que vous avez rcemment dcouvert Tau-Havel ?
demanda encore le journaliste qui continuait prendre des notes.
Pas vraiment, admit Űl-TserrÉ Mais
nĠen pas douter, eu gard sa taille et sa capacit crnienne, nous sommes
l en prsence dĠun vritable anctre de lĠhomme, et non pas dĠun succdan
rcent ! Cette dcouverte apporte de lĠeau au moulin des volutionnistes
qui se rfrent lĠauteur ancien Charles Darwin...
Pam
voulut rpliquer, mais Ał-Poitoū lui fit signe de remettre ce dbat plus
tard.
Oui, en effet, la reprsentation de pygmes est un motif frquent
dans lĠart antique, assura-t-il pour clore la discussion. On les retrouve sur
les fresques, les bas-reliefs, les vases peintsÉ
- LĠauteur grec Hrdotos
affirmait en tout cas quĠil y avait des tribus de nains au niveau des
cataractes du Nil suprieur. Selon un autre auteur antique, Ktsias, ces
derniers mesuraient moins dĠun mtre et taient velus, au point quĠen les
caressant, on croyait toucher une fourrureÉ
*
* *
Hăkōn lĠepiscopus
avait du mal contenir son agitation. Cela faisait maintenant plusieurs heures
quĠil surveillait lĠcran en face de lui.
- Pourvu quĠelle ait bien
la croix dĠAnkh sur elle, fit-il en se retournant vers son serviteur
androde.
Ce dernier
nĠtait pas vraiment programm pour commenter ce genre de rflexion, aussi se
contenta-t-il dĠun simple geste vasif lĠaide du moignon mtallique qui lui
servait de bras droit...
Le robot
nĠavait cesse de ramener des instruments et des cadrans dans la pice exigu
qui regorgeait dj de cbles et de boitiers destins acheminer le signal
lectrique vers le moniteur principal.
Quant Hăkōn, il nĠavait
dĠautre choix que de patienter en esprant que tout se passt bien. DĠune main
distraite le vieillard manipulait le "rgnrateur de cellules" qui
pendait sur sa poitrine. Cet objet hors du temps constituait sans aucun doute
la plus grande prouesse technologique de lĠEmpire romain – juste avant sa
fin et les grands cataclysmes qui frapprent la plante, voici six ou sept
sicles.
A moins bien
sr quĠil ne se ft agi du legs dĠune civilisation disparue, beaucoup plus
ancienne, mais a Hăkōn ne le savait pas, ou ne voulait pas le
savoir... Une lgende tenace faisait tat de douze "rgnrateurs de
cellules" dissmins dans le monde entier, et dĠun treizime thoriquement
rserv lĠempereur de Rome !
Perdu dans ses
penses, lĠepiscopus nĠaurait pu dire exactement combien de temps il tait
rest ainsi, lĠÏil riv sur lĠcran qui scintillait dĠun blanc laiteux.
- Parwus !
Son anxit
sĠaccrut encore lorsquĠil perut une vibration aigu. Sous le plancher de la
salle des machines, un long sifflement avait retenti, tandis quĠun flux
dĠnergie traversait son corps...
Hăkōn porta la main
au botier sur sa poitrine qui lui paraissait soudainement anim dĠune vie
propre. De grosses gouttes perlaient sur son front.
Mais il se
ressaisit vite et regarda autour de lui.
Extrieurement,
rien nĠavait chang dĠaspect, la pice baignait toujours dans la mme clart
diffuse venue de nulle part... Et pourtant, il nĠy avait aucun doute possible,
quelque chose venait de se produire !
Deux jours
auparavant, il avait prouv les mmes sensations.
- LĠAnkh sĠest
enclenche, fit-il dans un souffle, en concentrant ses efforts sur la lecture
des cadrans placs devant lui.
Matre, sĠexclama lĠandrode en manÏuvrant un levier droite du
moniteur principal, le contact a t rtabli !
Rprimant
grand peine un grognement de triomphe, Hăkōn sĠempressa dĠeffectuer les connexions qui
convenaient.
Un fond de
lumire blouissante occupait toujours lĠcran, jusquĠau moment o surgirent
les silhouettes de plusieurs personnages en tenue de splologues. On les
voyait maintenant de dos. Un minuscule point lumineux dans le noir de la
galerie tincelait, puis disparaissait en cadence, sans doute sĠagissait-il de
la lampe dĠun garde, laiss en faction lĠentre du tunnel.
Cela correspond bien la crypte de Klioptrā, souffla le vieillard dont les muscles taient encore
tendus. Ses yeux brlaient dĠune fivre inhabituelle.
Parwus
confectionna la hte une bande dĠenregistrement lĠintention de son matre.
- Voici les dernires
minutes de prise de vue, juste avant que le groupe ne sĠengage dans le
souterrain...
- Merci, fit encore
lĠpiscopus, en dcouvrant les images.
*
*
*
Autour dĠAł-Poitoū, les
archologues et journalistes nĠtaient dsormais plus que six, un garde tant
rest en haut du couloir. Quant aux autres participants de lĠexcursion, ils
avaient regagn lĠair libre sous la conduite dĠun assistant-fouilleur.
Etaient prsents,
en dehors du chef musologue : Pam-Hehla, H-Dridý, Űl-Tserr et DĜ-Šlex, ainsi que les
journalistes Ğ-dich et Rey-nolđ, celui qui arborait la casquette du journal
"Durban Gazette".
- A vos casques,
messieurs ! intima Pam qui avait fini dĠenfiler sa combinaison
dĠarcho-splologue.
Oui, complta H-Dridý, car certaines pierres de la vote
sont en quilibre instableÉ Rien de grave, aucun accident ne sĠest encore
jamais produit, mais vous comprendrez quĠil vaut mieux prendre toutes les
prcautions ncessaires !
Aprs avoir
parcouru – en courbant lgrement le dos pour les plus grands – une
cinquantaine de mtres sur un terrain glissant en pente douce, le petit groupe
arriva jusquĠ une herse qui en fermait le passage.
- Cela nĠa pas t trs
compliqu de lĠouvrir, expliqua Ał-Poitoū, mme pour la premire quipe parvenue
jusquĠici, car vous dcouvrez ici-mme la solutionÉ!
DĠun geste de
la main droite, il dsignait la vote et les parois de la galerie. On pouvait y
admirer de grands panneaux peints dĠhiroglyphes, certains trs colors.
- Encore faut-il savoir
lire tous ces signesÉ insinua Ğ-dich qui
avait dispos son appareil photographique sur un trpied et prenait des clichs
des plus belles sries dĠidogrammes, notamment les cartouches royaux.
Avez-vous assez de lumire ? sĠenquit H-Dridý, sinon
je peux augmenter la puissance des ampoules : il y a l un modulateur de
dbit lectrique !
En effet, le
souterrain avait t quip de lampes, des deux cts de la herse. Un peu en
contrebas, une vingtaine de mtres, on pouvait dj voir lĠentre du caveau
o reposaient la reine Klioptrā et Antnius,
son amant romain.
- Cela ira, rpondit-il,
mais je voudrais bien savoir comment vous allez faire pour actionner la
herse... Et ensuite, je mettrai en route ma camra !
- CĠest trs simple, nous
avons install un systme poulie qui fonctionne lĠaide du moteur essence
que vous voyez en dessous du commutateur principalÉ
- Mais, sĠinterposa Űl-Tserr, ne vaudrait-il pas mieux utiliser
dans ce but laÉ cl dĠAnkh que Pam dit avoir trouve lĠentre de la
galerie sous le Sphinx ?
- Pourquoi pasÉ acquiesa
Ał-Poitoū du bout des lvres, en constatant que
lĠtudiante avait dj lĠobjet en main.
Merci de votre accord, cher collgue, je tenais en effet voir ce
mcanisme en pleine actionÉ Des "onde de forme", vous disiez ?
Bon gr mal
gr, le chef musologue prit son parti de profiter de la prsence du petit
groupe pour retenter la mme exprience que deux jours auparavant, sous le
plateau des pyramides. Il prit la cl dĠAnkh des mains de Pam et chercha
des yeux lĠidogramme, ou le dessin qui pouvait lui correspondre...
- Comment avait fait
lĠquipe de chercheurs, voici vingt ans ? chuchota-t-il lĠadresse de son
assistant H-Dridý.
- Ils avaient utilis un
appareil gnrateur de sons, rpondit ce dernier. Mais voyons ce que disent les
hiroglyphesÉ
Oui, commenta Ał-Poitoū pour meubler le temps utilis par
H-Dridý trouver un dessin convenant. Si la leve de la herse est
possible avec des sons, cela devrait lĠtre galement au moyen dĠun objet
adapt, capable dĠmettre par lui-mme une nergie vibratoire, en fait une
vritable "onde de forme" dclenchant par simple contact le mcanisme
dĠouvertureÉ
Il toussota
plusieurs fois pour sĠclaircir la voix, mais aussi pour donner du temps son
assistant, toujours en qute dĠune srie dĠhiroglyphes adquats. Logiquement,
ceux-ci devraient tre situs sous la vote qui, en cet endroit, tait
sensiblement plus haute quĠailleurs dans le rseau souterrain.
- Si tout marche comme
nous lĠesprons, la croix dĠAnkh par sa simple forme suffira mettre
les ondes qui feront marcher le mcanisme dĠouverture, quelque part au dessus
de nos ttes.
- Car la vote nĠa pas
encore fait lĠobjet dĠtudes dans ce but ? sĠtonna le journaliste de la
"Durban Gazette", dclenchant par la mme occasion des murmures
tonns chez les autres personnes prsentes.
- Non, reprit
H-Dridý qui venait de terminer son inspection des hiroglyphes. Mais
comme me le confiait lĠarchologue chef de chantier, la priorit a surtout t
donne dgager les structures du Mausole en surface. Manque de crdit, sans
douteÉ
Levant les yeux
vers le plafond de la galerie, il ajouta :
Il y aurait des mtres cubes de roche dblayerÉ sans compter que
le mcanisme nĠest peut-tre pas l o on le croit !
LĠattention du
petit groupe se reporta sur lĠinspection des hiroglyphes.
- QuĠavez-vous trouv l,
H-Dridý ? sĠenquit le chef musologue.
Ma foi, rpliqua ce dernier en poussant un soupir de circonstance,
les idogrammes semblent muets ce sujetÉ
Il avait
peine fini de prononcer ces mots quĠun bourdonnement trange rsonna autour
dĠeux. Interloqus, les membres de lĠquipe se regardrent, cherchant
comprendreÉ Une machine dissimule quelque part dans la roche sĠtait mise en
marche.
Pourtant, au
bout de quelques secondes, tout bruit cessa tandis quĠun silence pesant
sĠtablissait sur lĠassistance...
*
* *
- Mais que diable se
passe-t-il ?
La transmission
avait t coupe. Poussant un juron dans une langue quĠil tait sans doute le
seul connatre, Hăkōn se leva de son sige avant de sĠapprocher de
lĠandrode qui, fbrilement, revrifiait encore ses appareils.
- Nous ne recevons plus
lĠonde porteuseÉ En tout cas, la panne ne vient pas de nous !
- LĠAnkh ne
fonctionne pas comme il le faudrait, reprit lĠpiscopus. Peut-tre est-ce en
rapport avec le franchissement de la herse ? SĠil y a un problme, cela
devrait apparatre sur nos capteurs...
Je vais aller voir, promit le robot en quittant nouveau la salle
de commandement.
Rest seul, Hăkōn se remmora
les vnements des deux jours passs.
Tout avait
dbut par une premire alarme quand les trois archologues avaient pntr
dans la salle souterraine o se trouvait le monolithe de granit, peu de
distance du grand Sphinx.
En fait, les
instruments de contrle avaient dj dtect lĠintrusion des archologues au
moment de leur passage sous la herse, mais lĠandrode Parwus nĠavait pas relay
lĠinformation, prfrant laisser dormir son matre.
LĠAnkh sĠtait enclenche ! se souvint le vieillard.
Et ce nĠtait pas nĠimporte quelle reproduction de la cl, mais celle
quĠutilisait jadis le Grand Prtre de Ptah !
LĠpiscopus se
leva pour aller se servir un verre de "xolt", un lger euphorisant,
tout en poursuivant son dialogue solitaire.
Mais comment cette Pam a-t-elle fait pour trouver lĠAnkh ?
Cela avait son
importance, car sans cette cl, le trio aurait d rebrousser
chemin : Ał-Poitoū, H-Dridý et Pam-Hehla ne seraient
jamais arrivs jusquĠ la salle du monolithe ! Et la jeune femme nĠaurait
pas dialogu avec luiÉ QuĠallait-elle faire maintenant de toutes ces
rvlations ?
Et comment se fait-il quĠelle ne savait rien de la "civilisation
des touristes" ?, comme Hăkōn lĠappelait.
A une poque,
en effet, qui avait dur moins dĠun sicle, tout le plateau de Gizeh avait t
envahi par des milliers de gens, venus soit en chameau, soit en vhicule
autotract, pour contempler les Pyramides et le Sphinx ! DĠaprs les
missions de radio et de tlvision qui furent alors captes par la station,
toute la plante aurait connu un grand rush industriel et technologique, le
nombre des humains avait cr de faon exponentielle jusquĠ atteindre les 7 ou
8 milliards dĠindividusÉ
Puis dĠun
coup, plus rien !
Il avait fallu
attendre ces derniers mois pour revoir des "gens de la surface" en
train de prospecter sur le plateauÉ Ensuite, tout sĠtait acclr, il y a deux
jours, quand Pam et les deux archologues taient parvenus jusquĠ la salle du
monolithe – grce la cl dĠAnkh.
Maintenant
lĠtudiante se trouvait avec un petit groupe de chercheurs et de journalistes
dans le Mausole dĠune reine dĠEgypte qui avait vcu peu avant la fin de
lĠEmpire romain...
La cl dĠAnkh
servait de relais pour la retransmission des images.
Bien sr, la
coupure qui venait de survenir avait rveill en lui de bien mauvais souvenirs.
Comme ce jour funeste de dcembre 2012 o toute communication avec Rōma avait t rompueÉ
Mais dj
Parwus revenait.
- Tu as mis tout ce temps
pour vrifier quelques circuits ? apostropha Hăkōn lĠandrode
qui marchait en tranant derrire lui lĠune de ses jambes mtalliques qui
menaait de se dtacher...
- Ca y est, fit
lĠautomate de sa voix bien huile. Je suis arriv rtablir le contact
radiomtrique et ractiver la machine qui devrait permettre, dĠici
quelques minutes, lĠouverture de la herse sous le Mausole !
Bravo, rpondit Hăkōn, visiblement soulag. On va enfin pouvoir
lancer la squence avec lĠhologramme du 13me crneÉ!
Et dĠun geste
bien prcis de la main, il fit sauter le scell dĠune sorte de disquette en
mtal, avant dĠintroduire celle-ci dans la fente correspondante du moniteur
devant lui.
Ad majorem Imperii gloriam ! souffla-t-il en prenant une pose bien
tudie.
CHAPITRE XV
Ał-Poitoū manipulait
assez gauchement la croix dĠAnkh. Il avait dj essay de la plaquer
contre la herse, puis contre la paroi, mais rien nĠy faisait... Devinant la
moquerie gagner progressivement les deux journalistes de lĠquipe, il voulut
restaurer son prestige dĠhomme de science en prcisant :
- Nos recherches sur les
"ondes de forme" et la connaissance quĠen avaient les Anciens, en
sont encore leur tout dbut. Cela explique ces divers ttonnementsÉ
- Paralllement, nous
tudions les textes crits qui nous ont t transmis depuis prs dĠun
millnaire, ajouta H-Dridý. Mais beaucoup dĠentre eux ont t brls
lors de lĠincendie de la fameuse Bibliothque dĠAl-İksăndēr, non loin dĠici !
- De tous ces manuscrits,
il ne reste malheureusement pas grand chose. Certains textes auraient pu nous
en dire long sur le vritable niveau de connaissance scientifique quĠavaient
atteint les AnciensÉ soupira Pam-Hehla. On pense notamment que cette fameuse
Bibliothque contenait les cls essentielles de lĠalchimie, cette
science qui donnait le secret de la fabrication de lĠor et de lĠargent, ou leur
"transmutation" partir dĠautres mtaux !
- Si certains documents
ont survcu jusquĠ notre poque, intervint Ğ-dich qui semblait en savoir long dans ce domaine, cĠest
probablement parce quĠils ont t cachs par des groupes dĠinitis, voulant
sĠopposer ainsi lĠobscurantisme religieux, pour qui de tels recueils taient
lĠÏuvre du Diable !
- Oui, reprit Ał-Poitoū, heureusement
que face la destruction du Savoir, des hommes clairs ont toujours su faire
face aux intolrants et fanatiques se rclamant dĠune foi ou des prceptes dĠun
livre "supranaturel"É
- Un autre exemple du
pouvoir de nuisance des religions – ds quĠelles atteignent une certaine
dimension politique – nous est fourni en ce moment par les communauts de
Hollybies dans le mondeÉ intervint le journaliste de la "Durban
Gazette".
- Je ne vous le fais pas
dire ! ajouta Űl-Tserr qui
avait fait des expriences rapproches en ce domaineÉ
- Bien entendu, reconnut
Pam, cette critique concerne les groupes de pouvoir structurs, et nĠa rien
voir avec la dmarche personnelle de celui ou celle qui dsire durant sa vie
terrestre accder un plus haut degr de spiritualitÉ La vision de ces gens
nĠest pas "apocalyptique", mais participe bien au contraire au Salut
du genre humain tout entier !
La majorit des cataclysmes qui freinent la marche en avant de
lĠhumanit – et provoque la fin des civilisations – provient quand
mme de facteurs externes notre TerreÉsans aucun doute dĠorigine
cosmique ! rtorqua Ał-Poitoū qui venait de faire tomber la cl dĠAnkh.
Avec un juron
de circonstance, il se baissa pour ramasser la relique, mais retira vite sa
main, car lĠAnkh sĠtait mise vibrerÉ
- Diantre, sĠcria
H-Dridý interloqu, peut-tre vaut-il mieux ne pas y toucher ?
- Oui, attendons de voir
ce qui va arriver, suggra le chef musologue.
Le bourdonnement lĠintrieur de la vote a repris, fit remarquer
Pam. CĠest sans doute le prlude É
Un grincement
suivi de cliquetis mtalliques lĠinterrompit. CĠtait comme si lĠon remontait
un seau rempli dĠeau dĠun vieux puits campagnard. La herse tait en train de se
soulever, puis elle se rabattit sous la vote, dans une position haute qui
permettait le passage de la petite quipe.
- Tiens, ajouta encore la
jeune femme, ce nĠest pas tout fait le mme systme quĠ Gizeh !
- Oui, ici la herse se
rabat et nĠest pas "avale" par la roche, prcisa Ał-Poitoū. On dirait que
ce dispositif est plus simple ici, par rapport celui que nous avons
"expriment" sous le plateau des Pyramides, moins sans doute pour
des raisons de technicit que pour des problmes pcuniersÉ De toute faon,
nous nous trouvons sous ce Mausole une poque plus tardive, par rapport au
site de Gizeh : peut-tre certains savoirs de la Haute-Antiquit
sĠtaient-ils dj perdus ? En tout cas, la cl dĠAnkh a encore
march, preuve des liens qui existaient entre la civilisation des Pyramides et
lĠEgypte grco-romaine des PtolmeÉ
- Qui en aurait
dout ? insinua Ğ-dich.
Je voulais souligner quĠune technologie aussi sophistique avait
pu se maintenir trs longtemps dans la rgion – et cela, sans que le
savoir-faire des premiers peuples du Nil ne perde ! rtorqua le savant en
faisant signe au petit groupe de continuer avancer.
Quelques
instants plus tard, tout le monde avait rejoint le caveau qui abritait les
sarcophages richement dcors de la reine dĠEgypte Klioptrā et dĠAntnius, le gnral romain.
*
*
*
Dans son
laboratoire souterrain, le vieillard aux longs cheveux blancs paraissait
soucieux. Sur lĠcran redevenu net, on voyait maintenant les six hommes et la
jeune femme en train de sĠextasier devant lĠantique tombeau, sans se douter
quĠils taient observs.
Mais sur
un autre moniteur, lĠpiscopus surveillait galement la progression dĠun
curseur rougeÉ
Il eut un
sourire forc en direction de lĠandrode.
- CĠest cet appareil qui
indique la quantit dĠnergie relaye par la croix dĠAnkh, fit-il en se
levant de son sige. Mais sais-tu exactement ce qui va se passer quand
lĠaiguille parviendra en haut de lĠcran ?
Non, rpondit lĠandrode. En tout cas, ce mcanisme correspond
galement au dispositif de protection qui nous isole par rapport au monde
extrieur en nous projetant dans un espace-temps dcal de quelques secondesÉ
Parwus fit la
moue, autant que cela ft possible pour un automate, au demeurant fort
endommag par lĠusure des sicles.
Tout cela ne risque-t-il pas de faire imploser le systme ?
En se rasseyant
sa place, le vieil homme eut un geste qui se voulait rassurant.
Nous devons prendre ce risque, cĠest le seul moyen de faire
parvenir assez dĠnergie au Mausole dĠAl-İksăndēr ! Car il va en falloir beaucoup pour que
le 13me crne se matrialiseÉ
Il eut un nouveau
geste, vasif celui-l.
En esprant aussi que cette Pam-Hehla ait bien les prdispositions
psychiques requises pour cette nouvelle "vision" !
*
*
*
Les murs de la chambre funraire – ainsi que son plafond –
taient orns de multiples reprsentations graphiques, gravures et
hiroglyphes. De part et dĠautre des deux sarcophages, des tablettes basses en
bois dĠacacia taient disposes, portant les offrandes des parfums, ainsi que
des vases de nourriture pour lĠme des dfunts.
Cet endroit
avait sans doute t un lieu de plerinage pour les Egyptiens de lĠAntiquit,
car le culte des rois et des reines tenait une place primordiale dans cette
socit, mme si Grecs et Romains avaient tent eux aussi dĠexporter leurs
propres dieux.
Les catafalques
taient de granit rose, et leur pourtour garni de nombreux bas-reliefs
relataient les faits et gestes des deux amants en scnes multicolores, o des
pierres prcieuses taient enchsses, ainsi que des perles, des mosaques
mailles et des verres de couleur.
Comme dans
beaucoup de tombes dans lĠEgypte ancienne, des reprsentations picturales
dĠIsis et Osiris taient mises bien en vidence sur le plafond vot
surplombant les deux dpouilles.
H-Dridý
profita de la solennit de lĠinstant pour citer quelques phrases de
circonstance.
- Le
"Necronomicon", un ouvrage crit en grec ancien dont seuls quelques
extraits nous sont parvenus, commence par ce couplet : Ç NĠest pas
mort qui peut reposer ternellement ; et par des puissances inconnues mme
la mort peut mourirÉ È.
- DĠaprs ce que nous
savons, expliqua Ał-Poitoū de manire plus prosaque, Antnius tait
lĠamant de la reine dĠEgypte Klioptrā et, quand il
apprit la fausse nouvelle du suicide de cette dernire, il se donna lui-mme la
mort en se jetant sur son peÉ Dpite, Klioptrā mettra ensuite fin ses jours en se faisant mordre par un
serpent venimeux !
- Cette morsure tait
cense lui confrer lĠimmortalit, prcisa Pam. CĠtait sans doute prfrable
du poisonÉ
Pour peu que lĠhistoire qui nous a t transmise soit
authentique ! ajouta H-Dridý.
LĠassistant
archologue ne se priva pas de faire un speech complet sur la vie de Klioptrā, parlant aussi brivement de cette poque qui
vit lĠexpansion de lĠEmpire romain en Orient.
Pam-Hehla
lĠcoutait dĠune manire distraite. Elle connaissait bien le sujet.
Mais depuis
quelques instants dj, une dsagrable sensation lĠenvahissait. Son regard se
portait tout naturellement sur les tombes dans lesquelles reposaient les corps
embaums de Klioptrā et dĠAntnius,
et soudain elle crut les apercevoir par transparence, ce qui bien sr tait
trs surprenant !
La jeune femme
se secoua. CĠtait comme si elle tait sous lĠemprise de forces mystrieuses.
Elle demanda doucement ses compagnons placs ct :
Voyez-vous ce que je vois ?
Mais personne ne semblait tre en mesure de lui rpondre.
Peu peu, une
trange torpeur lĠenvahissait.
Toujours trs
tonne, Pam-Hehla sentait ses cts la prsence du professeur Ał-Poitoū qui, reprenant
lĠinitiative, proposait au petit groupe dĠaller admirer un peu plus loin
la Ç grotte au couloir lumineux ÈÉ
- Ces souterrains ne
manquent pas de mĠintriguer, sĠentendit-elle dire, mais je ne comprends pas
dĠo vient cette lueur ?
- A mon avis, vous tes
nouveau la proie dĠhallucinations visuelles, ma chre Pam. Il nĠy a ici que des
algues phosphorescentes qui ont lu domicile sur la paroi des galeries et qui
brillent sous la lumire de nos lampes frontalesÉ
- Mais je vois rellement
quelque chose l-bas, tout au fond, reprit la jeune femme sans se dmonter,
faisant quelques pas dans cette direction.
Peut-tre certains dĠentre nous sont-ils plus sensibles que
dĠautres lĠemprise de lĠhypnose ! se hasarda dire Ał-Poitoū, dans
lĠintention dĠexpliquer ce qui se passait Űl-Tserr et aux journalistes.
LĠenvironnement lugubre du caveau y tait sans doute galement pour
quelque choseÉ
Ne vous inquitez pas, chre enfant, lui chuchota lĠoreille le
gant australien qui tenait rconforter sa compagne. Nous allons vous suivre
tout doucementÉ
En sortant du
caveau mortuaire, le groupe sĠengageait alors sur sa gauche dans un couloir
lgrement descendant qui – selon les indications de H-Dridý
– devait aboutir aprs une cinquantaine de mtres un cul-de-sac...
De lĠaveu mme
de lĠarchologue, cela voulait dire que le tunnel tait inachev. En tout cas,
deux colonnades de cuivre incrustes dans la roche en marquaient ostensiblement
lĠentre.
Arrivs au del
dĠun certain point, tous virent le crne.
Il paraissait flotter un mtre de
hauteur. Sa couleur tait celle du quartz rose ; il mettait une lueur qui
sĠinscrivait dans un halo bleut de forme vaguement triangulaire.
Bien sr, tout cela nĠest pas rel ! sĠexclama Ał-Poitoū qui avait
repris la tte du petit groupe.
Le cheminement
dans la galerie tait ais, mme pour le chef musologue, car le conduit
tapiss dĠalgues phosphorescentes faisait prs de deux mtres de hauteur, et
tait assez large pour permettre trois personnes de progresser de front.
A sa droite et
sa gauche marchaient H-Dridý et le zoologue DĜ-Šlex.
Les trois
savants nĠtaient plus quĠ une dizaine de mtres de lĠapparition.
- Laissez passer Pam
devant ! intima Ał-Poitoū ses collgues.
Pensez-vous que ce soit vraiment prudent ? souffla Űl-Tserr qui avait saisi lĠtudiante par
lĠpaule et cherchait la retenir.
De toute faon,
celle-ci sĠtait dgage et avanait dj. Visiblement dans un tat second,
elle rejoignit en quelques pas lĠendroit de lĠapparition. Ses cinq compagnons
se tenaient plusieurs mtres derrire elle.
Pam tendit la
main droite vers le crne cristallin, mais celle-ci le traversa comme si de
rien nĠtaitÉ Il sĠagissait bien dĠun hologramme !
LĠexprience
tait ce point satisfaisante quĠelle voulut essayer autre chose.
Sur le front et
les joues de la jeune femme, de grosses gouttes de transpiration perlaient. Ses
yeux se plissrent involontairement au moment o elle tenta dĠempoigner le
crne des deux mains.
CĠest trange, dit-elle tout haut. Je sens comme une
rsistance !
Puis elle se
tut, car tout cela dpassait son entendement. Chacun leur tour, ses
compagnons la dvisagrent, non sans effarement. Pam revint alors sur ses pas.
Une acre odeur dĠozone remplissait la galerie.
Ał-Poitoū tait livide.
- Vous nous avez caus
une de ces frayeurs !
Reculez-vousÉ se ravisa-t-elle. Le charme agit encore !
DĠun
geste rapide, la jeune femme remit la croix dĠAnkh dans lĠune de ses
poches. La cl fit encore entendre un son plaintif, comme un diapason...
CHAPITRE XVI
De tout temps,
les potes lĠont chant : la musique des sphres et des formes est
omniprsente dans lĠuniversÉ Les ondes lectromagntiques produisent des
vibrations et parfois une mlodie. Pour qui sait y prter attention, mme les
toiles pulsantes font entendre leurs chants ! Ces tranges mlopes se
rptent dans les prires psalmodies par certains groupes humains.
Le couloir dans
la roche sous le Mausole donnait lĠimpression de sĠtre sensiblement largi.
Les algues phosphorescentes incrustes dans la paroi, illuminaient magiquement
lĠendroit.
Aid dĠune
loupe, DĜ-Šlex sĠtait mis examiner la structure de cet enchevtrement
bizarre de filaments verdtres. Ses compagnons marchaient a et l, sans but
apparent bien prcis...
On se serait
cru sur la scne dĠun thtre surraliste !
Prostr dans un
coin, H-Dridý semblait rciter des formules magiques, dĠautres diront,
des incantationsÉ mais en fait, aucun son ne sortait de ses lvres !
Tout tait
irrel, lĠun des journalistes prenait des notes sur un calepin. Arpentant le
sol, Űl-Tserr faisait mine
de dlimiter un primtre de recherche pour ses fouilles. Le palontologue
avait sorti de sa trousse un pinceau et un scalpel.
Un peu plus
loin, Ał-Poitoū recherchait sa compagne du regard, quand il la
trouva seule, lĠAnkh la main, mais les yeux dans le vague...
LĠonde-pense
en provenance de lĠesprit cristallin sĠtait brusquement tarie, dĠo ce regard
trange o se refltait une grande tristesse.
- Hello, Pam, que
faites-vous l ? Vous ne voulez donc pas venir avec nous ? On nous
attend Al-İksăndēr !
Rappelez-vous, nous avons t invits au Centre Universitaire pour la grande
soire des archologues !
- Je sais, fit-elle.
Justement, je rangeais mes affaires.
Vous nĠavez pas lĠair en grande formeÉ
LĠtudiante
sourit distraitement, lui confiant quĠelle souffrait encore dĠune violente
migraine.
Mais a va mieux ! susurra-t-elle.
Avant quĠelle
nĠait pu esquisser un geste, le chef musologue lĠavait saisie par la taille et
lĠembrassait.
Lchez-moi, protesta-t-elle, vous me faites mal !
Mais cĠtait
bien sr pour la forme... Esquissant un sourire mouill de quelques larmes, Pam
se blottit contre la robuste poitrine du gant australien.
H-Dridý
qui sĠapprochait du duo toussota discrtement, puis changea de direction,
choisissant dĠaller rejoindre Ğ-dich qui
sĠvertuait prendre des photos de ses compagnons qui sĠadonnaient des
activits imaginaires...
Comme tous les
autres, il sĠtait depuis longtemps aperu du tendre penchant quĠprouvait le
chef musologue pour la jeune femme.
Ce dernier qui
avait dĠhabitude une grande facult dĠlocution, ne trouvait pas pour lĠinstant
les mots quĠil convenait de dire en ce genre de situation. Timide et hsitant,
lĠindex sur les lvres, il fit signe son assistant de ne rien faire qui pt
troubler la srnit de lĠinstant...
Un peu plus
loin, Rey-nolđ, le journaliste qui
arborait la casquette de la "Durban Gazette" fit alors tout haut une
rflexion qui parut tonner les personnes prsentes.
- Mais o est donc pass
le crne ?
On dirait quĠil sĠest volatilis, constata Ğ-dich en rangeant le trpied de sa camra dans une grande
housse en plastique noir. Heureusement que jĠai pu prendre quelques photos,
sinon personne ne va jamais nous croire !
Tout leurs
penses, les six hommes et la jeune femme refirent en sens inverse le chemin
quĠils avaient parcouru dans les souterrains du Mausole.
Une dizaine de
minutes plus tard, salus par le garde rest en faction, le petit groupe
sĠapprtait refaire surface dans la pnombre feutre de la salle du
Labyrinthe.
Ce faisant, ils
rintgraient le monde du rel. Mais pour combien de temps encore ?
*
* *
NĠaie donc pas cet air crisp, fit Hăkōn dĠune voix
quĠil voulait convaincante. Ce ne sont l que quelques vibrationsÉ
DĠun geste de
son moignon de main droite, lĠandrode dsignait un cadran sur lequel
dfilaient toute vitesse des chiffres lumineux.
- Quelque chose ne va
pas. Nous recevons un trop-plein dĠnergie en retour !
- Elle a remis lĠAnkh dans
sa poche... Attendons que le groupe rejoigne la salle du Labyrinthe !
CĠest alors que lĠon saura si tout peut se drouler comme prvuÉ
- Oui, rpliqua le robot,
docile. Il nĠempche que nous commenons tre rudement secous.
Fichtre, tu as raison ! Mais cĠest juste comme un lger
sisme. Il y en a souvent sur le plateau, et les instruments sont prvus pour
tenir le coupÉ
Un long silence
sĠensuivit, durant lequel aucune pense cohrente ne vint lĠesprit de Hăkōn, proccup
plus quĠil nĠen laissait paratre par lĠvolution de la situation.
LĠpiscopus ne
pouvait quĠesprer que la cl dĠAnkh jout bien son rle en
redistribuant bon escient lĠnergie vers le systme de gestion des
informations.
Sous le
Mausole de Klioptrā et Antnius,
se trouvait en effet un ancien centre de transmissions de lĠEmpire romain.
CĠest ce qui restait, aprs tous ces sicles, de la Ç mmoire È de
cette antique civilisation. Les donnes y taient stockes dans des archives
numriques quĠil convenait maintenant de ractiverÉ
Hăkōn ne savait pas
tout sur les systmes informatiques qui avaient t installs l-bas par les
instances scientifiques de lĠEmpire, bien avant quĠil ne reoive son initiation
comme piscopus.
Sans doute
ignorait-il encore beaucoup de faits historiques en rapport avec les dbuts de
lĠEmpire romain, au-del des clichs habituels, comme lĠhistoire lgendaire de
ses fondateurs Romulūs et RēmusÉ
Une question
quĠil se posait souvent concernait la ou les civilisations qui avaient prcd
lĠEmpire. On lui avait toujours dit – et cĠest ce quĠon trouvait dans les
livres dĠHistoire que chacun pouvait lire lĠcole ou dans les bibliothques
– que des tribus barbares rgnaient auparavant sur lĠEurope. Sans cesse
en train de guerroyer les unes contre les autres, elles pratiquaient le
nomadisme, changeant frquemment de territoires de chasse.
Quant aux
origines de lĠhomme proprement dit, on les situait gnralement – faute
de mieux - dans les cavernes de lĠre Tertiaire, lĠpoque o de gros animaux
quadrupdes habitaient la Terre...
Mais dĠautres
explications "avaient cours" dans les cercles dĠinitis, et Hăkōn lui-mme
savait par ses investigations personnelles sous le plateau des Pyramides, quĠ
un certain moment une grande civilisation – qui nĠtait pas encore
lĠEmpire romain – sĠtait dveloppe la surface de la planteÉ Le site
de Gizeh avait alors t, en quelque sorte, le "nombril" du monde, au
centre gographique des terres immerges !
Son regard se
reporta vers lĠcran en face de lui sur lequel on voyait le petit groupe autour
dĠAł-Poitoū rejoindre la salle du Labyrinthe.
La transmission des connaissances fait partie des attributions
lies ma charge dĠpiscopus, rpta pour la nime fois de la journe le
vieillard, dont les blancs sourcils broussailleux sĠtaient brusquement
froncs, signe dĠune motion intense.
Ces paroles
nĠtaient pas vraiment destines lĠandrode qui avait depuis longtemps pris
lĠhabitude des monologues parfois incohrents de son matre. Ce dernier
poursuivit dĠailleurs en abordant un autre sujet.
- Tu peux me croire,
Parwus. CĠest un cerveau – et pas seulement lĠimage dĠun crne –
qui sĠest matrialis tout lĠheure au fond de la galerieÉ Il contient en lui
toute la mmoire de lĠhumanit !
- Est-il compos de
substance organiqueÉ ? se contenta de rpondre le robot dont les circuits
lectroniques taient soumis rude preuve.
Oui, fit Hăkōn aprs un court temps de rflexion. Bien sr,
il sĠagit dĠun contact psychique, mais lĠorigine, il y a bien d exister un
vritable cerveau !
Un choc violent
et le dclenchement dĠun signal dĠalarme firent bondir le vieillard hors de son
sige.
- Ca se gte, mais bon,
cela ne devrait plus durer trop longtemps ! De toute faon, nous ne
pouvons rien faireÉ
Hăkōn nĠavait
dĠautre recours que de patienter, en esprant bientt pouvoir reprendre le
contrle des vnements.
*
* *
Dans la grande
salle hypostyle, une vive controverse avait clat entre les deux minents
savants.
Űl-Tserr soutenait que lĠEmpire romain et sa
province gyptienne avaient t la premire et seule grande civilisation
avoir prospr sur lĠensemble de la plante, aprs la priode quĠon appelait
Prhistoire (lĠpoque des chasseurs-cueilleurs, puis celle des premires
implantations humaines permanentes).
Rappel de la chronologie historique dpeinte
dans ce livre
"Priode intermdiaire" et fin de lĠempire
Romain : il y a 10 sicles
Guerre de Gog et Magog : il y a 5 sicles
Inondations catastrophiques en Amrique du Nord : il y a 3 sicles
(lĠEurope est recouverte dĠune vaste toundra)
Empire des Ç Terres du Sud È : depuis 2 sicles
LĠaction se passe en lĠan de rfrence 997
(ou 2555 aprs la fondation de Rome)
A lĠoppos, Ał-Poitoū partait du
principe que des catastrophes rptes avaient maill lĠhistoire de
lĠhumanit. Plusieurs grandes civilisations se seraient ainsi succdes sur
Terre....
Voici dix
sicles - ou beaucoup moins selon les historiens du courant
"rcentiste", lĠEmpire romain avait t prcipit dans sa perte par
une srie dĠpisodes cataclysmiques. Ensuite, il y a eu ce que les historiens ont
appel la Ç Guerre de Gog et Magog È, voici 5 sicles environ.
- Mais tous ces
racontards propos de prtendus cataclysmes cosmiques nĠont pas lieu dĠtre,
ructa Űl-Tserr, visiblement
hors de lui. Le ciel au dessus de nos ttes est stable et lĠa toujours tÉ Les
astres clestes sont bien ancrs dans leurs trajectoires depuis des centaines
de millnaires, pourquoi voulez-vous que lĠun de ces gros cailloux vienne percuter
la Terre ?
De nombreuses traces dĠimpacts dĠastrodes existent sur tout le
pourtour du globe, vous ne pouvez pas le nier !
Űl-Tserr esquissa un geste de lassitude, avant
de se dtourner ostensiblement de la discussion.
- Professeur Ał-Poitoū, tes-vous
certain de ce que vous affirmez au sujet de la priode jusquĠ la Ç guerre
de Gog et Magog È ? sĠinterposa Rey-nolđ, le journaliste de la "Durban Gazette".
Oui, cĠest sr quĠil y a eu alors un conflit majeur entre
lĠOccident et lĠOrient, menant lĠanantissement rciproque et simultan des
deux civilisations, comme le soulignent la plupart des livres dĠHistoire, mais
quelque chose est galement venu du ciel – au sens propre sĠentendÉ
Il
sĠpongea le front et poursuivit :
Rien voir avec une
intervention divine, comme le soutiennent les Hollybies et dĠautres groupements
monothistes, mais en lĠoccurrence, cĠest un astrode qui a surgi de lĠespace
interplantaire !
- Cela se serait pass il
y a quelques sicles peine, poursuivit H-Dridý qui semblait convaincu
de la justesse des thses dĠAł-Poitoū. Peu de temps aprs la tragique fin de
lĠEmpire romain, si lĠon en croit les historiens "rcentistes"É
L, je ne vous suis plus du tout ! explosa littralement Űl-Tserr soucieux dĠassumer jusquĠau bout son
rle de dfenseur de la science officielle.
Le ton de la
discussion tait mont dĠun cran. Bien entendu, le palo-anthropologue nĠtait
pas au courant des rvlations de lĠavant-veille dans les souterrains du
plateau des Pyramides.
Űl-Tserr voulait encore sĠaventurer sur le
terrain controvers des datations absolues – effectues depuis quelques
annes au moyen dĠisotopes radioactifs, mais juges peu fiables par de nombreux
chercheurs – quand son attention se reporta sur Pam.
Laissez-moi parcourir la voie secrte de lĠinitiation, sĠexclama
tout haut la jeune femme en se postant derechef devant la premire case du
Labyrinthe, matrialise sur le sol de la salle hypostyle par une grande plaque
dĠivoire blanche.
Elle tenait lĠAnkh
nouveau dans la main. Ał-Poitoū eut un geste dĠimpuissance. Sans doute
avait-il espr que le groupe ressortt du Mausole sans priptie nouvelle...
Mais dĠun autre ct, il savait galement que leur qute de vrit devait se
poursuivre jusquĠ lĠtape ultime qui apporterait de prometteuses
rvlations !
Tout cela avait
commenc quand Pam tait entre en contact avec lĠhologramme dans la galerie
aux parois phosphorescentes.
- Le 13me
crne, lui souffla H-Dridý lĠoreille. Selon de trs vieilles
prophties, sa dcouverte apporterait la connaissance des origines de lĠhomme
et celle du destin de lĠhumanit...
- Mais pourquoi cette
allusion au nombre Ç 13 È ? demanda encore le journaliste de la
"Durban Gazette".
Oui, sĠimmisa Ğ-dich.
Personnellement, jĠai fait le dcompte et je ne trouve que Ç 11 È
crnes de cristalÉ En voici dĠailleurs la liste !
Il sortit une
grande feuille de la housse de son appareil photographique.
- Un premier crne de
cristal a t dcouvert au sud de la grande le dĠAlbion, puis un deuxime lors
de fouilles proximit de lĠantique cit des Pār-Isis.
Son regard se
tourna vers Ał-Poitoū qui nĠtait pas tranger cette trouvaille.
DĠailleurs le musologue opina ostensiblement du chef.
Un troisime crne a t mis au jour lĠest de lĠEurope, un autre
lĠintrieur dĠun tertre tartare en Sibrie occidentaleÉ poursuivit le
photographe-cinaste. Un cinquime appel "atlante" a t retrouv
sur une le de lĠAtlantique, puis deux autres en Amrique centraleÉ cela fait sept.
Il reprit son
souffle.
- Un tout rcemment dans
le sud de Gallia, un autre dans la rgion des Grands Lacs amricains, puis
encore lĠun de ces crnes au Thibēt, un autre
Canberra en AustralieÉ Si je sais bien compter, cela nous fait onze
crnes !
- Rajoutez celui qui nous
est apparu dans la premire salle visite sous les pyramides, voici deux jours,
et cela fait douze, sĠempressa dĠajouter H-DridýÉ Auquel il faut
ajouter lĠapparition holographique de tout lĠheure. Le compte est bon !
On a donc bien treize crnes...
Oui, vu comme cela, acquiesa Ğ-dich, a peut marcher ! Nous devons nous attendre
aujourdĠhui mme quelques sensationnelles rvlationsÉ
Sa voix se voulait ironique, mais comme
tous les autres membres de la petite quipe, il ne quittait plus des yeux la
silhouette svelte de Pam-Hehla qui marchait le long du trac blanc du
Labyrinthe. Bientt elle allait atteindre la dernire case...
*
* *
LĠpiscopus
prit conscience en lui dĠun sentiment de relle impuissance.
Sur sa
poitrine, le botier mtallique du "rgnrateur de cellules" pulsait
furieusement. Le vieil homme enleva le couvercle et en observa les mcanismes.
Tout paraissait normal, mme si un faible grsillement se faisait toujours
entendre.
CĠest cet
appareil qui le reliait la vie, songeait-il.
Sans doute un
rayonnement mis par lĠun des instruments lectroniques du laboratoire avait-il
interfr un instant avec le botier, mais lĠheure tait des proccupations
plus pressantes : en effet, les vibrations dans la salle de contrle
sĠintensifiaient et le sol semblait par intermittence se drober sous ses
piedsÉ
Hăkōn reporta son
attention sur lĠcran en face de lui.
Tout dĠun coup,
une sorte de masse gazeuse verdtre se mit emplir tout son champ de vision.
CĠest tout juste sĠil pouvait encore voir quelques mches de la chevelure dĠor
de la jeune femme. Celle-ci tait parvenue pratiquement au centre du
Labyrinthe...
- Par les grands dieux de
lĠOlympe, fit-il lĠadresse de son robot androde. Que se passe-t-il
encore ?
Matre, il semblerait que le plasma biologique lĠintrieur des
postes vido et des instruments de transmission soit en train de fondreÉ Cela
vient sans aucun doute du rayonnement qui nous enveloppe et des nombreuses
secousses !
LĠautomate eut
une sorte de rictus, amplifi par une fissure qui venait de sĠouvrir dans le
prolongement de sa bouche artificielle...
Moi-mme, je commence avoir des problmes au niveau de mon
systme OS-X ! confia-t-il de sa voix mtallique qui avait pris pour la
circonstance un timbre pathtique.
Tout
dĠun coup, alors quĠils sĠtaient levs pour procder des rglages, lĠhomme
et le robot furent violemment projets sur le carrelage de la salle de
contrle.
Ce qui se passa
ensuite fut proprement ahurissant.
CHAPITRE XVII
Sous lĠaction
des rayons de lĠAnkh, une trappe venait de sĠouvrir...
Au milieu de la
grande salle du Labyrinthe, une entre secrte tait apparue, permettant une
personne seule de descendre un escalier en pierre jusquĠ une profondeur
estime trois mtres. De la lumire blanche et crue jaillissait dĠune sorte
de crypte en contre-bas.
Avant de sĠy
engager, Pam fit un signe au professeur Ał-Poitoū qui la rejoignit en quelques grandes enjambes
– sans passer par la case dpart – ce qui lui valut une rflexion
courrouce de la part de la jeune femme ! Mais le chef musologue nĠen eut
cure et entra sa suite dans le trou bant.
Le rduit dans
lequel ils pntraient avait une forme carre et mesurait environ 4 m de long
sur 4 m de large. Il semblait avoir t taill dans du marbre rose ; les
murs taient nus, le sol uni et lisse.
Entre les mains
de Pam, la cl dĠAnkh se remit trpider, comme si elle avait une
existence propre. Le savant et son tudiante allaient se concerter sur la
conduite tenir quand ils remarqurent au dessus de leurs ttes un miroir fix
au plafond qui rflchissait leurs silhouettes...
Mais en
quelques secondes, leurs corps et leurs vtements devinrent transparents,
laissant seulement voir le contenu de leurs poches et la cl dĠAnkh que
la jeune femme tenait fermement la main...
Le professeur
ne parut mme pas surpris. CĠest tout juste sĠil avait jet un coup dĠoeil la
scne.
- Est-ce que nous sommes
en danger ici ? demanda Pam dont le visage rfltait un certain trouble.
- Pas du tout,
rassurez-vous ! Il ne sĠagit que dĠune projection. Rien de bien
extraordinaire, mme si cette technologie mĠest tout fait inconnue...
En tout cas, cĠest gnial ! poursuivit lĠtudiante qui
semblait avoir recouvr tous ses esprits.
Elle eut un
geste large de la main.
Nous avons autour de nous la preuve tangible quĠune grande
civilisation technologique a autrefois prcd la ntre !
Peut-tre ne vivons-nous quĠune sorte de rve veill, insinua
Al-Poitou. Quand nous remonterons en surface, il se pourrait que tout
disparaisse... comme tout lĠheure, lĠhologramme du crne de cristal !
Mais les archologues et techniciens de lĠquipe dĠAl-İksăndēr pourront venir leur tour tudier ces
stupfiants mcanismes ?
SĠils ne sĠvanouissent pas tout jamais... ! reprit le
savant qui se frottait le dos, endolori aprs ses nombreuses escapades
travers les couloirs et souterrains, depuis lĠavant-veille sous le plateau des
Pyramides.
Cela se voyait
lĠcran : la peau noire dĠbne du gant australien avait t soumise
rude preuve depuis plusieurs jours. Son torse nu portait les traces de
multiples ecchymoses.
Mazette, fit-il en sĠauto-contemplant – sans oublier de
jeter un coup dĠoeil aux formes gnreuses de sa compagne, dvoiles par le
mme ingnieux dispositif...
Taisez-vous, jĠai cru entendre quelque chose ! chuchota la
jeune femme qui avait les mains moites et le coeur battant.
En effet, confirma le savant, on dirait lĠappel dĠun cor au loin,
ou dĠun olifant...! Cela rsonne trangement au fond de cette cave.
Mais le plus
tonnant restait venir. Au dessus dĠeux, leur image avait t remplace par
une scne bien trange : on pouvait voir deux hommes somptueusement
habills de parures tincelantes qui, dans la lumire de lĠaube naissante,
taient penchs sur un coffret ferm dont ils essayaient dĠouvrir la serrure...
Aźţlăn, fit lĠun des deux, nous avons parler
srieusement entre nous.
Le second hocha
la tte. Sa coiffe de plumes dĠun vert iris avec des touches dĠor, de bleu et
de rouge, resplendissait sur le fond plutt terne de lĠcran dont la
perspective sĠlargissait.
Oui, Yěsoū, rpondit le deuxime personnage vtu dĠune
robe traditionnelle en lin. Cette cl semble tre la bonne.
Ouvrons le coffre, rpliqua-t-il.
Ils
sĠexprimaient en aussish. Tout au moins, cĠest ce que crurent dĠabord Pam et Ał-Poitoū, mais les
lvres des deux personnages remuaient souvent contre-sens des paroles, comme
dans un mauvais doublage...
Nous ne percevons que leur onde-pense, expliqua le chef
musologue qui suivait maintenant avec attention tout ce qui se passait sur
lĠcran.
Il invita sa
compagne sĠaccroupir pour mieux observer la scne qui tait projete sur le
plafond de la crypte.
*
* *
En dpit des
problmes quĠil rencontrait, Hăkōn persvrait dans sa volont de rtablir
entirement la communication visiophonique.
Ses doigts
tapotaient fbrilement sur le clavier qui le reliait au cerveau lectronique de
la pice dĠ-ct. Ainsi esprait-il maintenir le contact entre lui, le Mausole
dĠAl-İksăndēr et lĠimage
qui sĠtait forme sous la salle du Labyrinthe.
Aźţlăn et Yěsoū ! soupira-t-il, les deux fondateurs de
lĠEmpire ! Bien avant les personnages – sans doute invents trs
tardivement – de Romulūs et Rēmus... !
LĠpiscopus les
devinait, plus quĠil ne les voyait, sur le seul cran de contrle rest
pratiquement intact, mme sĠil tait toujours lĠobjet de srieuses
perturbations. Une sorte de protoplasme de couleur olivtre masquait la majeure
partie de lĠimage.
Revtus dĠhabits
honorifiques, les antiques pontifes prsidaient lĠouverture du coffre cens
renfermer tous les secrets de lĠhumanit...
Selon une lgende, commenta-t-il pour lui-mme, ce serait en fait
une femme, appele Pandṓra, qui a t lĠorigine des premires rvlations...
Hăkōn frissonna
malgr la chaleur qui rgnait en ce moment dans la pice. Quelque chose
dĠincomprhensible venait encore troubler la retransmission !
Une sorte de
peur lĠenvahit et ses doigts nerveux abaissrent un disjoncteur. Sans
conviction, il se leva et tendit une main tremblante vers un botier de
commande fix au mur, mais le sol trembla une nouvelle fois et le vieillard dut
se rasseoir.
Une sensation brutale
de solitude lĠpouvanta. Du poing, il martela le clavier qui lui servait
communiquer avec le cerveau lectronique.
Matre, sĠinterposa le robot, vous allez dclencher une autre
alarme et provoquer la rupture du systme qui nous approvisionne en
nergie !
La pice,
brusquement, fut plonge dans la plus complte obscurit. Heureusement, cela ne
dura que quelques instants.
JĠaurais voulu viter tous ces... fcheux incidents, dit-il comme
sĠil devait des excuses son androde. Mais il faut se rendre
lĠvidence ! Quelque chose a attaqu nos composants biologiques... Une
sorte de parasite ? Tous nos systmes lectroniques semblent avoir t
atteints !
LĠpiscopus
pensa tout de suite son bien le plus prcieux : le "rgnrateur de
cellules" ! Mais beaucoup dĠappareils et moniteurs de la salle de
contrle – sans oublier le gros cerveau lectronique de la pice dĠ-ct
– contenaient galement du plasma dĠorigine organique !
Et sans
doute aussi les micro-processeurs qui animaient lĠandrode Parwus, lequel
sĠaffairait toujours vrifier mticuleusement ce quĠaffichaient les
cadrans...
Si nous savions exactement comment procder, nous pourrions
dbrancher une partie des commutateurs et viter la production incontrle de
cette masse cellulaire qui envahit tous nos instruments !
Les yeux de Hăkōn se posrent
avec anxit sur sa poitrine o pendait la breloque lĠeffigie de Csar. Son
regard tait trange.
Pendant ce
temps, la temprature continuait monter rapidement dans la pice et
lorsquĠelle eut atteint un certain niveau, un dispositif pr-programm
dclencha automatiquement lĠouverture de panneaux dans la paroi, travers
lesquels des volutes de couleur olivtre envahirent la salle, avant de
sĠagglutiner aux murs sous la forme de grosses cloques...
Les vnements
dpassaient les bornes du vraisemblable. Une seule explication
sĠimposait : aprs avoir longtemps sommeill au cÏur des structures
lectroniques du plateau de Gizeh, un organisme multicellulaire venait de se
rveiller, et ses spores se dissminaient de partout...
Les traits
crisps, le visage rougi par la chaleur et par la colre, lĠpiscopus lana un
coup dĠÏil hargneux sur la gele visqueuse qui apparaissait a et l sur les
appareils.
Les aiguilles
oscillaient de plus en plus sur les cadrans, et lĠÏil mme lectronique dĠun
robot comme Parwus nĠarrivait plus suivre leurs mouvements dsordonns.
Mais quĠest-ce que cĠest encore que a ? hurla le vieillard
en profrant un juron en latin.
Nul langage
humain ne pouvait donner un nom la chose qui se mouvait sur le carrelage, une
masse glatineuse verdtre, grosse comme un crne humain, qui avanait
lentement lĠaide de tentacules...
Hăkōn sentait
tournoyer maladivement son esprit dj bris.
La perspective
dĠtre confront cette crature suscitait chez lui une rpulsion et un dgot
vidents.
Anantis-moi a ! hurla-t-il lĠadresse de son robot.
Parwus marqua
une certaine hsitation, comme sĠil cherchait relancer les circuits
dfaillants de sa mmoire lectronique, puis il hocha son crne de ferraille
– ou ce quĠil en restait – et balbutia dĠune voix cahotante :
Mais je... jĠai reu des consignes de ne jamais mĠen prendre des
tres vivants !
CĠtait au moment de ta fabrication ! rtorqua le vieillard.
Or nous sommes maintenant devant un cas de force majeure... et puis, la
bestiole est constitue de glatine !
CĠest aussi une matire organique, constata le robot, tout comme
la substance qui est en train de sĠattaquer au plasma de nos installations...
Passons ! Tu crois que ce protozoaire gant peut se
reproduire ?
Je ne sais pas, mais toutes ces cellules vont se multiplier
jusquĠ ce que la pice entire finisse par tre recouverte dĠune paisse
couche de matire gluante...
Ce que tu viens de me dire ne me parat gure rassurant !
Mais dans
lĠimpossibilit de ragir efficacement, lĠhomme et le robot ne pouvaient
quĠassister la destruction de ce qui, pendant des centaines dĠannes, avait
t la fois leur lieu de vie et leur poste de travail...
*
* *
Allons-nous enfin savoir la vrit ?
En tout cas, la mise en scne parat trs symbolique, car autant
que je puisse le voir, il nĠy a rien dans le coffre ! sĠtonna Ał-Poitoū.
A part ce qui pourrait ressembler une cl dĠAnkh...
remarqua la jeune femme, laquelle aucun dtail nĠchappait.
LĠun des
personnages, celui qui se faisait appeler Aźţlăn, eut un geste
large en direction de la ligne dĠhorizon o lĠon voyait se profiler quelques
temples et de grandes pyramides.
Cela pourrait tre le plateau de Gizeh, avana Pam. Mais une
poque trs ancienne, car lĠon aperoit de grandes forts, des parcs et mme
des pices dĠeau...
Et le Nil sur la gauche, complta le chef musologue. Mais
coutons ce que va dire le Grand Prtre.
En effet,
celui-ci avait commenc parler, sĠadressant un auditoire invisible. Au mme
moment, lĠonde-pense parvenait aux deux archologues accroupis dans la
crypte :
Ç Ces
rflexions sont le fruit de recherches et dĠexamens minutieux. Je crois
quĠelles approchent beaucoup de la vrit...
Ç Voici
bien des millions dĠannes, les plantes du systme solaire sont entres en
contact avec des masses organiques apportes de lĠextrieur par les comtes.
Ces astres chevelus ont amen en mme temps lĠeau et les sels minraux.
Ç Enfouis
dans le sol ou au fond des ocans, des corps vivants microscopiques se sont
dvelopps, soumis aux contraintes de leur environnement, de la nutrition, de
la locomotion et de la reproduction. Puis ces organismes ont grandi et volu.
Certains dĠentre eux, lĠaspect de gros vers, ont dvelopp une colonne
vertbrale, ainsi quĠun cerveau globulaire et une tte osseuse pour le
protger. Ce sont ces animalcules marins qui furent lĠorigine de lĠhomme et
des vertbrs... È.
Tout a, cĠest un peu la thorie des "germes de vie"...
Au tout dbut existaient des cratures structures dj intelligentes, malgr
leur relative "primitivit" ! murmura Ał-Poitoū lĠadresse de
sa compagne.
Oui, assura-t-elle, cĠest aussi la thse qui a t professe par
divers volutionnistes post-darwiniens, voici un peu plus dĠun sicle... Une
faon de voir les choses laquelle je souscris entirement... nĠen dplaise
mon matre de thse, le professeur Űl-Tserr !
ajouta-t-elle avec un clin dĠoeil complice.
Mais leur
attention tous les deux se reporta vite vers le plafond de la crypte o le
deuxime pontife appel Yěsoū avait pris la "parole", montrant
ostentoirement une croix dĠAnkh en tout point semblable celle que la
jeune femme tenait en main :
Ç Voici la
vertbre initiale, partie intgrante du pilier Djeb, la reprsentation
symbolique de la colonne vertbrale qui a permis le dveloppement de la station
debout chez les lointains anctres aquatiques de lĠhomme !
Ç Sa forme
idale a toujours fait lĠadmiration des scientifiques, cĠest grce la colonne
vertbrale que la bipdie sĠest maintenue chez nous autres humains, que nos
mains ont pu servir faonner et actionner des outils...
Ç Quant au
gros cerveau, juch tout naturellement au sommet de la colonne vertbrale, il a
bien entendu permis lĠessor de la technologie et de la spiritualit chez les
nombreuses civilisations terrestres qui se sont succd au cours des ges...
Ç LĠide
premire des hommes a longtemps t dĠatteindre la Lune et les autres plantes,
mais aprs quelques essais qui avaient plutt une valeur politique ou
symbolique, les grandes civilisations ont prfr se tourner vers lĠexploration
mthodique de notre plante, ou bien, elles ont investi dans la protection
active de lĠenvironnement !
Ç La
rptition de catastrophes dans le pass intriguait toujours les scientifiques
qui en recherchaient la cause principale dans lĠimpact dĠastres venus du
cosmos. Mais il apparut vite que les civilisations prcdentes – par
leurs excs – avaient galement eu leur part de responsabilit, notamment
en prcipitant lĠextinction des espces animales et vgtales È.
Survinrent
alors des images montrant – comme dans un film dĠactualits –
quelques grandes ralisations technologiques et architecturales de lĠpoque,
mais aussi les vues saisissantes de gros animaux – des mammouths ?
– pris au pige dĠlments dchans, mais aussi tus par des chasseurs
et exhibs comme trophes !
Ç Voici
plusieurs dizaines de sicles, enchana le personnage dnomm Aźţlăn, un astrode
venu du fin fond de lĠespace a percut le nord-est du continent asiatique.
DĠautres dbris sont tombs en mer. Le rsultat fut quĠune grande partie de la
Terre a connu des annes de froid intense et fut recouverte dĠune norme chape
de glace...
Ç Mais les
populations du sud de la plante ne furent gure atteintes par le cataclysme et
continurent dvelopper commerce et industrie, tandis quĠen Europe les rares
survivants nĠavaient dĠautre choix que de se terrer dans les cavernes en attendant
des jours meilleurs... È.
Sur lĠcran on
voyait des hommes affubls de peaux de btes, peinant pour allumer un feu. Sans
doute sĠagissait-il dĠune reconstitution, car certains souriaient en regardant
la camra, tandis que dĠautres sĠvertuaient grogner, tels des animaux, comme
si on leur avait appris jouer ce rle...
Oui, on a dcouvert dans le sud de Gallia de nombreuses grottes
qui ont t habites durant la priode appele "Prhistoire" par les
historiens...
En fait, complta Pam-Hehla, loin de constituer un pisode ancien
de notre histoire volutive, ce passage oblig de lĠhomme dans les cavernes
aurait t simplement une rgression temporaire, rendue invitable dans
lĠhmisphre nord par lĠacculturation des humains et lĠavance des glaciers !
Ah, si Űl-Tserr
pouvait voir tout a ! fit encore le savant australien en manipulant
fbrilement un petit appareil photographique. Mais je doute que les clichs que
je prends depuis quelques minutes soient dĠassez bonne qualit pour le
convaincre...
Il pensera que cĠest du cinma ! Et en cela il nĠaura pas
tout fait tort... remarqua la jeune femme.
Pour en revenir ce quĠon nous projette lĠcran, tout cela
montre bien que notre pass tait trs diffrent de ce quĠon lit dans les
bouquins ! Les deux personnages que lĠon voit reprsentent – si jĠai
bien compris – les dignitaires dĠun Empire plantaire qui a prcd
lĠEmpire romain...
A moins quĠils nĠen aient t aussi les fondateurs ? insinua
Pam qui commenait avoir sa petite ide sur la question.
Mais coutons ce que le Grand Prtre se prpare encore nous
dire...
Ç Choque
par le dsastre qui sĠtait abattu sur elle, lĠHumanit sĠest longtemps
console dans lĠattente dĠun Messie, travers une qute spirituelle axe sur
la croyance en un seul Dieu, la fois vengeur et salvateur !
Ç Bien
sr, il faut savoir reconnatre que les grandes catastrophes dĠorigine cosmique
sont les seuls et uniques dclencheurs des religions monothistes... Ce type
dĠvnement brutal et imprvisible a pour consquence dĠimposer aux survivants
une stratgie mentale de survie !
Celui que se
faisait appeler Aźţlăn fit une courte pause avant de
reprendre :
Ç Comme
tous les rescaps pensent que les calamits vont se reproduire – en
beaucoup plus fort –, la seule faon dĠviter une nouvelle tragdie
consiste pour eux sacrifier ce quĠils ont de plus cher pour calmer la colre
de la divinit – offense par
les hommes et leurs "mauvaises actions"... Et cĠest bien souvent
soi-mme que lĠon offrait en faisant don de sa propre vie !
Ç Car chez
les survivants, lĠattente dĠune catastrophe imminente restait toujours vive.
Ces derniers sont prompts culpabiliser et dvelopper des peurs irraisonnes
pour le lendemain, malgr leur foi dans un Messie dont le retour inaugurerait
une re de paix, et lĠordre naturel ne serait plus troubl...
Ç Aprs
lĠpidmie de pestilence conscutive aux bouleversements dans lĠatmosphre,
survient une pidmie "spirituelle" qui se propage rapidement sur
lĠensemble de la plante : les gens vivent alors un pisode de foi
intense... È.
Aźţlăn fit un signe
Yěsoū qui enchana :
Ç Avant le
prochain changement dĠpoque, la vrit sera rvle. On retrouvera des
documents, des indices... Puis les humains devront changer beaucoup leurs
habitudes. Un retour la nature sĠimpose !
Ç La croyance
au "progrs" permettant la longue de sĠaffranchir de toute
contrainte alinante nĠest quĠaffabulation, car les socits deviennent de plus
en plus agressives, les dirigeants sĠaccrochent au pouvoir et fomentent des
guerres, tandis que des gnrations perverties par lĠappt du gain,
lĠintolrance religieuse ou des rapports commerciaux dbrids, font en sorte
que la venue dĠun "monde meilleur" se trouve perptuellement remise
en question... È.
Le Grand Prtre
eut un geste large de la main, brandissant la croix dĠAnkh aux quatre
coins de lĠhorizon.
Ç Certes,
il faut toujours croire en lĠhomme... et en la survie de lĠhumanit, malgr les
terribles dsastres naturels qui la menacent et qui peuvent survenir dĠun jour
lĠautre : passage rapproch de comte, chute dĠastrode, inversion des
ples magntiques ou glissement des plaques tectoniques...
Mme une
civilisation qui se targue dĠavoir rsolu les derniers mystres de la biologie
nĠest pas systmatiquement en mesure de sĠadapter tout changement du milieu
ambiant, loin sĠen faut ! Mais la vie procde ainsi par sries de cycles,
chaque priode de lĠexistence humaine a son dcor psychologique propre, offrant
des solutions applicables une situation donne ! È.
A ce moment,
lĠonde-pense sĠinterrompit. Pam-Hehla en prouva une sensation de tristesse
infinie.
Ple, mais
nergique, elle se tourna vers son compagnon qui tait plong dans ses penses.
Maintenant, je comprends... Mais en lĠabsence de preuves tangibles
des menaces qui psent sur lĠhumanit, il nĠy a paradoxalement aucune raison
pour que les autorits politiques modifient intelligemment leur comportement.
Cela vaut aussi pour des savants comme Űl-Tserr qui ne dmordent pas de leurs positions
conservatrices !
Aprs un silence,
le chef musologue ajouta :
Des vnements peuvent surgir qui les feront un jour changer
dĠaltitude – sĠil nĠest pas dj trop tard !
*
* *
Livide,
lĠpiscopus sentait dĠabondantes gouttes de sueur recouvrir son front et ses
tempes. Il commenait suffoquer, car lĠatmosphre dj confine de la salle
se remplissait de poussire et devenait franchement irrespirable.
Parwus, le
robot, semblait relativement pargn par ces tracasseries, mme si ses
mcanismes internes ptissaient des fines particules qui pntraient de plus en
plus nombreuses travers les orifices de son enveloppe mtallique, menaant de
perturber durablement son fonctionnement.
Bien entendu
lĠhomme et lĠautomate taient beaucoup plus proccups par le hideux organisme vert
dont les cellules prolifraient autour dĠeux.
Dans la salle
de contrle, les secousses avaient pour lĠinstant cess, mais le plancher
gardait un angle inquitant par rapport lĠhorizontale, et de nombreux dbris
jonchaient le sol.
En proie une
violente quinte de toux, Hăkōn regardait lĠandrode avec un air plutt amer
qui en disait long sur ses tats dĠme.
Le gnrateur thermolectrique dioxyde de plutonium est en perte
de puissance ! fit encore laconiquement ce dernier.
Hein ? se mit hurler lĠpiscopus, car des dflagrations
sourdes se faisaient entendre dans la pice dĠ ct. QuĠest-ce que tu
dis ?
Nous allons bientt manquer dĠnergie !
On ne peut pas remettre la retransmission dĠimages plus tard, il
faut activer le systme de secours qui nous relie la grande Pyramide de
"Knout" !
Tout en maniant
fbrilement une mini-camra quĠil plaait devant lui, Hăkōn procda aux
ultimes rglages. Au mme moment, une violente explosion branla le
laboratoire, anantissant dĠun coup le dispositif infra-temporel qui permettait
de maintenir un lger dcalage entre le temps dans la base souterraine, et
lĠextrieur...
LĠpiscopus
tait conscient que sĠil persvrait dans ses intentions, il pouvait provoquer
un formidable court-circuit qui dtruirait une bonne partie du plateau de
Gizeh !
Levant les bras
au ciel en signe dĠimpuissance, il eut un soupir de lassitude.
Juste au moment o nous allions atteindre notre but !
grommela-t-il en sĠacharnant sur un cadran miniaturis quĠil portait son
poignet, comme un bracelet-montre.
A ce moment, la
lampe rouge du visiophone clignota. LĠcran sĠclaira, la communication avec le
Mausole tait rtablie.
*
* *
On pouvait
maintenant voir au plafond un globe bleutre qui semblait perdu dans
lĠespace...
Les deux hauts
dignitaires Aźţlăn et Yěsoū sĠen taient alls aprs avoir, de manire
trs thtrale, point un index en direction de lĠastre solaire.
Puis lĠimage
avait bascul, montrant des vues spectaculaires du cosmos :
galaxies-spirales, essaims dĠtoiles et bolides traversant le vide
interstellaire !
Ces dernires
minutes, le professeur Ał-Poitoū tait rest muet, perdu dans ses penses. Tout
juste leva-t-il la tte quand Pam, trs mue, sĠcria :
La Terre !
Jetant au chef
musologue un regard ravi, elle ajouta :
Ces gens-l connaissaient la navigation interstellaire ! Sans
doute taient-ils dj alls sur la Lune ?
Quelques
dizaines dĠannes auparavant, les techniciens du Ç continent Sud È
avaient lanc partir du dsert australien une srie de sondes destination
du satellite naturel de la Terre. Celles-ci sĠy taient poses en douceur et
avaient retransmis des images sur lesquelles on avait cru voir des artfacts mtalliques,
et mme des empreintes de pas !
Bien sr, lĠon
avait alors cri lĠExtraterrestre... A moins que ces vestiges et traces
nĠeussent t laisss par des astronautes venus de la Terre ?
En tout tat de
cause, les investigations sur la Lune avaient vite t arrtes par les
dirigeants politiques du Ç continent Sud È, car juges sans intrt
– et bien trop coteuses !
Peut-tre aussi
les chefs de gouvernement ne voulaient-ils pas confronter lĠhumanit avec ce
qui avait t son pass proche... et laisser les gens vivre sur Terre dans la
croyance quĠils taient la premire grande civilisation technologique, juste
aprs que leurs anctres fussent sortis des cavernes et de la suppose
"barbarie" qui aurait t de rgle jusquĠ la fin de lĠEmpire
romain...
Maintenant, nous savons tout – ou presque – de notre
Histoire ! reprit la jeune femme.
En tes-vous si sre ? rpliqua Ał-Poitoū.
Son rire sonore
rsonnait trangement dans la crypte.
Nous nĠavons pas appris grand chose sur ce qui sĠest rellement
pass durant le dernier millnaire – autrement dit, hier !
Certains textes apocryphes nous parlent dĠun deuxime Age dĠor, juste aprs
lĠEmpire romain... Et puis, nous ne connaissons toujours pas les raisons
profondes qui ont prsid au dclenchement de la Ç bataille de Gog et
Magog È, voici cinq sicles ou un peu moins ? Qui taient rellement
les protagonistes ? Nos historiens parlent de combattants vtus de
haillons et brandissant de longues piques...
Bien sr, cĠest lĠiconographie traditionnelle qui les reprsentent
ainsi ! A lĠpoque, il nĠy avait pas encore de reporters-photo comme Ğ-dich, quoique...
Oui, Pam, nous ne sommes srs de rien : il se pourrait
effectivement que, quelques sicles seulement aprs le dclin de Rōma, lĠhumanit –
profitant de conditions climatiques idales et autres circonstances favorables
– ait rapidement dvelopp une civilisation de haute technologie, avec
machines volantes et ordinateurs ! Je me demande parfois si certaines
figures historiques que lĠon place habituellement dans lĠEmpire romain ne
dateraient pas – en ralit – de cette priode ?
Et vice-versa... Sans oublier que certains auteurs veulent
drastiquement rduire lĠintervalle de cinq sicles quĠil y a entre la fin de
lĠEmpire et la Ç guerre de Gog et Magog È !
Une seule personne au monde pourrait nous renseigner, poursuivit
la jeune femme, mais...
Elle ne termina
pas sa phrase. Au mme moment, lĠimage lĠcran de la Terre se mit tanguer,
vaciller, comme si la plante devait faire face dĠimptueuses intempries,
puis elle se dforma.
Devant Pam et Ał-Poitoū mduss, le
globe terrestre se transforma en une boule multicolore qui tournoyait sur
elle-mme, puis vira au vert glauque, avant dĠexploser, tel un protoplasme
fantasque !
Il leur
semblait maintenant voir au centre de lĠcran un visage... celui dĠun vieillard
aux longs cheveux blancs, dont la bouche se tordait en un rictus forc, comme
sĠil prouvait du mal parler. Une apparition dĠun autre monde...
CHAPITRE XVIII
Au moment mme
o Hăkōn pensait avoir rtabli le contact avec le Mausole dĠAl-İksăndēr, un court-circuit sĠtait produit qui avait
mis le feu au revtement en plastique du grand poste vido, dgageant dans
lĠatmosphre confine du laboratoire dĠpaisses volutes noires...
Fort
heureusement, lĠandrode plac non loin de l sut ragir avec diligence en
dirigeant vers lĠappareil en feu un jet de mousse ignifugeante.
Ne me bouche pas lĠoeil de la camra ! fulmina lĠpiscopus de
sa voix raille.
Sa gorge lui
faisait mal, mais il savait que le temps tait compt. Les secousses avaient
repris, menaant de briser les appareils encore intacts de la salle de
contrle.
Tu deviens de plus en plus maladroit, Parwus ! Regarde, tu en
as flanqu la moiti par terre...!
En ralit sous
son air bourru, le vieil homme se faisait beaucoup de soucis, et les mouvements
de plus en plus dsordonns – comme drgls – de lĠautomate ne
prsageaient rien de bon... Apparemment, les dlicats circuits de son cerveau
lectronique avaient dj t atteints par le mystrieux parasite vert...
Dans le
laboratoire souterrain, les vnements se prcipitaient.
Quelques
instants auparavant, une nouvelle srie dĠexplosions avait branl lĠensemble
des installations du plateau de Gizeh.
Levant les bras
au ciel en signe dĠimpuissance, le vieillard aux longs cheveux blancs jeta vers
lĠandrode un coup dĠoeil hargneux.
Juste au moment o nous allions enfin russir... grommela-t-il.
Matre, insista le robot, allez-y... parlez !! On vous voit lĠcran...
Hăkōn ne se fit pas
prier deux fois, dĠautant quĠil distinguait nouveau clairement sur son
moniteur les silhouettes du savant australien et de sa compagne.
Aprs avoir
manifest une certaine hsitation, comme sĠil prouvait une certaine peine
concentrer son esprit, lĠpiscopus prit la parole :
Ceci nĠest pas un enregistrement ! Je vous parle depuis le
site des Pyramides.
Sur lĠcran, il
vit les deux personnages se concerter, Pam-Hehla lui fit un signe amical de la
main, et lĠhomme ses cts – sans aucun doute le professeur Ał-Poitoū – dit
quelques mots que lĠpiscopus put entendre assez distinctement malgr les
bruits qui rsonnaient autour de lui.
Bonjour, Hăkōn ! – ou bonsoir, je ne sais plus
exactement... Heureux de faire votre connaissance... cette fois en direct !
Oui, rpondit doucement le vieillard, nous sommes bien dans la
mme tranche temporelle !
Il serrait fort
contre lui le "rgnrateur de cellules", sans doute pressentait-il
quĠil ne lui restait plus trs longtemps vivre...
Venons-en directement ce que vous dsirez savoir, fit-il, car je
ne sais pas combien de temps mon systme de retransmission va encore
tenir ! Parwus et moi devons faire face quelques petits problmes
techniques...
Nous vous coutons, fit Ał-Poitoū en prenant dlicatement sa compagne par
lĠpaule. Comme vous vous en doutez, nous sommes trs intresss par la...
chronologie des dix sicles couls !
Tout sĠest pass comme vous le supposez, quelques importants
dtails prs...
Nos historiens parlent dĠun Empire romain entr en dcadence,
voici une dizaine de sicles, puis tombant sous lĠassaut des hordes
barbares !
Hăkōn faillit
sĠtouffer, et ce nĠtait pas seulement cause des volutes de fume qui
avaient envahi son laboratoire. Aprs sĠtre racl plusieurs fois la gorge de
manire peu discrte, il reprit :
Non, non, les hordes barbares, cĠtait bien aprs, au moment o il
y a eu cette suite de conflits que vous dsignez sous le nom gnrique de
Ç guerre de Gog et Magog È !
Mais cĠest tout rcent... cela date dĠ peine cinq sicles !
Voire seulement de trois... ! renchrit Pam qui nĠavait pas
oubli sa premire discussion avec lĠpiscopus.
Le vieil homme
eut lĠair songeur, tout au moins tait-ce lĠimpression quĠil donnait lĠcran,
alors que son visage se dcomposait par intermittence, avant dĠtre restitu
sous forme de petits cubes colors...
Tout ce que je peux dire, poursuivit-il, cĠest que dans
lĠintervalle entre la fin de lĠEmpire romain et la Ç guerre de Gog et
Magog È, il a exist sur Terre une grande civilisation
technologique : leurs missions de radio et de tlvision ont couvert
lĠensemble de la plante !
Ał-Poitoū nĠen demeurait
pas moins sceptique.
Bizarre que lĠon nĠen retrouve pas la trace dans les vestiges
archologiques... Bien sr il y a eu, juste aprs, ces tsunamis et inondations
qui ont dvast tout lĠhmisphre nord ! Beaucoup de mtropoles ont pu
tre ensevelies sous des dizaines de mtres de boue, comme en Gaule la grande
cit des Pār-Isis !
A ce sujet, certains astronomes ont mis en cause le passage
rapproch dĠune comte dans lĠatmosphre terrestre, avana Pam.
Oui, jĠavais enregistr cet vnement, se souvint Hăkōn, il a mme
plu verse pendant plusieurs jours dĠaffile sur le plateau de Gizeh ! En
fait, toute cette eau provenait de la comte...
Ainsi, une nouvelle fois, fut balaye une civilisation qui tait
arrive des sommets de technologie ! ajouta la jeune femme. Ensuite, les
survivants ont gagn lĠhmisphre austral qui avait t relativement pargn
par les cataclysmes... Le Ç continent Sud È est devenu lĠEtat
dominant... Et cela nous mne tout droit la situation actuelle !
LĠhistoire de lĠhumanit nĠest finalement quĠune suite dĠpisodes
catastrophiques entrecoups de priodes de "progrs" !
sĠesclaffa le savant australien. Avec pour consquence, de grandes
rgressions... quand il ne faut pas repartir carrment de zro, comme cela fut
le cas de lĠ"homme des cavernes" au sud de lĠEurope, voici quelques
milliers dĠannes !
LĠpiscopus
lĠcran paraissait las, autant que lĠon pouvait en juger. Il eut un regard sur
le ct.
Parwus ! tonna le vieil homme avant dĠapostropher le robot en
latin.
Mais la rprimande
cessa vite.
JĠai un problme avec mon androde... confia-t-il encore Pam et
au professeur Ał-Poitoū. Il... il ne bouge plus ! Pire, tous les
systmes lectroniques fonctionnant au plasma biologique sont en train de se
dgrader dans la pice !
Pouvons-nous faire quelque chose pour vous ? hasarda le chef
musologue qui sĠinquitait aussi des nombreuses secousses qui au mme moment
branlaient le rduit dans lequel le duo avait pris place sous le Labyrinthe.
Bouleverse,
Pam ne put sĠempcher de pousser un cri dĠhorreur, car lĠimage de lĠpiscopus
avait soudain disparu, remplace par celle dĠun animalcule repoussant aux
pseudopodes verdtres... Celui-l mme qui parasitait lĠinstallation
souterraine du plateau de Gizeh !
DĠaprs le son,
on devinait que lĠpiscopus sĠen prenait son robot, et quĠil essayait aussi,
tant bien que mal, de remettre un peu dĠordre dans son laboratoire.
Cette agitation
fbrile dura environ une demi-minute, puis lĠimage assez dforme du vieillard
rapparut.
Les civilisations sont mortelles... avana la jeune femme pour
relancer la discussion.
Aucun muscle ne
bougea sur le visage encadr par lĠcran, puis un rauquement jaillit encore de
la bouche de Hăkōn qui disparut lentement du champ de vision, tandis quĠune sorte
de substance olivtre jaillie de nulle part lĠenveloppait...
LĠancien
dignitaire de lĠEmpire romain finit par sĠcrouler, entrainant dans sa
dgringolade la masse protoplasmique.
Bont divine ! sĠexclama Pam en percevant le bruit sourd
dĠune chute sur le carrelage.
Sic transit gloria mundi ! sĠentendit-elle encore rpondre.
Puis tout
sĠarrta et lĠimage disparut, faisant place nouveau la pierre polie.
Pam,
bouleverse par ce quĠelle venait de voir, ne ragit quĠ grand-peine aux injections
pressantes dĠAł-Poitoū :
Remontons vite ! Qui sait combien de temps encore cet endroit
va rester intact !
Des
tremblements secouaient la roche sous le Mausole, tandis que le sol se
drobait sous leurs pieds au fur et mesure quĠils gravissaient la dizaine de
marches de lĠescalier en pierre.
Une fois
parvenus hors de la cavit, ils sĠaffalrent sur les cases en mosaque du
Labyrinthe, avant de se diriger vers le petit groupe de scientifiques et de
journalistes qui les attendaient toujours, proximit de lĠissue provisoire de
la salle.
Mais que sĠest-il pass ? sĠcria H-Dridý. Enfin,
vous voil ! Htons-nous de sortir du Mausole, nous nĠavons perdu que
trop de temps ! Tout le secteur est sens dessus dessous...
Űl-Tserr fut parmi les premiers rejoindre Ał-Poitoū et la jeune
femme.
Quoi que vous dclariez maintenant, je maintiens mon opinion sur
la chronologie du dernier millnaire ! fit-il dĠemble.
Cela faisait
partie de son personnage, aussi personne ne sĠen offusqua, mais le palontologue
sĠempressa dĠajouter :
Au nom de tous, je voudrais vous dire combien nous sommes heureux
de vous revoir vivants ! Avez-vous remarqu que la terre a trembl ?
Oui, nous lĠavons ressenti galement. Mais pas de danger,
lĠdifice est solide ! assura Ał-Poitoū, non sans jeter un regard interrogateur en
direction de son assistant H-Dridý.
Le Mausole en a vu dĠautres, approuva ce dernier, mais il serait
sage de partir vite dĠici...
DĠailleurs, un
grondement de tonnerre venant des souterrains autour du caveau de Klioptrā et dĠAntnius ne fit que confirmer ce point de
vue.
Sans panique
apparente, le petit groupe gagna lĠextrieur o il fut accueilli avec
soulagement par les archologues et les techniciens participant la campagne
de fouilles. Tous taient dans un tat dĠextrme surexcitation retenant leur
souffle et sĠenqurant de ce qui sĠtait pass.
Succs complet, mes amis ! sĠcria le chef musologue devant
les photographes et reporters. Nous avons appris beaucoup de choses...
Un peu
gne de se trouver ainsi le point de mire, Pam-Hehla commenta ses dernires
aventures en se servant dĠune allgorie :
Le Labyrinthe... Il suffisait de suivre le Labyrinthe ! A
chaque tape de sa progression, lĠhistoire de lĠhumanit se dessinait... Et au
bout, nous avons vcu la grande initiation !
Dsormais au
centre de lĠeffervescence gnrale, la jeune femme tait presse de questions
par les journalistes et les tudiants en archologie.
Ce faisant,
elle ne pouvait sĠempcher de penser au contact quĠelle avait eu, au fond de la
galerie, avec lĠesprit de cet tre cristallin, aprs quĠelle eut touch
lĠhologramme du crne...
Quel dommage... reprit H-Dridý en secouant la tte avec
regret. Je pense aussi ce laboratoire surgi des profondeurs de lĠhistoire,
sous le plateau de Gizeh, et trs certainement dtruit au moment o je vous
parle ! Nous en aurons bientt confirmation, jĠen ai peur...
Avisant Űl-Tserr qui paraissait grommeler dans son
coin, Pam lui dit doucement :
Allons, professeur, ne vous fchez pas ! Nous saurons tenir
compte de vos objections...
Modrez vos propos enthousiastes la Presse, ma chre ! Vous
nĠtes pas sans savoir que certains tats de stress provoquent des visions
colores ! On croit voir des choses extraordinaires... Peut-tre pensez-vous
aussi que des pouvoirs secrets dorment en chacun dĠentre nous ?
Ğ-dich prenait des photos sous tous les angles,
suivi comme son ombre par le journaliste Rey-nolđ, de la "Durban Gazette".
En tout cas, je nĠaurais jamais pens que pareille chose ft
possible, gloussa le gros homme.
Sans doute
faisait-il allusion au crne quĠils avaient vu au fond du couloir souterrain.
Mme Űl-Tserr ne trouvait rien redire
ici...Visiblement, le palo-anthropologue nĠavait quĠune seule envie, cĠtait
que cette agitation cesse...
Ma parole ! protesta-t-il dĠun ton vex. Ne me regardez pas
tous comme cela, ce nĠest pas moi le fautif...! Dans les prochains jours, le
travail des scientifiques va consister justement vrifier les dires de nos trois
amis et sonder le plateau de Gizeh la recherche de cavits...
Prenant
partie son ancien directeur de thse, la jeune femme sĠcria, emporte par
lĠmotion :
Pensez-vous vraiment que vous mĠempcherez de raconter ce
que je sais ?
QuĠy a-t-il ? sĠenquit le savant australien qui avait
entendu les clats de voix.
DĠaccord, cĠest entendu...! fit Űl-Tserr en sĠadressant directement Ał-Poitoū. NĠayez aucune
crainte ce sujet, je nĠessayerai pas de censurer vos propos ! Mais
comment imaginer que des civilisations que lĠon considre gnralement comme
primitives aient eu des connaissances que nous ne possdons que depuis moins de
cent ans ?
Quand elles nĠtaient pas en avance sur nous... rectifia Pam.
A mon avis, sĠil y a eu dĠautres grandes civilisations dans le
pass, il nĠest en revanche pas possible quĠelles aient dvelopp une
technologie suprieure la ntre... LĠvolution de la ligne humaine ne
peut se faire que vers davantage de progrs !
CĠest cela mme, ironisa-t-elle. Dans lĠhistoire de la vie, peu
dĠtres pensants prennent dĠeux-mmes lĠinitiative de rgresser... Mais lĠhomme
a galement une dimension cosmique !
Et ce titre, il subit son environnement plantaire et doit faire face
aux cataclysmes dĠoutre-espace...
Oui, et de quel secteur de la galaxie proviendra le prochain gros
caillou qui...
Sentant monter
un accs de colre, Űl-Tserr
sĠinterrompit et demanda abruptement :
Pourquoi lĠhumanit continuerait-elle chercher et crer, si un
jour elle est appele disparatre...?
Il y a beaucoup de choses que nous ne parvenons pas
comprendre... admit Pam-Hehla.
Mes amis, observa Ał-Poitoū dĠun ton qui se voulait conciliant. Notre
mission dans les prochains jours consistera informer le monde de ce que nous
avons vu et appris. Les recherches sur la chronologie des derniers millnaires
ne font que commencer, mais nous partons sur de bonnes bases !
En acceptant la
main tendue, Űl-Tserr vitait aussi
de relancer le gant australien sur des sujets prtant controverse...
Parfait ! approuva Pam. Et surtout nĠoubliez pas,
messieurs les professeurs, il est trs important de ne pas juger les vnements
qui viennent de se drouler la lumire de nos conceptions habituelles... et
dogmatiques ! Laissons simplement parler notre bon sens !
Ał-Poitoū entrana la
jeune femme un peu lĠcart.
A quoi bon vous tourmenter, Pam. Nous devons nous montrer
patients...
Elle se serra
troitement contre lui. Dans sa tte dfilaient les scnes tragiques des deux
derniers jours, et surtout lĠagonie du vieillard Hăkōn retranch
Gizeh dans son laboratoire souterrain.
Oui, soupira-t-elle... Mais nous venons dĠassister
quelque chose de si affreux !
Elle
secoua la tte comme si elle voulait se convaincre elle-mme.
Il faut nous rendre lĠvidence. SĠil y a une cl au
mystre de nos origines, elle est en nous ! sĠexclama-t-elle en ressortant
la croix dĠAnkh de lĠune de ses poches.
Et puis, renchrit Al-Poitou en prenant son tour la
relique, nous pouvons tre srs que la part la plus difficile de la destine de
lĠhomme est en avant, et non pas en arrire, comme beaucoup semblent encore
penser...
A perte de vue,
le paysage environnant baignait dans un halo de lumire dore. Le soleil se
couchait et le crpuscule nĠallait pas tarder recouvrir la plaine alluviale.
Oui, Al, murmura-t-elle, il nous a fallu bien du courage pour
surmonter toutes ces preuves.
Sous la
chevelure boucle, le fin visage de la jeune femme rvlait sa force de
caractre et sa lucidit.
Chre Pam, nous oublierons ces longues heures dĠangoisse,
croyez-moi... Des moments magnifiques sĠouvrent maintenant nous !
Lanant au
savant un regard langoureux, la jeune femme se contenta dĠajouter :
Oui !
- FIN -
Termin le 30 aot
2012